Les Métayers de 46

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Le jour est enfin venu où ils ont levé la tête... Aussi simples et sereins que lorsqu'ils la baissaient, les métayers de 1946 se sont lancés à l'assaut de la dernière forteresse du passé féodal, iront-ils au bout de leur folle aventure?
Le grand Gary va-t-il enfin tirer la barbe à son patron? Goupille et Lebrun, bombardés juges tribunal paritaire, feront-ils face?
C'est le parcours romanesque de ces hommes, dans un coin chaud du Limousin, haut lieu du métayage, que l'auteur fait revivre au fil de ce roman.
Publié le : lundi 1 mai 2006
Lecture(s) : 208
EAN13 : 9782296146907
Nombre de pages : 377
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LES MÉTAYERS DE 46

@ 3ème édition,

La Veytizou,

1998.

httD:/ /www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00556-X EAN : 9782296005563

André SOUR Y

LES MÉTAYERS DE 46

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI
Université de Kinshasa

L'Harmattan ItaUa Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1053 Budapest

- RDC

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur

A l 'Heure du Soleil, éditions La SIPAC, 1987. Ah ! si le Peuple voyait ça, éditions Académie Européenne du Livre, 1989.
Quand l'ombre marquait le temps, éditions Autres temps, 1991. L'état des lieux: lettre ouverte à la génération MarchaisMitterrand, éditions Académie Européenne du Livre, 1992. L'envers de l'Hémicycle, éditions L'Harmattan, 1996. 1995.

Le Moine Rouge, éditions L'Harmattan,

Les Métayers de 46, éditions La Veytizou, 1998. Le Défi des Baptiste, éditions La Veytizou, 2000. Je Verrai Après, diffusé par Geste éditions, 2001. Bastien, éditions La Veytizou, 2002. Le ruisseau des Basses-Fonts, Le Jardinier de Pressignac, éditions La Veytizou, 2004. éditions La Veytizou, 2005. 2006.

Les Baptiste, éditions L'Harmattan,

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Quand le peuple ne parle pas, ne crie pas ou ne chante pas, il ferme les yeux. Il a tort de fermer les yeux». Jean Giono.

Cherchez bien! Aux confins de la vieille Charente Limousine, avec un peu de chance, vous trouverez Bonvent, petit hameau de trois feux dans la commune de Rougignac. Niché entre deux bosses, souvenir de la météorite qui eut la curieuse idée de dégringoler en ces lieux, voici 200 millions d'années, c'est un coin tranquille où les ruisseaux roulent sur le sable blond, pendant que les gens roulent les "R" en faisant la causette. Rien ne s'y passe. Et pourtant aucune ruche n'a jamais autant bourdonné que Rougignac avec ses 1084 habitants, ses trois épiciers, ses six cafés, ses deux maréchaux-ferrants, son charron, ses deux sabotiers, ses deux tailleurs, ses deux boulangers, ses quatre classes et son curé.

Première partie

te

fMtp~

~ WjiM~

«Fac-similé du document officiel des experts chargés d'estimer It: cheptel vif et mort et des récoltes éventuelles, pris par le colon em rentrant dans une propriété au temps du métayage».

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Pierre Petitjean s'affole un brin. Plantées devant sa grange, ses quatre vaches sont sous le joug. - Alors, oncle, on démarre? Pierre Petitjean a sur les bras une métairie aussi importante que celle de François. Sans doute. Mais il vient 20 ans derrière ~t n'est pour François que le gendre des voisins. Or, un gendre, c'est bien connu, n'est qu'un second. Un peu plus qu'un domestique, vu qu'il couche avec la fille de la maison. C'est la seule différence. Il a fallu attendre les soixante dix ans du beaupère, pour que ce dernier se rende compte qu'il ne serait bientôt plus bon qu'à sucrer les fraises, et que le moment était venu de passer la main. Voilà comment Petitjean a conquis ses galons de métayer.

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En pleine force de l'âge, il a même la conviction d'être l'aiguillon du temps que ne peut plus être François Laurent. Peut-être, mais François n'en a que faire. Et, sans lever la tête, tout en continuant à lustrer le poil de ses limousines, il répond tranquillement: - Oh ! Petit, pas si vite. Descends, descends. J'en ai mis une au frais. Va chercher Marsaudou, je vous attends. - Ah,' coquin de coquin, grogne Petitjean, j'étais sûr du coup. Et s'adressant au fiston qui ne tient plus en place: - Reste devant les vaches. Julien fait la moue. Marsaudou ne crachera pas sur un coup de rouge frais. C'est qu'il faudra bien une heure, même en coupant par l'écourchère1 pour monter de Bonvent à Valette. Par contre, son épouse, la Marinette, prend la chose au plus mal. - Avez besoin de boire encore. C'est-y possible! Et de tempêter contre "ces gosiers secs incapables d'aller pisser sans boire". Des jours pareils, quand il faut prendre de si grands risques. Bah ! Ces hommes _ ne pensent à rien! Tradition oblige, la première grange à passer est mise à rude épreuve pour aller chercher la batteuse: l'aiguille2 lui revient. Les trois métayers de Bonvent sont tenus d'aligner six paires de vaches pour sortir le lourd matériel du fond de Valette: quatre paires à la batteuse, une à la lieuse et une au moteur.
1 En prenant un raccourci. 2 Aiguille: timon d' attelage,

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Pour l'aiguille, François a choisi deux bêtes sûres: la Rouge et la Vermeille. Et il mettra en tête, la Ribante et la Billarde. Elles se casseront en deux s'il le faut, mais feront suivre tout l'attelage. Une colonne de six paires de vaches prenant le chemin de Valette et cinq bouviers... C'est un grand numéro. En tête des six vaches de François, la Juliette. Elle est la dernière des six enfants de la famille Laurent. Elle vint il y a dix huit ans, loin derrière les cinq autres - trois filles et deux garçons - alors qu'on ne l'attendait pas. Faites-y! François et sa Françoise se croyaient sortis d'affaires. Et cré nom de nom, voilàt-y pas une nouvelle grossesse. Pour finir d'arranger la sauce, ce fut une fille. Ah ! c'est pas dans la joie qu'elle pointa son nez la Juliette. Le régisseur fit cette remarque: "on n'avait pas besoin de ça", mais ne donna pas un boisseau de blé de plus pour autant. Eh bien, dix huit ans après, François ne peut pas se passer de sa petite dernière. Elle le lui rend bien. Jamais il n'est au brabant sans elle. Il en fait ce qu'il veut. La fille ne contrarie jamais le père. S'il est fatigué, elle aussi. Où est l'un, l'autre n'est pas loin. "Ah! les deux font la paire," aime plaisanter la mère, la bonne Marie. Pour aller chercher la batteuse, la Juliette est forcément de la partie. La batteuse, c'est la fête au village: beaucoup de monde pour travailler, bien manger, festoyer... La joie quoi. Et des garçons. Et la Juliette, qui n'a pas sa pareille pour les faire courir. Pour elle, la fête commence.
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Pour les hommes, il faut d'abord sortir la batteuse de Valette.
***

Pas à prendre avec des pincettes, Chantron... Une heure qu'il a "décalé" 3 et "vous n'arriviez pas" grogne t-il à l'adresse des gens de Bonvent et de leurs douze vaches. Tout petit, noir de cambouis et de poussière, il tient davantage du ramoneur que du chef batteur. Sous son épaisse tignasse hirsute, du visage, il ne lui reste plus qu'un grand nez entre une grosse moustache noire et deux petits yeux de chats encadrés d'épais sourcils. Nerveux ce soir. Fatigué, certes. Mais bien autre chose le mine: tous les ans, la même panique revient pour sortir la batteuse de ce trou. Une fois sur deux, tout va mal. Depuis ce matin, il bout, Chantron. Taciturne par nature, aujourd'hui il est pire qu'un ours. Il a pourtant failli éclater au déjeuner, à force d'entendre dire que Daladier va sauver la Paix. Puis, il s'est tiré, sans un mot. Avant leur ligne Maginot, il a ce soir, lui, la côte de Valette. Il en a les tripes nouées. D'où sa grogne, tout à l'heure, dont François s'est moqué superbement: - Quelle mouche t'a piqué? Tu n'as pas soif toi? Nous, nous avons eu chaud pour venir jusqu'ici. Et nos bêtes sont contentes de souffler!

3 Enlever les cales qui bloquent la batteuse pour la déplacer.

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François n'a pas le temps d'en dire plus. Pierre Pagnoux, Jean Quichaud, Léon Linard se précipitent pour se disputer l'hospitalité due aux arrivants, qui pour ne vexer personne, iront prendre un verre dans chaque maison. Tout le monde est heureux, sauf Chantron. Mais nul ne fait attention à lui.
***

La batteuse est le troubadour qu'on trimballe d'un village à l'autre. Puisque les gens de Bonvent viennent à sa rencontre, Valette en fête ne peut que leur faire la fête. Reçus comme des ambassadeurs de bon voisinage, les hommes partis trinquer, Julien et la Juliette, plantés là, à garder l'attelage, sont vite entourés. Ils la sentaient. Poussant gaiement "la Yéyette, en attendant qu'elle ait ses vingt ans" 4, une bande de gais lurons, vient s'occuper des dix huit ans de la Juliette. En tête le grand René. Il tient sûrement son compte, mais a un tel coffre que pour le tomber, té... ils peuvent s'y prendre à plusieurs. .. Il n'y va pas par quatre chemins: - Juliette, je couche avec toi ce soir! Elle brandit son aiguillon mais si gentiment, en riant de toutes ses dents, que l'autre y va gaiment, lui prend la taille et Julien s'écrie: - Il t'a manié les tétons, je l'ai vu. Tu l'as laissé faire. Il piaffe de contentement notre Julien.
4 Refrain d'une chanson populaire, chantée lors des repas de fêtes.

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La Juliette s'empresse de mettre de l'ordre dans ses cheveux alors que des connaisseurs, tous plus experts les uns que les autres, jaugent, pèsent, estiment les vaches à vue d' œil.
***

La batteuse a son histoire. La promener d'un village à l'autre pendant deux mois, constitue sûrement l'événement de l'année... Riche en épisodes de toutes sortes. À eux seuls, les puissants attelages alignés sur l'imposant matériel sont un spectacle comme nul autre au pays, ne peut faire recette. Les bouviers jouant de l'aiguillon et les limousines allongeant le pas, tous les villages veulent une fois l'an partager la gloire de cette marche triomphale. Au pays plat, le convoi roule comme sur des roulettes. La joie est complète. À Valette c'est bien autre chose. Il ne reste plus que Bonvent à vouloir sortir la batteuse de ce trou. Ici, l'attente prend un air mélodramatique. ComIne d'habitude, ce soir, tout le village est dehors, ce que d'ailleurs Chantron voit d'un très mauvais œil. On commente. On fait des pronostics. On commente~.. C'est beaucoup dire! On attend surtout... Il n'y a rien d'autre à faire. Deux grand-mères, parmi les badauds rangés sur la route de la batteuse comme des spectateurs sur celle du tour, se distinguent à égrener leur chapelet. *** 22

Jea.n Quichaud et ses trois invités de retour, les choses sérieuses vont commencer. Un hic, la sortie de la cour est étroite. François fait la grimace. - Quatre vaches, c'est pas possible. Je n'en mettrai que deux. - Vous êtes fou, rétorque Chantron. - Prépare les leviers. On entend des murmures, mais François n'écoute que lui. - Je me charge de la sortir avec la Rouge et la Vermeille. À reculons, sous la parole de François, les deux bêtes s'écartent avec nonchalance sur l'aiguille. Une tape amicale sur chaque museau et François ne laisse à personne le soin d'atteler. Il prend la terrible aiguille d'une main, la lève, et l'autre main sur le

. . . 1 ' Joug: "R ecuez un brln... la, blen .

l''

François serre très fort la sébregère5, s'assure d'un essai brusque que tout soit bien amarré. Sans un mot, il plaque sa grosse main au niveau des épaules de la Rouge, la glisse doucement, doucement, jusqu'à la queue de la bête. Il prend son aiguillon et, à la tête de ses bêtes interroge: - Les leviers sont prêts? - Prêts, répond Chantron de sa voix bourrue. Quatre hommes sont aux quatre roues. Aucune prise n'est possible et de très mauvais àcoups sont inévitables dans cette sortie de cour mal

5 Chaîne métallique faisant partie de l'attelage.

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pavée. Deux vaches sur la Société Française6, du jamais vu. De la pointe de son aiguillon, François les chatouille légèrement: - Rouge, Vermeille, allez! Elles tendent le jarret. Les deux puissantes limousines paraissent soudain toutes petites sous le mastodonte qui les écrase. Au premier coup donné, pas plus qu'un roc, la charge ne bouge. François a bien compris, ses bêtes sont surprises par le poids inhabituel de la charge. L'aiguillon allongé sur le joug, il se casse en deux, sort du fond de ses tripes sa voix la plus puissante - celle qu'il fait résonner aux aurores dans les vallons en ouvrant les labours - et lance: - Rouge, Vermeille, à nous deux! Les deux bêtes raidissent la tête, arquent le dos; la Rouge allonge la queue, la Vermeille rugit sourdement, des roues grincent, toute la charge s'ébranle; les quatre hommes aux leviers ont le temps de donner un coup sec, puis s'écartent promptement. - Doucement, doucement. François sait la partie gagnée. Maintenant, le tout est de ne rien compromettre. - Aux leviers! hurle Chantron. François lui, n'est plus qu'à son attelage. Il n'y a plus l'homme et les bêtes mais une seule et même énergie: l'homme, sûr de la confiance retrouvée de ses bêtes; les bêtes, qui puisent dans l'homme la force de se surpasser. Il faut voir. Oui, il faut voir François maîtriser l'attelage pour ménager ses réserves, reculer pas à pas, toujours cassé en deux,
6 Société Française: marque de batteuse très réputée.

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une main sur la corne de la Vermeille, et les deùx bêtes, l' œil en feu, avancer un pied devant l'autre, comme si elles comptaient leurs pas, lentement, mais sûrement, sous la démesure que chaque pas est en train de dompter. Attention au virage, mais déjà les deux roues avant mordent le chemin. Plus le moment de moisir. François se redresse d'un trait et, "hardi mes petites f" Les bêtes s'arc-boutent une deuxième fois, les quatre roues ont conquis le plat. C'est gagné. - Dégagez! D'un signe François invite Marsaudou et la Juliette à avancer les six vaches plantées là, prêtes à être jointes à l'attelage pour attaquer la redoutable montée. La Rouge et la Vermeille méritent - n'est-ce pas? - ces quelques mètres de plat, seules. Pour le panache. - Là... vouo ! Très tranquillement, François stoppe le train. Étonnantes Rouge et Vermeille... Leurs naseaux ne fument que très légèrement et on perçoit tout juste le léger battement de leurs flancs. Par contre, la violence de l'effort accompli brille dans leurs yeux. - Buffez ! Buffez ! 7 François impose quelques instants de répit. Chantron, ne t'amuse pas à brusquer les choses. Surtout pas! François entend savourer à sa façon l'admiration suscitée par l'exploit. C'est sûr, ses bêtes seront reconnues, s'il vous plaît, comme les meilleures du pays.
7 Buffez : Soufflez.

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Très simplement, il se contente d'un contrôle rapide de l'attelage: une courroie resserrée, côté Rouge, un léger mouvement, côté Vermeille, pour s'assurer que la tête du joug ne la blesse pas: c'est que dans des moments pareils !.. Un coup d'œil sur les anneaux, puis il se contente de répondre: - Eh ! On n'allait quand même pas y rester chez Jean Quichaud ! Mais c'est pas tout, faut y monter làhaut! Oui, tout le monde y pense.
***

La Juliette est accompagnée de la Sainte trouille. En tête des huit vaches, elle ne pense qu'à la recommandation de son père: "prendre le virage du puits très au large, très au large". Sinon on n'évitera pas le coin du mur de ce vieux fournil, planté là, on ne sait pourquoi. Chantron ne tient plus en place. Un vrai cabri. Il contrôle tout, l' œil partout, et ordonne aux deux hommes chargés des leviers, de ne pas s'écarter des deux roues arrière. Il expédie sans ménagement les gamins imprudents. "Sale graine de bois de lit t"

***
- Blonde, Billarde, en avant!
C'est parti. La batteuse s'ébranle sur le plat sans la moindre difficulté. François ménage la Rouge et la Vermeille pour le grand coup. L'aiguille qui branle dans les anneaux ne trompe pas. Les deux bêtes se laissent aller, les six de devant font tout le travail. Singulière promenade! Quatre paires de vaches avancent d'un pas alerte, suivies d'un monstre à la 26

gueule béante qui cavale malgré lui, mais semble menacer de ne pas avoir dit son dernier mot.
***

Voilà. Ce sacré chemin d'un seul coup se prend à se mettre debout. Fini de flâner. François éclate. La Rouge et la Vermeille allongent l'encolure, tendent le jarret. La Juliette s'en va à reculons, rouge comme une pivoine, raidie sur son aiguillon qu'elle écrase sur le joug des deux vaches de tête, et fusille d'un regard atterré la longue colonne qui s'étire avec hargne. . . - Allons, allons, allons! Ininterrompue, la voix de François, puissante, monte dans les cieux. De la belle ouvrage, les anneaux d'attelage grincent, les bêtes étirent toute leur puissance. Qu'elles sont belles dans l'effort! Des projectiles jaillissent de leurs sabots accrochant le gravier. Les hommes des leviers suivent comme ils peuvent, surpris de se retrouver inutiles. Chantron crache des ordres, court devant, revient en arrière. Personne ne l'écoute. Ah ! le raidillon. Il cale l'attelage. Les hommes des leviers braquent leurs outils. Chantron en est figé, l' œil courroucé sur la batteuse qui résiste, résiste. La Juliette s'égosille. Passera, passera pas. Braves Rouge et Vermeille, ce coup violent, il n'y a qu'elles pour en porter un pareil. Tout juste si elles ne tombent pas sur les genoux, mais les deux roues avant passent le dos d'âne. Chantron respire. François n'entend pas faire traîner et met à profit le faux-plat pour reprendre la vitesse de croisière avant d'attaquer la rampe, au sommet du village. 27

Le virage est là, en pleine montée. La Juliette va chercher au plus large possible. François, sait que tout relâchement peut être fatal, et en demande toujours plus. Pas un faux pas. Aucune des huit bêtes ne fait défaut. Tout se présente au mieux lorsque les roues arrière glissent sur un mauvais roc. Déportée brusquement à gauche, la machine glisse à contre bas. François hurle des commandements pressants. Au cul de la batteuse, Chantron, le regard braqué sur le convoi soudain en détresse, n'a plus qu'une obsession: prévenir le pire. Mais c'est pas vrai! Que voitil ? Imparable! Le coin du mur se dresse, sinistre, devant l'aile gauche de la batteuse. Le choc est inévitable. Il rugit: - Arrêtez François, arrêtez! Un simple détour du regard, François ne voit que huit bêtes accrochées à une côte qu'elles veulent vaincre. - Ce n'est pas le moment d'arrêter où nous sommes placés. Billarde ma fille! À ce commandement puissant montant dans la fraîcheur du soir, les huit bêtes n'en font qu'une. Un craquement sourd. La batteuse passe, laissant derrière elle un mur qui s'écroule... et Chantron désespéré, les bras levés au ciel. C'est fini. Très tranquillement, la Juliette devant et François à leurs côtés, les huit bêtes gagnent le haut de Valette alors que Chantron tout essoufflé tempête: - Je vous l'ai dit, fallait arrêter! Et François de répliquer, superbe: - Ce n'était pas le moment d'arrêter où nous étions placés! 28

Plus de peur que de mal. La grosse poulie a pu être redressée sur place. À cinq heures, le mécanicien venu de Saint-Junien était au turbin. À sept heures, Chantron faisait le premier essai. Concluant. Mais on a eu chaud. Gens demandés1, poulets tués, bouilli 2 et rôtis achetés! Vous voyez la batteuse immobilisée un ou deux jours? Comment se dépatouiller de tous les frais engagés? Une journée de battage vous emporte en boire et en manger, de quoi passer la moitié de l'année. Tout à la charge du métayer. Le régisseur prend sa part de blé, mais pour les frais, monsieur ne veut rien savoir.

1 Il fallait de 20 à 40 personnes pour faire tourner la batteuse. On les deman/I

dait" aux alentours. C'était l' entr' aide. 2 Bouilli: Pot au feu, plat traditionnel des battages.

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Faut pas demander le soulagement, quand Chantron a assuré que tout était rentré dans l'ordre. Tabliers blancs et socques du dimanche, les cuisinières en tapent du talon. Toutes rajeunies. Heureuses comme pas une, de mijoter les bons plats. Sans parler de la bonne Marie qui a toujours son secret, mine de rien, pour faire mieux que les voisines.
***

À Bonvent, trois granges, trois journées de battage. Au diable les petites granges où il faut, comme dans les benassous3 de Valette, caler et décaler toute la journée. Chantron, enfin peinard! Ah ! l'animal. Allongé tout de son long dans le charretou4 à outils baptisé "la roulante", il rattrape le temps perdu. II n'a guère dormi, avec cette fichue réparation. Maintenant il est tranquille. Le ronronnement régulier de la batteuse berce agréablement son roupillon et les "rans-rans" rapprochés, à chaque javelle avalée, montrent que" ça passe rondement". N'empêche, l'oreille du dormeur est écorchée lorsque l'engreneur plonge une gerbe entière dans la gueule du batteur et le fait aboyer. La casquette de Chantron, rabattue sur ses yeux, sursaute; l'homme laisse échapper un grognement prolongé que l'engreneur est trop heureux de railler: - Hé ! Chantron. Tu déparIes ou tu prends peur?
3 Benassous : petits biens, petites propriétés. 4 Charretou : petite charrette.

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De grands éclats de rire émaillent la scène... Et le travail avance... Et la poussière voltige... Et les sacs se remplissent sous le contrôle de "notre maître", sans que Chantron daigne interrompre son brin de sommeil réparateur. Il sait que son commis suffit ici à surveiller le matériel.
***

"N otre maître", c'est le régisseur. Pendant trois jours, il sera à son poste dans les trois métairies. Pour compter les sacs. Il fait en quelque sorte partie du personnel. Pas fier, d'ailleurs. En arrivant, il dit bonjour à chacun, gentiment. Et même s'il ne lui déplaît pas de voir à son approche une casquette se lever discrètement, il se veut familier, direct. Et n'hésite pas, à l'occasion, à plaisanter avec les cuisinières! Oui d' accord. Mais le régisseur, c'est le régisseur. Sa coupe ne trompe pas. Il fait" endimanché" à côté des autres. C'est son rang pardi! Et il le tient à sa manière. Depuis vingt ans qu'il vient ici, les choses ont bien changé. Autrefois, aucun sac ne partait au grenier avant que le dernier ne fût rempli. Le régisseur,
réglait lui

- même

la bascule

sur laquelle

passait

chaque sac. Aujourd'hui, point de bascule. Aux sacs, deux galurauds de vingt ans. Quelle importance? Personne ne contrôle plus rien... Dans les débuts, les métayers ont commencé à grignoter quelques sacs de-ci, de-là. On a laissé faire, ils y ont pris goût. La pratique s'est généralisée pour devenir un usage devant lequel on n'a plus qu'à fermer les yeux! 31

Personne n'en parle. Mais tout le monde le sait: le blé du patron monte dans le grenier du métayer. Alors, notre maître n'a plus qu'à jouer le jeu, et prend soin de ne pas se pointer trop tôt. Voilà deux heures que la batteuse tourne, il vient juste d'arriver. François n'a trompé personne en se perdant auprès de lui en de savantes explications... Et le maître apprendra "que le blé passé ce matin n'était pas bon. Allez savoir pourquoi dans ce fond des serves, 5 il a
"mal épigé" 6.

Par contre celui à venir maintenant est meilleur. Pas un poil d'herbe. Du bon blé, qui doit pisser. François va prélever sa semence dans cette partie, les hommes de sacs sont prévenus. Le régisseur a écouté son métayer avec l'attention relative de l'élève qui connaît déjà la leçon. Il n'a pu cependant éviter un léger froncement de sourcils, en jetant un coup d' œil discret sur le gerbier considérablement diminué, alors que quatre sacs seulement sont mis de côté pour sa part. En effet, il avait dû bien mal épiger, le blé!
***

Le grand René est aux sacs. Il est à son affaire. Porter les sacs, c'est passer voir les cuisinières et taquiner les filles à l'occasion. Sans oublier le vieil adage campagnard qui veut que pour avoir la fille, il faut plaire à la mère.
5 Les serves sont des terrains dans des fonds humides. 6 Épiger : former les épis; quand le blé a limaI épigé" il a de petits épis.

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Alors, vous pensez, le René ne donnerait pas sa place pour un cent de fagots. Et puis il est fort comme une charrette. À quatorze ans, il portait son sac comme de rien. Ses tours de force ont fait parler dans les chaumières. Les métayers du pays ne sont pas loin de penser que ce solide gaillard, fils de l'un des leurs, est un beau fleuron de leur race. Et ce matin, ils y sont montés, les sacs au grenier. Lui et son copain Henri - un lascar de son âge - ont décidé de faire le grand coup avant l'arrivée du régisseur. Lorsque François s'est aperçu qu'un seul sac était mis de côté, il était fou. - Pas de détails cette année, rien pour le singe, a ironisé René. François a réagi. Dur: - Deux galopins, s'est-il écrié. Vous rendez-vous compte ce que vous êtes en train de faire! J'entends qu'aucun sac ne monte au grenier maintenant, avant l'arrivée du maître. Et remplissez les7. - De sueur de régisseur? Pas facile, s'est esclaffé Henri. - J'ai dit: aucun sac au grenier! François n'avait plus l'intention de plaisanter, mais n'a pu retenir un sourire de satisfaction. Vingt sacs étaient déjà montés. Puis il a continué son tour de chantier, bavardant à tous les postes, à la paille comme au gerbier, non sans maugréer contre ces deux chenapans qui ont
/I

dépassé les bornes". ***
7 A ce jeu, on s/arrangeait à ne pas remplir les sacs destinés à la part du patron.

33

Ronchonne tant que tu voudras, François, René n'est pas tenu aux scrupules hérités de ton père. Un autre sang bouillonne dans ses veines. Rafler le plus de sacs possible aux régisseurs, chez tous les métayers, il s'en fait un brin de gloire. Il a le sentiment de rétablir un peu de justice et de venger l'époque - s'il en croit les dires de son grand père - où les pauvres vieux se laissaient mener par le bout du nez en partageant du premier au dernier grain. Ce que personne, aujourd'hui, n'accepterait. Il reste cependant des îlots durs où les patrons résistent. De vrais féodaux, nostalgiques du passé. Mais de gré ou de force, ils sont obligés de subir les usages du jour. Ainsi, l'autre jour à Fougères, le patron pour dire vrai, n'a pas quitté son poste de toute la journée. À peine a-t-il pris le temps d'aller manger. Alors, à sa barbe, les gens de la batteuse se sont mis à battre au fléau les gerbes à proportion qu'elles glissaient vers la batteuse. Comme le sol8 ne se partage pas, le métayer y a trouvé son compte, le soir. Le patron en a été pour ses frais.
***

Ici, rien de tel. Tout se passe pour le mieux. Si le maître sent que sa présence gène, il s'absente, prend prétexte d'aller visiter les récoltes, et revient lorsqu'il estime que les hommes de sacs ont pu faire leur travail, en le volant convenablement.
8 Au fil du temps il avait été acquis que le grain qui tombait sur le sol de la grange pendant les opérations de battage restait entièrement au métayer. C' était "le sol".

34

Ailleurs, fleurissent d'autres astuces, tout aussi originales. À Magnéras, le battage n'a jamais lieu avant l'ouverture de la chasse. Car dès que la première gerbe passe, le patron et le métayer partent tirer le perdreau, pour laisser à d'autres, le soin de tirer les sacs. Avec la métairie du bourg, le patron s'enterre chez lui, et attend, bouteilles sur la table, les porteurs de sacs. Seule difficulté, il y a davantage de porteurs que de sacs. Qu'importe, la maison est bonne, chacun trinquera. Le patron n'a plus qu'à se fier à son métayer pour connaître sa part d~ blé. Ainsi va le métayage devenu un système à la cote mal taillée. Il vogue entre deux eaux, toujours destiné à tondre le mouton. S'il se plie encore aux usages de la tonte, le mouton n'accepte plus d'être écorché. C'est lui qui tient le roubillou.9 Toujours présent, le régisseur sauve la face du métayage et le métayer n'est plus tout à fait métayer.
***

Chez François, lorsque le régisseur est arrivé François ne le quitte plus. Au-dessus de la mêlée le métayer surveille tout, jusqu'aux cuisines et veut que la préparation du repas de midi aille de pair avec la descente du gerbier. Si les tournées de rafraîchisse9 Roubillou : gros bâton servant à déplacer les sacs à deux. A chaque sac compté officiellement, les porteurs de sacs faisaient une coche sur le bâton. Evidemment, les sacs soustraits au patron et montés directement au grenier ne figuraient pas sur le roubillou, seul pris en compte pour le partage. Essayez de tromper ainsi le Crédit Agricole aujourd'hui et vous verrez!

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ment sur le chantier traînent, les cuisinières se font rappeler à l'ordre. François et le régisseur déjeunent ensemble sur une petite table dressée à part, à l'écart des exubérances de quarante hommes jouant de la fourchette et du couteau. Ils mettent la journée à profit pour visiter bovins et cochons de la métairie. D'un bout à l'autre de la journée, François est le maître incontesté que le régisseur ne fait qu'accompagner.
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Ce soir lorsque la dernière gerbe sera avalée et qu'il ne restera que le sol à passer, sonnera l'heure des comptes. Une joyeuse effervescence gagnera le personnel. Libérés les premiers, les hommes du gerbier sortiront au grand air, et railleront avec un malin plaisir leurs compagnons, obligés de tenir tant que le dernier grain ne sera pas tombé dans les sacs. Chantron mettra le matériel au ralenti. Il restera à consulter le roubillou, procédure fort simple. Puis le régisseur s'appliquera à lier lui-même ses sacs. Pour lui, tout sera terminé.
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Le soleil disparaîtra là-haut, derrière la grange de Petitjean. Notre maître souhaitera le bonsoir à chacun, comme il a souhaité le bonjour ce matin. Chapeau de 36

paille légèrement enfoncé, le veston sur le bras et la canne légère, il partira, sous l' Œil plutôt sympathique des hommes de la batteuse, habitués à voir, chaque année, cette silhouette s'effacer au soleil couchant, lorsqu'arrive le grand moment: le repas du soir.
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Quarante hommes à table, il ne faut pas en promettre mais en donner. Au diable les sacs, la paille et tout le diable et son train. Demain on recommencera chez Marsaudou. Ce soir on ne veut plus en entendre parler. .. on se refait. Garnie de convives décidés à tenir aussi bien à table qu'au travail, la grande cuisine résonne d'une bruyante cacophQnie. Sollicitées de toute part, alertes et la langue bien pendue, les cuisinières ne savent plus où donner de la tête. Du fond de la salle, fuse une joyeuse interpellation : - Oh ! François! Billarde ma fille! Et le brave François de répéter: - C'était pas le moment d'arrêter où nous étions placés! De vibrants rires éclatent sur tous les bancs. La soupe fume dans les assiettes et dégage une odeur alléchante. Vivement un bon chabrol. Paul donne l'exemple, avec une assiette bien rase de gros rouge avalée d'un trait. Puis claquant la langue de bonheur, il s'exclame: 37

- C'est

le bon dieu qui passe!
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Tout ce qui se dira au cours du festin jusqu'à une heure avancée de la nuit remplirait une riche gazette. Pas ennuyeuse à lire. Aucun potin n'y échappera. Pas plus les amours du facteur avec la femme du cordonnier, que la réputation de la bonne du curé. Allons, le curé n'est pas de bois, pas plus qu'un autre, voyons! D'ailleurs, s'il y en a long comme le doigt, on en dira long comme le bras! Qu'est ce que ça peut bien faire? L'épidémie de fièvre aphteuse, la classe qui va partir en octobre, la sécheresse, la chasse, la pêche, la sorcellerie, les communistes, les Croix de Feu 10.... tout y passera. Le chabrol a fait effet. - S'il Y a un Badinguet ici, qu'il se lève! clame Paul. L'homme se vante d'être "de la sociale" et il n'est pas encore né, celui qui le fera changer. Mauri prend le dessus avec ses histoires de régiment. II s'en est payé" des Françaises, des Parisiennes, des Alsaciennes, et même des Boches et des Allemandes," lorsqu'ils l'ont envoyé dans la Sarre. Les jeunes font péter de grands yeux. Ma parole, ils vont tous s'engager.
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10 Parti fasciste de l'époque.

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Chez la Marie, le repas de battage doit faire parler de lui. Vrai maître d'hôtel d'un soir, elle a l'œil sur tout et partout. Elle ne touche à aucun plat, mais supervise tout le service. La surprise, cette année, c'est le lapin à la moutarde servi directement après la soupe. Il a un sacré succès et la Marie se contente de répondre aux compliments : "Ça change un peu" et presse ses invités
I " d en reprendre".

Ah ! s'ils en reprennent! Et s'ils arrosent le tout, du douze degré que François a mis en percell hier, avant de lier les vaches pour aller chercher la batteuse !
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Chantron entre dans la danse. Regardez le cabrioler. Jamais personne ne croirait ce bout d'homme chétif, mal fait, capable du saut périlleux. On en frémit, car il n'opère, c'est bien connu, que les oreilles chaudes. Allons! Chantron n'a jamais raté son coup et ce n'est pas ce soir qu'il va commencer. Il réussit à merveille, se redresse, lève les deux bras en l'air, sans un mot, en signe de victoire, puis saisit son verre qu'un généreux compère n'a pas oublié de remplir et fait cul-sec. On l'applaudit.

Il Mettre en perce: mettre un robinet au tonneau de vin pour le tirer.

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C'est le signal. Trois cuisinières se précipitent, serviettes à la main et commencent: "Il est des nôtres f". Et bien sûr qu'il est des nôtres! Il se prête volontiers à la cérémonie que chaque convive va devoir subir de gré ou de force, en faisant cul-sec à son tour. Intraitables les cuisinières n'en oublieront aucun, et c'est un beau festival.
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Le rôti de veau arrive tout juste. Le poulet et les haricots sont encore loin derrière. Chantron, va maintenant passer l'essentiel de son temps à trinquer et à plaisanter avec l'un et l'autre. Les jeunes lui font appel. Toute la bande est groupée autour de la même table, servie bien entendu par la belle Juliette. Ce n'est pas triste. Il faut encore que le grand René se distingue dans son numéro. D'une main solide, il brandit une assiette à calotte, plantée sur la pointe de son couteau. Sous les caresses du mouchoir manié avec adresse, l'assiette prend le départ. Puis très vite, René accélère, accélère. L'assiette s'emballe, on ne la voit plus tourner. René fouette, fouette, quarante paires d'yeux sont braquées sur lui. Debout, il chante à gorge déployée: Quanto 10molin jaçia trin-trin Lo monier embraçava la Margui12 Toutes les tables acclament René levant l'assiette à bout de bras, en fin de course. Beau coq, grisé par son succès, il se précipite sur la fille de la maison pour l'embrasser. Elle lui échappe.
12 Quand le moulin faisait trin-trin, le meunier embrassait la Margui.

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- Si tu n'es pas plus dégourdi, tu n'es pas prêt d'avoir ma fille, réplique la mère aussi sec. Ah, la tuile!
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Tout au fond de la grande pièce, à la dernière table casée sous le vieil escalier noirci de suie, ils sont une équipe à jouer une tout autre pièce. En scène, Petitjean, Marsaudou et quelques autres, notamment Tournebroche, beau-frère de François, venu de son lointain pays, tout près de Saint-Junien. Un vrai feu d'artifice. Les oreilles doivent leur siffler aux régisseurs. Petitjean et Marsaudou connaissent le leur mais n'ont jamais vu leur patron - un corrézien paraît-il Chez Tournebroche, c'est bien pIre. Un seul régisseur gère douze métairies appartenant à une" grande famille" qui fait dans le pétrole. Pour les redevances, Tournebroche fournit sept journées de travail par an, en plus du contingent d' œufs et de volailles. C'est alors que le jeune Baptiste, surnommé "l'avocat" en raison de son bagout, se lance dans un savant discours: "Les régisseurs, commence-t-il, sont un produit de
l'histoire. En brisant la propriété féodale, la Révolution n'a pas supprimé la propriété. Elle l'a transférée en d'autres mains, celles des gros propriétaires fonciers. Loin de la confier à ceux qui la travaillent, elle a livré la terre à des gens qui en exploitent d'autres pour la faire travailler. La Révolution n'a pas été jusqu'au bout. Les redevances et les régisseurs sont une survivance de l'ancien temps."

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