Les États-Unis d’Amérique. Synthèse historique

De
L’histoire des États-Unis est indissociable de celle du Canada et pourtant on la tient à distance. Albert Desbiens, spécialiste fort respecté, a accepté d’en dresser un bref survol. L’essentiel y est, présenté sous une plume alerte, dans un style clair et accessible.Souvent la phrase est lapidaire: «Jackson tient à ses principes, mais ses principes sont variables […]»; «La croissance économique n’avait pas permis de régler tous les problèmes, mais plutôt de les masquer»; «Washington n’a pas été entraîné dans le bourbier vietnamien, il s’y est précipité»; «L’obsession américaine sera à la mesure de la menace terroriste et la résolution américaine sera à la mesure de cette obsession».Desbiens a le sens de la formule. Il sait être concis. Il va à l’essentiel, mais ne néglige rien d’important. Il est prudent dans ses jugements, mais n’hésite pas, pour autant, à prendre position. Ainsi sur l’assassinat de John F. Kennedy dont l’histoire avait commencé «comme un conte de fée»; sur le mandat de George W. Bush qui se situe «sur un terrain miné pour l’historien».Déjà fascinante en soi, l’histoire de ce nouvel empire, d’un type tout à fait inédit, prend forme tout au long de pages lucides et éclairantes qui permettent de mieux comprendre. Après tout, n’est-ce pas le but de l’histoire?Albert Desbiens, après des études supérieures au Québec et aux États-Unis, a enseigné l’histoire des États-Unis d’Amérique à l’Université du Québec à Montréal pendant plus de trente ans. Il y a animé le secteur des études américaines contemporaines. Il continue d’être actif comme professeur associé au département d’histoire de l’UQAM et président de l’Association québécoise d’études américaines.
Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782896643592
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Albert Desbiens
LES ÉTATS-UNIS
D’AMÉRIQUE
Synthèse historique
septentrionHistorique.set-up.01 2 8/3/04, 12:48LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
Synthèse historique
Historique.set-up.01 3 8/5/04, 10:34Historique.set-up.01 4 8/5/04, 10:34Albert Desbiens
LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
Synthèse historique
septentrionLes éditions du Septentrion remercient le Conseil des Arts du Canada et la Société de
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set-up.01 6 15/09/05, 13:43À ma fille Véronique,
À mon fils Mathieu
Mes meilleurs chapitres
Historique.set-up.01 7 8/3/04, 12:48Historique.set-up.01 8 8/3/04, 12:48Préface
Quand un Français parle de l’Amérique, il fait allusion généralement
aux États-Unis. En fait, Amérique peut désigner un pays ou un
continent. Les Américains eux-mêmes, ou si vous préférez les États-Uniens,
disent volontiers America pour United States of America. Est-ce un
diminutif ? Est-ce plutôt par suffisance ou par arrogance ?
Devenus rapidement une partie de continent, les États-Unis en sont
venus à se prendre pour tout le continent. Leur expansion s’est
accomplie en trois temps : l’accession à l’indépendance les mène jusqu’au
Mississippi, l’acquisition du territoire de la Louisiane leur permet
d’atteindre les Rocheuses. La Manifest Destiny fait le reste. Les
Américains sont bénis des dieux, rien ne leur résiste. Ils annihilent les
eCanadiens français égarés au sud du 49 parallèle, repoussent les
Britanniques au Nord, écrasent les Indiens et humilient les Mexicains. Il
leur reste à s’entredéchirer au moment de la guerre de Sécession.
Devenus maîtres d’un continent, un jour ils se proposeront comme
gendarmes de la planète.
Comment expliquer ce destin si différent de celui du Mexique, des
pays d’Amérique latine ou du Canada ? Les Européens peuvent-ils se
reconnaître dans leurs descendants devenus des Américains ?
Les Canadiens pour leur part, et les Québécois tout
particulièrement, ont une histoire étroitement liée avec leurs voisins du Sud.
Plusieurs historiens considèrent que le temps fort de l’histoire du Canada
est la révolution américaine ! En vérité, l’histoire du Canada est
indissociable de celle des États-Unis et pourtant on la tient à distance.
Albert Desbiens, spécialiste fort respecté, a accepté d’en dresser un bref
survol. L’essentiel y est, présenté sous une plume alerte, dans un style
clair et accessible.
Souvent la phrase est lapidaire. Qu’on en juge : « Jackson tient à ses
principes, mais ses principes sont variables […] » ( : 110) ; « La
Historique.set-up.01 9 8/4/04, 08:1510 • LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE : SYNTHÈSE HISTORIQUE
croissance économique n’avait pas permis de régler tous les problèmes,
mais plutôt de les masquer» ( : 239) ; « Washington n’a pas été entraîné
dans le bourbier vietnamien, il s’y est précipité» ( : 256) ; « L’obsession
américaine sera à la mesure de la menace terroriste et la résolution
amérsera à la mesure de cette obsession» ( : 291).
Desbiens a le sens de la formule. Il sait être concis. Il va à
l’essentiel, mais ne néglige rien d’important. Il est prudent dans ses
jugements, mais n’hésite pas, pour autant, à prendre position. Ainsi sur
l’assassinat de John F. Kennedy ( : 255) dont l’histoire avait commencé
« comme un conte de fée» ( : 242) ; sur le mandat de George W. Bush
qui se situe pour l’instant « sur un terrain miné pour l’historien»
( : 290).
Déjà fascinante en soi, l’histoire de ce nouvel empire, d’un type
tout à fait inédit, prend forme tout au long de pages lucides et
éclairantes qui permettent de mieux comprendre. Après tout, n’est-ce pas le
but de l’histoire ?
L’éditeur
Historique.set-up.01 10 8/3/04, 12:48Le territoire américain
set-up.01 11 15/09/05, 13:43
Washington
1889 Vermont
Maine
1791
Montana Dakota du Nord
1820
1889
1889
Minnesota
Oregon
Virginie1858
New Hampshire
1859
Occidentale
Idaho
Wisconsin
Dakota du Sud
1863
1890 Massachusetts
1848
New York
1889
Wyoming
Michigan
Rhode Island
1890
1837
Connecticut
Iowa
Pennsylvanie
Nebraska
1846
Nevada
New Jersey
1867 Ohio
1864
Illinois Indiana
1803 Delaware
Utah
1816
Colorado 1818
Maryland
1896
Californie
1876
Virginie
Kansas
Missouri Kentucky
1850
1861
1821 1792
Caroline
Tennessee du Nord
1796
Arizona
Oklahoma
NouveauCaroline
Arkansas
1912 1907
Mexique du Sud
1836
1912
Missis- Alabama
Georgie
sippi
1819
1817
Texas
1845
Louisiane
1812
Floride
1845
Les dates indiquées sont celles de l'admission des États dans la république américaine.
Les États fondateurs (1776) ne sont pas accompagnés de dates.
Alaska (1958) et Hawaii (1959) ne sont pas illustrés.Historique.set-up.01 12 8/3/04, 12:48CHAPITRE I
Une colonisation réussie
L’Amérique « découverte» par Christophe Colomb en 1492 était déjà
occupée depuis des millénaires par des populations venues d’Asie lors
d’innombrables passages au nord-ouest du continent. Ces
établissements comptaient des dizaines de millions d’individus au moment
du premier contact entre Amérindiens et Européens. Certaines
estimations apprécient d’ailleurs qu’à ce moment la population totale
des Amériques approchait celle de l’Europe et que jusqu’à 10 millions
de personnes vivaient en Amérique, au nord du Rio Grande. La
conquête et les maladies introduites par les Européens et les Africains
chez les Amérindiens, non immunisés contre les agents pathogènes de
la variole, des oreillons, de la malaria ou de la fièvre jaune, par exemple,
feront des ravages inouïs. Sans croire que le Nouveau Monde était
paradisiaque et que la maladie n’y existait pas (il semble d’ailleurs
qu’avec la sédentarisation et l’urbanisation la santé des pré-colombiens
se détériorait depuis des siècles), il faut reconnaître les conséquences
funestes des premiers contacts qui bousculent non seulement la santé,
mais le monde des valeurs, des coutumes, des relations que les nations
amérindiennes entretiennent entre elles.
Déjà, certains Européens, qu’ils aient été aventuriers scandinaves,
pêcheurs basques ou bretons, avaient établi des rapports avec le
continent et ses populations. La découverte de Colomb marque le moment
où l’Europe et ses États naissants sont prêts à en exploiter les retombées
et à tenter de s’y établir de façon suivie et permanente. Ainsi, l’aventure
de Colomb n’est qu’un acte d’un drame mondial dans lequel les
nations européennes se disputent les richesses du monde, plus
particulièrement celles d’Orient. Ce commerce s’était d’abord fait par et à
l’avantage des cités commerçantes italiennes telles que Venise, Gênes
ou Pise. Produits exotiques, épices, pierres précieuses, tapis, parfums
Historique.set-up.01 13 8/3/04, 12:4814 • LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE : SYNTHÈSE HISTORIQUE
transitaient par Constantinople, Antioche, Alexandrie, avant d’être
distribués par les Italiens. Progressivement, les diverses entités d’une
Europe à nouveau expansionniste voulurent échapper aux
intermédiaires italiens et cherchèrent une route différente, plus
particulièrement après la chute de Constantinople (1453) aux mains des
Turcs.
Bénéficiant des connaissances acquises depuis l’Antiquité, de
nombreux perfectionnements techniques et d’innovations dans le domaine
de la navigation, en plus du nécessaire soutien de princes et d’hommes
d’affaires, car l’entreprise est coûteuse, de nombreux explorateurs, au
service des États en émergence, vont se lancer à la découverte du
emonde. Le Portugal amorce l’aventure. Dès le xiv siècle, les Portugais
rivalisent avec les Italiens sur la Méditerranée pour devenir ensuite les
premiers acteurs des grandes explorations. Sous Henri le navigateur
(1394-1460), les voyages se multiplient vers le sud, le long des côtes de
l’Afrique puis vers l’est, posant les bases d’un empire disproportionné
par rapport à la taille réduite du pays et à sa faible population. Les
Portugais établissent des comptoirs tout le long de leur route jusqu’en
Inde et en Chine, découvrent de l’or en Afrique, accaparent le lucratif
commerce des esclaves, et des épices, soieries et parfums. Lisbonne
devient le centre de distribution des produits orientaux en Europe. Le
pays s’enrichit et acquiert un empire étonnamment durable.
L’Espagne réunifiée par le mariage de Ferdinand d’Aragon et
d’Isabelle de Castille est enfin libérée de l’occupation maure (fin de la
Reconquête, 1492) et se cherche désespérément une nouvelle route vers
l’Orient, car la mainmise du Portugal bloquait les voies connues. C’est
dans ce contexte que Colomb, marin génois passé par le Portugal,
réussit à convaincre les monarques espagnols de la possibilité et de la
rentabilité de rejoindre l’Orient à naviguant à l’ouest. Nous
connaissons la suite. L’Espagne se construira un empire extrêmement
profitable à partir des richesses mexicaines ou péruviennes par exemple.
Non seulement trouve-t-on de l’or ou de l’argent, mais également des
populations pour travailler dans les mines ou les plantations de tabac
ou sucrières ; lorsque ces populations seront réfractaires, ce qui sera
souvent le cas, on aura recours à l’esclavage. La métropole a les
ressources nécessaires pour mettre en place les institutions, la
bureaucratie, la force militaire et navale qui soutiennent l’entreprise. Un siècle
après la mort de Colomb (1506), avant que les Anglais aient établi une
seule colonie dans le Nouveau Monde, les Espagnols contrôlaient
Historique.set-up.01 14 8/4/04, 08:18UNE COLONISATION RÉUSSIE • 15
presque tout le littoral atlantique de l’Amérique du Sud (à l’exception
du Brésil réservé au Portugal à la suite du traité de Tordesillas, 1494),
l’Amérique centrale, le Mexique, et avaient poussé des pointes au nord
à travers le territoire des États-Unis actuels de la Floride au
NouveauMexique et à la Californie en passant par l’Arkansas, l’Alabama et le
Texas.
La prédominance espagnole ne signifiait pas pour autant que les
autres nations européennes avaient abandonné leur rêve. Au contraire,
toutes voulaient participer à l’enrichissement qu’à l’évidence la
colonisation suscitait. La France et l’Angleterre n’avaient jamais accepté le
monopole hispano-portugais sur le Nouveau Monde mais clairement
les nouveaux venus devaient chercher à s’établir loin des puissants
Espagnols. Ils iront plus au nord.
erFrançois I , roi de France, qui demande à voir la clause du
testament d’Adam qui partage le monde entre Espagnols et Portugais,
finance l’expédition de l’Italien Verrazano en 1524. L’explorateur est à
la recherche d’un passage vers Cathay (Chine). Il longe la côte
américaine de la Caroline du Nord au Maine. Il découvre l’Hudson et
séjourne dans la baie de New York, mais rentre bredouille à Dieppe. Il
n’a pas trouvé de passage. Il sera tué par des Amérindiens lors d’un
deuxième voyage dans les Antilles en 1526.
Jacques Cartier reprend le flambeau des explorations pour le roi de
France en 1534, 1535 et 1541 en Amérique du Nord. Le premier voyage
ne donne rien du côté de la découverte de richesses, épices, métaux
précieux ou passage vers l’Asie. Mais Cartier contribue à la
connaissance du continent. Il repart en 1535 et explore le Saint-Laurent qui
est, selon les Indiens, le « chemin du Canada». De Stadaconé (Québec),
il poursuit vers Hochelaga (Montréal) puis hiverne à Stadaconé et
découvre les rigueurs de l’hiver québécois accentuées par le scorbut. Il
est de retour en France en 1536. Les mains vides encore une fois, mais
il a trouvé une voie de pénétration du continent. La guerre retarde le
prochain voyage mais Cartier repart en 1541. L’expédition est plus
considérable et Cartier pense cette fois découvrir de l’or et des diamants.
Déception, ce n’est que de la pyrite de fer et du quartz. La colonie est
abandonnée. Il faudra attendre Champlain (1608) pour que renaisse le
rêve américain de la France. C’est que les guerres de religion ont
distrait la France des entreprises coloniales. Il y eut bien quelques
tentatives d’établissements du côté du Brésil et de la Floride, mais les
Portugais et les Espagnols qui veillent au grain les annihilent.
Historique.set-up.01 15 8/3/04, 12:4816 • LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE : SYNTHÈSE HISTORIQUE
La colonisation anglaise : fondements
L’Angleterre de cette époque, comme le reste de l’Europe, subissait des
transformations radicales. Elle sera remodelée par les forces
conjuguées de la révolution des prix, de la Réforme et des chambardements
politiques.
La population y croît considérablement. Entre 1500 et 1630, elle
passe de trois millions à cinq millions d’habitants. Les produits
deviennent plus rares, les prix augmentent de façon vertigineuse.
L’inflation bouleverse la structure sociale. Les nobles vivant de revenus
fixes voient leur richesse diminuer de beaucoup et leur statut social et
politique subit les effets de ce recul. Bourgeois et petits propriétaires
terriens s’adaptent mieux aux changements, prospèrent et exercent
davantage d’influence sur le plan politique. La paysannerie, trois quarts
de la population, est aussi touchée par la hausse des prix, mais plus
encore par les « enclosures» qui lui enlèvent la jouissance des champs
communaux au profit des grands propriétaires qui passent à l’élevage
des moutons dont on transformera la laine qui sera ensuite écoulée sur
les marchés continentaux en expansion. Dépossédés, migrant souvent
vers les villes, à la recherche d’emploi, les paysans seront de bons
candidats à l’émigration
L’expansion coloniale n’aurait pas été possible sans la mise en place
d’un système intégrant aide de l’État, législations, monopoles, subsides
aux marchands, pour encourager les manufactures et les exportations
et éventuellement les colonies. L’expansion coloniale se situe donc dans
le cadre d’un mercantilisme, largement accepté, prétendant que les
ressources des colonies doivent servir d’abord et avant tout à enrichir
la métropole qui trouve également dans celles-ci un marché pour ses
produits finis. Le gouvernement anglais encourage la production
nationale, réduit les importations, augmente les exportations, améliore
la balance commerciale. L’or et l’argent circulent, stimulant le
développement de l’économie. Les coffres de l’État se remplissent en
accroissant le pouvoir national. Les versions du mercantilisme ont pu varier
mais, essentiellement, toutes les puissances coloniales de l’époque, de
l’Espagne aux Pays-Bas en passant par la France et l’Angleterre, ont
voulu instaurer un monopole de commerce avec les colonies, tout en
s’attaquant aux monopoles des nations rivales.
Dès 1497, Giovanni Caboto, Génois au service des Anglais, explore
les côtes de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse mais pour son
entreprise, comme pour d’autres qui suivront, le pays n’a pas la richesse
Historique.set-up.01 16 8/3/04, 12:48UNE COLONISATION RÉUSSIE • 17
suffisante, la marine et la détermination nécessaires pour donner suite
et entreprendre de coloniser l’Amérique du Nord. L’or et les galions
espagnols attireront davantage les aventuriers britanniques dans les
années 1560-1590. John Hawkins, Francis Drake, grands flibustiers,
rapportent des fortunes en Angleterre, enrichissent leurs actionnaires,
dont la couronne, et contribuent à créer une redoutable tradition
navale. D’autres expéditions sont aussi tentées pour élargir le
commerce anglais vers la Russie, la Turquie, l’Afrique et l’Orient mais il
n’en résulte pas d’établissements. Une pratique devient cependant la
norme : ces essais sont financés par des compagnies qui permettent de
mettre en commun les ressources d’actionnaires qui individuellement
n’auraient pas les reins suffisamment solides.
Malgré l’intérêt pour les explorations, la piraterie et les bénéfices
commerciaux, malgré les moyens mis en place, malgré les succès
remportés, malgré la conviction qui se fait jour de la nécessité des
colonies pour assurer la réussite de l’Angleterre, rien de concret et de
permanent ne résulte du règne élisabéthain. Humphrey Gilbert et
Walter Raleigh n’ont pas réussi à s’établir à Terre-Neuve ou en Virginie
après plusieurs tentatives. L’Angleterre est maintenant plus libre d’agir
dans l’arène coloniale. L’Irlande a été soumise et l’invincible armada
(1588) de Philippe II a lamentablement échoué dans sa tentative de
soumettre l’Angleterre où les conditions sociopolitiques engendrées
par la Réforme et les querelles politico-religieuses vont largement
contribuer à créer les dernières conditions nécessaires à la projection
coloniale.
Depuis 1485, l’Angleterre était sortie de la guerre des deux roses qui
avait permis l’arrivée au pouvoir des Tudor. Au cours de cet
affrontement, la féodalité anglaise avait subi un dur coup. Henri VII
(14851509) et Henri VIII (1509-1547) s’attacheront à restreindre encore plus
les pouvoirs de la noblesse en s’appuyant sur la bourgeoisie
commerçante. Prince humaniste de la Renaissance, Henri VIII avait, au début,
pris le parti de soutenir Rome dans la lutte qui opposait l’Église
catholique aux réformateurs comme Luther et Calvin dont les disciples
se multipliaient en Europe. Ceux-ci dénonçaient les pratiques de
l’Église catholique, remettaient en cause sa doctrine, condamnaient sa
richesse ostentatoire. Lorsque le pape refuse à Henri VIII l’annulation
de son mariage avec Catherine d’Aragon dont il n’a pas eu d’héritier
mâle, le roi rompt avec Rome, se déclare chef d’une Église séparée
d’Angleterre, s’empare des biens des monastères dont il se servira pour
Historique.set-up.01 17 8/3/04, 12:4818 • LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE : SYNTHÈSE HISTORIQUE
renforcer l’absolutisme royal en faisant alliance avec les riches
marchands.
Il s’agit d’un véritable tremblement de terre. Même si l’anglicanisme
demeure proche du catholicisme, la faille ouverte permet que se
répandent en Angleterre les nouvelles croyances religieuses. Plusieurs sont
insatisfaits de la réforme anglaise et poussent à une séparation plus
radicale (les puritains) alors qu’une majorité de la population demeure
fidèle à Rome. Le pays devient une bouilloire prête à exploser.
Sous les successeurs d’Henri VIII, la tourmente religieuse continue
de bouleverser la nation, conduisant éventuellement à la guerre civile
et poussant à la migration vers l’Amérique des communautés
considérables qui tentent de pratiquer librement leur religion. Marie
Tudor (1553-1558), fille aînée d’Henri VIII, tentera de ramener le pays
au catholicisme mais réussira surtout à souffler sur les flammes de la
rediscorde. Lorsque Élisabeth I (1558-1603) lui succède, la pression en
faveur de la réforme protestante est irrésistible. Élisabeth rétablit
l’Église anglicane. Mais la distance qu’elle prend de l’Église catholique
n’est pas suffisante pour les puritains dont les enseignements se
propagent en Angleterre. De leur côté, les catholiques demeurent
réfracertaires. Les persécutions, l’agitation politique gagnent. Sous Jacques I
er(1603-1625) et Charles I (1625-1649), des milliers de puritains
séparatistes (colonie de Plymouth, 1630) prendront le chemin d’une
« Nouvelle»-Angleterre incarnant leur vision d’une société chrétienne
réformée. Les catholiques, persécutés, ne sont pas en reste et quittent
eux aussi. L’Angleterre peuplera les colonies en plus d’en exploiter les
richesses. Les insatisfaits économiques, les persécutés religieux, les
opposants politiques, les aventureux alimenteront les rangs des
émigrants.
Premiers établissements : Virginie et Maryland
Les Anglais vont d’abord s’établir dans la baie de Chesapeake en
Virginie. Comme les colonisateurs des autres nations, Portugais,
Espagnols, Français, Hollandais ou Suédois, ils sont à la recherche d’or,
de fourrures ou autres produits susceptibles d’être commercialisés. La
Virginie va cependant se trouver des terres fertiles, un produit
recherché, le tabac, en plus de la main-d’œuvre nécessaire avec les engagés et
éventuellement les esclaves, pour réussir à établir une colonie de
peuplement.
Historique.set-up.01 18 8/3/04, 12:48UNE COLONISATION RÉUSSIE • 19
En 1606, les actionnaires (56 maisons commerciales et 659
investisseurs individuels) de la branche londonienne de la Compagnie de
erVirginie reçoivent une charte de Jacques I . Elle permet d’exploiter les
richesses d’une immense région allant de New York à la Caroline du
Nord actuels. Toutes les terres américaines, par définition,
appartiennent au roi. C’est donc vers lui que doivent se tourner les entrepreneurs
en colonisation pour obtenir une charte qui définit leurs droits et
obligations. En plus de terres autour des établissements que les
compagnies reçoivent en propriété, le roi leur donne le droit d’exploiter le
sous-sol (avec redevance au roi) et toutes les ressources du territoire.
La compagnie doit gouverner en accord avec les lois anglaises. Les
colons et leurs enfants devront jouir de toutes les « libertés, franchises
et immunités» dont jouissent les citoyens britanniques.
L’expédition mise sur pied en 1607 fondera à Jamestown le premier
établissement anglais permanent en Amérique du Nord. L’idée d’une
colonie de peuplement n’est pas ancrée dans les esprits de ces
conquistadors anglais. Ils ne sont pas venus pour travailler, mais pour
littéralement récolter l’or. Les débuts sont difficiles. Les colons doivent
compter sur les Amérindiens pour se nourrir, la maladie frappe une
population déjà affaiblie par la malnutrition. Les premières relations
avec les Autochtones sont harmonieuses, mais elles se gâtent
rapidement : les Européens sont là comme des envahisseurs. La compagnie
maintient tout de même l’entreprise et renouvelle les arrivages. Entre
1607 et 1610 on aura installé 1200 personnes à Jamestown, mais il en
restera moins de la moitié. Cependant, avec la découverte de la
possibilité de faire pousser du tabac (John Rolfe, 1612), la colonie se trouve
une denrée recherchée. Le tabac introduit en Europe par les Espagnols
était déjà populaire en Angleterre. En quelques années, les exportations
vers la métropole s’accroissent considérablement. Déjà, en 1618, on en
exporte 30 000 livres. Il faut attirer encore plus de colons, aussi la
compagnie favorise-t-elle la propriété privée (1617), en plus d’autoriser
la constitution d’une assemblée représentative (1619) et de permettre
l’arrivée de femmes (1619). Entre 1619 et 1624, quatre mille cinq cents
colons s’établissent à Jamestown. L’attribution de terres à chaque nouvel
arrivant ou à celui qui le transporte en Amérique (headright de
cinquante acres de terre ; un acre est une mesure de surface qui couvre plus
de 4 000 mètres carrés) augmente l’attrait de la colonie.
Non seulement faut-il plus de population mais également plus de
terres car la culture du tabac épuise rapidement le sol mince de la
Historique.set-up.01 19 8/3/04, 12:4920 • LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE : SYNTHÈSE HISTORIQUE
région. Plus de terres signifie plus de pression sur les tribus voisines. La
politique anglaise sera donc une politique d’exclusion : il n’est pas
nécessaire d’incorporer les Amérindiens dans la population, mais
plutôt de les repousser constamment à la périphérie des établissements
en s’emparant des terres. En 1622, les colons sont surpris par une
attaque qui fait presque trois cent cinquante victimes. La colonie résiste
toutefois. Les Amérindiens sont maintenant les agresseurs et on se
sentira justifié de mener une guerre « juste» contre eux. La compagnie
est cependant presque ruinée et en 1624 le roi transforme la Virginie
en colonie royale : la première d’une longue série dont les gouverneurs
sont nommés par le roi. Les assemblées y conservent toutefois leur
pouvoir législatif, quitte à faire approuver les lois par le Conseil privé.
L’Église anglicane est également «établie» dans ces colonies car les
citoyens doivent aider le clergé de leurs deniers.
Entre 1625 et 1640, la population augmente considérablement,
atteignant 10 000 habitants, malgré la maladie, la guerre, la famine. La
pression indienne se fait moins forte car les tribus sont dépeuplées. En
1670, il ne restera plus que 2000 des 20 000 Algonquins qui vivaient à
l’origine dans la région de Jamestown. La demande pour le tabac
soutient la croissance : 3 millions de livres en 1640, 10 millions en
1660. L’économie de la baie de Chesapeake fleurit autour de la
plantation de tabac.
Le Maryland, voisin de la Virginie, se développera selon le même
modèle économique. Deux caractéristiques le distingueront
cependant. Le Maryland sera une colonie de « propriétaire» et, comme les
propriétaires sont catholiques, ils chercheront à y créer un refuge pour
leur coreligionnaires persécutés en Angleterre.
erEn 1632, Charles I accorde à Cecilius Calvert, deuxième lord
Baltimore et héritier d’une famille très proche de la couronne, une
concession de dix millions d’acres dans le nord de la baie de
Chesapeake. La propriétaire y possède toutes les terres dont il peut
disposer à sa guise. Il a le pouvoir de nommer le gouverneur et tous les
responsables de charges publiques. Il peut même fonder des églises et
en nommer les pasteurs. En quelque sorte, c’est un palatinat.
C’està-dire que le seigneur-propriétaire y jouit des mêmes privilèges que le
roi dans ses palais. Il doit, par contre, obéissance et allégeance au roi.
La charte spécifiait également que le propriétaire devait gouverner avec
« l’avis, l’assentiment et l’approbation» des hommes libres de la
colonie.
Historique.set-up.01 20 8/3/04, 12:49Crise des missiles 247
Le Vietnam et JFK 250
Les droits civiques 252
L’assassinat 254
Bilan 255
Lyndon B. Johnson et la Great Society 256
Les années Nixon 263
CHAPITRE XII
Du désenchantement au virage à droite (1974-2003) 267
Les années Reagan 273
Élection de 2000 : Bush II 291
Épilogue 292
Orientations bibliographiques 297
Untitled-13 305 15/09/05, 13:51composé en minion corps 10,5
selon une maquette réalisée par josée lalancette
ce quatrième tirage a été achevé d’imprimer en janvier 2014
sur les presses de l’imprimerie marquis
à montmagny
pour le compte de gilles herman
éditeur à l’enseigne du septentrion

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17/1000 caractères maximum.

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