Les héritiers de la misère

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" Je revenais (...). Je revenais pour aider à l'émergence d'une Afrique nouvelle capable de retenir et de ramener à la maison ses fils, dont beaucoup avaient récemment péri dans les barbelés et les flammes de l'enfer occidental."
Une imagination fertile...une actualité brûlante et des réalités poignantes...L'auteur a su nous livrer, dans un style caustique, sa vision d'une Afrique émergente et sa foi dans un monde meilleur.
Publié le : lundi 1 mars 2010
Lecture(s) : 92
EAN13 : 9782296695467
Nombre de pages : 190
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Les héritiers de la misère

























































© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-11344-2
EAN : 9782296113442

Amara Koné


Les héritiers de la misère

Suivi de : Ode à Barack Obama, citoyen du monde !


nouvelles



Préface de Moussa Zio


















L’Harmattan

Dédicace

AuTOUT-PUISSANT,

Qui m’a
œuvre,

donné laforce etl’inspiration pourécrirecette

Atoute l’Humanité,

Atousleshommesdebonnevolonté, éprisde paixetde
justice et qui œuvrentàl’avènementd’un monde meilleur,

Ama chèreAfrique, dontl’heure de gloiresonneraun jour!

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Préface

Le journalisme mèneàtout…Pourd’autres…aupire;et
pourcertains…aumeilleur.Amara Koné faitpartie des
journalistes qui ont tiré, non pasle groslot, maisle numéro
valorisantintellectuellementetprofessionnellement.Il écrit,
au sensle plusgrave du terme,c’est-à-direau sensoù
s’entendsérieux.Son premier recueil de nouvellesn’estpas
unquelconque essai de littérateurdudimanche:ilyamis
beaucoup de lui-même, parlesérieuxdes thématiques qu’il
aborde enun peuplusde200pages ;le long desquellesil
déploie 12nouvelles.

Sià50anson estencoreun enfant,àmoinsde 40ansonsort
àpeine desa crise de puberté.Amara Koné,qui enamoins
de 40estdonc arrivéàmaturité de façon précoce.Etc’est
toutàson honneur.Leshéritiersde lamisère(sonrecueil de
nouvelles) montrebiencetteautre pente malconnue de la
jeunesseafricaine en général, etivoirienne en particulier:
uneconscienceaiguë desproblèmes quitraversent, de parten
part, les sociétésafricaines, et unsenscritiqueacéré,qui ne
faitaucuneconcessionàla complaisance etàlademi-mesure.
Quelquespépites:«Le jouroùnosélitescomprendront qu’il
vautmieuxêtre desgrosses têtesplutôt que desgros ventres,
le développementfrappera
ànosportes»;ouencore«Fautilcroireauxhommespolitiques ?Aprèsl’ère heureuse du
père fondateur, plusieursprésidents sontpassésàlatête du
pays ;maisoncroirait qu’ils’agitd’unseul hommeà

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plusieurs visages quivient torturerle pauvre peuple et se
moquerde lui ».

L’auteurdesHéritiersde lamisèreinterroge lasociété.Et
ses questionnementsfondentnosdoutes.Il nousenseigneque
nousavonsencoresinontoutà apprendre dumoinsbeaucoup
à comprendre.En le lisant,surleslignesmaisaussi entre les
lignes, oncommenceàsavoiravec certitudequ’on nesait
rien.Ou quesi l’onsait quelquechose,c’est tropsouvent si
peudechoses!

Journalisteaudépart,aujourd’huicommunicateur, puis sans
doute demain écrivain,Amara Koné garde encorequelques
tracesheureusesdesespremièresamours:l’actualité,
l’information.Sonrecueilalterne leconnu, levécuet
l’imaginaire, lafiction.Lesfaitsde l’histoire immédiate,
peut-êtreaussi lointaine d’ici etd’ailleurs,serventdeterreau
fertileàson imaginationcréatrice.C’est un jeune des temps
d’aujourd’hui.Etil estbien desontemps.Il faitœuvre de
témoin,certainementde mémoire.Disonsde lui, en
empruntantà RaymondAron,qu’il est unspectateurengagé.
Il n’a certespasencoreune longue expérience de l’écriture
aulongcours.MaisLeshéritiersde lamisère,déjàsibien
écrit, est une promesse.Il doitlatenir.

ZIO Moussa

Journaliste,Présidentde l’OLPED(Observatoire de la Liberté de
la Presse, de l’Ethique etde la Déontologie,Côte d’Ivoire)

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LE PACTE

Il étaitpresqueune heure dumatin.Lanuitétaitnoire desa
noirceurlaplusextrême etcertainementchargée deses
mystèreslesplusinsoupçonnés.Laville étaitendormie, mais
on entendait sporadiquementdanslesilence, desaboiements
dechienserrants, deschuintementsdechouettes,toutcela
dans unconcertétrangementbiensynchronisé et
magistralementexécuté parlesgrillonsetdesmilliers
d’autresinsectes.Bozase pressaitpourne pas raterle
momentauquel il devaiteffectuerlerituelque luiavait
préconiséGnamantou.Il garadans uncrissementde pneus.
Le gardien des«dernièresdemeures»vintàsarencontre.

-Bonsoir, monsieurBoza.Jecommençaisàme demander si
vous viendriez.J’aireçul’enveloppequevousm’avezfait
parvenir.Merci pour votre largesse.J’ai déjàrepéré le
tombeau qui feravotreaffaire.
-Beau travail, jesaurai mesouvenirdevous si jetrouvece
que jecherche.
-N’ayezcrainte,vousaurezcequevouscherchez.Venez.

Commeun habitué deslieux, plusprécisémentcommeun
automate humanoïde, préalablementprogrammé,Boza
suivaitle gardien, le pasassuré etleregardserein, même
quand il luisemblaitapercevoirdansles ténèbres, desombres
mouvantes, dopé par uncouragequ’il neseconnaissaitpas.
Dans un passérécent, ilauraiteudumalàvenirperturber

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nuitammentlaquiétude desmortsmaislavieavaitfini parlui
apprendreque lescheminsde larichesse nes’embarrassent
pasdevertus, descrupulesetde préceptesdivins.

Pourquois’obstineràlouerDieuetlesprophètespendant
qu’ilsubissaitlesaffresde lamisère?Pourquoi espérer un
paradiscéleste incertainalors qu’ilsuffisaitd’êtreriche pour
s’offrirle paradis sur terre?

Bozamaudissait toutescesannéesoùilavaitprié envain le
Dieude l’univers, pour qu’il fasse de luiun patron prospère;
toutescesannéesoùilrestait toutouïe devantle fameux
sermon et son magique «BeatiPauperesSpiritu»,qui dit-on
peutfaire gagnerle paradisauxouailles quiacceptentdese
détacherdesbiensdece monde.Ilsavait qu’il n’auraitpaseu
de lapromotionsi on ne luiavaitpasconseillé d’aller voircet
homme providentiel, dontla«science »luiavaitpermisde
rejoindre de fortbelle manière lecerclerestreintdes quelques
privilégiésdece monde de misère.Il n’avaitpaseubesoin de
sesoumettreàdes séances sordidesde jeûnecommecelles
que prescrivitauxJuifs, la ReineEsther.Desimples
incantationsnocturnesavaient suffi.Depuisce jour, il
comprit que lesclésdeson destin étaiententresespropres
mains.

Etrechef de la comptabilité dans unesociétéspécialisée dans
l’import-export, étaitcertes unebonnechose maisBozaen
voulaitdavantage:le fauteuil duDirecteurgénéral.Consulté,
Gnamantoule marabout réclamala couronne d’unroi encore
en exercice.Ce ne futpaschose facile.Boza avaitdûpayer
quatre lugubresindividus quiserendirentjusque dans
l’extrêmesud dupayspourcambriolerlarésidence dugrand
chefHénoukouKagbaléBindé.Biensûr, ilsen profitèrent
pourle détrousser, en plusde la couronneroyale, de plusieurs

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sacsdebijouxetde lingotsd’or.Leroi en fut traumatisé etne
manquaplus une occasion de maudire les voleurs.L’affaire
fitgrandbruit, maislesgens restèrentplutôtadmiratifs
devantl’audace desmalfrats,ce d’autantplus que personne
n’avaitjamaisosés’attaqueraupuissantHénoukouKagbalé
Bindé.Bozan’avait sulatournure desfaits quebien plus
tard, maisil n’en futpointchoqué,àpartirdumomentoùil
avait saprécieusecouronne.

Dès qu’ilremitl’étrangecolisàson marabout, leschoses
semblèrent se précipiteret s’enchaînercommes’il n’aurait
paspuen êtreautrement.Son patron péritdans uncrash
d’avion et soncorps restaintrouvable.Laréunion
extraordinaire duconseil d’administrationquisuivitce drame
le désignapourprésiderauxdestinéesde lasociété.
Maintenant qu’il étaitpatron,Bozase mitàrêverd’une
richesse horsducommun.Cette préoccupation n’étaitpas un
problème pourGnamantou.Le maraboutluiavait simplement
demandé ladenten ord’uncadavre fraîchemententerré.
Bozan’avaiteu qu’àsoudoyerle gardien ducimetièrequi
aprèsplusieurs recherchesfinitpar trouver.Ilvoyait
désormaislavie enrose.Ilavaitdorénavantàportée de main
sadenten or, etdonclarichesse éternelle, lapuissance etla
gloire.

Cette nuit-là, lecimetière n’étaitpluspourluicetendroit
redoutablesurlequelcirculaientleshistoireslesplus
terrifiantesmais uncadreavenant,un endroitmerveilleux,
voire miraculeux quiallaitlui permettre deréaliser saplus
grandeambitionterrestre.Bozaneremarquaitmême pasla
symphonie macabre desmystiqueshibouxnocturnes, encore
moinsletintamarre produitpardescentainesetdescentaines
debestioles, dontlesgrillonsconstituaientle grosdes
troupes.Sonregard étaitmécaniquementfixésurlalueurde
lalampe de pochequetenait son guidequise hâtaitcomme

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s’ilavait vu un fantôme.Aprèsplusieursdétours, ils se
retrouvèrenten face d’une grandesépultureauxdalles
imposantes surlaquelle étaitplacardée laphoto d’un homme
auxcheveuxgrisonnants.

-C’estnotre homme, jesuppose
-Oui, je leconnaissaisbien,réponditle gardienqui déposa
surlesolsapetitesacochequicontenait une pioche,un
marteauetdespinces.
-Ladalle m’al’airfraîche…
-Oui, il estmortdes suitesd’unarrêtcardiaque etaété
enterré hier seulement, précisale gardienquis’apprêtaitdéjà
àfracturerle portail d’accèsaucercueil.

Bozaet soncompagnon d’unsoirpassèrentimmédiatementà
l’action.Jouantles sentinelles, le premierattrapalalampe
pendant que l’autre descenditaufond du tombeau.

-Tunecroispas que lalumière pourraitnousfairerepérer?
s’inquiéta Boza.
-C’estinimaginable, lançale gardien.Vous savez,beaucoup
de personnesn’ontpas votrecourage.Lesgenscroient
tellementaux revenants qu’ilsnese hasarderaientpour rien
aumonde dans uncimetièreàpareille heure.
-J’ose l’espérer.

Lecercueil futdécouvert.Une odeurde putréfaction
débutanteagressalesnarinesdeBozaetdesoncompagnon.
Lecorpsembaumé dudéfuntétaitemmitouflé dans unsuaire
blanc.Se pinçantle nez, le gardien défitlapartiesupérieure,
ouvritla boucheaprèsmaintseffortsetcherchadanscequi
restaitdesadentition, lafameuse dent.Il l’arrachad’uncoup
sec àl’aide despinces,rhabilla correctementladépouille,
refermatoutet remonta àlasurface.

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Bozaétaitivre de joie.Enfin, ilavait sadenten or, ladent
tant recherchée, ladent tantattendue, ladentmiracle, ladent
qui lui ouvraitlesportesde larichesse éternelle, de la
puissance etde lagloire.Ils’éloignadequelquespas,attendit
quelquesinstants, puis récitaseptfoisàvoixhautesurle
coup deune heure dumatin de mystérieuseslitaniesavantde
regagnerencourant savoiture etde démarrerentrombe.Il
alladirectement remettre ladentàson faiseurde miracles qui
habitait quelque partauboutde laville dans unvaste
bidonville oùlogeaientgénéralement tousceux quiavaient
perduleursillusionsde faire fortune envenantdansla
capitale.Gnamantoune dormaitpas.Ilvintouvriràson hôte.

-Que lapaixdumaître des ténèbres soit sur toi.Tum’as
apportéceque jet’ai demandé?
-Oui.

Bozaluitenditladentetajoutaqu’ilavait respectétoutes ses
prescriptions.

-C’estbien, ditle maraboutd’unevoixcalme.Désormais tu
es un homme neuf.Tunetoucheraspas une femme lorsde
sesmenstrues,tune ferasl’amour qu’en pleine lune,tu
préféreraslapintadeaupoulet,tuneserreraspaslamainàun
pauvre,tuneteretourneraspasdanslarue.
Pourcommencer,tuaurasdroitaupremieréchelon de la
fortune.Tuaurasde nombreusesaffaires quivontprospérerà
travers toutle paysetmêmeau-delàdesfrontières.Tu
deviendras une légendevivante, lesymbole de larichesse et
de l’aisance, l’argentfaithomme.Gouzoungou, le maître des
ténèbresnete demandequ’uneseulechose encontrepartie:
du sang.Mais rassure-toi, du sang debœuf.Chaque mois tu
devrasimmoler unbœufsur une période d’unan.Situ
réussiscela, iltesera accordé lesummum de lafortune.Vaet
faiscomme jet’ai ditet tu verras.

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Bozaétait tellementheureux qu’il demanda àsonbienfaiteur
dequitter sonquartieretd’allerhabiterdans un endroitplus
aisé oùil décidade luiacheter une maison.

Il étaitdéjàdeuxheuresdumatinquand ilrentra àdomicile.
Safille dormaitmais safemme étaitéveillée.

-Oùétais-tupassé?Tasecrétaire m’adit quetunerentrerais
pas tôtparcequetuavaisdu travailàfinir.
-J’ai effectivementprésidéuneréunionquiafinitard etj’en
ai profité pour terminercertainsdossiersimportants.
-Laville estdangereuse,tu sais.Tuauraispu terminer tes
dossiersce matin, non?
-Aucasoù tul’auraisoublié, j’aiune missionàl’étrangerce
matin même.
-Voilàunautrecalvaire,tesdéplacementsincessantsà
l’étranger.Tafille etmoi ne pouvonsmême pasprofiter
longtempsdetaprésence.
-Rassure-toi,bientôtjeserairiche.Je pourrai mereposeret
jouirde mesbiens.
-Boza, entant quecroyant,tudois toujoursavoiràl’esprit
que larichesse n’estpas une finalité danslavie.Rien ne doit
se faire en dehorsd’un plan divin.Nousavonsassezpour
vivre déjà.RemercionslebonDieupour toutes sesgrâces.
Cherchonsplutôtàjouirde laspiritualité etde laparole du
Seigneuréternel.Ainsi, nous serons sauvés.Vanitas
Vanitatum, etomniavanitas!Vanité des vanités,toutest
vanité !
-Ecoute,Shéna, jesuisdéjàsauvé etjecrois quevousl’êtes
aussi, notre enfantet toi.Jeseraibientôt très trèsfortuné.Que
faut-il de plusàun homme pourêtresauvé?Etpuis,
pourquoi devrais-jeremercierdesesgrâces un êtreque l’on
ditomniscientetomnipotent qui n’arien faitpourmoiquand
jecherchaisàdevenir quelqu’un?Pourquoi devrais-je le

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faire maintenant que je mesuisbattu tout seul pourarriveroù
jesuis ?Tunevoisdoncpasévoluerle monde?Pendant
combien detemps vas-tuencorete laisserbernerparces
inepties ?Aujourd’hui, l’argentestleseul dieuet tulesais
bien.
-L’argentest ton dieumaispasle mien.Evite de dire des
propos qui pourraient tecondamner.Lavie est sicourte !
-C’estjustementparceque lavie estcourtequ’il ne fautpas
se laisserendormirpardescroyances qui nousinhibentet qui
nousempêchentd’acquérirlarichesse etlebien-être.Ceux
qui n’ontpascompris que laviese passe ici etmaintenant
sontperdus.
-C’estplutôtceux quiveulentacquérirlarichesse par tous
lesmoyensencebasmondequisontperduscarils
n’hériterontpasleroyaume deDieu.
-Encore faut-ilqueceroyaume existe !
-Je netereconnais vraimentplus.Commentoses-tuproférer
untelblasphème?Tuas vraimentchangé !
-Ecoute,chérie,ce n’estpasmoiquichange maisle monde.
Nous sommesàl’ère ducapitalismesauvage et situn’aspas
compris quec’estl’argent qu’il fautadoreraujourd’hui,tu
t’es trompée d’époque.

Shénan’enrevenaitpas.Quel démonavaitpiquéson mari
pour qu’ilchangeâtaussiradicalement ?Elle l’avait toujours
connuprofondémentpieuxcommeun moine,si dévot qu’il
ne manquaitjamaisleculteà Dieu.Ilavaitmêmevoulu
devenirprêtre mais s’était ravisé enserendantcomptequ’il
n’auraitpaspu se marier.C’est vraiqu’il luiarrivaità
certainsmomentsde désespoir, dese demandercomment
Dieu que l’on disaitplein de miséricorde pouvaitlaisser
souffrir sesenfantsmaiselle n’avaitjamaispenséqu’il en
arriveraitàlerenier totalement.Elle en fut trèsattristée mais
se promitde ne jamaisabdiqueretdetoutmettre en œuvre
pourleramener surle droitcheminàl’instardesenvoyésde

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Dieu qui n’avaientjamaisdémissionné
d’incompréhension deshumains.

devant

les

murs

Deretourdesonvoyage,Bozasacrifiale premierbœuf.Il
s’agissait,confiat-ilàson épouse d’honorerlamémoire de
sesaïeuls.Les semaines quisuivirent,Bozagagnaune
sommevertigineuseauloto.Il investit son jackpotdansles
travauxpublicsetlebâtiment.Devenu unchef d’entreprise,
mieux,un opérateuréconomique prospère -il préféraitde loin
cette expression- ilse mitau travail.Quelquesmoisplus tard,
il était un puissanthomme d’affairesdontlarenomméealla
au-delàdeson paysnatal. «Boza Business» devintle plus
beaufleuron decetempire financier quiréalisaitdes
superprofitsetengrangeaitdesmilliardsàtraversle monde.
Cette entreprisearrachait touslesmarchésetnecessait
d’étendresazone d’influence.Jamais, on n’avait vu une
sociétése développeravec autantdecélérité etlesmédiasne
cessaientdes’émerveillerdevantcette prouesse inégalée.
Bozalui même étaitdevenu un exemple parfait,un modèle,
une icône, l’archétype de l’homme dufutur quiavaitle flair
desaffaires,un dieu vivant.Il enressentait unbonheur
indicible.Unbonheur que ne partageaitpas safemmeShéna
quiavait remarquéqu’il ne passaitplus sontemps qu’à
compteret recompter sesmilliards.

Lorsqu’il entrepritd’immolerle deuxièmebœuf,safemme
s’interposa.

-Qu’estcequec’est quecette histoire detuerdesbœufs tout
letemps ?
-Jecroyais t’avoirdéjàdit qu’ils’agissaitdesacrificespour
honorerlesmânesde mesancêtres.
-Etpendantcombien detemps vas-tucontinuerde nous
servirces scènesmacabres?

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-Nete mêle pasdecequi neteregarde pasShéna.Jesaisce
que je fais.
-Je n’enai pasl’impression.Tum’inquiètes, faisattention…

Bozasortitde lademeure familiale,s’engouffradans sa
voiture etpritladirection de lamaison deGnamantou.Il
fallait réglerlecasShéna carilsentait qu’elle étaitdevenue
un obstacleàlaréalisation deses rêves.

Coiffé d’un keffiehrouge et vêtud’un grandboubounoir, le
maraboutétaitassiscette nuitlàsur une peaudebêtesauvage
aumilieudesgris-grisetdesamulettes, les yeuxferméset
marmonnantdesparolesinaudiblescommes’il étaiten
contactavecdesêtresd’unautre monde.Bozalesalua.

-Jesaispourquoitueslà, dit-ilaprès un long momentde
silence.Tuas un problème.MaîtreGouzoungou vale
résoudre.
-Oui,vousavez raison, j’aiun problème.Mafemme
s’opposeàtouslesactes que je pose.Je ne lasupporte plus.
-Jecomprends.Dèsdemain, elle neconstitueraplus un
obstacle pour toi.
-J’espèrequ’il ne luiserafaitaucun mal, elle estlamère de
mafille.
-Rassuretoi,rien ne luiarrivera.Laisse lapartiravec
l’enfant.Uneautre femmeviendra àtoi.Tulareconnaîtras
toutdesuite.Prendslapourfemme.Elletecomblera.Un
homme ne peut réussir ques’il est soutenupar safemme.Tu
faisdorénavantpartie de notrecercle etchaquesoiravant
d’alleraulit,tudevrasdireavectanouvelle épousecette
prière:«Ô Gouzoungou, grand maître des ténèbres,toiqui
règnes surle monde, donne nouslapuissance etlagloire».
Dans quelquesmois,tupasserasàuneautre phase de la
richesse et tu verrascombien le maître des ténèbresestbon
avec ceux qui le louent.

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Leschoses se passèrentcommeGnamantouavaitdit.Le
lendemain,Shénaplia bagageset s’enalla avecsafille.Boza
neréagitpasbienqu’ilsentîtaufond de lui-mêmeune grande
affliction.Changa, leboy voulut savoircequise passaitmais
très vite il fut renvoyéàsavaisselle et salessive.

Le mêmesoir,alors qu’il étaitpassé par uncafé,Boza
rencontraune fille dunom deGagbou.Aucun doute,c’était
elle.Une decesbeautésàl’œillade ensorcelantequivous
troublentdèslespremiersjoursetdont vous restezprisonnier
àvie.Elle intégralavie deBoza avecune grandeaisancesi
bienqu’ilconvolaensecondesnocesavecelle.Le nouveau
couplesemblait vivre en parfaitesymbiose,chacunsachant
toutde l’autre même desesactivitéslesplus secrètes.

Lorsqu’il eutimmolésesdouzebœufs,Boza allavoirle
marabout, presséqu’il étaitde passeràl’étapesuivante.

-Félicitation,Boza,tuasété excellentetGouzoungouestfier
detoi, lança Gnamantoulesourireauxlèvres.Puislamine
grave, ilajouta:«Ilaccepte det’offrirlafortune éternelle
maiscette foisil nes’agiraplusdesang debœuf maisde
sang humain ».
-Quoi, du sang humain !? tressaillitBoza
-Tuasbien entendu.Pendant troismois,tudevrasme livrer
les testiculeset un litre desang d’un enfantdeseptans,une
foisparmois.Ne me demande pascomment tu t’yprendras
maischaque fois quetu te déroberas,un membre deta
famille,à commencerpar ton enfantpaieradesavie.Jete
conseille de ne pas reculercar ton étoileva brillerplus que
l’éclatdu soleil et tudeviendras un homme exceptionnelque
lapostérité n’oublierajamais.Vaetfaiscomme jet’ai ditet
tu verras, detespropres yeux!

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Bozasortitde lademeure deGnamantou, leregard désespéré.
Tant qu’ils’agissaitdesang debœuf, il n’yavaitaucun
problème maiscomment s’yprendre pour trouverdu sang et
des testiculesd’enfantsdeseptanspendant troismois ?Il ne
savait que faire.Dès qu’ilarriva àlamaison,Gagbou
remarquaquequelquechose letracassait.

-Quese passet-il?
-C’estencoreGnamantou, il dit que le maître des ténèbresne
veutplusdesang debœuf maisdu sang humain.
-Maisoùestle problème?
-Tucrois qu’il estpossible dese procurerdes testiculesetdu
sang d’enfantsdeseptanspendant troismois?
-C’estla chose laplus simplequisoit.Nous sommes riches.
Il nous suffitde payer quelqu’un pourexécutercettebesogne.
Je pensaisjustementauboyChanga.
-Tucrois qu’ilva accepter ?
-Biensûr que oui,toutdépendraduprix qu’onvaymettre.
Demain,avant quetunerentresdu travail, je l’aurai déjà
convaincu.
-Tuesformidable,chérie, jesavais que je pouvaiscompter
sur toi.J’espèrequ’aprèsces troismois,Gnamantoune me
demanderapasautrechose.
-Je ne puis te le dire, maislàoùnousensommes, nousavons
atteintle pointde nonretour.Rien ne doitplusnousfaire
reculer.Aucunsacrifice n’est trop grandquand il peut
permettre d’atteindre le faîte de lapuissance etde lagloire.

Cespropos rassurèrentBoza.Dans quelquesmois,son étoile
allait scintillerde mille feuxet seretrouverau zénith.Ilallait
consolider sonassise dansle monde financieret réaliser,
pourquoi pas,une percée danslapolitique,avecpeut-être des
chancesde devenir un jourle présidentde la République.
Gagbouavait raison, l’heure n’étaitpasauxhésitationsmais
auxactes.

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