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Les folles de Ganda

De
210 pages
Arrivée à Ganda, banlieue universitaire, en toute ingénuité, Stéphie va brutalement se faire voler son innocence. S'ensuit une fulgurante métamorphose au terme de laquelle elle devient une véritbale mangeuse d'hommes. Son itinéraire et celui de sa cousine Vivie finissent par se croiser lorsqu'elles jettent leur dévolu sur le même homme...
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Esaïe Mandeng
Les folles de Ga Roman
Voix & Sources
Les folles de Ganda
Voix et sources Collection créée et dirigée par Clément Dili Palaï
 Cettecollection s’intéresse à tous les domaines de la littérature, de la culture et des sciences sociales en Afrique. Y sont publiés des textes ayant pour socle la parole, source créatrice et détentrice de savoirs: généalogies, biographies, chroniques historiques, poésies, recueils de textes et résultats de recherches en rapport avec l’oralité africaine, etc. Déjà parus Jean Paul BALGA,Parcours d’un orphelin du Sahel, 2014. Joseph DONG’AROGA,Étude littéraire de berceuses camerounaises. Dors mon enfant…,2013. Philippe TCHISSAKBÉ,Récits sur mon village, 2013. Clément DILI PALAÏ,Illusions, 2013. Gabriel KUITCHE FONKOU,L’enfant de l’eau, 2013. Daouda PARE,Accord perdu, 2013. Dahirou YAYA,La force de la foi, 2011. Gabriel KUITCHE FONKOU,Voix de femmes, 2010.
Esaïe Mandeng
Les folles de Ganda Roman
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03195-8 EAN : 9782343031958
I. La défloration
-Bonsoir ! -Bonsoir ! -Tu ne m’as pas l’air à ton aise ici! -Pardon ? -C’est qui, ce mauvais garçon qui te fait attendre comme une fille vulgaire ? -Non,mais… de quoi je me mêle? En plus, je ne te permets pas de m’insulter! -Hé !Tout doux, ma belle,je n’ai en aucun cas voulut’insulter.-Ah bon ! Et « fille vulgaire », ça veut dire quoi pour toi ? -Bon, je te propose d’oubliertout ce qui vient de se passer. Quittons cet endroit. Quand ce petit con sera enfin là, il comprendra qu’on ne fait pas attendre les jolies femmes.-Euh! mais… je ne te connais même pas.-Ça, ce n’est pas un problème: nous aurons tout le temps de faire connaissance. Je m’appelle Tonye, David Tonye.-Moi, c’est Stephie.-Enchanté de te connaître, ma charmante Stephie. -Moi aussi. L’approche avait été un peu difficile, mais cela ne faisait aucun doute :David avait déjà, comme le disent certains étudiants, « embrouillé »cette fille. Stephie était svelte, grande, de teint clair ;mais ce sont surtout la longueur et l’uniformité de ses jambes légèrement velues qui avaient attiré le jeune homme. Elle avait un visage séraphique, une chevelure exubérante, un nez fin, des lèvres généreuses et une poitrine opulente à souhait. Bref, elle n’avait rien à envier à celles que l’on considère comme les plus
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belles femmes du monde. Et qu’on le sache, David Tonye n’avait jamais pu résister aux belles femmes. Il était grand, plutôt athlétique et surtoutd’une élégance vestimentaire qui ne trouvait plus sa pareille chez les étudiants à cette époquelà. Cette dernière particularité lui avait d’ailleurs valu, bien qu’il fût resté très anonyme à Ganda, un grand succès auprès des filles. En sortant du glacier, car c’est là qu’ils venaient de se rencontrer, David et Stephie se dirigèrent vers une Toyota Starlet ; c’était la voiture du jeune homme. Celuici, n’ignorant pas le pouvoir d’attraction deces engins à quatre roues sur les étudiantes, voulait, en interprétant l’expression du visage de Stephie, mesurer l’effet que la découverte de ce véhicule auraitelle. Cette sur dernière ne s’était bien évidemment pas attendue à tout cela. Elle parut donc quelque peu gênée ; mais il est surtout indubitable que David l’avait considérablement impressionnée, que disje, troublée. Il se servit avec assurance d’une télécommande pour déverrouiller les portières de sa voiture, à l’intérieur de laquelle ily avait des sièges en cuir. Notre jeune dragueur demanda : -Qu’estce que tu aimes comme musique?Là, j’ai des slow américains, des zouk martiniquais, du bikutsi, du makossa et même des chansons religieuses. -Tu as un CD de Lady Ponce ? -Bien sûr, ma belle. -J’aimerais bien l’écouter en ce moment. -OK. Mademoiselle sera servie. Après ce petit échange, David démarra la voiture. Pour lui, c’était un point très positif que Stephie aime la musique de Lady Ponce. Elle « fléchirait » assez facilement, pensatil. Quand notre jeune étudiante commença à profiter de la musique, le véhicule se trouvait déjà sur la route menant à Nédré. Au volant, Davidavait horreur d’être distrait et évitait,autant que possible, toute conversation. Voilà pourquoi les deux étudiants échangèrent à peine quelques mots pendant le trajet. Stephie eut tout juste l’occasion de demander à son soupirant: -Où estce qu’on va?
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-Jet’emmènedans un petit endroit que j’aime bien, en ville.-Je peux savoir lequel ? -T’inquiète, ma jolie, tu le sauras le moment venu.-OK. En tout cas, j’espère que tout ce mystère en vaut vraiment la peine. Les deux étudiants arrivèrent à Nédré. David avait, comme d’habitude, emprunté le chemin sur lequel se trouvait l’aéroport. Le choix d’un tel itinéraire n’avait pas été sans causer quelque frayeur à Stephie. C’est qu’à vingt heures, cette route était totalement déserte, et la jeune étudiante était au courant des événements mystérieux, des découvertes macabres qui y avaient eu lieu. Je pense notamment au corps de Nathalie Mballa, la petite sœur d’un amide David, qu’on avait retrouvé sans vie, au bord de la chaussée. La police, malgré «l’enquête rondement menée»ce sont là les propos du commissaire qui avait été chargé de l’affaire –n’avait pas pu élucider ce mystère. Toujours estil que chaque Gandanais avait sa petite idée làdessus: les uns pensaient que Nathalie avait été tuée à Ganda, et que l’assassin s’était débarrassé du cadavre sur la route; pour les autres… Ah! Trêve d’extrapolation, tout cela ne nous importe pas vraiment.La Starlet venait de s’arrêter devant le Sido Dolce, un restaurant huppé de la ville. L’on s’en doute sûrement, cela ne manqua pas d’impressionner Stephie; et David le remarquapuisque c’est exactement ceteffet qu’il recherchait. N’allonspas croire surtout que, tel un garçon amoureux et entièrement dévoué à sa dulcinée, Davids’était rué hors du véhicule pour aller ouvrir la portière à sa conquête :si l’étudiant qu’il était avait quelques qualités, la galanterie n’en faisait malheureusement pas partie. Davideut à peine le temps depousser la porte de l’entrée principale du restaurant qu’un jeune garçon, petit et replet, le salua avec une révérence fort ostentatoire. -Bonsoir, M. Tonye ! -Ah ! Bonsoir, mon cher Armand. Comment vastu ? -Assez bien, monsieur. Je constate que vous avez bonne mine !
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-Ah ! Mon ami, quand on est accompagné du bijouque j’ai ce soir, on ne peut qu’être bien dans sa peau.-Je vois, je vois. Puisje vous conduire à votre table ? «Le bijou que j’ai ce soirmots indignèrent quelque peu», ces Stephie ; comment David pouvaitil déjà penser qu’il la possédait? Comment pouvaitil la chosifier ? En plus, pensatelle, elle n’était en aucun cas une «fille d’un soir». Elle le trouva bien prétentieux, ce David, et comptait ne pas se laisser faire. Nos deux étudiants étaient maintenant installés à leur table. David commença par utiliser une de ses techniques favorites pour déstabiliser ses sujets. Il fixa gravement Stephie dans les yeux, sans mot dire, comme s’il avait voulu qu’à travers son regard, celleci décode unmessage qu’il ne voulait pas lui transmettre oralement. La pauvre fut intimidée à tel point qu’au moment de choisir son plat, elle balbutia devant le serveur. Et pour mieux prendre le dessus psychologique, David lança : -Mais Stephie, metstoi à l’aise! Si quelque chose te gêne, tu me le dis, hein. -C’est que… c’est que…-C’est toi qu’on attend, tu sais. Ton choix sera le mien.-Oui… je sais…maisc’est juste que…-Armand, en attendant qu’elle fasse son choix, va, s’il te plaît, nous chercher ton meilleur champagne. Je crois qu’il faut détendre l’atmosphère.David était satisfait de l’ascendant qu’il avait à présent sur Stephie. C’était sûr, elle ne tarderait pas à «fléchir ». Elle n’avait toujours pas pu faire son choix. Et je dois dire qu’à cet instant précis, ce n’était pas une chose facile. Elle ne s’était jamais trouvée dans un tel embarras. Elle n’avait, de toute sa vie, jamais mangé dans un restaurant et ignorait de ce fait la quasitotalité des noms contenus dans le menu qu’elle avait sous les yeux; de surcroît, il n’y avait autour d’elle que des gens faisant manifestement partie de la haute société. Lorsqu’Armand revint avec une bouteille de champagne, il demanda : -Mademoiselle atelle fait son choix ?
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-Pas encore. Et… je crains malheureusement que nous ne soyons obligés de partir. Elle n’est vraiment pas à l’aise. Hein, Stephie, on s’en va, non? -Euh! oui… enfin… c’est que…-Ce n’est pas grave. Allonsy. Excusenous pour le dérangement, Armand. -Ce n’est rien, M. Tonye, je comprends.En sortant du restaurant, Stephie ressentit un grand soulagement. David lui proposa d’aller faire le tour de la ville. Nédré n’étant pas très grande, il savait quela promenade motorisée ne durerait pas longtemps. C’était juste un moyen de détendre Stephie, de la mettre en confiance, après tout ce à quoi elle venait d’être soumise.Le tour de la ville terminé, David vint derechef s’arrêter devant leSido Dolce. C’est que le restaurant était situé à l’entrée de la ville, bien qu’on nepuissepas parler d’entrée proprement dite,tant la ville était mal structurée. En tout cas, c’était une sorte de point de chute où arrivaient les gens venant de Ganda, et d’où partaient ceux qui s’y rendaient.-Bon, Stephie, dit alors David, il est déjà plus de vingt et une heures. Donc, soit je te raccompagne à Ganda, soit… soittu passes la nuit chez moi. Il était effectivement plus de vingt et une heures, et Stephie était plutôt terrorisée à l’idée de repasser par l’aéroport à ce momentlà. -Je crois qu’il est mieux que je passe la nuit chez toi.-D’accord, c’est comme tu veux, ma belle.-Tu habites même où ? Dans quel quartier ? -Euh! Quand je dis chez moi, c’est chez mes parents, tu vois un peu quoi! J’habite dans le quartier Talepwa.-Et tes parents te laissent ramener des filles comme ça à la maison ? -En ce moment, ils sont en Norvège, je suis tout seul à la maison. -Tu n’as pas de frères?
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