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Les masques de la vanité

De
226 pages
"Ceux qui passeront à travers les mailles de cet incommensurable filet de la déroute, de la perdition et de la déchéance, seront sans doute ceux-là mêmes qui auront su préserver leur foi malgré tout, bravant stoïquement obstacles, faillite et renoncement.. Après la prière de l'aube, j'invoquai Dieu pour qu'il préserve ma famille de la misère, de la mendicité, de la prostitution moral et de son lot de compromissions et de frustrations".
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Les masques de la vanité
Moussa Haman-Adji Les masques de la vanité
Roman
Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension.
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56575-3 EAN : 9782296565753
CHAPITRE1Lendemains incertains
1 J’arrivai à Ngola un mercredi en fin de matinée, l’objectif étant avant tout, de coincer au bureau avant la fin de la journée, un ami et camarade d’enfance chez qui je créchais lorsque je 2 m’y rendais. Je l’avais d’ailleurs appelé de Sawa-Ngondo pour signaler mon passage. C’était du reste un divorcé à qui je 3 rendais la politesse lors de ses séjours à Maliya , quand j’étais encore en activité. La veille, j’avais fait le point avecDouble Aj’appelais que 4 familièrementBéro, sur la vicieuse impasse de mes tractations avec la dame de fer, et pour requérir son avis sur les nouvelles démarches que je comptais entamer du côté de Ngola. Béro me parut bien déçu, mais j’eus vaguement l’impression que cette déception semblait plutôt doublée d’un soupçon de contrariété qui n’était pas forcément imputablea prioricette espèce à d’attitude circonstancielle découlant d’une sincère compassion. Vraiment curieux… Un sentiment pouvait bien en cacher un autre… Je retrouvai à son bureau mon ami d’enfance surnomméEl Jabal. Nous y parlâmes de choses et d’autres, attendant la fin de la journée. Nous quittâmes les lieux vers seize heures et regagnâmes son domicile. Juste le temps de m’installer et de prendre une douche avant de prendre un petit bout quelque
1 Ngola : Capitale politique du Babuka. 2 Sawa-Ngondo : Capitale économique du Babuka. 3 Maliya : Chef lieu de la Région du Nord au Babuka. 4 Béro : sobriquet peulh donné à celui qui vous héberge.
part. Puis, à bord de sa voiture, nous fîmes la ronde à la chasse de vieux copains. Nous vadrouillâmes, mais pour moi, le cœur n’y était plus vraiment. Ce n’était plus pareil. Ce n’était plus le bon vieux temps. Désormais, j’étais sans emploi, donc sans considération sociale, à la merci de bien de désagréables attitudes ou autres vicieuses paraboles qui faisaient allusion à ma disgrâce. Je compris bien vite que la meilleure attitude que je pouvais adopter, c’était bien de faire le mort, du moins pour les milieux mondains ; car déjà, j’avais la nette impression que les retrouvailles me généreraient à très court terme, plus de frustrations ou autres désagréments que de réels plaisirs. Il fallait être réaliste. C’était stupide et même déplacé de faire semblant quand bien même l’initiative viendrait des autres, car à la longue, ils finiront bien par se lasser d’une compagnie superflue. J’en savais déjà bien de choses avant mon départ de Maliya. Alors, chat échaudé…
La veille, après ma mise au point avec Béro, j’avais planché une bonne partie de la nuit aussi bien sur le bilan de mon séjour à Sawa-Ngondo (pratiquement négatif) que sur la méthode de mener mes nouvelles démarches à Ngola.
Déjà, la perspective d’être bientôt à court d’argent com-mençait à me remuer les tripes. J’avais pratiquement bouffé tout le menu fretin que j’avais et ne mènerais pas non plus bien large très bientôt malgré l’enveloppe compensatrice lâchée par la dame de fer pour services rendus qui du reste équivalait à peine au salaire que je gagnais quand j’étais en activité, même en y rajoutant le tiers de la somme que Fred avait prélevée de la sienne à mon profit. En serrant la ceinture, je pourrais tenir une quarantaine de jours ou deux mois, tout au plus. Si entre-temps je ne trouvais pas un autre emploi, Dieu seul sait ce que l’avenir me réserverait. Mais déjà, je commençais à éprouver un malaise quasi-viscéral en réalisant soudain que j’étais totalement à la merci de Béro qui m’avait donné le gîte. C’était certes un ami de longue date qui m’avait assuré de son soutien, mais force était de reconnaître que les données avaient bien changé
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désormais. J’étais parti de Maliya dans l’optique de briguer un emploi sous la houlette de la dame de fer. Dans ces conditions, mon séjour chez Béro pouvait lui paraître relativement supportable, en attendant que nous puissions déménager pour un appartement plus décent dont nous partagerions les charges dès que mon salaire sera effectif. Or les choses avaient capoté avec la dame de fer, ce qui changerait forcément tout. La réalité était là : Jusqu’à quand Béro et moi pourrions cohabiter dans ce minuscule studio à peine convenable pour un jeune premier ? Déjà, ses multiples copines, qui étaient bien gentilles avec moi au début, commençaient à manifester quelque distance à dessein, et je me doutais bien des non-dits sur les disparitions nocturnes de mon pote qui, parfois, rentrait bien tard, s’il ne découchait pas tout simplement. Quant à nos voisines de mauvaise vie, je surprenais parfois les œillades furtives mais non moins pleines de sous-entendus, qu’elles me décochaient en passant, se demandant sans doute quelle espèce de colibris je devais être pour avoir élu domicile depuis plus d’un mois chez leur voisin, ne se livrant apparemment à aucune activité de fière allure. De plus, les manières on ne peut plus barbares du karatéka ivrogne concubin de notre voisine au faciès rabougri de petite vérole devenaient de plus en plus inquiétantes. Quelques jours plus tôt,l’enfant terribleavait prati-quement tout saccagé lors d’une de ses descentes au petit matin, cassant meubles et porcelaine en passant, évidemment par les mandibules de sa pauvre dulcinée qu’il accusait d’infidélités. Un foin de tous les diables doublé d’un langage des plus orduriers qu’il m’eût jamais été donné d’entendre. Une véritable furie hurlante en proie à une lancinante crise de paranoïa. Je me disais souvent que c’était bien leur petit paquet, mais cette fois-ci, à en croire Béro qui me le confiera plus tard dans la soirée, ce coup, c’était à moi, paraît-il, que la pauvre voisine aura dû son passage à tabac, soupçonnée par son redoutable compagnon de s’être accoquinée avecl’étranger, tout simplement parce qu’elle m’avait une fois poliment donné le bonjour en passant.
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« Purée de nous autres, pensai-je, c’était bien le moment de saler l’addition de mes déboires qui me donnaient l’insomnie, en y rajoutant la hantise d’être, à tout moment de la nuit, taraudé par la perspective d’un guet-apens tendu par un paranoïaque rompu à la pratique des arts martiaux, tapi derrière un bosquet alentour ». ça lui changerait bien à l’occasion de taper dans du mou…
Béro s’était bien marré ce soir-là, du trouble intense que cette révélation pour le moins inattendue avait suscité en moi, avant d’avouer plus tard que c’était une plaisanterie de mauvais goût destinée à couper net un hoquet plutôt irréductible qui m’avait saisi. Eh bien ! L’effet escompté avait été on ne peut plus radical, mais n’en aura pas moins aiguisé ma méfiance d’adresser désormais la moindre parole à notre malheureuse voisine. C’était certes là une plaisanterie, mais le scénario pouvait tout aussi bien faire son petit bonhomme de chemin dans le cerveau malade d’un ivrogne parano laminé par la psychose d’être cocufié à la pelle par une compagne à la fesse bien légère. Voilà donc le contexte dans lequel je devais évoluer tant que je ne trouvais pas du boulot ou une autre source de revenus pour pouvoir déménager au plus tôt, avec ou sans Béro. L’argent serait plus que jamais le nerf de la guerre. Mais comment l’obtenir dans ma situation ? J’y avais réfléchi avant mon départ de Sawa-Ngondo, et en avais discuté avec Béro de l’éventuelle implication d’un des pontes que je comptais rencontrer à Ngola qui, m’avait-il suggéré, pourrait être en mesure de me délivrer un ou plusieurs agréments auprès de quelques sociétés de la place, dont une savante transaction sur les marchés me rapporterait une bonne somme qui me mettra à l’abri du besoin pendant des mois. C’était donc par là qu’il fallait commencer. Par la suite, je me proposais de rencontrer deux grosses pointures dont une dame, qui occupaient de hautes fonctions dans la République. Ces deux illustres personnes étaient des parents assez proches de ma mère, qui me connaissaient très bien, bien que plus tard, l’éloignement, ajouté aux lourdes responsabilités qu’ils assumaient, ait
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contribué à amenuiser progressivement ces liens. Mais, lors de leurs rares passages au bercail, notamment à l’occasion des fêtes de fin du mois de ramadan, ils ne manquaient pas de rendre visite à ma mère ou à défaut, de lui envoyer quelque pagne en guise de présent. Ces visites au bercail donnaient souvent lieu à des festivités grandioses organisées à leur domicile où parents, amis et connaissances se retrouvaient très nombreux autour de ces illustres compatriotes, aussi bien pour les congratulations que pour guetter l’opportunité de soumettre quelques doléances. Naturellement, je ne dérobais point à cette fraternelle solidarité pratiquement érigée en coutume que d’aucuns attendent souvent impatiemment, et n’avais donc pas loupé l’occasion de solliciter l’intercession de ces pontes auprès de qui de droit, pour m’aider à trouver un emploi, qui promirent de s’y atteler dans les meilleurs délais. A présent que j’étais à Ngola, j’avais une fois de plus l’opportunité de les revoir, de leur parler de vive voix et surtout, j’avais le privilège d’être au centre même de leurs champs d’intervention, avec la possibilité de les relancer de temps à autre, ce que je ne pouvais pratiquement faire tant que je résidais en province. Loin des yeux… Et puis, il y avait aussi cette autre dame, camarade d’enfance de ma sœur aînée, également haut fonctionnaire de l’Etat, que j’avais rencontrée quelques mois plus tôt à Maliya sur recommandation de cette sœur qui lui avait fait part de mes problèmes. Je savais que cette dame avait de solides relations auprès de plusieurs opérateurs économiques de la place. Elle était pratiquement incontournable pour leurs multiples tractations au niveau du département ministériel duquel elle relevait. Au moins, je ne frapperai pas à des portes inconnues dont, avec un peu de chance, l’une d’elles pourrait être la bonne. Quant à cet autre haut fonctionnaire que je comptais visiter dès le lendemain au matin pour l’éventuelle obtention de quelque agrément d’achat auprès de certaines sociétés d’Etat productrices de denrées alimentaires, c’était un camarade de
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lycée d’une parente dont la camaraderie avait survécu aux multiples vicissitudes de la vie. Cette parente m’avait dit le plus grand bien de ce monsieur qu’elle m’avait vivement recommandé de voir de sa part, et assuré que je pouvais compter sur son aide. C’était un monsieur que j’avais d’ailleurs eu l’occasion de côtoyer plusieurs fois au cours de ma vie professionnelle aussi bien à Ngola qu’à Maliya, notamment à l’aérogare, avec qui j’échangeais parfois quelques civilité quand les circonstances s’y prêtaient, mais sans plus. Il était pratiquement le numéro trois du département ministériel où il était en exercice, et la délivrance de divers agréments auprès de certaines sociétés agro-industrielles du pays relevait de ses compétences. En outre, la veille, lors de notre randonnée avec El Jabal, j’en avais discuté avec un ami de Maliya qui était de passage à Ngola, qui m’avait assuré qu’il avait des relations privilégiées avec l’intéressé et qu’il se ferait un plaisir de m’y accompagner le lendemain, dans l’après-midi. Mal m’en a prit. Je ne le revis ni le lendemain après-midi comme convenu, ni le jour suivant où je décidai finalement de m’y rendre seul.
Je trouvai assez de monde à son secrétariat où je remplis une demande d’audience après m’être présenté à la secrétaire, en précisant que je souhaiterais le rencontrer de la part d’une camarade du lycée dont je déclinai le nom. A ma grande surprise et ce, malgré les gens qui m’y avaient précédé, la secrétaire elle-même bien impressionnée, me signifia que son patron me recevra dès que le visiteur qui était à l’intérieur sortira, ce qui me valut bien d’œillades de personnes dépitées, d’autres envieuses, de la part de tout ce petit monde. Moins d’une dizaine de minutes plus tard, la secrétaire m’introduisit auprès de M. Boukrès et se retira discrètement. Autre surprise, malgré son haut rang social, Boukrès se leva pour me recevoir ; et, quittant son bureau au profit d’un somptueux salon composé de luxueux fauteuils en cuir y attenant, me convia chaleureusement à prendre place. Visiblement, il était enchanté de cette visite de la part de l’ancienne camarade dont il s’enquit aimablement de la santé. En plus de ses illustres fonctions,
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