Les héritiers de l'astre bleu - Tome 2 : Eva

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Il est bien loin le temps où les adolescents partageaient leur quotidien dans le cocon protecteur du vaisseau de diamant. Les circonstances ont façonné trois groupes qui évoluent dans des environnements très différents.


Éva, Karl et Tina peuvent compter sur la puissance et l’autonomie du vaisseau de diamant. Mais dans ses tréfonds se cache un passé bien difficile à accepter. Auront-ils la force de le surmonter ?


Théo, initié par l’empereur autoritaire d’Agathéa, rêve de puissance et de pouvoir au point de se détacher peu à peu du sort de ses compagnons. Pourtant, un destin tragique les attend.


Depuis qu’ils ont retrouvé Jean sur Antoria, Luc et ses amis cherchent un moyen de rejoindre le vaisseau de diamant.


Le temps de la guerre approche, qui précipitera le monde dans une confrontation violente et cruelle. Il existe pourtant une autre issue, mais pour l’atteindre, encore faudrait-il que les adolescents parviennent, par la maîtrise de leur expérience passée et la puissance de leur jeunesse, à se hisser au rang d’héritiers de l’astre bleu.


Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782953703610
Nombre de pages : 378
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Chapitre I Sa délicate silhouette se dessinait avec précision dans l’obscurité de l’univers et ses parois aux reflets argentés renvoyaient d’exubérants éclats de lumière. Il avait l’appa-rence d’une étoile filante, sauf qu’aucun voile de poussière dorée ne s’effilochait dans son sillage. En son sein, le vaisseau cachait un trésor : treize enfants profondément endormis dont les corps, enfermés dans de curieux sarcophages, flot-taient dans un liquide translucide. Aucun bruit ne troublait leur sommeil, pas même celui de la plage artificielle qui jouxtait leur chambre d’hibernation. Salles et couloirs étaient éclairés d’une lumière tamisée, et le seul témoignage d’un semblant d’activité se résumait aux informations chiffrées qui défilaient sans relâche sur les écrans de la salle informatique. — Il s’est passé quelque chose ? — Et comment ! Tu vois ce clavier sur ta droite ? Je l’ai utilisé tout à l’heure pour paramétrer notre voyage. Prends-le et tape un message.
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Éva saisit les trois lettres de son prénom qui s’affichèrent aussitôt sur l’écran avant de s’estomper. Elle répéta l’opération. — Ça ne marche pas ! — Normal, répondit Karl. Ça prouve que nous avons réussi. Nous sommes en train de vivre une scène qui s’est déjà déroulée dans le vaisseau de diamant. Et comme le passé ne peut être modifié, nos actes n’y ont aucune prise. — Tu veux dire que nous venons de voyager dans le temps ? Mais je n’ai absolument rien ressenti ! — Moi aussi ça m’a surpris la première fois. Mais il n’y a aucun doute, nous sommes revenus dans le passé. En y prêtant attention, tu remarqueras que la couleur des objets est terne, comme si une fine pellicule de buée s’était déposée partout. Certains détails manquent de précision… Tiens, regarde cet autre clavier informatique : on croirait que les touches sont soudées entre elles. La définition de l’image n’est pas parfaite. — C’est fascinant, répondit Éva en déambulant dans la pièce. Et comment expliques-tu que je puisse toucher les choses ? Regarde, cette chaise, par exemple, je peux la faire tourner sur elle-même. — Ce n’est qu’une illusion. Les sensations sont reproduites, mais les choses conservent leur état originel. Vois comme la chaise que tu as bougée reprend la position exacte qu’elle occupait il y a encore quelques instants. — Est-ce que tu as une idée de l’époque que nous visitons ? — Pas la moindre. Tina, est-ce que tu nous reçois ? Semblant venir des profondeurs du vaisseau, une voix résonna : — Je vous entends et je vous vois, c’est incroyable ! Figurez-vous que je suis dans la même pièce que vous, mais vingt-
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deux ans plus tard. C’est en tout cas l’information que mentionne mon écran de contrôle. — Vingt-deux ans, dis-tu ? Reste à savoir pourquoi cette séquence d’archives a été conservée. Éva et Karl se concertèrent avant de s’engager dans le couloir qui séparait la salle informatique de la plage artifi-cielle. Celle-ci était rigoureusement identique à celle qu’ils connaissaient sauf qu’aucune maison en bois ne s’y dressait. Ils marchèrent côte à côte, portés par un même désir : accéder à la salle d’hibernation où leurs corps étaient supposés reposer. Pourtant, lorsqu’un nouveau couloir se dessina en face d’eux, ils hésitèrent à l’emprunter, ressentant une vive appréhension à l’idée de voir leurs doubles endormis. Ils se donnèrent la main pour franchir les derniers mètres. La pièce était plongée dans une obscurité relative et il leur fallut faire preuve d’attention pour reconnaître les sarcophages aux cloisons translucides qui formaient une curieuse marguerite à quatorze pétales. Lâchant la main de Karl, Éva s’avança lentement vers l’un d’eux. Elle y vit un corps qui flottait, celui d’une enfant de onze ans et reconnut les traits de son visage. Elle se remémora le récit de Jean. « Ainsi donc, tout était vrai. Enfermés dans des caissons d’hibernation, nous avons dérivé dans ce vaisseau pendant au moins vingt-deux ans, et notre croissance a considérablement été ralentie. » Elle regarda avec curiosité son corps d’enfant. Il flottait dans une masse liquide transparente. Un petit tube partait du nombril pour finir à l’une des extrémités du sarcophage. Comme elle avait changé depuis ! Un an plus tôt, elle se ré-veillait à l’âge de quatorze ans… Aujourd’hui, elle approchait les quinze ans et était devenue une jeune femme. Ses cheveux
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blonds avaient poussé et tombaient en cascade sur ses épaules qui s’étaient élargies. Elle avait grandi aussi, bien plus qu’elle ne l’imaginait, comme en attestait la taille de ses mains ou la longueur de ses jambes. Elle chercha Karl des yeux mais son regard s’attarda sur le sarcophage voisin du sien. « C’est là que repose Jean… en principe. » Elle eut du mal à reconnaître dans l’enfant qu’elle vit l’adulte au visage fatigué qui avait un jour sauvé la vie de Bob. Puis elle remarqua la forme particulière de ses sourcils, le délicat tracé de ses lèvres et elle sourit. — Qu’est-ce que tu fais ? demanda Karl qui venait de la rejoindre. — Rien. J’essaie juste de me persuader que ce que je vois a été réel un jour. Nous sommes tous là et Jean est avec nous. Il a notre âge. Karl recula d’un pas. — Tu as fait quelque chose de particulier ? — Bien sûr que non. Pourquoi ? Karl regardait le sol qui venait de s’éclairer. Il y eut une secousse, lointaine et inattendue. Les adolescents se regardèrent sans bouger, écoutant en silence. — Il s’est produit quelque chose d’anormal. C’est la pre-mière fois que le vaisseau vibre de cette manière. Allons voir dans la salle sphérique. Ils abandonnèrent la salle d’hibernation sans remarquer que des informations venaient de s’afficher au-dessus du sar-cophage de Jean. En pénétrant dans la salle sphérique, Karl appela Tina et fut rassuré d’entendre sa voix résonner dans l’immense pièce. — Je ne peux voir que l’endroit où vous êtes, répondit Tina. Je n’ai aucune idée de ce qui a pu se passer ailleurs.
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Mais plusieurs moniteurs se sont allumés et ils affichent des messages d’alerte. Soyez prudents ! — Il serait peut-être temps de retourner dans le présent, suggéra Karl en se grattant le nez. — Pas avant d’avoir compris ce qui se passe ici, répondit Éva. La porte du temps ne nous a pas conduits ici par hasard. Le vaisseau veut nous montrer quelque chose et je veux savoir quoi. Elle contempla la voûte de la salle. Celle-ci, totalement transparente, offrait un panorama extraordinaire sur l’univers et ses milliards d’étoiles. — Je ne vois rien d’anormal ou d’inquiétant. Elle se dirigea au centre de la pièce, s’installa dans un fauteuil et tendit ses bras. Le pupitre de pilotage sortit du sol et se plaça sous la paume de ses mains. — Tu sais bien que cela ne sert à rien, objecta Karl. Nous sommes dans le passé. Ce que tu fais n’est qu’une illusion. Tu ne peux pas agir ici. — Je n’en suis pas si sûre. J’ai réussi à faire tourner une chaise tout à l’heure. J’ai provoqué une réaction qui s’est superposée un instant avec le passé avant de s’estomper. Ses doigts glissèrent sur le clavier translucide et un écran se forma devant la jeune femme. Une image apparut, celle du vaisseau de diamant flottant dans l’espace. Karl, subitement très intéressé, pointa l’écran. — Regarde ! Il y a quelque chose. Bien que leur couleur sombre se confonde avec la noirceur de l’univers, on pouvait distinguer plusieurs formes à l’arrière du vaisseau. — Nous sommes suivis par des engins spatiaux qui res-semblent à celui que nous avons croisé près d’Antoria.
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Trois chasseurs progressaient en formation groupée. Deux d’entre eux s’écartèrent pour encadrer le vaisseau de diamant. Ce dernier réalisa plusieurs manœuvres rapides pour se dé-gager, sans parvenir à se défaire de cette garde rapprochée indésirable. Les adolescents observaient ce curieux ballet où les vaisseaux, tels des requins à la peau sombre, dansaient autour de ce qui aurait pu être une grande baleine blanche. Le vaisseau de diamant vira de bord, tourna sur lui-même avant de repartir dans une nouvelle direction. Chaque fois, ses poursuivants reproduisirent ces manœuvres, témoignant ainsi de leur extraordinaire agilité. Puis le chasseur le plus en retrait réalisa une puissante accélération. Il fila au-dessus de la salle sphérique, si proche que les adolescents purent aper-cevoir les redoutables canons qui armaient la pointe de l’appareil, et disparut de leur champ de vision. — Nous sommes en état d’alerte ! s’exclama Éva. J’inter-cepte les instructions de commandement automatique. Nous allons être attaqués. — Attaqués ! reprit Karl incrédule. Mais pourquoi ? Est-ce qu’il y a eu des sommations ? — Je ne crois pas. La secousse que nous avons ressentie tout à l’heure correspond à une première frappe à laquelle notre vaisseau n’était pas préparé. Le champ d’énergie pro-tecteur n’était pas activé. Il y a eu des avaries. Les parois de la salle sphérique s’obscurcirent, privant les adolescents de toute vue sur l’espace. Ils reportèrent leur re-gard sur l’écran de contrôle. Les chasseurs qui les poursuivaient abandonnaient leurs positions. Le troisième appareil surgit alors et fondit sur le vaisseau de diamant tel un aigle sur sa proie. De sa pointe jaillit une boule de feu qui heurta instan-tanément sa cible. Une violente secousse agita l’ensemble des
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structures, alors que la lumière qui éclairait les parois s’éteignait l’espace d’une seconde. Le vaisseau de diamant vira à cent quatre-vingts degrés. Les deux autres appareils firent feu à leur tour, frappant à plusieurs reprises. Le vaisseau de diamant, pris au dépourvu, changea une nouvelle fois de direction mais déjà, le premier chasseur lâchait une nouvelle et terrible frappe. Harcelé, bombardé de toutes parts, le géant fit une embardée avant de tenter une accélération désespérée pour aussitôt essuyer une nouvelle attaque du chasseur de têtes. L’onde de choc le percuta de face et stoppa net sa course folle. L’arrêt fut si brutal que les adolescents, éjectés de leurs fauteuils, glissèrent au sol sur plusieurs mètres. Karl eut le réflexe de s’accrocher à une rambarde, évitant une chute de plusieurs mètres dans la fosse qui entourait la plateforme centrale. Il se demanda à cet instant si sa vie pouvait être mise en danger alors même qu’il voyageait dans le temps et décida qu’il devenait urgent de quitter cet environnement hostile. Il jeta un regard inquiet vers Éva qui se relevait déjà. Sa tête avait heurté le sol et une de ses joues saignait. Elle vint au secours de Karl puis, sans écouter les supplications de ce der-nier, retourna s’asseoir au poste de commandement. Affaibli, le vaisseau de diamant n’esquissait plus la moindre manœuvre. Il subissait les bombardements incessants de ses assaillants, ses parois vibrant à chaque attaque. Le champ d’énergie pro-tecteur ne semblait plus en mesure d’empêcher les frappes d’atteindre ses structures. Une terrible explosion retentit, alors qu’une épaisse fumée s’échappait de son flanc gauche. Deux des vaisseaux agresseurs s’acharnèrent aussitôt sur la plaie révélée.
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