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Les épines de l'amour (Roman)

96 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 296
EAN13 : 9782296341272
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LES ÉPINES DE L'AMOUR

Pl

Koumanthio ZeÏnab DIALLO

LES ÉPINES DE L'AMOUR
(Roman)

L'Harmattan

5-7, rue de l'École Polytechnique 75005Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

@ Éditions l'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5449-6

Collection "Encres Noires" Dirigée par Gérard da Silva
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Ken Bugul, Cendres et braises. Jean-Jacques Nkollo, Le paysan de Tombouctou (Théâtre). El Ghassem Ould Ahmedou, Le dernier des nomades. Mamadou Seck, Survivre à Ndumbélaan. Georges Ngal, Une saison de synlphonie. Pius Ngandu Nkashama, Le Doyen Marri. Moussa Ou Id Ebnou, Barzakh. Olympe Bhely-Quenum, Les appels du Vodou. El Hadj Kassé, Les mamelles de Thiendella. Dominique M'Fouilou, Le quidanl. Nocky Djedanoun, Yana. Albert Thierry Nkili Abou, Carton rouge. Pius Ngandu Nkashama, Yakouta. Maria Nsue Angüe, Ekomo Alex I-Lemon, Kockidj, L'étrange fillette Essomba, Les lanceurs de foudre Thérèse Kuoh Moukoury, Rencontres essentielles. Mamadou Gayé, Lait caillé. Denis Oussou-Essui, Rendez-vous nlanqués. Auguy Makey, Sur les pas d'E,nmanuel. Ruben Nwahba, L'Accouchenlent Charles Carrère, Ménzoires d'un balayeur, suivi de contes et nouve lles. Salim Hatubou, Le sang de l'obéissance. Blaise Aplogan, Les noces du caméléon. Komlanvi lM. Pinto, L'ombre du Karité. Adamou Ide, Talibo, un enfant du quartier Moudjib Djinadou, L'avocat de Vanessa. Emile Biti Abi, Myriam, la fille du tonnerre bienfaiteur. Aniceti Kirereza, Les enfants du faiseur de pluie. Jimi Yuma, Bagraines, nouvelles. Dominique M'Fouilou, La salve des innocents. Kiridi Bangoura, Le baptênle des chiots. Seydi Sow, Misères d'une boniche. Idris YoussoufElmi, La Galaxie de l'absurde Jean-François Alata, Racines brisées Harouna-Rachid L Y, Le réveil agité.

La nuit venait de tomber douce mais sensuelle et s'assoupissait lentement dans la somnolence des "kéroonaa" 1. Au milieu des montagnes mystérieuses, surgissait le Fouta romantique et éternel: terre des grands Walious2 (Karamoko Alpha, Thierno Aliou Bhoubhandian, Thierno Samba Mombèya) et de grands guerriers (Alpha Yaya Diallo, Almamy Bokar Biro). Monde féerique et fécond baignant sous le soleil tropical, le Fouta couvrait de ses tentacules indélébiles son royaume ondulant sous les rituels des flûtes pastorales, des chants des muezzins convertis et les caresses des douces nuits des "béïtoodyé"3.

1 Guitares traditionnelles 2 Saints 3 Chants liturgiques
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Ce même et grand Fouta s'avançait à pas sûrs sur le long sentier de l'histoire. Au coeur de ce joyau de la nature presque avalé par de gigantesques montagnes, se dressait LABE, une grande agglomération au passé glorieux, au présent riche de poésie et de mystère, vivant encore dans les contes, dans les légendes, dans les veillées traditionnelles guinéennes. LABE dormait sous la protection de la belle lune, une lune comme seule peut l'être la lune au Fouta Djallon. Elle dormait d'un profond sommeil troublé parfois par les cris des hiboux, la course aveugle des chauvessouris, le chant des coléoptères accouplés... Des plaintes s'échappèrent de la maison de Mody Cellou, un Peuhl de la lignée des Khaldouyankés4, bon teint, âgé d'une quarantaine d'années environ, et d'une beauté masculine sans exagération. Grand et fort, sa musculature dans un corps bien poli résistait encore aux durs efforts de la vie. Liée à son degré de noblesse et à sa fortune très substantielle, sa renommée était très grande. Il était le descendant du grand chef Khaldouyanké Alpha Yaya Diallo qui fut un roi aimé et respecté. Il avait une démarche majestueuse; ses paroles étaient éloquentes, convaincantes et précises. Les "Awlubhés5, fidèles griots de son illustre famille, l'avaient surnommé Mody Cellou l'immortel. Une réflexion puérile, certes, mais sereine dans la pensée de ceux qui n'arrivaient pas à croire qu'avec tout ce que possédait Mody Cellou, il
4 Famille noble du Fouta Djalon dont l'ancêtre serait Kalidu 5 Griots: au pluriel Awlubbé, au singulier Gaoulo 8

pouvait aussi être frappé par la sentence finale, tant le soleil au firmament ne cessait de briller pour nourrir les racines de sa vie. Pouvait-on l'imaginer, lui si viril, succombant sous le glaive inexorable de la mort? Lui qui recevait les prières quotidiennes des malheureux, la bénédiction de "Allah" l'Eternel, le Tout-Puissant? Il détenait entre ses mains une fortune colossale, complément de sa noblesse sans brume que nul Peuhl ne pouvait contester. Les plaintes continuèrent dans la maison de Mody Cellou, une maison qui, bâtie sur une concession au coeur de Labé, avait une beauté d'un style royal. "Gallé Wéliya", c'est le nom que lui valait son architecture, augmentait la fierté de Mody Cellou et de sa famille. Les plaintes s'accentuaient dans Gallé Wéliya jusqu'à ce que l'on vît une ceinture de curieux se former autour de Mody Cellou. Tous les regards, interrogatifs, fixèrent son visage calme et serein. Mody Cellou avait l'habitude de garder son sang-froid dans les moments difficiles. - "Appelez-moi la vieille Sira, dites-lui de venir rapidement. Faites vite", intima-t-il. Mody Cellou baissa la tête en signe de réflexion et entendit encore les gémissements de Mariama, sa femme. Ces gémissements avaient l'air de marteler sa tête. La sueur perla sur son front, coula jusqu'à ses yeux et sa vue se brouilla. Une émotion nouvelle était née chez lui. C'était une épreuve dans la peau du noble.

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