Les étoiles voilées du Sahel

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Ce roman raconte l'histoire de trois jeunes filles qui doivent faire preuve de beaucoup d'imagination et d'audace pour braver les nombreux obstacles qui entravent le chemin de leur épanouissement intellectuel et social : mariage précoce et arrangé, excision, et la presque « chosification » dont elles font l'objet de la part du sexe mâle dans leur milieu traditionnel. Ce texte est une invitation à faire triompher les droits de la jeune fille, actrice décisive de l'éducation de la société de demain, et peut-être aussi de la résolution pacifique des conflits nés de l'extrémisme qui menace l'humanité aujourd'hui.
Publié le : lundi 2 novembre 2015
Lecture(s) : 2
EAN13 : 9782336395180
Nombre de pages : 144
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André LA M
Les étoiles voilées du Sahel
Lettres camerounaises
21/10/15 17:08
Les étoiles voilées du Sahel
Lettres camerounaises Collection dirigée par Gérard-Marie MessinaLa collectionLettres camerounaises présente l’avantage du positionnement international d’une parole autochtone camerounaise miraculeusement entendue de tous, par le moyen d’un dialogue dynamique entre la culture regardante – celle du Nord – et la culture regardée – celle du Sud, qui devient de plus en plus regardante. Pour une meilleure perception et une gestion plus efficace des richesses culturelles du terroir véhiculées dans un rendu littéraire propre, la collectionLettres camerounaises s’intéresse particulièrement à tout ce qui relève des œuvres de l’esprit en matière de littérature. Il s’agit de la fiction littéraire dans ses multiples formes : poésie, roman, théâtre, nouvelles, etc. Parce que la littérature se veut le reflet de l’identité des peuples, elle alimente la conception de la vision stratégique. Déjà parus Désiré MBEKE,Le ventre de mon village, 2015. Grégoire NGUÉDI,Les ombres oppressantes, 2015. Careen PILO,Les vagues tumultueuses de l’amour, 2015. Rodrigue Péguy TAKOU NDIE,Le fardeau de nos pères, 2015. P. K NKAMANYANG Lola,Rustles on Naked Trees, 2015. Gatchou NJAMEN,La goutte de trop. Les mésaventures de Selbiaf, 2015. Robert-Marie JOHLIO y Pedro VIÑUALES,El Esqueleto de un Gigante, 2015. Paul Emmanuel BASSAMA OUM,Un homme et ses deux femmes, 2015. P. K. NKAMANYANG Lola,Rustles on Naked Trees, 2015. André MVESSO, Lucie ou le retour au pays, 2015. Paul Vincent NLEPE MBAMA, Le fils de Hanna Ngale, 2015. Jeanne-Louise DJANGA,Fantasia. Bienvenue à Paris, France, Europe, 2015.
André LAM
Les étoiles voilées du Sahel
Du même auteur Ebolo ou le refus d’un jeune de mourir, roman, Presses Universitaires de Yaoundé, 2009. La plaine des Mbô, terre, traditions, cohabitation ethnique et problèmes de développement, essai, IFRIKYA, 2012. © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03937-4 EAN : 9782343039374
LE VOYAGE PAR TRAIN
Les plantations de canne à sucre de Mbandjock sont le premier charme naturel que le voyageur par train découvre après Obala et Batchenga, les villes où les bâtons de manioc n’ont pas de saison. Ainsi, dès que ses yeux se posèrent sur cet espace de tiges sucrées, la jeune fille sentit sa doublure spirituelle la quitter et s’en aller loin d’elle, planant au-dessus des champs.
Il était environ dix heures ce matin de septembre 2011. Son angoisse se transforma alors en une délicieuse nourriture des yeux par lesquels son âme s’ouvrait à la paix. Alors que les autres passagers avaient du feu sur leur langue, maudissant la société de chemin de fer, à cause de son train parti de Yaoundé depuis la veille, elle buvait quant à elle en esprit, le nectar des cannes alignées et dont la parfaite verdure des champs était une curiosité irrésistible. Sa position à côté de la fenêtre était une chance : le chant des oiseaux gendarmes et leur vol d’une tige à l’autre, pour déchiqueter les feuilles et en faire leurs nids, en ajoutaient au spectacle. Elle ne voulait rien en rater. C’était pour elle une évasion de la prison roulante à une vitesse de tortue. Les enfants pleuraient, cuits par la chaleur. Certaines personnes âgées toussaient, alors que d’autres, malmenées par la nausée, vomissaient. En effet, les odeurs de l’ammoniaque qui s’échappaient des toilettes fonçaient droit dans les narines, sans papiers, comme la horde démissionnaire des sans-papiers vers l’Europe de leurs illusions, et dont les mers glaciales par pitié pour les parents, leur renvoyaient parfois certains corps pour les obsèques, le reste étant gardé pour le festin de ses fauves écaillés, eux-mêmes de plus en plus effrayés par l’abondance ! Le voyage s’accéléra et l’air but quelques
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calebasses d’eau pour se rafraîchir et faire baisser la tension dans les voiturescaniculéesoù étouffaient les passagers. Dès l’entame de la forêt après Nanga-Eboko aux environs de douze heures, les machines stomacales se mirent en marche : les ouvriers dans la ruche étaient à l’œuvre ; ils broyaient tout : bâtons de manioc, mets d’arachide ou de pistache, maïs et autres provisions achetées dans les gares. Leurs maîtres étaient silencieux. Même les enfants ne pleuraient plus. « La bouche qui mange ne pleure pas ». Un doux séjour au pays du dormir et du rêver commença pour la majorité des passagers. Les bouteilles de Guinness, de Satz, de « castête », de Beaufort et d’autres bièrescoupéesles ‘coupeurs-supporters’ par faisaient glisser ces derniers de ce monde du visible sensible, à celui du visible insensible, le sommeil. Ces disciples du ‘dieu-alcool’, très organisés en clubs de fans de foot ou de stars de foot, comme le voulait une nouvelle astuce de survie chez certains, passaient beaucoup de temps àégorger le temps à coups de discussions parfois très tranchantes. Profitant des arrêts du train ni annoncés ni justifiés et encore moins expliqués, pour honorer leur dieu, ces inconditionnels de Bacchus n’hésitaient pas à aller chercher les boissons jusque dans les centres urbains, situés parfois à plus d’un kilomètre de la gare.
Dès que le vieux train colonial trompetait pour annoncer le nouveau départ parfois des heures après, les fans de bière se dispersaient aussitôt dans une précipitation et une course où les ventres bidonnés offraient un spectacle qui faisait oublier la fatigue et la colère des passagers. Ils arrivaient toujours selon la parabole biblique qui dit que les premiers seront les derniers ! En effet,
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malgré leur premier rang au bar où leur volume s’imposait, les plus grands bidons n’osaient contredire la parole de Dieu ! Cette scène n’était pas moins une « épreuve zéro » comme l’organisaient les sciences humaines au secondaire ni une preuve par zéro, mais une des preuves par quatre que l’alcool peut rendre quelqu’un zéro, même si son compte bancaire se termine par plusieurs zéros !
De son siège, Mary Hayatou observait la scène amusée, même si en réalité elle ne supportait pas la situation de jungle qui prévalait dans le train, surtout en deuxième, dite « classe sous-passager » par certains ; il fallait pourtant payer dix mille francs pour y accéder ! Au fait, les tickets portant le numéro du siège étaient très souvent doublés, voire triplés, et c’est le plus fort qui… Pour aller par exemple aux toilettes, il fallait être costaud dans les bras, pour se frayer un chemin, ou alors être solide dans la tête pour faire comme un jeune homme qui se servit de sa bouteille d’eau minérale vide pour arrêter le supplice que lui faisait subir sa vessie depuis des heures. Il la vida là ! Sous le regard des autres, médusés. Le couloir était envahi par les « passagers debout » qui s’y retrouvaient, mais couchés à même le sol ou sur des sacs et des valises !
Heureusement pour la jeune vacancière, un ange vint l’inviter à une balade dans la ‘douceur-coton’ du monde des mystères où les vivants ne voient que lorsqu’ils sont inconscients, endormis. L’invitation était une sorte de délivrance : elle se voyait sautillant de joie à ses côtés ; par moments, ils couraient tous les deux côte à côte à travers les vastes plantations de café de Carbonnier ou d’André Merezou, là où elle avait l’habitude d’accompagner ses grands-parents maternels quand elle était encore écolière à Saints Pierre et Paul de Melong. Ces derniers étaient à l’époque, comme d’autres, avant de retourner s’installer au
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