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Les histoires extraordinaires de mon grand-père : Limousin

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Les histoires extraordinaires de mon grand-père : Limousin - Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or cette vieille province possède bien d'autres trésors, bien d'autres richesses, un patrimoine oral particulièrement original et varié, transmis de génération en génération depuis ces temps que l'on dit " immémoriaux ". Ce sont ces histoires, à faire sourire, à faire peur, à faire rêver... que nous racontaient nos grands-pères et leurs pères avant eux.


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Les chemins de l’Imaginaire

 

 

Les Histoires limousines

de mon grand-père

 

 

Christian Pénicaud

 

 

REFLETS DE TERROIR

ÉDITIONS CPE

 

 

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Première édition Avril 2009

© Édition COMMUNICATION-PRESSE-ÉDITION 2009

 

La loi du 11 Mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal.

 

 

Avant-propos

 

 

Les guides touristiques nous répètent à longueur de phrases stéréotypées et de photos lisses et glacées les mêmes clichés sur nos terroirs : ses châteaux stars, ses cours d’eau ombragés, ses sites classés, ses vues imprenables, ses vins, ses bons produits et sa gastronomie, ses hommes célèbres, les pages enluminées de son histoire…

Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or cette vieille province possède bien d’autres trésors, bien d’autres richesses, un patrimoine oral particulièrement original et varié, transmis de génération en génération depuis ces temps que l’on dit « immémoriaux ».

C’est une partie de ce Terroir-là, avec ses secrets, ses mystères, ses rumeurs, son univers étrange peuplé d’êtres fantastiques, de dames blanches, de birettes et de mauvais esprits, d’animaux monstrueux et de personnages fabuleux que l’auteur nous révèle ici : légendes, récits venus des profondeurs de la mémoire collective des habitants de la région ou contes inspirés par « sa » terre natale.

Ce sont ces histoires, à faire sourire, à faire peur, à faire rêver… que nous racontaient nos grands-pères et leurs pères avant eux.

 

 

Préambule

 

 

Quel village, quelle région, quel pays nierait qu’il ou qu’elle recèle un nombre incalculable de mystères, de contes, de légendes et d’histoires merveilleuses et fantastiques ?...

Le Limousin n’échappe pas à la règle et la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne se disputent l’honneur de détenir les plus folles histoires, les plus beaux contes. Et chacun de ces trois départements veut être le premier à enchanter, faire rire, faire peur !

Au nord-ouest de la Haute-Vienne, les Monts de Blond sont réputés pour leurs fontaines plus ou moins miraculeuses, leurs pierres fabuleuses, leurs sources énigmatiques. Mais il n’est pas le seul « pays » limousin à posséder cette réputation : celui du Plateau de Millevaches, qui s’étale aussi bien en Creuse qu’en Corrèze ou qu’en Haute-Vienne, recèle bien d’autres secrets, d’autres croyances, plus proches de la superstition que de la religion. De multiples faits de sorcellerie y demeurent vivaces. Et c’est bien souvent à leur insu que des personnes de la campagne perpétuent des rites inculqués par leurs ancêtres, rites issus de l’histoire locale, du paganisme ou d’autres traditions populaires.

Nombre d’écrivains nous relatent tous ces contes, toutes ces histoires ! Claude Seignolle, par exemple, dans ses “Contes, récits et légendes des pays de France”, raconte des histoires toutes plus pittoresques les unes que les autres : les pauvres gens trop envieux, la bête à sept têtes, la belle et le monstre, les lavandières de nuit, et autres diableries. Marcelle Delpastre (Lo Menusier, Le Sauvage de Champvert, Le Chercheur de truffes…), Antoinette Cougnoux (Le loup dans les Monédières) et bien d’autres nous livrent aussi quelques récits passionnants.

 

Dès lors que l’on aborde des sujets aussi complexes que ceux qui touchent à l’imaginaire, à la genèse des légendes, aux fondations des pratiques et coutumes locales, il devient extrêmement difficile de démêler le vrai du faux, de distinguer ce qui fut réellement fait historique de ce qui ne fut qu’invention. Invention due à la fantaisie populaire, au manque de scrupule parfois, lorsque tel ou tel, peut-être désireux de se voir honoré d’une gloire imméritée, enjoliva à sa manière un événement tout à fait réel.

Dans certains cas, il n’est pas très difficile de faire le tri, lorsqu’à l’évidence l’auteur d’une « invention historique » ne souhaitait pas autre chose que de faire sourire, sachant très bien que son « pieux mensonge » serait bien vite découvert par ceux qui auraient à le lire.

Ainsi, en ce qui concerne la châsse d’Ambazac, classée monument historique, car richement décorée d’émaux champlevés, l’Histoire a retenu que le 5 septembre 1907, de célèbres écumeurs d’œuvres d’art, les frères Thomas, la subtilisèrent effectivement… pendant deux mois, avant qu’elle soit finalement retrouvée. Il suffirait de contrôler les registres de la gendarmerie de cette petite ville de Haute-Vienne. Mais personne, à moins d’être complètement absurde, n’a mordu à l’hameçon tendu par le célèbre romancier Maurice Leblanc, qui n’hésita pas à en attribuer le vol à son cambrioleur fétiche, Arsène Lupin !…

Il est beaucoup plus difficile, par contre, de vérifier la véracité des paroles bien connues du « Bon Roi Dagobert ». Le bon saint Eloi, dont nous aurons l’occasion de reparler plus longuement, faisant remarquer au monarque que « Sa Majesté est bien mal culottée », voulait-il dire vraiment que la culotte de ce Mérovingien était à l’envers ?… Possible ! Mais qui est allé le vérifier ? Et d’abord, l’Evêque natif de Chaptelat, en Haute-Vienne, l’a-t-il jamais dit ?

Plus délicate est l’explication donnée concernant le surnom attribué au Chevalier Gouffier de Lastours, appelé « le Chevalier au Lion ». Ce valeureux chevalier aurait, paraît-il, sauvé le fauve, prisonnier d’un serpent à Jérusalem. Et la reconnaissance de l’animal fut telle envers son sauveur qu’il le suivit partout, notamment lors de la première croisade, n’hésitant pas à combattre aux côtés du Chevalier, puis se noyant de désespoir lorsque celui-ci reprit le bateau pour la France en voulant suivre son maître à la nage !

Il serait plutôt malaisé de tenter de faire la vérité au sujet de toutes les légendes perpétuées de génération en génération et je ne me livrerai certainement pas à ce genre d’exercice, d’autant plus que vouloir expliquer tous les mystères, toutes les histoires incertaines leur ferait perdre beaucoup de pittoresque. Je pense bien préférable de laisser à chacun le plaisir de se laisser endormir dans les vertus incomparables de l’imaginaire.

 

 

I. Entre rites et coutumes

 

 

Le Limousin, à l’ouest du Massif Central, au nord de l’Occitanie dont il fait partie, avec ses trois départements, la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne, centrés sur leur capitale, Limoges, est une terre de traditions. Il garde précieusement en mémoire les habitudes spirituelles d’une bien vieille civilisation, lémovice tout d’abord, puis gauloise, et enfin française, après quelques parenthèses anglaises. Anglaises, oui, mais pas teutones !… Car jamais le Limousin, à l’époque de la dernière guerre, n’a été considéré allemand.

Ce pays de troubadours de langue d’Oc, populaire, rural, est passé du profane au sacré, ou du sacré au profane, selon les périodes. Romanisé, puis christianisé, il a été le théâtre de bien des luttes, de guerres, de résistances. Parfois, par peur de l’étranger, il s’est replié sur lui-même, mais il a su rester ouvert à bien d’autres cultures, à bien d’autres traditions.

Un poète limousin a écrit : “Entre paganisme et christianisme, des vierges ou madones intemporelles veillent encore aux abords des fermes et des villages”.

Ces vierges et ces madones sont-elles à l’origine des légendes, des symboles et des rites de l’âme limousine ? Bien difficile de répondre à cette question ! Mais retenons que, dans l’esprit de ce poète, la protection des Limousins semble assurée, qu’ils soient paysans, ouvriers, aristocrates ou bourgeois, croyants ou mécréants.

 

 

Croyances et superstitions

 

 

Des croyances et des superstitions d’hier, certaines restent encore très vives aujourd’hui. Les rites associés à ces croyances, qu’elles relèvent du domaine religieux ou pas, continuent d’être respectés. Et, pour certaines personnes, il n’est surtout pas question de les négliger sinon… le sort, au lieu d’être favorable, risquerait bien de devenir funeste !

Et déjà certaines superstitions nous amènent au thème de la mort, très fréquent dans ce domaine. Avec l’idée sous-entendue que le passage dans l’au-delà se présente sous la forme d’un voyage… très matérialisé. Avec des portes à ouvrir et ce qui ressemble quelque peu à des bakchichs !… Ainsi, il était important, peut-être l’est-ce encore, de donner une pièce de monnaie à un mourant pour l’aider lors de ce passage !

 

Je vois d’ici saint Pierre :

 

“Vous avez les sous ? Parce que c’est pas donné d’entrer au Paradis !”

Ou encore ce pauvre homme qui a quitté notre monde :

“C’est combien l’entrée ?… ”

À moins qu’il ne s’agisse de la requête d’une faveur ?

“Mon bon saint Pierre, vous m’avez réservé une bonne place, j’espère ?

Bien sûr, mon brave !

Tenez, prenez ça, mais n’en dites rien à personne !”

Les pots de vin ou les dessous-de-table auraient-ils droit de cité en ce saint lieu ?… Si ce n’est pas le cas, cette pièce de monnaie donnée à un mourant y ressemble bien !

 

Mais l’argent est présent dans bien d’autres moments de la vie qu’au dernier. Par exemple, au printemps, il est prudent de ne pas attendre le chant du coucou pour porter une pièce sur soi car, dès qu’il aura chanté… ce sera trop tard pour espérer une année prolifique.

Le thème de la mort revient souvent dans les superstitions. Cependant, il y a bien d’autres choses que l’argent auxquelles il faut veiller attentivement… si l’on veut que la Grande Faucheuse ne nous réserve pas un mauvais tour. À nous… ou à l’un de nos proches. Et il est recommandé, lors de la Semaine Sainte, d’avoir un œil sur le poulailler. Car, si les poules couvent à ce moment, un parent ou un ami pourrait bien passer de vie à trépas dans l’année. Je parle du poulailler, mais il faut aussi surveiller la bergerie ! Car la présence d’un mouton noir aggrave les risques d’une maladie au sein de la famille.

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