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Les maîtres de la Cité pourpre

De
288 pages
Après Entre les neuf bouches du dragon l'auteur Vo Thi Trang raconte, dans ce second volume, comment sa famille vivait sous la dynastie des Nguyen et sous la domination des amiraux qui ont érigé les provinces du delta du Mékong en une colonie, la Cochinchine. Elle s'est attachée aussi à décrire les rites, les coutumes, les traditions, les superstitions toujours bien vivaces dans la population.
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Les maîtres de la Cité pourpre  
 
Lettres Asiatiques Collection dirigée par Maguy Albet  Déjà parus  MA MA Lay, Adaptation Jean-Claude Augé, Thway, Le Sang , 2011. GUAN Jian, La clé de mes songes , 2011. VO THI TRANG, Entre les neuf bouches du dragon , 2010. TU TRI Jean, L'ombre du passé , 2010. BALAIZE Claude, Saigon ! Regard déternité , 2010. PREMCHAMD, La Marche vers la liberté , trad. du hindi par Fernand OUELLET, 2008. LIYANARATNE Jinadasa, Les esclaves et autres nouvelles , 2007. TRAN Thi Hao, La jeune fille et la guerre , 2007. PREMCHAND, Godan. Le don dune vache , 2006. HOURCADE Etsuko, Adieu Capitaine Kamimura , 2001. KIM Sok Bom, La mort du corbeau, 2000. LARROCHE Christine de, Rencontres en Corée , 1999. POOPUT Wanee, D'HONT Annick, Le Bodhisattva Mahosot l'Intelligent , 1999. PREMCHAND, Délivrance , 1999. RIGAUDIS Marc, Japon, mépris... passion..., 1998. SINGHASENI Anchalee, Bangkok - Rennes.  Le chemin dune vie , 1997. VOISSET Georges, Histoire du genre pantoun , 1997. PREMCHAND, Lettres asiatiques , trad. du hindi par Fernand Ouellet, 1996. WICKRAMA SINGHE Martin, Virogaya. Le non-attachement , trad. du cinghalais par M. Pannawansa, 1995. JOURNAL-GYAW MA MA LAY, La Mal-Aimée, trad. du birman par J.-C. Augé et Kh. L. Myint, 1994. PHAN HUY DUONG, Un amour métèque , 1994. KIM Rim, Sophat ou les surprises du Destin , trad. du khmer par G. Groussin, 1994. MYA TCHOU Khing, Les femmes de lettres birmanes , 1994. BHANDARRI Mannû, Le festin des vautours , trad. du hindi par N. Balbir de Tugny, 1993. SAKAI Anne, La parole comme art, le rakugo japonais, 1992. TSCHUDIN Jean-Jacques, La ligue du théâtre prolétarien japonais , 1989. RAKESH Mohan,  PREMCHAND,  BHANDARI Mannui,  ASHK Upendranath,  KUMAR  Jainendra,  Les bienheureuses , nouvelles trad. du hindi par N. Balbir de Tugny, 1989. NAGARJUN, Une nouvelle génération, 1989. DUN Mao, Le chemin , 1988. CHANDRA CHATTERJI Bankim, Raj Singh le Magnifique , 1988. SAKAI Cécile, Histoire de la littérature populaire japonaise , 1987.
        
                                                                         
 
VO THI TRANG ET JACKY MOREAU  
Les maîtres de la Cité Pourpre
Roman
 
 
                                                          © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96723-6 EAN : 9782296967236
     
 
 
 À notre frère Pierre À notre cher ami Nicolas
         
    
 
Première partie
LE GARDIEN DE LA PORTE CLOSE
 
 
 
     1. -Allons ! Allons vous autres ! Dépêchez-vous de conduire Sa Majesté jusquà la salle des audiences, cria Huynh Tri Hao, leunuque du palais.  Les quatre gaillards, en silence, soulevèrent dun seul coup de reins la chaise à porteurs. Ils posèrent les bras en bois de teck sur leurs robustes épaules et lentement se dirigèrent vers le premier édifice.   - Ne traînez pas ! Allons ! Allons, plus de célérité ! Et surtout, tâchez de garder la cadence pour une fois ! lança-t-il aux quatre hommes qui séloignaient.   Il les suivit des yeux quelques secondes et murmura :  - Ces balourds vont encore secouer le Seigneur Maître et cest moi quon va vertement tancer ! Cette fois cest dit, si on me fait le moindre reproche, je les renvoie à leur fange dorigine. Bon ! Vite maintenant, il est une autre affaire à régler. Quelle journée ! Ne perdons pas de temps !  Il courut et se précipita dans la pièce au milieu de laquelle My Linh, la vingt-septième concubine 1  assise sur ses talons, la tête entre ses mains, ses cheveux décoiffés pendant tout autour de son visage, pleurait à chaudes larmes.  Sur le sol, des tables renversées, de nombreux débris de poteries, de vaisselle. On aurait dit quune tempête était passée.  - Ah ! Maudite sotte, tu peux pleurer ! Et si Sa Majesté garde son courroux toute la journée, tu pourras pleurer toutes les larmes de ton corps chez tes parents ! Sils veulent encore de toi ! Car tu vas être renvoyée.  - Oh ! Non. Oh ! Non. Intercédez pour moi, dit la belle entre deux sanglots.  - Intercéder ! Intercéder ! Tu ny penses pas ! Ta faute est impardonnable. Tu oublies que tu nes pas la seule ici dans ce palais à qui le Souverain Maître daigne accorder quelques heures de son précieux temps. Oublies-tu quil est le Fils du Ciel et que lorsquil demande on doit lui obéir en tout !
                                                 1  Lempereur Minh Mang eut 3 épouses légitimes, près de 500 concubines et 142 enfants (78 fils et 64 filles). On est loin des 5000 femmes de cour que possédait en Chine lempereur Jin Wu Di de la période des Han (de 25 à 220). Sous la dynastie des Tang (de 618 à 907) lempereur Gao Zong accepta, à regret, de libérer 3000 de ses concubines.  
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Il te fait le grand honneur de venir ici pour partager ta couche 2  et tu te refuses à lui !  Oh ! Non. Oh ! Non. Mais il voulait - Tais-toi, menteuse ! Sache que quand Sa Majesté exige quelque chose, tu -dois te soumettre. Et tes réticences lont jeté dans une si forte colère quelle va rejaillir sur lensemble de la Cité Pourpre. Par ta faute, petite péronnelle, nous allons tous subir les effets de son ire. Ah ! Mais quai-je fait en te permettant dentrer céans ? Jai  payé assez cher tes parents et tu les déshonores et tu me ridiculises devant notre bien-aimé Souverain ! Oh ! Non ! Je ne vais pas intercéder pour toi, je vais plutôt demander ton renvoi. Tu peux dores et déjà préparer tes affaires !  Ah ! Maudit soit le jour où tes parents sont venus me voir ! Par ta faute tout mon plan tombe à leau !  Dès ton arrivée au gynécée jai vite remarqué les illades concupiscentes de notre Souverain Maître à ton égard. Javais alors fondé de grands espoirs sur toi et pour moi. Jambitionnais une belle destinée pour nous deux. Tu as vite gravi les échelons dans le cur du monarque. Te voilà vingt-septième concubine et tout à coup, on ne sait trop pourquoi, par caprice, tu gâches tout. Oui ! Tout, petite idiote !  Et sur ces paroles il sortit en tirant violemment derrière lui les deux battants sculptés de la porte.  - Rentrez chez vous ! Et tâchez de vous comporter mieux ! cria leunuque une fois dehors, car toutes les autres femmes du harem, sur le seuil de leur appartement, tâchaient de savoir ce qui venait de se passer et laquelle venait de se faire rabrouer. Certaines plaignaient la pauvre vingt-septième du fond de leur cur ; dautres se réjouissaient de bientôt perdre une rivale.  Huynh Tri Hao trottina le plus vite possible et arriva presque en même temps que lempereur à la salle des audiences. Minh Mang était furieux et son courroux avait augmenté au rythme des balancements de sa chaise. Il semporta contre les porteurs. Il se plaignit des secousses, du tangage, du roulis qui lavaient indisposé. Il menaça de les renvoyer puis leur promit quelques coups de rotin bien appliqués. Leunuque baissait la tête et se prosternait à chaque phrase prononcée. Il serait entré dans un trou de souris sil avait pu y introduire sa misérable personne. Il lança un regard noir de haine aux porteurs et sadressant à la garde :  - Allons ! Allons ! Notre Souverain a parlé. Quon exécute ses ordres. Emmenez ceux-là hors dici.  Puis se tournant vers les serviteurs qui devaient porter le monarque à lintérieur du palais, il dit à voix haute :  
                                                 2  Lhistoire mentionne que lempereur Minh Manga passait une à deux heures par nuit avec plusieurs concubines.
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