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John Norman
Les Esclaves de Gor
Gor – 7
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Daniel Lemoine
Milady
1
LA MARQUE
Le récit suivant est écrit sur l’ordre de mon Maître, Bosk de Port Kar, le célèbre Marchand qui, à mon avis, a autrefois appartenu à la Caste des Guerriers. Je m’appelais Elinor Brinton. J’étais riche et indépendante. Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas. Je laisse à d’autres le soin de dégager la signification de ce récit. D’après mes renseignements, mon histoire n’est ni aussi exceptionnelle ni aussi étrange qu’elle peut le paraître. Conformément aux critères de la Terre, j’étais considérée comme extrêmement belle. Sur cette planète, je suis une fille à quinze pièces d’or, plus jolie que beaucoup, mais dépassée, sur ce plan, par beaucoup d’autres, dont je ne puis qu’envier la stupéfiante beauté. J’ai été achetée pour servir dans les cuisines de la Demeure de Bosk. Les Marchands, d’après ce que j’ai pu apprendre, tiennent les itinéraires du trafic d’esclaves entre cette planète et la Terre. Les femmes, entre autres denrées, sont acquises et conduites sur les Marchés de ce monde étrange. Celles qui sont belles et désirables ont des raisons d’avoir peur. Apparemment, ils sont libres d’agir comme bon leur semble. Pourtant, il me semble qu’il y a des destins moins enviables que celui qui consiste à être conduite sur cette planète, même en tant que butin destiné aux hommes. Mon Maître m’a ordonné de ne pas décrire cette planète en détail. J’ignore pourquoi il en est ainsi, mais je ne le ferai pas. Il m’a ordonné de narrer principalement ce qui m’est arrivé. Et il m’a demandé de coucher sur le papier mes pensées et, surtout, mes émotions. C’est ce que je souhaite faire. En fait, même si je ne le souhaitais pas, il me faudrait obéir. Il suffit, donc, que je parle brièvement de mes origines et de ma situation. J’ai fait des études coûteuses, sinon de bonnes études. J’ai supporté une longue succession d’années solitaires dans plusieurs écoles privées et, plus tard, dans une des meilleures universités pour jeunes filles du nord-est des États-Unis. Aujourd’hui, ces années me paraissent étrangement vides, sinon dérisoires. Il m’était aisé d’obtenir de bonnes notes. Mon intelligence, il me semble, était bonne mais, même lorsque mon travail me paraissait mauvais, il était bien noté comme, en fait, celui de mes condisciples. Nos parents étaient riches et l’université recevait souvent des dons substantiels, lorsque nous obtenions nos diplômes. En outre, je n’avais jamais trouvé difficile de plaire aux hommes, et de nombreux professeurs étaient de sexe masculin. En fait, ils semblaient soucieux de me plaire. Je n’échouai que dans une seule matière : le français. Mon professeur, dans ce cas, était une femme. Le doyen de l’université, conformément à son habitude en de telles circonstances, refusa d’accepter la note. Je passai un bref oral avec un autre professeur et la note devint A. La femme quitta l’université au printemps. J’en fus désolée, mais elle aurait dû se méfier. Du fait que j’étais riche, il ne m’était pas difficile d’avoir des amis. J’étais extrêmement populaire. Mais je ne me souviens de personne à qui j’aurais pu parler, me confier. J’aimais passer les vacances en Europe. J’avais les moyens d’être bien habillée et je ne m’en privais pas. Mes cheveux étaient toujours comme je voulais qu’ils soient, même lorsqu’ils semblaient, trompeusement, dans un désordre charmant. Un morceau de ruban, la couleur d’un accessoire, la quantité appropriée de rouge à lèvres coûteux, les coutures d’une jupe,
la qualité du cuir d’une ceinture d’importation et des chaussures assorties, tout comptait. Lorsque je demandais un délai pour un devoir que j’aurais dû avoir déjà rendu, je portais des mocassins éraflés, un blue-jean, un sweat-shirt et un ruban dans les cheveux. Dans ces occasions, j’étalais toujours un peu d’encre, provenant du ruban de la machine à écrire, sur mes joues et mes doigts. J’obtenais toujours le délai supplémentaire qui m’était nécessaire. Bien entendu, je ne tapais pas moi-même à la machine. Néanmoins, en général, je faisais moi-même mes devoirs. Cela me faisait plaisir. Je les préférais à ceux que je pouvais acheter. Un professeur, qui m’avait accordé un délai supplémentaire pendant l’après-midi, ne me reconnut pas, le soir, alors qu’il était assis deux rangs derrière moi, lors d’un concert de musique de chambre donné au Lincoln Center. Il me regarda d’un air interrogateur et, à un moment donné, pendant l’entracte, parut sur le point de m’aborder. Je lui adressai un regard glacial et il tourna le dos, rouge de confusion. J’étais en noir, j’avais un chignon, des perles et des gants blancs. Il n’osa pas me regarder à nouveau. J’ignore à quel moment j’ai été remarquée. Cela peut être dans une rue de New York, sur un trottoir de Londres, dans un café de Paris. Cela peut être tandis que je prenais un bain de soleil sur la Côte d’Azur. Cela peut être sur le campus de mon université. Quelque part. Sans le savoir, j’ai été remarquée en vue d’être acquise. Riche et belle, j’étais très orgueilleuse. Je savais que je valais mieux que les autres et ne craignais pas de prouver, à ma manière, que cela était vrai. Bizarrement, au lieu de s’en montrer contrariés, la plupart des gens, quels que soient leurs sentiments personnels, étaient impressionnés par moi et me craignaient. Ils acceptaient la valeur personnelle que j’affichais, laquelle était considérable. Ils essayaient de me plaire. Je m’amusais avec eux, boudeuse, feignant d’être en colère ou contrariée, puis souriais pour leur indiquer que je leur avais pardonné. Ils semblaient reconnaissants, radieux. Comme je les méprisais ! Comme je me servais d’eux ! Ils m’ennuyaient. J’étais riche, heureuse et belle. Ils n’étaient rien. Mon père avait fait fortune dans l’immobilier, à Chicago. Il ne se souciait que de ses affaires, du moins à ma connaissance. Je ne me souviens pas qu’il m’ait jamais embrassée. En outre, je ne l’ai jamais vu toucher ma mère, ou bien celle-ci le toucher, en ma présence. Elle appartenait à une riche famille de Chicago, propriétaire de nombreux terrains en bordure du lac. Je ne crois pas que mon père se souciait beaucoup de l’argent qu’il gagnait, sinon en ceci qu’il en gagnait davantage que la majorité des gens, mais qu’il existait toujours des individus, quelques-uns, plus riches que lui. C’était un homme morose et obstiné. Je me souviens de ma mère, recevant chez nous. Je me souviens que mon père avait dit, un jour, qu’elle était son meilleur investissement. Dans sa pensée, ce n’était pas un compliment. Je me souviens qu’elle était belle. Elle empoisonna un caniche qui m’avait été offert. Il avait déchiré une de ses pantoufles. J’avais sept ans, à l’époque, et j’ai beaucoup pleuré. Il avait de l’affection pour moi. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme, ni mon père ni ma mère n’ont assisté à la cérémonie. Si mes souvenirs sont exacts, j’ai alors pleuré pour la deuxième fois de ma vie. Lui avait un rendez-vous d’affaires et ma mère, à New York, où elle habitait, recevait des amis à dîner. Néanmoins, elle envoya une carte et une montre luxueuse, que je donnai à une camarade. Cet été-là, bien qu’il n’eût pas cinquante ans, mon père mourut d’une crise cardiaque. À ma connaissance, ma mère habite toujours New York, dans un grand appartement de Park Avenue. Aux termes du règlement des biens immobiliers, ma mère reçut l’essentiel, mais je reçus quant à moi trois quarts d’un million de dollars, principalement en actions et en titres, une fortune qui fluctuait, parfois considérablement, avec le marché, mais était fondamentalement saine. Je ne me
souciais pas de savoir si, un jour donné, ma fortune était légèrement supérieure à un demi-million de dollars ou à trois quarts de million. Après avoir obtenu mon diplôme, je m’installai dans un appartement en terrasse de Park Avenue. Je ne voyais jamais ma mère. Après avoir quitté l’université, je ne m’intéressai à rien de spécial. Je fumais trop, tout en détestant cela. Je buvais pas mal. Je ne me droguais pas, parce que je trouvais cela stupide. Mon père avait de nombreuses relations d’affaires, à New York, et ma mère avait fait la connaissance de personnages influents. Je me décidai à téléphoner à ma mère, quelques semaines après avoir obtenu mon diplôme, pensant qu’il serait peut-être intéressant de poser pour les photographes. Cette activité me paraissait séduisante et je me disais que je rencontrerais peut-être des gens intéressants et amusants. Quelques jours plus tard, deux agences m’invitèrent à des entrevues qui ne furent, comme je l’avais prévu, que de simples formalités. Il y a, manifestement, de nombreuses jeunes femmes assez belles pour poser. La beauté, en elle-même, dans une population de dizaines de millions d’individus, n’est pas rare. Par conséquent, surtout en ce qui concerne les jeunes femmes inexpérimentées, on suppose que des critères distincts de la beauté, du charme et de l’élégance conditionnent les chances de réussite, dans un domaine où la compétition est si acharnée. Tel fut mon cas. Je crois, bien entendu, que j’aurais pu réussir aussi bien par moi-même. Mais ce n’était pas la peine. Ma carrière me plut, mais elle ne dura guère plus de quelques semaines. J’aime les vêtements et sais les mettre en valeur. J’aime poser, bien que ce soit parfois douloureux et fatigant. Les photographes et les dessinateurs étaient intelligents et pleins de vivacité bien que, parfois, abrupts. Il s’agissait de professionnels. Un jour, l’un d’entre eux me traita de salope. Je ris. Mes contrats étaient nombreux. Mon contrat le plus lucratif consistait à poser pour plusieurs modèles de maillots de bain appartenant à la nouvelle collection d’une maison connue dont le nom, toutefois, est sans importance dans le cadre de ce récit. Je ne l’honorai pas. Je reçus la convocation un lundi après-midi et devais me présenter au studio le mercredi matin. Je n’avais rien à faire le mardi. La veille au soir, j’avais congédié ma femme de chambre et mon cuisinier noirs jusqu’au mercredi. Je voulais l’appartement pour moi toute seule, rester seule, lire et écouter des disques. Le mardi matin, je dormis tard. Je fus éveillée par le soleil passant entre les rideaux. Je m’étirai. C’était une journée chaude et paresseuse. Il était près de midi. Je dors nue, entre des draps de satin blanc. Je tendis la main vers le cendrier posé sur la table de nuit, près du lit, et allumai une cigarette. La pièce n’avait rien d’exceptionnel. Un jouet en peluche, un koala à la fourrure soyeuse, se trouvait près du pied du lit. Des livres étaient sur les tables. L’abat-jour de la lampe était légèrement de travers, comme la veille au soir. Le réveil, dont je n’avais pas remonté la sonnerie, était sur la coiffeuse. La cigarette avait mauvais goût, mais elle m’avait fait envie. Je m’allongeai sur les draps, m’étirai une nouvelle fois, puis sortis les jambes du lit et enfilai mes pantoufles. Je mis un peignoir de soie. J’écrasai la cigarette dans le cendrier puis gagnai la salle de bains dans l’intention de prendre une douche. Je m’attachai les cheveux, quittai le peignoir, tirai la porte de la douche et y pénétrai. Bientôt, je me livrai aux délices de l’eau chaude. C’était une bonne journée, chaude et paresseuse. Je restai ainsi pendant quelques minutes, la tête en arrière, les yeux fermés, laissant l’eau chaude couler sur mon corps. Puis je pris le savon et entrepris de me savonner le corps. Tandis que mes doigts étendaient du savon sur ma cuisse gauche, je fus soudain
stupéfaite. Il y avait, là, quelque chose que je n’avais jamais touché. Je me penchai sur la gauche, la jambe gauche tendue bien droit. Soudain, tout devint presque noir. J’eus le souffle coupé. Je fus horrifiée. Je n’avais pas eu mal. Mais je n’avais pas cela la veille au soir ! J’avais une marque sur la cuisse. Elle se trouvait en haut de la cuisse. La marque elle-même faisait environ quatre centimètres de haut. C’était une marque élégante, cursive. En elle-même, elle était jolie. Je compris qu’elle ne pouvait être la conséquence d’une blessure naturelle. Elle était, à sa manière, parfaite, plutôt profonde et nette. C’était une marque infligée délibérément et avec précision. Je cherchai mon souffle et m’appuyai contre le mur pour ne pas tomber. Abasourdie, je me rinçai et fermai le robinet de la douche. Je sortis de la salle de bains, toujours mouillée, marchai pieds nus sur la moquette, jusqu’au miroir en pied fixé à un des murs de la chambre. J’eus à nouveau le souffle coupé et, une nouvelle fois, la pièce parut tournoyer autour de moi. Sur le miroir, bien que je ne l’eusse pas vue plus tôt, il y avait une autre marque. Elle avait été tracée, au rouge à lèvres, sur la surface du miroir. Elle faisait plus de trente centimètres de haut, mais elle était semblable à celle que portait ma cuisse. C’était la même marque élégante et cursive. Incrédule, je me regardai dans le miroir. Je touchai à nouveau la marque que je portais à la cuisse. Puis je regardai à nouveau la marque tracée au rouge à lèvres sur le miroir. Je me contemplai. J’ignorais tout de ces pratiques, mais il était impossible de se méprendre sur la marque élégante, profonde, dont s’ornait ma cuisse. Tout devint noir, je m’effondrai sur la moquette, devant le miroir. Je perdis connaissance. J’avais été marquée au fer rouge.
2
LE COLLIER
J’ignore combien de temps je suis restée, inconsciente, sur l’épaisse moquette, devant le miroir. Cela dura peut-être plus d’une heure, à en juger par la position du soleil passant au travers des rideaux. Je me mis enfin à quatre pattes sur la moquette et me regardai dans le miroir. Je hurlai. Je devenais folle ! Je me pris la tête entre les mains et secouai la tête. Je passai les doigts sous le cercle métallique qui m’enserrait la gorge, essayant de l’arracher. On me l’avait passé au cou pendant que j’étais inconsciente ! Autour de mon cou, bien ajusté, se trouvait un cercle d’acier élégant et luisant. Reprenant mes esprits, je passai simplement les mains derrière le cou, dans l’intention de manœuvrer la fermeture et de quitter le collier. Mes doigts explorèrent. Je ne trouvais pas la fermeture. Je le tournai lentement, prudemment, car il était plutôt ajusté. Je l’examinai dans le miroir. Il n’y avait ni fermeture ni crochet. Il n’y avait qu’une petite serrure compacte et une fente adaptée à une clé minuscule. Il avait été refermé, à clé, autour de mon cou ! Des lettres étaient gravées dans l’acier, mais je ne pus les lire. Je ne connaissais pas cette écriture ! Une nouvelle fois, la chambre devint noire et tournoya, mais je luttai désespérément pour ne pas perdre à nouveau connaissance. Quelqu’un était entré dans la chambre et avait placé le cercle métallique autour de mon cou. Cette personne était peut-être encore là. La tête pendante, les cheveux touchant la moquette, à quatre pattes, je secouai la tête. Je griffai les poils de la moquette. Il ne fallait pas que je perde connaissance. Il fallait que je garde mes esprits. Je regardai autour de moi. Mon cœur faillit s’arrêter. La chambre était vide. Je rampai vers le téléphone, posé sur la table de nuit, près du lit. Je décrochai avec une extrême précaution, afin de ne pas faire le moindre bruit. Il n’y eut pas de tonalité. Le fil était coupé. Les larmes me vinrent aux yeux. Il y avait un autre téléphone, au salon, mais il se trouvait de l’autre côté de la porte. J’avais peur d’ouvrir la porte. Je jetai un coup d’œil en direction de la salle de bains. Cette pièce me faisait également peur. J’ignorais ce qu’il pouvait y avoir à l’intérieur. J’avais un petit revolver. Je ne m’en étais jamais servie. Je n’y pensai qu’à cet instant-là. Je me levai d’un bond et courus jusqu’au grand placard qui occupait tout un mur de la pièce. Je plongeai la main sous les écharpes et la lingerie d’un tiroir, touchai la crosse. Je poussai un cri de joie. Puis, j’examinai l’arme, incrédule. Je ne pus ni sangloter ni gémir. Il m’était tout simplement impossible de comprendre ce qui s’était produit. L’arme n’était plus qu’un morceau de métal pratiquement informe. On aurait dit, pratiquement, un morceau de chocolat fondu. Je la laissai tomber sur les soieries. Je me redressai, abasourdie, et me regardai dans le miroir. J’étais sans défense. Mais ma terreur n’était pas simplement de la terreur. Je sentis que ce qui m’arrivait ne pouvait en aucun cas s’expliquer dans le cadre du monde que je connaissais. J’eus peur.
Je courus jusqu’aux longs rideaux de la grande fenêtre de ma chambre et les ouvris brutalement. Je regardai la ville. Elle baignait dans les fumées grises de la pollution, que le soleil dorait. Je découvris des milliers de fenêtres, dont certaines réfléchissaient le soleil, dans la brume dorée et irréelle. Je découvris les hautes murailles de brique, d’acier, de béton et de verre. C’était mon univers. Je restai quelques instants immobile, baignant dans le soleil qui passait au travers des vitres épaisses et sales. C’était mon univers ! Mais je restai, nue, derrière la vitre, la gorge emprisonnée dans un cercle d’acier que je ne pouvais retirer. Ma cuisse portait une marque. — Non ! m’écriai-je. Non ! Je tournai le dos à la fenêtre et, silencieusement, me dirigeai vers la porte du salon, qui était légèrement entrouverte. Je rassemblai tout mon courage et la poussai un peu plus. Je faillis m’évanouir de soulagement. La pièce était vide. Tout était comme je l’avais laissé. Je courus jusqu’à la cuisine, que je voyais depuis le salon, et ouvris un tiroir. J’en sortis un couteau à découper. Je me retournai brusquement, serrant le couteau, mais il n’y avait personne. Le couteau à la main, je me sentis moins démunie. Je regagnai le salon, puis la table du téléphone. Je jurai en constatant que le fil avait été coupé. Je fis le tour de l’appartement. Les portes étaient fermées à clé. Les pièces étaient vides, tout comme le patio et la terrasse. Mon cœur battait à tout rompre. Mais je débordais de joie. Je courus m’habiller, dans l’intention de sortir et de prévenir la police. Au moment où j’atteignais le placard, des coups violents et impérieux furent frappés à la porte. Je pivotai sur moi-même, serrant le couteau. On frappa à nouveau, avec davantage d’insistance. — Ouvrez ! ordonna une voix. Police ! Je faillis m’évanouir de soulagement. Je courus jusqu’à la porte, sans cependant déposer le couteau. Devant la porte, je m’immobilisai, serrant le couteau, terrifiée. Je n’avais pas appelé la police. Il était peu probable qu’on ait entendu mes cris. Je n’avais pas tenté de prévenir quelqu’un, après avoir constaté que les téléphones étaient inutilisables. J’avais seulement cherché à fuir. Par conséquent, ceux qui se trouvaient derrière la porte n’appartenaient certainement pas à la police. On frappa une nouvelle fois. Je fus prise de vertige. Puis les coups se firent plus violents encore. — Ouvrez ! entendis-je. Ouvrez ! Police ! Je me forçai au calme. — Un instant ! criai-je, d’une voix aussi posée que possible. J’ouvrirai dans un instant. Je suis en train de m’habiller. Les coups cessèrent. — Très bien, répondit une voix. Dépêchez-vous ! — Oui ! criai-je d’une voix douce, mais le corps couvert de sueur. Un petit moment ! Je regagnai la chambre en courant et regardai désespérément autour de moi. Je
sortis quelques draps d’un placard et les nouai fiévreusement bout à bout. Je courus sur la terrasse. J’eus le vertige, en regardant par-dessus le parapet. Mais, cinq mètres plus bas, il y avait un petit balcon, semblable aux centaines de balcons identiques des murs de l’immeuble. Il donnait sur l’appartement de l’étage inférieur. Au soleil, l’air me piquant les yeux, parmi les particules de suie et de cendres, j’attachai solidement l’extrémité de ma corde de draps à la petite balustrade métallique surmontant le parapet qui entourait la terrasse et le patio. L’autre extrémité touchait le sol du balcon inférieur. Si je n’avais pas été terrifiée, je n’aurais jamais eu le courage de faire ce que je projetais. On frappait à nouveau à la porte. Je perçus l’impatience des coups. Je regagnai la chambre, dans l’intention de passer quelque chose mais, au moment où j’entrai dans la pièce, j’entendis une épaule d’homme heurter violemment la lourde porte. J’avais constaté, dans le patio, que je ne pourrais pas conserver le couteau en descendant par la corde de draps, car j’aurais besoin de mes deux mains. Peut-être aurais-je dû le prendre entre les dents, mais ma panique était telle que je n’y songeai même pas. J’étais dans la salle de bains lorsque j’entendis la porte craquer, au niveau des gonds et de la serrure. Éperdue, je glissai le couteau sous l’oreiller de mon lit et regagnai le patio en courant. Sans regarder en bas, terrifiée, je saisis la corde de draps et, respirant à peine, l’estomac noué, une main après l’autre, entamai la descente. J’avais dépassé le parapet lorsque j’entendis la porte céder, puis des hommes se ruer dans l’appartement. Dès que j’aurais atteint le balcon inférieur, qui n’était plus qu’à deux mètres, je serais sauvée. Je pourrais attirer l’attention des occupants de l’appartement ou bien, si nécessaire, avec une chaise, un meuble, un outil quelconque, casser la vitre et entrer. Au-dessus, dans mon appartement, retentit un cri de colère. J’entendis les bruits de la rue, tout en bas. Je n’osai pas baisser la tête. Puis mes pieds touchèrent le dallage du balcon inférieur. J’étais sauvée ! Quelque chose de doux, de plié et de blanc glissa au-dessus de ma tête, devant mes yeux. Cela me fut enfoncé dans la bouche. Un autre morceau de tissu plié glissa également au-dessus de ma tête. Il fut solidement noué sur ma nuque. Je voulus crier, mais cela me fut impossible. — Nous l’avons ! annonça une voix.
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