Les Hibraines : Isis - Tome 2

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Pria Naruh découvre en même temps que notre monde à quel point nous avons oublié notre histoire et effacé de notre mémoire le formidable héritage des Hibraines. Avec l’aide d’Idris Bregan, toujours à la recherche des derniers artefacts de son peuple, elle se rend en Egypte où ses pouvoirs se réveillent de manière spectaculaire. Cela suffira-t-il à contrer la menace des Suzerains ? Leurs fidèles serviteurs ont prévenu Pria Naruh et tous ceux qui voudraient les aider : « Les Anges veulent votre mort. »
Publié le : samedi 1 février 2014
Lecture(s) : 2
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752313
Nombre de pages : 89
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Extrait


1

Je pousse un hurlement et me réveille en griffant l’air. Une femme en blanc se précipite vers moi et m’oblige à rester allongée. Elle appelle à l’aide dans une langue que je ne comprends pas. J’ai le cœur qui palpite, du mal à respirer, des éblouissements. Mon regard bondit d’un objet à un autre.
Où suis-je ?
Qui suis-je ?

Deux autres individus pénètrent dans la pièce, se ruent vers moi et me maintiennent avec rudesse. Je ne peux pas lutter. Je cesse donc peu à peu de me débattre. Je me concentre sur mon souffle haletant, m’obligeant à calmer les battements fous de mon cœur. Je sens toujours un énorme poids sur ma poitrine, mais peu à peu, mon corps se détend. Les autres s’en aperçoivent et relâchent leur emprise, tout en restant sur le qui-vive. La femme en blanc me fait une injection et tout devient cotonneux autour de moi. J’entends leurs voix, très lointaines. Je ne comprends toujours pas ce qu’ils se disent, mais désormais, leur musique me semble familière.

Lorsque je reprends connaissance, je pense qu’il s’est écoulé plusieurs heures. Une poche translucide, reliée à mon bras par un tube très fin, verse dans mon organisme je ne sais quelle substance.
Où suis-je ?
Qui suis-je ?
Je baisse les yeux. Premier indice : je suis une femme. J’ai la peau brune et de longs cheveux noirs. Je chasse d’un geste une mèche qui me taquine la joue. Je recroqueville mes orteils, pour m’assurer que je les sens toujours. Ça bouge sous les draps, mais je ressens une impression de froid dans toutes mes extrémités. J’ai peur. Je ne reconnais rien. Il y a des gens qui déambulent dans les couloirs et qui ouvrent la porte pour passer un instant leur tête. Ils me fixent, sans rien dire. Ils repartent.

Plus tard, un homme en blouse immaculée se dresse devant mon lit, alors que j’émerge d’un sommeil lourd. Il adresse des commentaires à la femme en blanc qui hoche la tête plusieurs fois. Elle me regarde d’un air à la fois contrit et sévère. Ai-je fait quelque chose de mal ? On s’adresse à moi en prononçant un mot : Janedo. Je comprends plus tard qu’il s’agit d’un nom : Jane Doe. Je devine confusément que ce n’est pas ma véritable identité. Je sens celle-ci pourtant toute proche, à la limite de ma conscience, recroquevillée sur elle-même et tremblante. Elle refuse de se laisser approcher, dès que je tente de la connaître, elle s’enfonce trop loin pour que je la saisisse. Alors je me rendors… et les cauchemars reviennent.
Celui-là semble plus réel que les autres. Je suis dans un entrepôt. Dehors, des déflagrations résonnent, des impacts crépitent contre la paroi métallique. Devant moi, une machine irradie d’une lumière bleue. Un homme, presque un géant, se dirige droit vers elle et soulève une trappe. Je dois l’en empêcher ! Je me précipite, mais la lumière devient trop vive. Je me sens alors aspirée, tout mon corps se désintègre : je vois mes pieds, mes mains disparaître. Atome après atome, je me disloque. Je veux crier, mais je n’ai plus de bouche. Un tunnel s’ouvre sous mes pieds et m’aspire. Je ne peux pas lutter, je disparais ! JE DISPARAIS !
De nouveau, je me réveille en sursaut.
Je connais mon nom : Naruh… Pria Naruh. Il étincelle dans ma mémoire comme un joyau. Je ne suis plus Jane Doe. Pria, ça veut dire que je suis quelqu’un d’important. Enfin, je crois. J’ai une mission, en tous cas. Je ne dois pas rester dans cette chambre. Je dois retrouver les autres. Les autres ? Quels autres ? Tout est encore trop flou dans ma tête. Je me mets sur mon séant, attrape un gobelet rempli d’eau que je bois goulument. J’apprécie le retour des sensations connectées à mon nom. C’est Naruh qui boit. Naruh qui n’a plus soif… Naruh qui a toujours peur.
Je n’appartiens pas à ce monde.
Cette pensée me frappe comme un coup de poing. Je hoquète. Personne ne trouvera ma famille parce que je n’en ai pas… du moins pas ici. Je viens… d’ailleurs. Cette planète n’est pas la mienne.

Le cauchemar revient en force et claque les portes de mon inconscient. Tout s’ouvre à toute volée.
Quelqu’un marche dans le couloir. Il va entrer. Je m’enfonce sous les draps, je fais semblant de dormir. Une ombre se dresse au-dessus de mon lit. Je sens quelque chose fondre sur mon visage. Il veut m’étouffer avec un oreiller ! Je me débats, tant et si bien que mon genou s’enfonce dans son ventre, le pliant en deux. J’en profite pour bondir du lit, entraînant avec moi draps et perfusion, dans lesquels je manque de m’emmêler. Je cavale dans le couloir, comme une perdue. L’assassin me poursuit en grognant. Je pousse la première porte qui vient : des escaliers ! Je les grimpe quatre à quatre, mais l’homme est toujours derrière. Il ne lâchera pas. J’ai le temps de penser : pourquoi fuit-on toujours vers le haut, alors que sur les toits, on n’aura pas d’échappatoire ? J’aurais dû descendre ! Mais la peur me fait voler. J’arrive au dernier palier, je pousse une autre porte et je me retrouve sur une terrasse. Autour de moi, des immeubles, très hauts, mais horriblement étrangers. J’entends des bruits inconnus. Je cherche une issue, un autre escalier, une échelle, une cachette ! Je cours pour m’éloigner de la porte. Je ne cherche même plus à savoir si le tueur est encore sur mes talons. Je suis étourdie par la peur, par les rumeurs de la ville, par la nuit trop brumeuse et pleine d’odeurs que je ne parviens pas à identifier. Je trébuche et me cogne contre le parapet. Je n’ai pas le temps de me retourner. Il est déjà sur moi. Il m’attrape par les cheveux, tire ma tête en arrière. Je crie et me débats. Il plaque sa main sur ma bouche, grommèle quelques mots sur un ton impératif. Je me recroqueville, cherchant à le frapper de nouveau. Mais il pare tous mes coups et me pousse de plus en plus vers le vide. Je comprends qu’il a décidé de se débarrasser de moi en me balançant par-dessus le parapet. Je lutte encore plus, paniquée à l’idée de m’écraser plusieurs étages plus bas. Je vois déjà mon crâne s’ouvrir en touchant le sol. Des larmes coulent sur mes joues. Je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir !

Un coup d’une puissance extraordinaire me propulse dans le vide. Ma main saisit à la volée une barre en métal. L’assassin se penche au-dessus de moi, près à m’achever, mais une formidable gifle l’envoie bouler. Je perçois des bruits de lutte. Je résiste à la tentation de plus en plus forte de lâcher prise. Une douleur indescriptible me broie la main. Mais l’espoir ne veut pas abandonner. Encore quelques secondes, encore quelques secondes, me chuchote-t-il. Puis plus rien. Plus un bruit sur la terrasse. Mes doigts glissent. Je hurle. Une ombre blanche se penche alors sur moi, m’attrape par le poignet et avec une vocifération colossale, m’arrache au précipice.
J’atterris sur le sol dallé avec rudesse. À quatre pattes, j’essaie de retrouver mon souffle. Mon sauveur ne vaut pas mieux. Il me saisit ensuite par les épaules et m’oblige à me redresser.

« Ne restons pas ici. »
J’écarquille les yeux, car je l’ai compris sans difficulté. C’est la première fois que ça arrive, depuis mon réveil. Je le suis, poussée par cette découverte. Je vais enfin pouvoir communiquer avec quelqu’un. Nous reprenons l’escalier et redescendons sans nous arrêter, jusqu’à un niveau souterrain. J’ai le temps de détailler mon sauveur : grand… très grand, même. Les cheveux blonds, presque blancs. Je ne vois pas son visage, car il me tourne le dos, ayant pris la tête de notre fuite éperdue. Il court au milieu d’engins étranges et l’un d’eux émet plusieurs bips quand il sort un petit appareil.
« Montez, » m’enjoint-il. Il m’ouvre une sorte de porte et je prends place avec lui à l’intérieur de l’engin. Un grondement se fait entendre, la machine se déplace en accélérant, nous quittons le souterrain dans un crissement suraigu, pour nous retrouver dehors, au milieu d’autres véhicules. Ils se meuvent moins vite que nous. Mon sauveur zigzague avec dextérité dans la circulation. J’ai peur ! On accélère encore. On prend un virage un peu serré et je dois m’accrocher pour ne pas me cogner contre le chauffeur. Un mot éclot dans ma mémoire. Hibraine ! Il fait la connexion avec tout le reste dans ma cervelle retournée.
« Vous êtes un Hibraine ?
— Oui, me répond l’inconnu, avant d’ajouter : Plus tard. »
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