Les femmes et les tapis

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La conteuse, Messouda, vous propose dans ce deuxième recueil, de suivre les aventures d'autres ancêtres de sa tribu, les Ouled Harkat, et de découvrir la vie de ces hommes et des femmes du désert auprès desquels elle a passé toute son enfance. Vous découvrirez leurs rêves, leurs peines, et apprendrez que le coeur de l'homme est le même partout, qu'il se cache sous un burnous ou un costume.
Publié le : dimanche 1 octobre 2006
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EAN13 : 9782296156807
Nombre de pages : 135
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LES FEMMES ET LES TAPIS
Contes d'Algérie

~ L'HARMATTAN,

2006

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.l.

Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Konyvesbolt; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC

http://ww\vJibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 2-296-01462-3 EAN : 9782296014626

Mira Ha111rit Messouda Hamrit

LES FEMMES ET LES TAPIS
Contes d'Algérie

L'Hartnattan

La Légende des Mondes Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin

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HISTOIRES

DE FEMMES

LES FEMMES

ET LES TAPIS

Autrefois vivaient deux femmes appartenant à la même tribu. Chacune d'elles passait la journée à confectionner des tapis pour bâtir les caravanes. Un jour l'une d'elles rendit visite à sa voisine et lui dit : - Sais-tu que le travail de mes mains est bien meilleur que le tien, mes tapis sont de loin plus beaux que les tiens. - Ah oui ? lui répondit sa voisine. Les points que tu tisses sont si extraordinaires que cela? Ont-ils un nom pour prouver leur renommée? - Bien sûr, lui répondit la vantarde. Les miens se nomment marhoul messed, les points doux. Mes tapis sont si lisses qu'on dirait de la soie. Par contre les tiens sont marhoul mfeifech, les points effilochés. Tes points sont si mal noués, que tes tapis sont tout rugueux! - C'est bien la première fois qu'on me dit cela, lui répondit sa voisine. Mais allons prendre l'avis d'un juge. Allons demander à un homme s'il y a une différence si nette que tu le dis. La vantarde, sûre d'elle, la suivit dans la demeure d'un vieil homme et elles lui dirent: - Viens avec nous, s'il te plaît, assieds-toi au milieu du chemin et regarde passer les caravanes. Le vieil homme accepta. Il regarda sans bouger deux chameaux et leur tente passer. Puis les femmes s'approchèrent de lui et la vantarde lui dit : Alors tu as vu comme mon marhoul messed est beau! Il brille au soleil tant il est lisse! - C'est quoi ça ? Marhoul messed? Je n'en al Jamals entendu parler! L'autre femme lui demanda alors: - Et le marhoul mfeifech tu l'as vu ?

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-

Je n'ai rien vu de tout ce que vous me dites,

répondit le vieil homme agacé. J'ai vu deux tapis de tente, c'est tout. Alors la deuxième femme se tourna vers la vantarde et lui dit :
-

Tu vois comme ton imagination te joue des tours si
Fais comme si je n'existais plus à

grande est ta vanité? présent. . .

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LA SERVANTE ET LE CIMETIERE

Il était une fois une servante qui travaillait chez un homme très riche. Celui-ci avait un frère qui, plus malchanceux que lui, était très pauvre. Tous les soirs, après le repas, notre riche homme demandait à la servante de rassembler ce qui restait de nourriture et de l'emmener aux tombeaux des oubliés. Celle-ci s'exécutait aussitôt et s'en allait jeter les restes au cimetière, trouvant toutefois bien dommage qu'il n'en fasse pas profiter son frère. Mais il ne lui appartenait pas de discuter les ordres de son maître. Un jour, le sultan réunit tous les habitants de la ville afm de s'assurer que les plus fortunés redistribuaient bien une partie de leurs richesses aux plus nécessiteux. Il demanda à chaque notable de s'avancer et raconter aux autres ce qu'il faisait pour s'acquitter de son devoir. Lorsque le tour de notre homme arriva, il s'adressa à la foule, se vantant d'aider son pauvre frère en lui envoyant sa servante chaque soir avec ce qu'il restait de son dîner fastueux. Le frère pauvre démentit aussitôt, jurant au sultan que jamais il n'avait rien reçu de la part de son frère. S'ensuivit alors une dispute, qu'interrompit le sultan: - Cessez immédiatement ce vacarme! Faites venir plutôt la servante, elle seule pourra nous dire qui ment de vous deux! On fit venir aussitôt la domestique. Le sultan lui demanda:
Alors dis-moi ma fille, est-il vrai que ton maître que voilà t'envoie chaque soir chez son frère avec les restes du repas? Parle, n'aie pas peur, je suis là. - Non, sultan. Tous les soirs mon maître me dit bien de rassembler les restes, mais il me dit aussi de les emmener

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aux tombeaux des oubliés. Alors je vais au cimetière jette tout. A ces mots, le frère fortuné s'écria:

et je

- Malheureuse! N'as-tu pas compris que les tombeaux des oubliés étaient la maison de mon frère que personne ne visite si grande est sa pauvreté! Le sultan se tourna alors vers lui et lui tint ce discours: Net' en prends pas à elle! Quelle idée de nommer ainsi la demeure d'un proche! Tu aurais pu trouver une image moins funèbre! Demande plutôt pardon à ton frère d'avoir fait de son foyer un tombeau! Notre homme, contrit, se tourna alors vers son frère et, les larmes aux yeux, le prit dans ses bras et lui jura que plus jamais il ne mourrait de faim: désormais il partagerait toutes ses richesses avec lui. . .

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UNE FEMME ET SES SEPT GARCONS

Il Y a de cela bien longtemps vivait une femme que Dieu avait pourvue de sept beaux garçons. Tous les soirs, elle était fière de les voir rassemblés autour du feu, se gavant de ses bonnes galettes et se rafraîchissant à l'eau qu'elle allait puiser à la source. Pourtant, une chose la chagrinait: elle avait sept beaux gaillards certes, mais ils ne lui laissaient jamais de place autour du feu, ni même une miette de galette, ni une goutte d'eau. Aussi, tous les soirs elle se couchait le ventre vide. Un jour, excédée, elle s'en alla demander conseil à la sœur de son mari, lui contant son malheur. Celle-ci lui conseilla d'en tuer un, afm de lui prendre sa place autour du feu. Notre femme s'en retourna chez elle, guère plus satisfaite qu'auparavant: comment pouvait-elle se résoudre à tuer l'un de ses enfants? Elle se tourna alors vers la deuxième épouse de son mari. Elle lui raconta ce qui la tracassait ainsi que l'idée de sa bellesœur. La deuxième épouse lui conseilla d'oublier bien vite cette idée diabolique et d'aller ramasser du bois, beaucoup de bois, plus qu'elle n'en avait l'habitude, puis de préparer les galettes et d'amener l'eau comme à l'accoutumée. Notre femme s'exécuta aussitôt. Lorsqu'elle revint auprès de la deuxième épouse, celle-ci alluma un très grand feu et elle dit à notre femme:
-

Voilà, à partir d'aujourd'hui

tu feras un feu aussi

grand que celui-ci pour tes flls, ainsi trouveras-tu ta place à leurs côtés. Puis elle prit les galettes et les découpa en sept parts chacune. Elle lui dit encore: - Maintenant tu partageras toujours les galettes ainsi, et enlèveras un petit morceau de chaque part pour toi. De cette manière, ils auront l'impression de manger tout autant

Il

qu'avant sans que tu ne sois lésée. Tu feras de même pour l'eau: tu en prélèveras une petite quantité pour toi. Notre femme ne savait comment la remercier, elle en pleurait de joie, et la deuxième épouse lui répondit en ces vers: La belle-sœur même esclave est envieuse La femme de l'époux est amère Mais d'elle peut couler le miel

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LA FEMME ET LE SERPENT

Un jour une femme enceinte tomba nez à nez avec un serpent dont les yeux étaient si bleus qu'elle demanda à Dieu de lui donner un garçon aux yeux aussi bleus que ceux du serpent. Lorsqu'elle accoucha, elle eut le petit garçon désiré aux yeux de saphir. Hélas, elle se rendit compte qu'il n'était pas comme tous les autres: le jour il se transformait en serpent, et ne reprenait figure humaine que la nuit. Le temps passa, elle décida de le marier. Connaissant la tare de son enfant, elle chercha une femme peu difficile et trouva une veuve seule avec son petit garçon. On célébra aussitôt le mariage: qui aurait cru qu'elle, la vieille veuve aurait pour époux un homme au regard si envoûtant? Des mois s'écoulèrent, un enfant naquit de cette umon. L'aîné en fut jaloux comme tous les enfants. Le petit grandit, et découvrit le secret de son père. Aussi, malgré la haine de son grand frère, il décida de le protéger car il avait remarqué que, durant le jour, son père serpent suivait le grand frère. Si celui-ci voulait aller boire au puits, il le devançait et voyait son père enroulé discrètement autour de la corde. S'il voulait se coucher, il le devançait de même et voyait le serpent sous l'oreiller. Le père serpent voulait certainement goûter à sa chair. . . Un jour il décida d'en fmir. Il rassembla tous ses amis ainsi que son frère et leur proposa de jouer à la course. Tous se défirent de leurs djellabas pour être plus à l'aise, et les laissèrent au sol. Comme il s'y attendait, le père serpent alla se cacher dans la djellaba de son frère. Le garçon appela alors tous ses amis, leur dit d'abandonner la course, et de jouer plutôt à qui frapperait le plus fort sur le tas de djellabas. Les enfants, excités, se munirent de bâtons, de cannes, de branches et se mirent à frapper partout sur les

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