Les Oubliés Tome 1, Derniers jours

De

An 250 après la IVème guerre mondiale.

Seules quelques grandes villes parviennent à subsister et leurs populations à survivre grâce aux coupoles qui les protègent du monde extérieur.

Chaque année, le Nouvel Ordre Mondial détermine l’avenir des jeunes de seize ans. Et chaque année, certains d’entre eux disparaissent.

On les appelle les Oubliés.


Publié le : mardi 8 septembre 2015
Lecture(s) : 4
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094786031
Nombre de pages : 362
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Léna Jomahé Les Oubliés Tome 1 Derniers Jours (Roman) « Au contraire de l’utopie, la dystopie relate une histoire ayant lieu dans une société imaginaire difficile ou impossible à vivre, pleine de défauts, et dont le modèle ne doit pas être imité ».L’Internaute
Du même auteur, aux Editions Valentina * La Sorcière Rouge, tome 1, Primum (à paraître)
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun. BORISVIAN
PROLOGUE Assise dans l’arbre, j’arrache un nouveau fruit en riant. Au-dessus de moi, Simon et Aurore m’imitent. Je croque dans la pêche, le goût doux et sucré coule dans ma gorge et le long de mon menton. — Tu es vraiment sale! s’exclame Aurore en me jetant son noyau sur la tête. Tu ne pourrais pas manger proprement! Je lui souris de toutes mes dents avant de mordre à nouveau dans la chair tendre et savoureuse. J’adore accompagner mes parents sur leur lieu de travail, je le fais depuis que je suis toute petite. Au début, cela ne posait pas de problème à Monsieur Gabe, le propriétaire de laPlantation Gabe. Nous grimpions dans les arbres, nous courions dans les rangs de fruits et légumes, parfois même son fils se joignait à nous. Mais depuis quelques années Simon, Aurore et moi sommes obligés de nous cacher pour ne pas créer de problème à ma famille et ledit fils ne nous jette plus que des regards hautains lorsque nous le croisons lors de sorties scolaires. Je regarde autour de moi. Dans le verger, les végétaux s’étendent à perte de vue. C’est d’ailleurs le seul moment de l’année où mes parents acceptent que nous venions, mes amis et moi: lors de la cueillette des pêches. Installés tout au fond de la plantation, dans un arbre à l’abri des regards de leur patron, nous nous goinfrons tous les matins avant de rejoindre nos camarades de classe au lac pour plusieurs heures de baignade. Cependant aujourd’hui est un jour particulier. Nous sommes le 20 juin, les vacances scolaires ont débuté hier et à l’occasion des évènements de demain, mes parents ne vont pas travailler cet après-midi. Je sais que je ne devrais pas réagir comme cela, mais je n’ai pas envie de passer ces quelques heures à la maison. Tout le monde va faire comme si de rien n’était, mais l’ambiance va être lourde et .pesanteLe regard de Simon accroche le mien. Il me sourit tendrement avant de faire la moue. Son deuxième frère a le même âge qu’Anaïs, ma sœur, ils sont donc tous les deux des participants à la Rafle de cette année. La Rafle. À cette évocation mon poing se serre sur le fruit que je tiens encore dans ma main, mes doigts faisant craquer la peau pour s’enfoncer dans la chair. Je n’arrive toujours pas à comprendre ce système de Rafle. Pourquoi est-ce que nous ne pourrions pas nous même choisir ce que nous voulons faire ? Comme dans l’Ancien Monde. D’après nos leçons, à l’époque, les enfants allaient à l’école, suivaient les études qu’ils désiraient, et ensuite pratiquaient un métier qui leur convenait à eux. Mais aujourd’hui, tout est différent. Le regard perdu sur mes parents qui travaillent au ramassage des fruits, je me demande si c’est ce qu’ils auraient choisi s’ils en avaient eu la possibilité. N’auraient-ils pas préféré une autre profession? Vivre dans une autre ville? Je secoue la tête au moment où Aurore pose sa main sur mon bras. — Je sais à quoi tu penses ma chérie, mais tu sais que nous n’avons pas le choix. Il faut que tu arrêtes de te torturer avec tout ça. Je hausse les épaules. Je déteste entendre ce genre de raisonnement. Aurore a beau être ma meilleure amie, je ne peux tolérer un tel discours. Pourquoi accepter les Rafles sans mots dire? La réponse s’impose à moi: par peur de l’exclusion. Je me prends à haïr cet Ancien Monde qui a tout détruit et qui nous a menés là. Si seulement les choses s’étaient passées autrement. ème Les Rafles ont vu le jour après la IV Guerre mondiale, qui a eu lieu en l’an 2048 de l’ancienne ère. À l’époque, l’économie mondiale était au bord du précipice. Les différends entre les pays avaient dégénéré et la guerre était devenue inévitable. Elle ne dura que quelques semaines, mais fut dévastatrice. Les armes nucléaires ravagèrent la planète et firent des milliards de morts. Quand il
n’y eut plus personne pour combattre, et plus d’économie à redresser, la guerre cessa, laissant derrière elle d’énormes cicatrices. Les survivants du monde entier s’unirent pour former le Nouvel Ordre Mondial (le N.O.M.). Ils se regroupèrent sous des coupoles les protégeant de la pollution extérieure. Afin de marquer la rupture avec l’Ancien Monde, nos dirigeants décidèrent de repartir de zéro, et donc, l’année qui suivit la fin de la guerre fut considérée comme l’an 1. Nos livres d’histoire appellent la période d’après-guerre « Le Chaos ». Le monde manquait cruellement d’adultes, la plupart étant morts au combat. Pour se procurer de la main-d’œuvre et des têtes pensantes, les plus influents mirent en place les Rafles. Pendant une dizaine d’années, des adolescents furent enlevés afin de passer des tests pour ensuite d’être dirigés vers un métier ou une formation. Par la suite, le N.O.M. légalisa les Rafles, rendant obligatoires les tests pour tous les adolescents de seize ans. Le terme de Rafle est resté, bien qu’il n’y ait plus d’enlèvements à .proprement parler Les plus qualifiés se rendent dans des instituts pour être formés, deviennent la nouvelle éliteou de nouveaux patrons; ils sont les Grands. Les moins qualifiés, les Ouvriers, se voient imposer un métier en fonction de leurs aptitudes et sont envoyés dans la ville correspondant au travail qu’ils vont exercer toute leur vie. La troisième catégorie, les Oubliés, est plus récente, à peine une vingtaine d’années… nous ne savons rien d’eux. Ils disparaissent à la fin des tests et leurs familles n’ont plus jamais de leurs nouvelles. Selon certains bruits, ils seraient également placés dans des instituts sous haute protection et n’en sortiraient jamais. Ma mère nous interpelle, me tirant de mes pensées. — On rentre les enfants. Faites le tour par les champs puis la forêt. On se rejoint à la maison. Je lève la tête vers le ciel. Le soleil est déjà haut. Il ne doit pas être loin de midi. Simon et Aurore descendent en premier, puis Simon tend les bras pour m’aider. Je grogne en acceptant son concours. Si seulement la nature se décidait à me faire grandir un peu. Il me pose au sol, face à ma mère qui me lance un petit sourire forcé. Ses traits sont tirés. Tout dans sa façon de se tenir, de nous regarder, crie sa tristesse face aux évènements de demain. Un peu en retrait derrière elle, je vois que mon père n’est pas mieux. Ils font bonne figure devant ma sœur depuis plusieurs semaines, mais ne se rendent pas compte à quel point ils laissent transparaître leur désarroi le reste du temps. Je lui rends son sourire, essayant d’enfouir mes sentiments au plus profond de mon cœur. Entre mes parents qui sont tristes de laisser partir Anaïs, et elle qui a peur du résultat des tests, cela fait bientôt deux mois que je passe mon temps à rassurer les uns et les autres tout en cachant mes propres peurs et angoisses. — À tout à l’heure, maman. On se dépêche. Promis. Elle acquiesce avant de me tourner le dos et de partir en compagnie de mon père vers l’entrée de la plantation pour recevoir son bon de travail. Ce bon, distribué à chaque jour travaillé, sert à se nourrir, se vêtir et à acquérir tout ce dont une famille d’Ouvrier peut avoir besoin. C’est-à-dire pas grand-chose. La seule chose que j’aimerais vraiment avoir c’est une navette. Pour pouvoir nous déplacer et, pourquoi pas, partir visiter d’autres villes du Nouveau Monde. Mais il faudrait que mes parents économisent, au bas mot, un an de bons de travail avant de pouvoir envisager de s’en offrir une d’occasion. Simon et moi prenons la route du retour en traînant les pieds. Aurore, comme à son habitude, tente de nous divertir. Elle déteste nous voir tristes, mais aujourd’hui, toutes ses blagues tombent à plat. Finalement, elle soupire et se tait. Nous traversons le bois qui mène au lac, en silence. Alors que nous ne l’avons pas encore atteint, les premiers cris des adolescents qui s’ébrouent dans l’eau nous parviennent. Je les envie d’être là aujourd’hui. J’aurais également aimé terminer la journée ainsi; à m’amuser avec mes amis et à nager longuement sous la chaleur du soleil. Aurore me saisit la main alors que nous débouchons sur le rivage. Je sais qu’elle voudrait la même chose que moi, mais je sais aussi qu’elle ne viendrait pas
sans nous: sa moitié blonde et sa moitié brune. Simon se tourne vers nous. — Promettez-moi que dans deux ans nous viendrons passer notre 20 juin ici. Je n’ai pas envie de passer la veille de ma Rafle à la maison à attendre et à voir mes parents se morfondre. Aurore applaudit ses paroles. — Quelle bonne idée! Faire comme si de rien n’était jusqu’au bout. Elle me reprend la main en sautillant. — Allez Eléa, dis que tu es d’accord! Si nous ne sommes pas tous les trois pour ce dernier jour, ce ne sera pas pareil! Je leur souris en les regardant tour à tour. — C’est un pacte alors? Ils acquiescent en cœur, dans l’attente de ma réponse. — Génial. Je suis cent pour cent d’accord. C’est une super idée. Faire comme si de rien n’était jusqu’au bout. — Paroles d’inséparables? demande Simon — Paroles d’inséparables! nous esclaffons-nous. Le cœur un peu plus léger, nous reprenons notre route en direction de la rue des Orangers. Lorsque j’arrive chez moi, je croise Lana qui en repart les yeux rouges et boursouflés. Lana est la meilleure amie d’Anaïs. Elles se connaissent depuis bientôt dix ans et passent beaucoup de temps ensemble. Je la serre dans mes bras. — Tu vas voir, je suis certaine que tout va bien se passer, tenté-je pour la rassurer. Elle pince les lèvres en acquiesçant, puis me tourne le dos pour continuer sa route sans ajouter un mot. Dans la maison, le rez-de-chaussée est vide. Mes parents ne sont pas encore rentrés et apparemment, Anaïs s’est retranchée à l’étage. Je grimpe les marches deux par deux et me laisse guider par les sanglots. Je la trouve assise par terre, dans la salle de bain, une trousse de toilette entre les mains. Je m’accroupis à ses côtés, lui enlève délicatement la trousse et la prends dans mes bras. — Chuuuuuut…, soufflé-je. Allez, calme-toi. Elle renifle contre mon épaule et son corps se remet à trembler sous l’assaut d’une nouvelle crise de larmes. Je lui caresse les cheveux, comme je l’ai fait de si nombreuses fois ces derniers jours, tout en la berçant tendrement. — Anaïs… calme-toi s’il te plaît. Tu vas finir par me faire pleurer aussi. Durant de longues minutes, je la laisse décharger sa tristesse sans rien ajouter de plus. Mon cœur est en miette et je dois serrer les dents à plusieurs reprises pour ne pas m’effondrer à mon tour. Je ne peux pas craquer, pas maintenant, nous verrons demain, une fois qu’elle sera montée dans la navette et qu’elle aura disparu au coin de la rue. Petit à petit, ses hoquets s’espacent et les larmes finissent par se tarir. Je me redresse doucement pour imbiber un gant d’eau glacée et le lui poser sur les yeux. — Les parents ne vont pas tarder et ils sont suffisamment mal en point de leur côté pour te voir dans cet état. Elle acquiesce, renifle et déglutit difficilement. — J’ai tellement peur, soupire-t-elle. — Anaïs… nous avons déjà eu cette conversation mille fois, grogné-je. De quoi as-tu peur sérieusement? Tu es forte et intelligente. Le N.O.M serait bien bête de t’affecter à autre chose qu’à un institut de Grands! Elle hausse les épaules en pressant le gant contre ses yeux pour les masser. — Je ne sais pas, Éléa. Quel niveau d’intelligence est nécessaire pour entrer dans un institut de Grands? Nous n’en savons rien! Je soupire et m’assois à mon tour contre la baignoire. — Anaïs. Tu en as vu des tas d’autres partir avant toi. Tu en connais qui sont en ce moment même en institut. Tu es plus intelligente que la plupart d’entre eux! Je tais le point important des Oubliés. Elle comme moi l’avons quoi qu’il arrive
en mémoire. Elle se frotte une dernière fois le visage avant de baisser les mains et de jeter le gant dans l’évier. Ses yeux sont encore un peu rouges, mais au moins ils ne sont pas enflés. De toute façon, nous ne pourrons pas faire mieux. — Je n’ai pas envie de devenir Ouvrière et de partir loin de la maison. Pour être une Grande, oui… je peux accepter de vivre loin de vous, mais pour être Ouvrière… Elle ne termine pas sa phrase et je vois ses yeux s’emplir à nouveau de larmes. Je me relève, la saisis par la main et la tire vers moi pour l’obliger à se mettre debout. — Bon allez, ça suffit. Viens! Je la traîne derrière moi jusque dans sa chambre. Il y a des vêtements partout: sur le lit, sur son bureau, par terre, on dirait qu’une tempête a soufflé dans la pièce dévastant tout sur son passage. Bien entendu, son armoire, elle, est vide. Je me tourne vers ma sœur en fronçant les sourcils. — Qu’est-ce que tu as voulu faire au juste? Elle me lance un petit sourire triste. — Ma valise. Je lève les bras au ciel. — Tu as l’intention de prendre tout ça? Je saisis son sac vide d’une main, pousse une des piles de vêtements du lit pour pouvoir le poser dessus. J’inspecte les habits d’un regard vide avant de me tourner vers elle en soupirant. — Tu as une idée de ce que tu dois emmener? Elle secoue la tête et se laisse tomber à côté du sac. — Non… aucune idée. Je comptais le faire avec maman. Je m’installe à côté d’elle en croisant les bras. — J’ai rencontré Lana en arrivant, finis-je par dire. Elle se mordille un instant les lèvres avant d’opiner. — Elle n’avait pas l’air en meilleur état que toi. Elle hausse les épaules. — Vous vous retrouvez ici pour le départ? Elle secoue la tête. — Non. Elle veut rester avec ses parents. Au rez-de-chaussée la porte d’entrée claque. Un bruit de pas se fait entendre dans les escaliers, ma mère apparaît sur le seuil de la chambre. Elle a les yeux aussi rouges que ceux de ma sœur, mais toutes les deux font comme si elles ne voyaient rien. Son regard se pose sur nous, sur le sac, puis sur les tas de vêtements et pour finir un sourire se dessine sur ses lèvres. — Tu essaies de faire ta valise? Ma sœur opine en faisant la moue. Ma mère, dont le sourire s’élargit, fixe les habits qui recouvrent le sol de la chambre. Soudain, elle part d’un rire nerveux et incontrôlable. Mes lèvres s’étirent également et je me retrouve bientôt à rire sans raison. Ma sœur, qui nous examine d’abord comme si nous étions devenues folles, finit par rendre les armes et son rire rejoint les nôtres. — Tout va bien là haut? s’exclame mon père depuis le bas des escaliers. Loin de nous calmer, sa question fait redoubler notre hilarité, et nous sommes incapables de lui répondre. Mes yeux pleurent, mon ventre me fait mal, mais je n’arrive plus à m’arrêter. Mon père passe la tête dans l’embrasure de la porte, le regard inquiet, surpris et enfin confus. — Ok, je vais vous laisser. Sa tirade nous fait repartir de plus belle et il nous faut de longues minutes pour arriver à nous maîtriser. Petit à petit, les rires de ma mère et de ma sœur se transforment, stoppant tout net les miens. Lorsque je sors de la chambre pour les laisser tranquilles, elles sont dans les bras l’une de l’autre, en larmes. Ce soir-là, le repas se fait quasiment en silence. Les seuls mots qui s’échangent sont entre mes parents et concernent essentiellement le travail et la belle récolte
de pêches que laPlantation Gabefera cette année. — À condition que les inséparables ne mangent pas tout, lance mon père à mon attention. Je souris pour la forme, mais le cœur n’y est pas. Ma mère essaie à son tour: — Peut-être que grâce à la belle production de cette année, Monsieur Gabe nous fournira des bons de travail bonus comme il le fait habituellement. Nous les mettrons de côté pour que tu puisses rendre visite à ta sœur si elle n’est pas trop loin. Anaïs renifle et sa lèvre inférieure tremble. Nous savons toutes les deux que la seule chance que nous avons de nous revoir dans les deux ans qui arrivent, serait qu’elle soit Ouvrière à la Nouvelle Paris. Toutes les autres destinations nous condamneront à devoir attendre qu’elle ait fini sa formation, ou qu’elle ait, ou moi d’ailleurs, suffisamment de bons de travail pour pouvoir obtenir un ticket sur une des navettes de voyages entre coupoles. Je lui prends la main sous la table et la lui presse tendrement. Elle respire un grand coup puis reprend une fourchette de purée noyée sous un jus de viande et de marrons. Après le repas nous passons au salon. Lorsque vingt heures sonnent, la télévision se met en marche sur les informations du N.O.M. Les vingt minutes de l’émission sont essentiellement consacrées à la Rafle. Le gouvernement nous rappelle pourquoi elle est nécessaire tout en pointant du doigt l’histoire de , l’Ancien Monde. Je connais le laïus par cœur. À force de l’entendre à l’école au journal télévisé, à la maison, je pourrais réciter tout cela de mémoire. Le Grand Gouverneur s’exprime à son tour, pour apporter son soutien et souhaiter bon courage aux adolescents concernés. Pour la première fois depuis que je suis en âge de regarder le journal, son fils l’accompagne le soir de la déclaration de la Rafle. Contrairement à son père, nous ne le voyons pas souvent, mais, à chaque fois que c’est le cas, sa beauté me sidère. Il a des yeux et un regard qui vous transperce de part en part. Je suis certaine que toutes les filles de son école lui courent après et qu’il s’en donne à cœur joie. Je rougis de penser à des choses pareilles, tout en serrant les dents devant ce garçon qui fixe la caméra d’un air tellement assuré. — Oh, mais c’est vrai que le fils du Grand Gouverneur a ton âge, Anaïs! s’exclame maman. Lui aussi va devoir dire au revoir à ses parents demain. Je lève les yeux au ciel. Comme si son père allait le laisser partir loin de lui! Le journal se termine sur la traditionnelle devise du N.O.M : Ordre, Obéissance, Sécurité. Trois mots qui m’horripilent. La télé s’éteint et nous restons encore une petite heure à discuter, ou à nous taire, avant de regagner nos chambres. Alors que je suis sur le point de me mettre au lit, on frappe à ma porte. Je n’ai pas le temps de répondre qu’elle s’entrouvre. — Eléa, je peux dormir avec toi? Anaïs se tient sur le palier en chemise de nuit. J’acquiesce en souriant. — Allez, viens là. Qui sait quand nous aurons l’occasion de dormir à nouveau ensemble! Nous nous couchons chacune d’un côté du lit et tentons d’attraper un sommeil bien difficile à trouver. Après une nuit très compliquée, maman vient nous réveiller sur les coups de neuf heures trente. C’est exceptionnel de sa part, elle qui déteste que l’on fasse la grasse matinée! En regardant l’heure sur mon réveil je me fais également la réflexion que cela doit faire un moment que ça la travaille de venir nous bouger. Il ne reste qu’une heure trente avant que la navette passe chercher ma sœur. Nous descendons rapidement pour le petit-déjeuner. Mes parents ont le visage fermé et j’ai moi-même bien du mal à avaler quoi que ce soit. Anaïs tourne et retourne sa cuillère dans son thé sans en prendre une seule gorgée. Mon père passe derrière elle et lui pose les mains sur les épaules. — Tout va bien se passer ma grande. Et rappelle-toi que quoiqu’il advienne, nous
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