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LES FERS DE L'ABSENCE

De
172 pages
Alors que Raya se débat à Irtaabi pour élever ses trois enfants, son époux Wadou, incarcéré à Bulala, la prison la plus répressive de Wirfaaba, confie à son journal sa solitude, ses blessures et ses doutes sur l'avenir. ŠL'auteure nous introduit au coeur de la politique africaine, et personne ne s'étonnera devant le tableau qu'elle peint de ces dictatures abominables qui ont régenté le continent. Derrière la poésie qui se dégage de cette oeuvre engagée, il y a la réalité révoltante du sort fait au peuple, la volonté de le voir sortir de ses fers et la conviction qu'il porte en lui-même les lumières de son émancipation.
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Hélène KAZIENDE Les fers de l’absence
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55466-5 EAN : 9782296554665
Une hirondelle solitaire fait la cour à la case pour s’envelopper Une grappe solitaire de mil fait la cour à l’hivernage pour se développer
A ma mère A mon père A toutes les victimes de l’arbitraire
I Fais de ta plainte un chant d’amour Pour ne plus savoir que tu souffres Il avait encore plu ce matin sur Irtaabi. Une pluie compacte, serrée qui était tombée drue sur la ville grelottante de peur, lourde d’appréhensions. La terre, gorgée par l’averse, se noya lamentablement, victime impuissante des flots indociles. Et les habitants, dans la plupart des quartiers, sortirent comme chaque année les gondoles de leur affliction, et ils pagayèrent, pagayèrent, vers la terre ferme, vers un innommable ailleurs, et chaque coup de pagaie se heurtait au ressac de leurs espoirs déchirés, chaque coup de pagaie était d’écœurement et de rage contenue. Puis, accostant, las, désemparés, ils cherchèrent promptement à abriter leur infortune dans des camps itinérants improvisés, flux et reflux de leur vie en perpétuelle déliquescence. Invariablement, tous les ans, au cours de la saison des pluies on assistait à ce ballet tragi-pittoresque, à cette migration de barques graves glissant sur les ondes scélérates. Venise sur la promenade des sinistrés. Magnifique tableau signé de main de maître ! Irtaabi c'est la capitale de Wirfaaba, ce pays où il est interdit d’être, où tout se tait et rien ne se dit, un pays patiné par des années d’inertie et de léthargie, où les nuits sont plus longues que les jours et les jours plus longs que les années. Un pays embrumé d’ombres et d’inquiétudes, qui, au Sud, en ce début de saison des pluies ployait, submergé par les eaux hivernales et qui au Nord se dissolvait, bu et comme happé par le dénuement et la dépossession. Singulier pays que Wirfaaba ! Un pays très contrasté qui offre des perspectives extraordinaires, un pays où les flots bleu azur dans leur majestueuse immensité rivalisent de beauté avec la nudité somptueuse d’un désert extraordinaire, fresque unique au monde, qui attire toutes les convoitises de par ses ressources 9
minières inépuisables et sa beauté incomparable. Une pierre précieuse brute éblouissante scellée dans son écrin de fer et de granit. Irtaabi, située en bordure de mer, est une ville qui, en ce nouveau millénaire et à l’heure où les grandes villes des Etats voisins et du monde ont une poussée d’adrénaline spectaculaire en matière de développement, rivalisant de beauté et de créativité architecturale, est restée figée dans les balbutiements de son histoire atrophiée. Les routes bitumées, datant d’une époque qui a vécu, sont devenues des pistes rurales parsemées d’innombrables plaies cratériformes purulentes. En saison des pluies, les eaux de ruissellement charriant toute la misère du pays viennent s’y déverser, s’y accumuler pendant des mois sans que la terre gorgée de sang, de cris et de larmes du peuple pris en otage par plusieurs décennies de dictatures successives n’arrive à les absorber. Irtaabi, c’est une ville au cœur brisé où l’on découvre des résidences modernes côtoyant des habitations noirâtres en terre battue aux toits de chaume laminés par les doutes et les angoisses de l’habitant qui s’interroge quotidiennement sur son sort ; on y découvre des taudis en tôle érodés par le souffle marin se disputant l’indécence à de vieilles bâtisses toutes délabrées datant de l’époque coloniale, laissées à l’abandon, accablées d’amère mélancolie, implorant de leur triste façade qu’on les sauve de l’oubli et de la négligence. Irtaabi, c’est la ville où de nombreuses voitures poussives, collections de musées, ahanent désespérées aux côtés de voitures tape-à-l’œil rutilantes flambant neuves, insulte à la dignité d’un peuple qui se meurt dans l’indifférence ; c’est la ville où les ordures ménagères revendiquent à la cité des droits de propriété, c’est la ville qui implore tous les jours qu’on lui restitue un peu de crédit et qu’on cesse de la maltraiter. La nuit, les grandes artères de cette capitale atypique sans éclairage public sont de véritables coupe-gorges. Gare à celui qui oserait s’y aventurer ! A Irtaabi, où le temps s’est arrêté, tout est sans joie, sombre, terne, sans issue. * *** 10
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