Les mangeurs d'âmes du Gologawal

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Cette oeuvre se déroule dans une contrée mystérieuse et hostile au progrès, où abondent les interdits et règnent sans partage les djinns, génies, ou sorciers malfaisants. Mais les hommes veulent y vivre aussi, en combattre le mal : le conflit entre les hommes et les génies, entre modernité et vestige, présent et passé, naît alors dans une succession de quatre nouvelles. La dernière relate la méchanceté des mangeurs d'âmes qui détruisent le progrès et l'avenir, et réduisent leur semblable en paria pour assouvir d'obscurs desseins.
Publié le : mercredi 2 décembre 2015
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EAN13 : 9782336397214
Nombre de pages : 146
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Jean RostandKOUAKOUDOUMOU
LES MANGEURS D’ÂMES DU GOLOGAWAL Nouvelles
Les mangeurs d’âmesdu Gologawal
Jean Rostand KOUAKOUDOUMOULES MANGEURS DAMESDUGOLOGAWALNouvelles L’Harmattan
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04502-3 EAN : 9782343045023
LE CAMPEMENT DES BUCHERONS Il y a là-bas, dans mon pays bien aimé, une contrée bien mystérieuse. Cette contrée est couverte à perte de vue de forêts immenses et impénétrables, de bois colosses et effrayants, de collines qui se chevauchent les unes sur les autres, de monts aux crevasses et falaises infinis, de montagnes aux flancs éventrés et aux cratères insondables. Dans cette contrée somptueuse, les orages sont fréquents, violents, et à pareille occasion, le ciel tremble sous la foudre qui gronde, et la nuit s’illumine de mille feux scintillants telles des guirlandes de Noël. Les pluies sont longues, elles semblent ne jamais s’estomper et quand cela se produit, elles laissent dans leur sillage un brouillard épais, dense à tel enseigne,que les silhouettes s’effacent, les pistes se volatilisent. Le ciel se disloquant pour laisser place au vide, à un abime blanc. Et les promeneurs pour ne pas s’égarer se mettent en genoux, tâtonnant comme des aveugles, cherchant leur chemin dans un infini brouillard. Rien d’autre qu’un désert de nuages, un désert froid et glacial qui ferait frémir l’ours blanc des neiges.C’est une région fabuleuse, une contrée giboyeuse, mais les hommes marchent des heures durant sans capturer le moindre gibier. Les eaux y sont également riches en poissons et autres crustacés, mais les pêcheurs sont las de ne rien prendre dans leurs filets. Cela étonnerait peut-être les profanes que nous sommes, mais les habitants sont persuadés que des êtres surnaturels, des djinns protègent cette faune. C’est un pays magnifique où resplendissent les plantations de café et de cacao, ou les eaux ruissèlent de pépites grosses comme des collines, mais où les habitants vivent dans une pauvreté exécrable et dorment dans des cabanes ignobles, dans des trous pour bêtes sauvages. Allez leurs demandez pourquoi, ils vous diront que les 7
djinns les ont maudits ou encore que des sorciers dans la nuit, dévorent leurs biens. C’estune splendide contrée où s’étalent des fleuves majestueux et des rivières larges comme le Niger, où abondent des montagnes gorgées de brut et des lacs ensevelis sous des mers de butane, mais où villes et villages sont plongés dans le noir absolu, ténèbres qui nous rappellent les horribles cachots de la Venise médiévale. La raison, tous les barrages hydro-électriques érigés par le gouvernement se sont effondrés comme des châteaux de cartes, sans cause évidente, toutes les centrales thermiques construites ont été dynamitées, par personne. Selon les habitants, les génies en seraient les auteurs,car ils n’ont pas été associés, ils n’ont point reçu le sacrifice rituel. Selon d’autres, les coupables seraient des sorciers qui ont agi mesquinement pour étouffer dans le cœur du peuple, toute aspiration au bonheur et au progrès. C’est un radieux pays, où l’on peut admirer des sites adorables que l’on ne trouve nulle part.On y découvre un village quin’est habité que par des singes, singes que les légendes prétendent être des humains métamorphosés. Aussi, un village maudit où les hommes après des actes ignobles de terrible méchanceté ont été pétrifiés en statue de pierre ; des cascades enchantées où se prélassent de sublimes sirènes et où l’on trouve des ponts miraculeusement suspendus et faits en lianes. Cette contrée belle et étonnante a pour nom Gologawal, pays des djinns et des pygmées, ces êtres nains aux visages ronds et froids comme celui d’un effroyable masque de mort, à la chevelure abondante et repoussante, aux pieds carrés et retournés. C’est un pays fantastique où les vents en provenance des montagnes bercent le sommeil des hommes et atténuent les rayons d’un soleil jovial, où le clapotement
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des eaux résonne comme un hymne d’amour dans le cœur des hommes. Mais c’est aussi un pays effrayant, ou les nuits sont lugubres et terrifiantes, peuplés de cris sombres et inconnus, et le vent qui rugit dans l’arbre tel le ronflement d’un ogre, et parfois règne un silence lourd qui donne des frissons dans le dos et apeure des hiboux centenaires. C’est une féérique contrée où des ignames poussent sans aucune intervention humaine à l’orée des bois, où l’incessant bourdonnement des abeilles est comme une invitation à la consommation d’un miel divin, mais où les enfants sont rachitiques et ont le ventre bedonnant et dur comme le granite, et les adultes des goitres aussi volumineuses que des régimes de palme, en raison d’une alimentation pauvre en vitamine. C’est une région prospère où les paysans n’ont pas à craindre des feux de brousse dévastateurs ni de longues périodes de sécheresse pénibles et cruelles, ou la terre est aussi noire que la houille. Elle est également molle comme du beurre, se laissant pénétrer et remuer par la houe infatigable des cultivateurs avec une tendresse qui nous rappelle la passion des amants, mais ou étrangement les greniers sont désespérément vides et le ventre des hommes creux comme une tombe dévalisée, profanée. C’est une contrée rayonnante, aux paysages ensoleillés rappelant le fabuleux jardin d’Eden, aux collines magnifiques qui semblent dans le lointain se dandiner comme de jeunes demoiselles aux seins fermes et délicieux. Mais dans ce décor enchanté, pareille aux contes des mille et une nuits, il y avait un gros hic, le physique ingrat des populations. Ces êtres difformes, aux allures grossières qu’on nommait Bozon était tout sauf des humains. Ils étaient de taille modeste et trapue comme des orangs outangs. Ils étaient aussi velus comme de vieux singes et leurs voix rauques et effrayantes faisaient penser
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