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Les Épées de Haven

De
698 pages

Le prince et la princesse ont bien changé depuis la funeste époque de la Lune Bleue : ils donnent l'impression d'avoir traversé toutes les guerres. Rupert et Julia se nomment désormais Hawk et Fisher et sont les gardes de Haven, une ville sombre et dangereuse, qui grouille de lanceurs de sorts, voleurs et monstres en tout genre. Tout y est à vendre. Tout, sauf eux, les deux seuls êtres intègres à cent lieues à la ronde, craints par tous les malfrats des bas-fonds, et ils ont décidé de faire le grand ménage !


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cover

 

 

 

 

 

 

Livre premier

 

 

Hawk & Fisher

 

 

 

 

Il est des choses qu’on ne peut pardonner.

1

UNE NOIRCEUR CACHÉE

Haven était une ville sombre.

Ses rues étroites se pressaient les unes contre les autres, leurs simples bâtiments de pierre et de bois se soutenant mutuellement. Les étages supérieurs saillants s’inclinaient au-dessus de la chaussée tels des vieillards fatigués, bloquant la lumière. Pourtant, même les ombres n’offraient que peu de protection contre la chaleur écrasante de ce milieu d’été. Le soleil aveuglant faisait frire la cité tentaculaire, absorbant toute l’humidité de l’atmosphère. Les rues étaient desséchées, poussiéreuses et envahies de mouches bourdonnantes.

En tant que port maritime, Haven recevait généralement toute la pluie qu’elle pouvait désirer, et plus encore, mais pas en cette saison. Les longues journées se traînaient dans une canicule suante, assoiffée et épuisante. Le jour, il faisait trop chaud pour travailler, et la nuit, il faisait trop chaud pour dormir. Des oiseaux planaient dans le ciel comme des ombres mouvantes, mais il n’y avait pas trace de nuages ou de la moindre brise. Bref, Haven au milieu de l’été était le berceau idéal de l’agitation. La chaleur troublait l’esprit des hommes et faisait remonter à la surface des maux enfouis. Chacun observait le ciel en priant pour qu’il pleuve, mais les dieux faisaient la sourde oreille.

Hawk et Fisher, capitaines de la Garde, déambulaient nonchalamment dans Chandler Lane, au plus profond du cœur pourri des quartiers nord. Il faisait trop chaud pour se presser. La ruelle crasseuse, plongée dans la pénombre, était un peu plus fraîche que la plupart, ce qui signifiait que la température y était à peine supportable. Des mouches grouillaient sur les piles de détritus et s’agglutinaient autour des bouches d’égout ouvertes. Les bâtiments trapus et hideux étaient noirs de la suie de la tannerie toute proche, et une odeur de fumée et de tanin planait dans l’air poisseux.

Hawk était grand, brun et plus tout à fait aussi séduisant qu’autrefois. Un bandeau de soie noire dissimulait son œil droit, et une série de vieilles cicatrices couraient sur le même côté, leur tracé pâle se détachant sur sa peau bronzée. Ce jour-là, il portait une simple chemise de coton et un pantalon de la même étoffe, mais ne s’était pas embarrassé de la pèlerine noire réglementaire des gardes. Il faisait trop chaud pour ça, et de toute façon il n’avait pas besoin de signaler son appartenance à la Garde. À Haven, tout le monde avait entendu parler du capitaine Hawk.

Avec sa silhouette mince, noueuse plutôt que musclée, et son début de bourrelet à la taille, il n’avait pas l’air bien redoutable. Ses cheveux noirs mi-longs, qui lui arrivaient aux épaules, étaient retenus par une barrette d’argent, découvrant son front. Il venait juste d’avoir trente ans mais quelques mèches grises striaient sa chevelure. Au premier abord, il ressemblait à n’importe quel spadassin ayant peut-être déjà laissé ses plus belles années derrière lui. Mais peu de gens s’en tenaient à leur première impression le concernant. Il y avait quelque chose en lui, dans son visage couturé et son unique œil froid, qui poussait même le plus imbibé des ivrognes à s’en méfier. Sur sa hanche droite, il portait une hache à manche court au lieu d’une épée : une arme qu’il maniait avec une précision diabolique.

Le capitaine Fisher marchait à ses côtés, reproduisant son allure et sa posture avec le naturel né d’un long partenariat. Isobel Fisher était grande – un mètre quatre-vingts au moins – et ses longs cheveux blonds lui tombaient jusqu’à la taille en une tresse épaisse. Âgée de vingt-cinq à trente ans environ, elle était plus jolie que belle. La dureté osseuse de son visage contrastait avec le bleu intense de ses yeux et la sensualité de ses lèvres pleines. Comme Hawk, elle ne portait qu’une chemise et un pantalon de coton. Sa chemise à demi déboutonnée laissait entrevoir une poitrine généreuse, et ses manches retroussées révélaient des bras aux muscles saillants, couverts de cicatrices anciennes. Sa main reposait confortablement sur le pommeau de l’épée pendue à sa hanche.

Hawk et Fisher. Partenaires, mari et femme, gardiens des lois de la cité. Connus, respectés et généralement craints dans tout Haven, y compris dans les quartiers nord inférieurs où même les rats se déplaçaient par paire pour leur sécurité. Hawk et Fisher étaient les meilleurs, et tout le monde le savait. Ils étaient honnêtes et durs à la tâche – une combinaison assez rare à Haven – mais, plus important, ils étaient dangereux.

Hawk promena son regard à la ronde et se rembrunit légèrement. Chandler Lane était déserte ; il n’y avait pas âme qui vive en vue, et cela était inhabituel. L’après-midi cédait rapidement la place à la soirée. Néanmoins, il aurait dû y avoir des gens dehors, en train de vendre, d’acheter ou de conclure des affaires. Dans les quartiers nord inférieurs, tout était à vendre, si vous saviez où regarder. Mais autour de lui les portes et les fenêtres étaient hermétiquement closes malgré la chaleur étouffante, et rien ne venait agiter les ombres immobiles et silencieuses. Comme si la ruelle avait été assiégée. Hawk esquissa un rictus. Si ses informations étaient correctes, c’était peut-être le cas.

— Ce soir, c’est la pleine lune, dit Fisher tout bas.

Hawk acquiesça.

— Ça va faire sortir les cinglés. Même si je ne comprends pas comment on peut avoir assez d’énergie, ne serait-ce que pour planifier un crime par cette chaleur.

— Tu réalises que c’est sans doute une fausse piste, n’est-ce pas ?

— Ne recommence pas, Isobel, s’il te plaît. D’après la rumeur, il se cache ici, au bout de cette rue. Nous devons vérifier.

— Trois mois, cracha Fisher d’un ton coléreux. Trois mois que nous enquêtons sur ce réseau de prostitution infantile. Et juste au moment où nous commençons à progresser, que se passe-t-il ? Un ordre arrive d’en haut, et on nous retire l’affaire pour nous envoyer à la chasse au vampire !

— Ouais, grogna Hawk. Et tout ça parce que nous avons fait une descente à La Tête de Bourrin. Peu importe : si c’était à refaire, je le referais.

Fisher hocha la tête d’un air résolu.

La Tête de Bourrin était une taverne du genre « trou dans le mur » située sur Salt Lane, à la limite des bas-fonds des quartiers est. L’étage du dessus abritait un bordel et, d’après la rumeur, celui-ci achetait des enfants. Il payait cash et ne posait pas de questions. La prostitution infantile était illégale à Haven depuis sept ans, mais il restait encore des gens qui avaient intérêt à ce que perdure ce répugnant commerce. Comme beaucoup d’autres établissements, La Tête de Bourrin assurait son existence en graissant les bonnes pattes, mais un homme avait commis l’erreur de tenter d’acheter Hawk et Fisher. Aussi lui avaient-ils rendu une petite visite sur son lieu de travail.

Le videur qui montait la garde à l’entrée avait voulu leur barrer le chemin. Ou bien il venait de débarquer en ville, ou alors il était particulièrement stupide. Hawk lui avait propulsé sa main, doigts tendus, sous le sternum. Le videur avait pâli d’un coup. Il s’était incliné lentement, comme pour saluer Hawk. Fisher avait attendu qu’il soit plié en deux pour lui assener un coup de poing sur la nuque. Il s’était écroulé sans un bruit. Hawk et Fisher l’avaient enjambé prudemment, puis ils avaient défoncé la porte d’un coup de pied et fait irruption dans l’établissement les armes à la main.

Les employés et les clients leur avaient jeté un coup d’œil, et un silence oppressant s’était aussitôt abattu sur la pièce bondée. Des volutes de fumée se recroquevillaient dans l’air lourd, et les yeux qui les fixaient étaient brillants de peur et de colère contenue. Hawk et Fisher s’étaient dirigés vers l’escalier au fond de la salle chichement éclairée, et une trouée s’était ouverte devant eux alors que les occupants s’écartaient précipitamment de leur chemin.

Trois autres videurs les attendaient au bas des marches, l’épée au clair. C’étaient des colosses au regard froid et calculateur, qui savaient se servir de leurs armes. Hawk en avait abattu deux avec sa hache tandis que Fisher transperçait proprement le cœur du troisième. Puis ils s’étaient rués dans l’escalier.

Un silence inquiétant régnait à l’étage supérieur. Ils avaient chargé le long de l’étroit couloir, ouvrant les portes à coups de pied sur leur passage, mais la plupart des occupants avaient disparu depuis longtemps, prenant la fuite par l’échelle d’incendie au premier signe de trouble.

L’une des prostituées n’avait pas pu en faire autant. Hawk l’avait trouvée dans l’avant-dernière chambre. Elle portait des vêtements de soie déchirés trop grands pour elle et un maquillage criard. Elle était enchaînée au mur par la gorge ; des sillons rouge vif encore frais couraient le long de son dos à l’endroit où elle avait été fouettée. Affaissée contre le mur, le visage pressé contre le bois mal dégrossi, elle sanglotait tout bas. Elle n’avait pas encore douze ans.

Fisher avait rejoint Hawk sur le seuil de la chambre et poussé un juron furieux en découvrant la scène. La chaîne était trop épaisse pour qu’ils puissent la briser, aussi Hawk avait-il fait sauter son attache à coups de hache. Fisher avait tenté de réconforter la fillette, mais celle-ci était trop terrorisée pour lui faire des révélations. Elle avait été enlevée dans la rue deux ans plus tôt et amenée dans cette chambre. Ses ravisseurs avaient mis une chaîne autour de son cou et l’avaient cadenassée ; depuis, elle n’était jamais sortie de la pièce.

Hawk et Fisher avaient eu beau lui certifier qu’elle était libre à présent, elle n’avait pas voulu les croire. « Il y a un homme qui vient me rendre visite, avait-elle murmuré. Il était là aujourd’hui. Il ne me laissera jamais partir. Vous ne pouvez pas me protéger contre lui. Personne ne peut. Il est trop important. » Elle ne connaissait pas son nom. Aucun de ses clients ne le lui disait jamais.

Hawk et Fisher n’avaient pas pu découvrir l’identité de l’homme, mais celui-ci devait effectivement avoir de l’influence. Deux jours plus tard, l’enfant avait été poignardée dans la rue. Son agresseur n’avait pas été retrouvé. Hawk et Fisher avaient été officiellement dessaisis de l’affaire et envoyés rejoindre les autres gardes, à la recherche du prétendu vampire qui terrorisait les quartiers nord. Ils avaient bruyamment protesté auprès de leurs supérieurs, menaçant même de démissionner, mais ça n’avait servi à rien. L’ordre était venu d’en haut, et personne ne pouvait le contester. Hawk et Fisher avaient juré tout ce qu’ils savaient, mais au final ils avaient dû s’incliner. Il y aurait d’autres occasions.

Et puis, il semblait bel et bien y avoir un vampire. Des hommes, des femmes et des enfants avaient été attaqués de nuit, et, de temps en temps, on retrouvait un cadavre entièrement vidé de son sang. Des dizaines de suspects avaient été arrêtés, des dizaines de pistes explorées, mais aucune n’avait mené à quoi que ce soit. Puis un allumeur de réverbères était venu voir Hawk et Fisher, et personne n’aurait pu se méprendre, à la terreur dans sa voix quand il avait décrit la silhouette noire qu’il avait vue escalader le mur extérieur d’une maison dans Chandler Lane.

— De tous les gardes qu’il y a dans cette ville, il a fallu que ce soit à nous que cet homme choisisse de raconter son histoire, maugréa Fisher. Pourquoi nous ?

— Parce que nous sommes les meilleurs, affirma Hawk. Donc, nous n’avons peur de rien. Pas même d’un vampire.

Fisher renifla.

— Nous aurions dû nous contenter de la deuxième position.

— Ce n’est pas dans ma nature, répliqua calmement Hawk. Ni dans la tienne.

Ils gloussèrent de concert. Ce bruit étouffé mais presque joyeux sonna étrangement dans le silence. Pour la première fois, Hawk réalisa à quel point la ruelle déserte était calme. Comme s’ils traversaient un village que sa population avait abandonné, mais que la végétation n’avait pas encore englouti. Le seul son était celui de leurs pas, dont les épais murs de pierre qui les entouraient leur renvoyaient le morne écho. Malgré la chaleur, Hawk sentit un frisson lui parcourir l’échine, et la sueur se glaça brusquement sur son front. Il secoua la tête. Ce n’était pas le moment de laisser sa nervosité prendre le dessus.

Fisher et lui s’arrêtèrent enfin devant un bâtiment décrépit à deux étages, situé pratiquement au bout de la ruelle. La peinture de la porte d’entrée s’écaillait, la maçonnerie était piquetée de trous et à demi effritée. Des volets de bois fermés dissimulaient les deux étroites fenêtres. Hawk détailla l’ensemble et fronça pensivement les sourcils. Cette maison avait quelque chose de dérangeant, quelque chose sur lequel il n’arrivait pas à mettre le doigt. Comme un son si discret qu’on ne l’entendait presque pas, ou une odeur si légère qu’on la sentait à peine. Il se rembrunit et porta la main à sa hache.

Vampire… Revenant… Ce qui revient…

Il n’avait jamais vu de mort-vivant, et ne connaissait personne qui ait vécu pareille expérience. Il n’était même pas sûr de croire à ces choses – d’un autre côté, il n’était pas non plus certain de ne pas y croire. Il avait déjà rencontré des démons, des loups-garous et des ondines, qu’il avait affrontés sans exception l’acier à la main. Le monde regorgeait de lieux sombres, beaucoup plus anciens que tout ce que l’homme avait jamais bâti. Et on ne pouvait nier que, dernièrement, nombre de gens avaient disparu dans les quartiers nord… Une personne en particulier.

— Alors ? s’impatienta Fisher.

Hawk lui jeta un regard irrité.

— Alors quoi ?

— Allons-nous rester plantés là tout l’après-midi, ou allons-nous faire quelque chose ? Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, le soleil est déjà foutrement bas dans le ciel. Il fera nuit dans une heure. Et s’il y a vraiment un vampire là-dedans…

— Très juste. Les morts-vivants quittent leur cercueil à la tombée de la nuit.

Hawk frissonna de nouveau, puis eut un léger sourire en apercevant la chair de poule sur les bras nus de Fisher. Aucun d’eux n’aimait beaucoup l’obscurité, et encore moins les créatures qui la peuplaient. Il prit une profonde inspiration, s’avança jusqu’à la porte close et toqua bruyamment avec le poing.

— Au nom de la Garde, ouvrez !

Il n’y eut pas de réponse. Le silence recouvrait la ruelle déserte telle une couverture étouffante, encore alourdie par la chaleur. Du dos de la main, Hawk essuya la sueur qui dégoulinait sur son visage et regretta de ne pas avoir emporté une gourde. Il regretta également de ne pas avoir, pour une fois, observé le règlement et attendu une équipe de renfort. Mais le temps leur avait manqué. Ils devaient atteindre le vampire pendant son sommeil.

De plus, la fille du conseiller Trask était toujours portée disparue. C’était la raison pour laquelle trouver le vampire était tout à coup devenu une priorité. Tant qu’il s’était cantonné aux quartiers les plus pauvres de la ville et n’avait choisi pour proies que des gens qui ne manqueraient à personne, les autorités ne lui avaient guère prêté attention. Mais depuis qu’il avait enlevé la fille d’un conseiller dans sa propre chambre, sous les yeux de sa mère hurlante… Hawk se mordilla la lèvre inférieure. Elle devait toujours être en vie. Les vampires étaient censés mettre deux à trois jours pour drainer complètement une victime, et elle ne pourrait pas devenir l’une d’entre eux avant de mourir et de se relever. Du moins était-ce ce qu’affirmaient les légendes. Hawk renifla. Il n’avait pas beaucoup foi en les légendes.

— Nous aurions dû nous arrêter en route pour acheter de l’ail, déclara-t-il brusquement. C’est censé nous protéger des vampires, n’est-ce pas ?

— De l’ail ? répéta Fisher. À cette époque de l’année ? Tu sais combien ça coûte sur le marché ? Il faut le faire venir de l’autre bout du pays, et les marchands établissent leur prix en conséquence.

— D’accord. C’était juste une idée en passant. Je suppose que l’aubépine est également exclue ?

— Définitivement.

— Puis-je au moins espérer que tu as apporté le pieu ? En fait, ça vaudrait mieux pour tout le monde, parce qu’il n’est pas question que j’entre là-dedans sans arme efficace.

— Détends-toi, mon cœur. Il est juste là.

Fisher sortit un épais pieu en bois de sa botte. Il mesurait plus de trente centimètres de long, et son extrémité soigneusement affûtée lui donnait une apparence d’efficacité brutale.

— D’après ce que j’ai compris, c’est très simple, déclara Fisher avec assurance. Je lui plante ça dans le cœur à coups de marteau, et tu n’as plus qu’à lui couper la tête. Nous brûlons les deux parties de son corps séparément, éparpillons les cendres, et c’est fini.

— Ben voyons, railla Hawk. Juste comme ça. (Il marqua une pause pour fixer la porte close devant lui.) As-tu déjà rencontré Trask ou sa fille ?

— J’ai vu Trask à la réunion d’hier, répondit Fisher en glissant de nouveau le pieu dans sa botte. Il avait l’air complètement brisé. Et toi, tu les connais ?

— J’ai rencontré sa fille il y a quelques mois. Très brièvement. À l’époque, je servais de garde du corps au conseiller DeGeorge, révéla Hawk. La fille de Trask venait d’avoir seize ans. Elle semblait si heureuse et pleine de vitalité…

Fisher lui posa la main sur le bras.

— Nous la trouverons, Hawk. Nous la sauverons.

— Ouais. Pas de problème.

De nouveau, il martela la porte avec son poing. Agis selon les règles… Le son résonna dans le silence puis mourut rapidement. Il n’y eut aucune réaction à l’intérieur de la maison, ni depuis les bâtiments voisins. Hawk balaya la rue du regard. Il existait toujours une possibilité que ce soit un piège… Non. Son instinct l’aurait déjà averti. Après quatre ans passés dans la Garde, il avait développé un instinct à toute épreuve. Sinon, il n’aurait pas survécu aussi longtemps.

— Très bien, lâcha-t-il enfin. On y va. Mais surveille tes arrières sur ce coup-là, ma belle. On fouille une pièce à la fois, méthodiquement, et on garde les oreilles et les yeux ouverts. Pigé ?

— Pigé, acquiesça Fisher. Mais nous ne devrions pas avoir de problème tant que le soleil est encore présent. Le vampire ne peut pas quitter son cercueil avant la tombée de la nuit.

— Oui, mais il n’est peut-être pas seul, répliqua Hawk. Apparemment, la plupart des vampires ont un serviteur humain qui veille sur eux pendant leur sommeil. Une sorte de protecteur qui les aide également à attirer leurs victimes.

— Tu t’es renseigné à fond, pas vrai ? grimaça Fisher.

— Et comment ! Depuis les premières rumeurs. Je n’allais pas me faire prendre par surprise comme avec ce loup-garou, l’an dernier.

Hawk saisit la poignée de la porte. Celle-ci tourna avec difficulté dans sa main, et, comme il lui appliquait une légère pression, le battant pivota lentement. Les gonds émirent un grincement de protestation et, malgré lui, Hawk sursauta. Il ouvrit la porte en grand et scruta le hall plongé dans l’obscurité. Rien ne bougeait à l’intérieur, et seules les ombres muettes lui rendirent son regard. Fisher se rapprocha souplement de lui, la main posée sur le pommeau de son épée.

— Bizarre que la porte n’ait pas été verrouillée, commenta Hawk. Sauf si on nous attendait.

— Finissons-en, suggéra Fisher à voix basse. J’ai comme un mauvais pressentiment.

Ils pénétrèrent dans le hall et repoussèrent la porte d’entrée derrière eux, la laissant à peine entrebâillée. On ne sait jamais quand on peut avoir besoin de filer en vitesse.

Immobiles dans la pénombre, Hawk et Fisher attendirent que leur vision s’ajuste. Hawk avait un moignon de bougie dans sa poche, mais il ne voulait pas l’utiliser, à moins d’y être forcé. Il suffirait d’un courant d’air au mauvais moment pour que la flamme s’éteigne, le laissant aveugle et impuissant dans le noir. Mieux valait laisser sa vision s’adapter à l’obscurité pendant qu’il en avait la possibilité. Près de lui, il entendit Fisher s’agiter, mal à l’aise, et ne put réprimer un léger sourire. Il savait ce qu’elle ressentait. Attendre patiemment sans bouger n’était pas dans leur nature : ils se sentaient toujours mieux quand ils étaient en train d’agir. Quelle que soit la nature de l’action.

Hawk regarda autour de lui. Quelqu’un pouvait très bien se dissimuler dans l’ombre pour les observer, et ils ne s’en rendraient pas compte avant qu’il soit trop tard. Quelque chose se dirigeait peut-être déjà furtivement vers eux, les mains tendues et les crocs découverts… Hawk sentit ses épaules se raidir. Il se força à inspirer calmement et profondément. Peu importait ce qui les attendait dans cette maison ; il avait sa hache, et Fisher à ses côtés. Rien d’autre ne comptait.

Comme son œil s’accoutumait lentement à la pénombre, les contours d’un étroit couloir se dessinèrent. Il était complètement vide. Hawk se détendit légèrement.

— Ça va ? chuchota-t-il.

— Impeccable, répondit Fisher tout bas. Allons-y.

Le couloir se terminait par un escalier de bois nu qui conduisait à l’étage supérieur. Deux portes se dressaient sur les côtés : une à gauche, une à droite. Hawk empoigna sa hache. L’arme était lourde, mais la sensation de poids dans sa main le rassurait. Il jeta un coup d’œil à Fisher, et sourit en voyant qu’elle avait dégainé son épée. Captant son regard, il lui fit signe de prendre la porte de droite pendant qu’il s’occuperait de la gauche. La jeune femme acquiesça, et s’en approcha sur la pointe des pieds.

Hawk tendit l’oreille, mais il n’y avait pas de bruit de l’autre côté du battant. Il tourna la poignée, entrebâilla la porte de quelques centimètres, puis finit de l’ouvrir d’un coup de pied. Il bondit à l’intérieur et regarda rapidement autour de lui, hache brandie et prête à frapper. La pièce était vide. Il n’y avait pas de meubles, et les murs étaient nus. Un peu de lumière filtrait entre les volets clos, réduisant la pénombre. Le bois était piqueté de moisissure, et une épaisse couche de poussière recouvrait le sol. On aurait dit que personne n’avait jamais vécu ici.

Les lattes du plancher craquèrent sous les pieds de Hawk comme il s’avançait lentement. Une forte odeur de poussière et de bois pourri planait dans l’air ; en dessous, il distinguait un léger mais indéniable relent de décomposition, comme si une créature morte depuis longtemps gisait non loin de là. Il renifla, sans parvenir à déterminer si l’odeur était réelle ou juste le fruit de son imagination. Il fit rapidement le tour de la pièce, sondant les murs et écoutant le bruit produit. Mais il ne trouva nulle trace d’un panneau dissimulé ou d’un passage secret. Il promena un dernier regard à la ronde pour s’assurer qu’il n’avait rien oublié, puis ressortit dans le couloir.

Fisher l’attendait. Il secoua la tête, et elle eut un haussement d’épaules déçu qui lui arracha un imperceptible sourire. Il savait déjà qu’elle n’avait rien trouvé non plus ; sinon, il aurait entendu des bruits de combat. Fisher n’était pas réputée pour sa diplomatie.

Hawk se dirigea vers l’escalier, et Fisher lui emboîta le pas. Les marches de bois grincèrent et craquèrent sous leurs pieds. Hawk se renfrogna. Si un humain était là, en train de veiller sur le vampire, il les avait forcément entendus. Dans cette maison, il était impossible de poser le pied où que ce soit sans qu’une maudite latte trahisse votre position. Il se dépêcha de gravir le reste des marches et s’immobilisa sur le palier. Ici, il se sentait un peu moins vulnérable : s’il devait se battre, il aurait plus de place pour se mouvoir. Le sol était jonché de poussière et de crottes de rats, les murs de bois nus étaient ternes et couverts de marques. Deux portes se découpaient du côté droit du couloir. Ce dernier était aussi sombre que celui du rez-de-chaussée, et Hawk songea brièvement à allumer sa chandelle avant de repousser cette idée. Si le bruit ne les avait pas trahis, la lumière s’en chargerait.

Il s’approcha prudemment de la première porte et tendit l’oreille. Pas le moindre bruit. Il eut un léger sourire. Si cette maison se révélait vide, il allait se sentir foutrement ridicule. Il jeta un coup d’œil à Fisher et lui fit signe de protéger ses arrières. Elle hocha la tête. Il saisit la poignée de la porte, qui tourna facilement dans sa main. De nouveau, il entrebâilla le battant, prit une profonde inspiration et lui donna un coup de pied pour l’ouvrir. Puis il bondit à l’intérieur de la pièce, hache à la main. Là encore, il n’y avait personne. Il n’eut pas besoin de regarder derrière lui pour savoir que Fisher le fixait d’un air amusé.

Je t’avais bien dit que c’était une fausse piste, Hawk…

Il ne regarda pas derrière lui. Il ne lui donnerait pas cette satisfaction. En revanche, il examina minutieusement chaque recoin de la pièce plongée dans la pénombre. La maigre lumière qui suintait entre les volets clos lui révélait une penderie sur sa gauche et un lit sur sa droite. Il n’y avait pas de draps sur celui-ci, mais un gros coffre de bois se dressait à son pied. Hawk le scruta avec méfiance. Il devait mesurer un bon mètre vingt de long sur quatre-vingt-dix centimètres de large : autrement dit, il était assez grand pour abriter un corps.

Hawk se rembrunit. Que ça lui plaise ou non, il aurait besoin de lumière pour fouiller correctement la pièce. Il regarda de tous les côtés, et son regard se posa sur une vieille lampe à huile qui gisait sur le sol, près du lit. Il se pencha, la ramassa et la secoua doucement. Il sentait l’huile qui clapotait à l’intérieur du réservoir. Il se mordilla la lèvre inférieure. La maison semblait peut-être déserte, mais quelqu’un avait dû séjourner ici récemment… Il sortit son briquet à silex et alluma la mèche. La soudaine lueur dorée fit paraître la pièce plus petite et moins menaçante.

Hawk se dirigea vers le coffre et s’accroupit devant. Il ne semblait y avoir ni serrure ni cadenas. Il jeta un coup d’œil à Fisher, qui agrippa plus fermement le pieu dans sa main gauche et, d’un signe du menton, indiqua qu’elle était prête. Sans lâcher sa hache, il souleva brusquement le couvercle. Son souffle s’échappa de sa gorge en un long soupir de soulagement, et tous deux se détendirent quelque peu en découvrant la pile de vieux draps qui remplissait le coffre. Le tissu était piqueté par une vilaine moisissure et, de toute évidence, il croupissait là depuis un certain temps. Hawk fouilla consciencieusement ses replis au cas où quelque chose y aurait été dissimulé. Il ne trouva rien, et s’essuya longuement les mains sur son pantalon.

Toute cette prudence et cette lenteur lui tapaient sur les nerfs. Soudain, il brûlait d’envie de courir en tous sens et de démanteler cet endroit planche par planche jusqu’à ce qu’il retrouve l’adolescente disparue. Mais il savait qu’il ne pouvait pas le faire. D’abord, s’il n’y avait personne ici, les propriétaires de la maison le traîneraient devant le tribunal pour exiger réparation ; ensuite, s’il y avait un vampire, il devait être bien caché, et seule une fouille méthodique permettrait de le débusquer. Une pièce à la fois, une chose à la fois. Dans les règles. En suivant la procédure, Fisher et lui auraient une chance de sortir de là vivants.

Hawk s’approcha du lit et se mit à quatre pattes pour regarder en dessous. Une grosse araignée poilue jaillit de l’obscurité comme pour lui sauter à la figure, et il battit en retraite avec un glapissement de surprise. L’araignée disparut rapidement dans l’ombre derrière lui. Hawk reprit son équilibre et foudroya du regard Fisher, qui se donnait beaucoup de mal pour ne pas éclater de rire et y parvenait de justesse. Il marmonna quelque chose dans sa barbe, ramassa la lampe et la balança à bout de bras devant lui. Mais il n’y avait rien d’autre que de la poussière sous le lit.

Pas dans le coffre, et pas sous le lit. Ce qui ne laissait que la penderie, aussi évident que cela puisse paraître comme cachette. Hawk se redressa, posa la lampe sur le coffre et se dirigea vers le meuble massif, de plus de deux mètres de haut sur un mètre vingt de large. Je me demande comment ils l’ont fait passer dans l’escalier…, songea-t-il vaguement. Il saisit la poignée, fit signe à Fisher de se tenir prête et ouvrit la porte d’un coup sec.

À l’intérieur de la penderie, une adolescente nue était suspendue à un crochet de boucherie. Ses yeux grands ouverts étaient fixes, et elle était morte depuis un certain temps déjà. Deux perforations aux bords déchiquetés se détachaient sur sa gorge, rouge vif contre sa peau blanche. La pointe en acier du crochet saillait de son épaule droite, juste au-dessus de la clavicule. Pas une seule goutte de sang n’avait coulé de la plaie, ce qui signifiait qu’elle était déjà morte lorsqu’on l’avait suspendue. Hawk déglutit avec difficulté et tendit une main réticente vers la fille morte. Sa chair était glacée.

— Misère, souffla-t-il. Oh, misère.

— C’est elle, n’est-ce pas ? demanda Fisher, derrière lui. La fille du conseiller Trask.

— Oui. C’est elle.

— Le vampire devait être assoiffé. Ou peut-être juste glouton. Je doute qu’il reste une seule goutte de sang dans son corps.

— Regarde-la, dit amèrement Hawk. Seize ans, et on l’a abandonnée, suspendue dans le noir comme un vulgaire quartier de bœuf. Elle était si jolie, si vivante… Elle ne méritait pas de mourir ainsi. Personne ne mérite de mourir ainsi.

— Ne t’emballe pas, mon cœur, lui conseilla doucement Fisher. Nous pincerons le salaud qui lui a fait ça. Pour l’instant, occupons-nous de la décrocher.

— Pourquoi ?

Hawk la fixa sans comprendre.

— Nous n’avons pas le choix, Hawk. Elle a succombé à une morsure de vampire. Si nous la laissons là, elle se redressera en tant que morte-vivante. Nous pouvons au moins lui épargner cela.

Hawk acquiesça lentement.

— Bien sûr. Tu as raison.

En conjuguant leurs efforts, ils parvinrent à décrocher le cadavre et le sortir de la penderie. Ils déposèrent la malheureuse adolescente sur le lit, et Hawk tenta de lui fermer les yeux. Ses paupières ne voulaient pas rester closes, et au final Fisher posa deux pièces de monnaie dessus pour les maintenir en place.

— Je ne connais même pas son nom, réalisa Hawk. Je sais juste que c’était la fille de Trask.

Le hurlement le prit au dépourvu, et il avait à peine commencé à pivoter quand quelque chose de lourd le percuta par-derrière. Son agresseur et lui s’écroulèrent sur le sol, et la hache vola hors de sa main. Il enfonça violemment son coude dans les côtes de l’inconnu, se dégagea et rampa vers sa hache. Son agresseur se releva d’un bond, et Fisher s’avança pour l’embrocher de son épée. L’homme plongea sur le côté au dernier moment et saisit le bras tendu de Fisher. Elle poussa un grognement de douleur alors que ses doigts lui meurtrissaient la chair, écrasant ses muscles contre ses os. Son épée s’échappa de ses doigts gourds. Elle lui griffa la main, mais ne put le contraindre à lâcher prise. Il était d’une force incroyable…

L’homme la projeta au loin. Fisher alla s’écraser contre le mur du fond et glissa à terre, sonnée. Hawk s’avança, la hache à la main, et se figea en reconnaissant enfin leur agresseur.

— Trask…

Bouche bée, il fixa l’homme d’âge mûr et d’apparence éminemment banale qui se tenait devant lui. Le conseiller était à peine plus grand que la moyenne et d’une maigreur presque douloureuse, mais ses yeux brûlaient sur son visage décharné.

— C’était votre fille, espèce de salaud ! s’exclama Hawk. Votre propre fille…

— Elle vivra éternellement, répliqua Trask d’un ton affreusement calme et raisonnable. Et moi aussi. Mon maître me l’a promis. Au début, ma fille avait peur ; elle ne comprenait pas. Mais ça viendra. Jamais nous ne deviendrons vieux et laids, jamais nous ne mourrons et ne reposerons dans la terre froide. Nous serons forts et puissants, et tout le monde nous craindra. Tout ce que j’ai à faire en échange, c’est protéger le maître contre les imbéciles dans votre genre.

Il bondit en avant. Hawk brandit sa hache et la balança à deux mains de toutes ses forces. La large lame métallique mordit dans les côtes de Trask comme dans du beurre. Le conseiller hurla de rage autant que de douleur, et recula vers le lit en titubant. Hawk dégagea son arme et s’apprêta à frapper de nouveau si nécessaire. Trask baissa les yeux vers sa cage thoracique, et vit le sang se déverser à gros bouillons de la plaie béante dans son flanc. Il plongea les doigts à l’intérieur, les porta à sa bouche et les lécha.

Hawk leva sa hache. Trask se jeta sur lui, et il lutta pour respirer tandis que les doigts osseux de son adversaire se refermaient sur sa gorge et serraient. Il tenta de lancer sa hache une nouvelle fois, mais il ne pouvait pas l’utiliser dans un combat aussi rapproché. Aussi la lâcha-t-il pour saisir les poignets de Trask. Le conseiller était trop fort. Le regard de Hawk se voila, et il entendit son sang lui marteler les tympans. Fisher s’avança et abattit son épée sur le bras droit du conseiller. La lame scintillante trancha les muscles, et le bras se détendit mollement.

Rassemblant ses dernières forces, Hawk repoussa Trask. Celui-ci fit mine d’attaquer Fisher de son bras indemne. Elle esquiva le coup et lui plongea son épée droit dans le cœur. Trask se figea, le regard fixé sur la lame d’acier qui dépassait de sa poitrine. Fisher la dégagea d’un geste brusque, et il s’effondra comme si l’épée avait été la seule chose qui le maintenait debout. Il tomba sur le dos, une flaque de sang se formant déjà sous son corps alors qu’il foudroyait du regard les deux capitaines penchés sur lui. Puis la lumière s’éteignit dans ses yeux, et sa respiration s’interrompit.

Hawk s’adossa au mur et palpa prudemment sa gorge meurtrie. Fisher poussa le corps de Trask du bout de sa botte. Comme il ne bougeait pas, elle s’agenouilla près de lui et chercha son pouls. Il n’en avait plus. Satisfaite, elle hocha la tête et se releva.

— C’est fini, Hawk. Ce salaud est mort.

— Tant mieux, dit Hawk.

Il fronça les sourcils en constatant combien sa voix était rauque. Ça ne l’aurait pas vraiment dérangé si la douleur n’avait pas été pire que le son.

— Ça va, ma belle ?

— Ça a déjà été pire. Crois-tu que Trask ait été le vampire que nous recherchions ? s’enquit Fisher.

Hawk secoua la tête.

— Non. Il n’avait pas les dents pour ça. Et puis, nous l’avons vu à la réunion hier matin, tu te souviens ?

— Exact. Il n’était que le serviteur humain. Mais mieux vaudrait l’empaler quand même, juste au cas où.

— Occupons-nous d’abord de la fille.

— D’accord.

Hawk lui planta le pieu dans le cœur. C’était un travail difficile, aussi bien physiquement que moralement. Il laissa Fisher se charger de Trask, pendant qu’il décapitait l’adolescente le plus proprement possible. Il n’y avait pas de sang mais, d’une certaine façon, c’était encore pire. Couper la tête de Trask, en revanche, ne leur posa pas le moindre problème.

Quand ils eurent terminé, Hawk et Fisher sortirent de la pièce et refermèrent doucement la porte derrière eux. Hawk avait espéré que l’air serait un peu moins vicié sur le palier, mais ce ne fut pas le cas. Il leva...