Les enfants des ténèbres

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« Là-bas », c’est à l’orphelinat. Dans une terrible détresse affective, des enfants grandissent et deviennent adultes : flics, techniciens, avocats… Lorsque enfin ils fondent une famille, ils engendrent des mutants qui naissent dans un flot de sang. Immédiatement autonomes, ces enfants outragés et maudits rejettent leurs géniteurs, provoquant leur suicide, dans des conditions de violence extrême. Et pourtant, ces bébés sanguinaires recèlent l’unique espérance de leurs parents en un ailleurs fait de lumière, en un lieu où l’on n’a pas à traîner son nom, à chercher sa place. Ce rite sacrificiel semble être le prix à payer… Tous le paieront.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 240
EAN13 : 9782748140521
Nombre de pages : 175
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Les enfants des ténèbres
Henri Vario
Les enfants des ténèbres
ROMAN
Le Manuscrit www.manuscrit.com
Éditions Le Manuscrit, 2004. 20, rue des Petits-Champs - 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-4053-2 (Fichier numérique) ISBN : 2-7481-4052-4 (Fichier imprimé)
A tous les miens, pour que dans mes ténèbres, ils m’aperçoivent.
Henri Vario
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I
La tasse de café fit PLOC ! sur le carrelage. Elle s’inclina telle un bateau ivre et son anse s’en détacha. Le liquide brûlant se répandit, formant une tache aux reflets bleus. Peu à peu, elle éclata en une multitude de ruisseaux. Ce n’est pas du sang observa Laurence, après s’être penchée pour s’en assurer. Ce sang, elle le pressentait, l’attendait, il ne l’aurait pas surprise. Péniblement, grimaçante sous la douleur, elle se redressa, caressa son ventre arrondi. Les mots magiques jaillirent de son cœur, franchissant ses lèvres avant même qu’elle en prît conscience : - Mon bébé ! " Laurence était heureuse d’avoir épousé Fabien Deguers dont elle sentait l’amour et la tendresse infinie. Aujourd’hui, son mari l’avait quittée tôt pour se rendre, comme tous les jours, à son cabinet d’avocat ; sans omettre cependant de lui faire les recommandations qu’il ne cessait de réitérer depuis le début : "surtout pas de voiture, disait-il d’un ton doctoral, pas de stress, pas de…" Oui, elle était
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heureuse. Il y avait bien des ombres enfouies quelque part en elle. Occasionnellement, elles ressurgissaient, lui comprimant la poitrine. Des larmes froides se mettaient alors à couler, des larmes qui ne lui appartenaient pas, sans pleurs ni chagrin. Et ce sang qui ne venait pas ! La veille encore, cela lui était arrivé. Lorsqu’elle avait surpris le chat tenant un moineau à la gueule. Assis, il secouait sa grosse tête noire ; l’oiseau agitait silencieusement les ailes. Curieusement, elle avait trouvé cela non pas cruel mais grotesque. Du sang souillait le carrelage. Mais ce sang là n’était pas le sien ! Son regard l’avait terrorisée, si distant de la vie se dit-elle, si étranger à moi-même, "un regard que je sens mais qui ne m’appartient pas". Finalement le chat avait abandonné sa proie. De sa petite langue, il s’était affairé à une toilette aussi intime qu’indifférente. Laurence avait poussé du pied le cadavre dans un coin du balcon. Ce matin encore, il s’y desséchait lentement au soleil éclatant de lumière. De cet instant et de tant d’autres, Laurence ne parlera pas à Fabien. Pourtant, elle aurait pu tout dire, certaine qu’elle était qu’il comprendrait, qu’il accepterait. Il voulait tant cet enfant. Et ce poids qui lui comprimait la poitrine quand son miroir réfléchissait l’image si insistante dans laquelle elle ne se retrouvait pas ! Etait-ce une maladie qui avait déformé ses traits, les rendant angulaires, d’une épaisseur ingrate ? Si c’était le cas, songea-t-elle, Fabien en aurait parlé ou bien alors Louis, son ami de toujours. Mais ce reflet, n’était-elle pas seule à le percevoir ? C’était avant sa grossesse
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