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Les hannetons ne savent pas l'histoire naturelle

De
338 pages
Le hanneton ne connaît pas l'histoire naturelle. Il ne tient pas compte de l'expérience et c'est pitié que de le voir reproduire les mêmes erreurs de vol sans se lasser. Il n'est certes pas le seul. L'homme aussi peine à sortir des sentiers battus. Ce roman nous emmène dans la France des années 1950 sur les traces d'un héros à la famille chaotique qui profite pourtant des joies simples d'un milieu à la risticité chaleureuse de Haute-Saône. Privé de sa mère, repris en main par un père à éclipses, le jeune garçon traversera les épreuves pour parvenir au même résultat que tout un chacun...
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Amarante
Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone.
Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
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Jean-Paul
Olivier
Leshannetons nesaventpas histoirenature
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© L’Harmattan, 2012 rue de l’École-Polytechnique ; 75005 http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-57011-5 EAN : 9782296570115
Paris
Magritte a peint un tableau qui, de façon très réaliste, représente une pipe. Au bas de la toile, il a écrit : Ceci n’est pas une pipe.
Le récit qui suit procède un peu de la même démarche. Il a tout l’air d’une autobiographie, j’en conviens, mais ce n’est pas une autobiographie. Ou alors, en quelque sorte, une autobiographie collective. Sa trame est constituée d’épisodes dans lesquels chacun peut se reconnaître, de souvenirs communs à la plupart de nous. Les aléas de la vie de Pierre ou Paul ne présentent aucun intérêt, sinon, peut-être, pour les seuls Pierre ou Paul. En effet, si chacun a eu son histoire particulière, l’un, disons, dans le Gâtinais, l’autre sur l’Aubrac, par exemple, ou si l’un était fils de cordonnier-savetier, l’autre d’employé de bureau, peu importe ; ce qui importe, c’est que, dans un cas comme dans l’autre, le moule ne différait pas. Les heurs et malheurs propres à chacun n’ont aucune importance, ils sont parfaitement interchangeables. La vie de l’un vaut la vie de l’autre, ni plus, ni moins. Aussi, à l’inverse des romanciers qui spécifient expressément, en préambule à une œuvre : Ceci est une œuvre d’imagination et toute ressemblance, etc., etc., serait purement fortuite, j’exprime ici le souhait que nombre de lecteurs s’écrieront, à la lecture de ce livre : « Mais c’est moi, ça ! » J’espère également qu’on n’en profitera pas pour me traîner devant les tribunaux, sous prétexte que je donne à rire ou à s’indigner de la conduite d’un de mes personnages : je n’attaque ici personne en tant qu’individu, je ne règle pas de vieux comptes avec qui que ce soit. Je parle seulement d’une époque et de gens qui l’ont vécue, un peu étourdiment sans doute, de gens qui, comme le remarque Chamfort, réfléchissaient si peu qu’ils ne connaissaient pas ce monde qu’ils avaient sous les yeux, de même que les hannetons ne savent pas l’histoire naturelle . Les gens en question n’étaient pas des miséreux. Ils avaient tous un travail pour se nourrir, eux et leur famille, et des biens matériels, qui leur appartenaient. Pour autant, ils étaient loin, très loin, de faire partie des nantis et des puissants de ce monde. Ce qu’ils possédaient, un toit et ce qu’il y avait dessous, ils l’avaient acquis par leur travail et ne le conservaient qu’au prix de leur entière abnégation. Faute de quoi, ils perdaient tout. On peut comprendre, mais aussi ne pas comprendre, qu’ils aient, dans leur masse, si docilement et de façon si décisive, contribué
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à faire les beaux jours de l’ordre établi. Un ordre considéré comme d’essence naturelle, voire divine, et comme devant être éternel, au point de nommer « opérations de maintien de l’ordre » les guerres et les répressions les plus féroces et « forces de l’ordre » les unités armées les plus bestiales du système. Voilà comme ils étaient, ces gens-là. Dans le quotidien, ils disaient l’un de l’autre : « Oh, il a ses défauts, mais c’est pas le mauvais cheval ! » Et jour après jour, les vieilles croyances reprenaient du service, on conservait les mêmes réflexes, les mêmes habitudes. L’antique attirail de la veille resservait machinalement chaque matin, personne n’ayant noté que, sous Pétain, on vivait encore pratiquement comme au Moyen Âge, ni pressenti que le monde allait soudain se métamorphoser plus en dix ans qu’auparavant en dix siècles, du lumignon au réacteur nucléaire, du clystère au scanner. Ce récit relate comment on a atteint l’âge d’homme, tous, bon gré, mal gré, en ce temps-là, au terme d’une succession d avatars plus souvent subis que désirés, rarement annoncés, jamais expliqués aux intéressés eux-mêmes. Il raconte comment on s’en est tiré, sans y laisser notre peau, sans tourner fous ou assassins, comme on devait nécessairement finir, à les en croire, ceux de l’entre-deux guerres, nos parents. Ils présageaient toujours le pire. Un truc à eux pour que le pire n’arrive pas. Allez savoir…
Fernand Braudel appelait les mentalités des « prisons de longue durée »
Georges Duby
La tradition de toutes les générations mortes pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants.
Karl Marx
Il avait du cœur au fond. Moi aussi, j’avais du cœur. La vie, c’est pas une question de cœur.
Louis Ferdinand Céline