Les petits-chiliens

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Dans ce quartier pauvre du sud de Santiago, les êtres survivaient alors qu'ils croyaient vivre. Ils étaient condamnés à une répétition sans fin de leur état de misère. Seules les passions, les pires et les meilleures, leur étaient permises. L'existence de Pedro était une quête de l'amour, de la sexualité et du savoir. Son amitié pour les frères jumeaux, deux garçons homosexuels, éveilla son esprit aux conséquences des préjugés. Un jour, son engagement politique lui offrit une nouvelle vie...
Publié le : mardi 1 octobre 2013
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336326931
Nombre de pages : 230
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Eduardo Plaza Oñate
LES PETITS-CHILIENS CHRONIQUE D’UN RÊVE Roman
collection Amarante
© L’Harmattan, 2013 5l7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978l2l343l00826l4 EAN : 9782343008264
Les Petits-chiliens
Amarante
Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone.
Ede fictionlle accueille les œuvres (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes.
La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Eduardo Plaza Oñate
Les Petits-chiliens
Chronique d’un rêve
L’Harmattan
La cité s’agrandissait. Sur le versant ouest, les gravillons des trottoirs usaient les semelles des piétons et, les jours de pluie, ilsfacilitaient le drainage de l’eau vers les égouts.Dans les rues, régulièrement entretenues, les charrettes et les rares voitures circulaient sans soubresauts et ne risquaient pas de casser leurs essieux. Des grilles en fer forgé, qui reposaient sur des murets en briques, délimitaient les jardins des maisons.Accolés à la ferraille, en avance sur la saison, de magnifiques iris et des roses géantes embaumaient l’air de leurs doux parfums. Vers l’est, les maisons se faisaient plus rares et les rues disparaissaient, matérialisées de loin en loin par quelques poteaux électriques.De vastes terrains restaient disponibles à la vente. Ici et là, des chevaux paissaient les trèfles, des poules arrachaient les vers de terre du sol humide et compact ; les jars attaquaient un passant, qui se défendait en leur donnant des coups de pied sur le bec. Une grosse femme tira le rideau qui couvrait le chambranleoù devait s’encastrer la future porte d’entrée de la bicoque.Elle brandissait un couteau et avertissait le pauvre gars: «Tu touches encore à mes bestioles, je te découpe les roustons en lambeaux. » Sans prêter attention au drame avicole, des enfants couraient derrière un ballon une vieille chaussette bourrée de papiers. Leurs pieds bleuissaient au contact d’une terregelée qui attendait la
chaleur du printemps. Il en allait ainsi de laCité MalaquiasConcha. De jeunes couples habitaient le carré formé par les rues Puerto Varas, Linares,Cañete, et Osorno. Ils avaient construit leurs maisons selon leurs propres moyens. Les moins pauvrespouvaient s’acheterdes briques cuites, quelques-uns fabriquaient leurs propres adobes, d’autres récupéraient des tôles zinguées rouillées et trouées. Le quartiern’était qu’un vieux vêtement rapiécé. La maison la plus belle, la plus luxueuse était celle du photographe. Une armée d’ouvriers, dirigée par unevoix autoritaire, en avait agencé les murs comme un puzzle. Le lendemain, était apparue une maison avec un sol en bois, des prises électriques, un tableau avec un disjoncteur, un évier, une cuvette de toilette en porcelaine avec un réservoir, une baignoire avec des robinets dorés. Il n’y avait pas d’électricité,pas d’égouts, pas d’eau potable. Le photographe acheta quelques seaux, un baquet, une bassine.Devant sa maison, il vit les visages souriants des voisins. On va vous aider à creuser le trou des chiottes !Des rires moqueurs résonnèrent dans la matinée. Tout à côté, habitaitDon Lalo, un homme maigre, épuisé par une bronchite chronique.Depuis l’obscurité de sa chambre à coucher, sa femme lui criait: «Arrête de cracher partoutL’infernal caquètementdans la cour montrait l’appétit desvolailles pour les expectorations de l’homme.Don Lalo venait de la campagne.Dans les grandes propriétés agricoles de Santiago, il devint un ouvrier paysan. Toute sa famille immigra du sud duChili etvint s’installer chez lui. La façade de sa maison, tel un dessin d’enfant,avait une porte au centre et deux fenêtres de chaque côté.En rentrant dans la demeure, on pouvait
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voir un couloir puis,de part et d’autre, de minuscules chambresdans lesquelles s’amoncelaient des matelas humides qui dégageaient une insupportable odeur d’urinede chat.En sortant à droite, il y avait la cuisine. S’entassaient là sur une planche de bois : des assiettes, des casseroles et des tasses en aluminium. Les murs étaient recouverts de saleté; les éclaboussures du saindoux de friture avaient rendu les parois lisses.Au plafond, emmêlées dans les toiles d’araignée, les mouches agitaient leurs ailes. Leurs « bzz ! », étaient un ultime effort pour se libérer du piège avant la mort.Au fond du terrain, les latrines. La mère, racontaient les voisins, était une sorte de femme monstrueuse qui, chaque jour, mettait au monde un bébé. En face, la maison de Rafael, un artisan fileur de cordes. « Le plus gentil de tous »,d’après les enfantsqui, en été, passaient des après-midis entiers à le regarder transformer les filaments de chanvre ou de coton. Il leur faisait cadeau de ficellespour qu’ils fassenttourner leurs grosses toupies, lestrompos.C’était sa manière à lui de les remercier de leur présence, des petits coups de mains qui allégeaient la douleur de ses phalanges. Quand «ses gamins» reprenaient l’école,il s’asseyait devant sa roue à filer sans rien faire, gagné parl’ennui. Doña Pancha, surnomméela chancha, la truie, dut patienter un temps avant de transformer sa maison. Sa vache grandit et un taureau la monta. Quand le veau naquit et commença à téter, Pancha démarra son affaire. « Laitfrais »lisaient les voisins en passant devant sa maison. Les ventes remplirent vite sa tirelire, un petit cochon en argile à trois pattes, symbole de la chance, qu’elleavait acheté à Pomaire, un village de potiers à l’ouest de Santiago. Un soir, elle le cassad’un coup de
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