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Les rebelles selon Monsieur le Préfet

De
205 pages
Aux confins d'un pays d'Afrique imaginaire, dans une région en proie à des affrontements entre rebelles et armée régulière, l'infirmier Oumar partage son temps entre ses consultations au dispensaire où parviennent des patients à bout de forces, et de longues discussions avec Iya, une vieille femme du village, qui lui en révèle peu à peu les malheurs. Véritable roman des vies malmenées, ancré dans un terrible réalisme...
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P OUR M IEUX C ONNAÎTRE LE T CHAD
C O L L E C T I O N D I R I G É E P A R M A R I E - J O S É T U B I A N A
Le but de notre collection est de contribuer à l’édification du Tchad moderne en permettant aux Tchadiens de mieux connaître leur pays dans toute sa diversité et sa richesse. Nous avons publié des travaux inédits, des documents d’archives, des traductions françaises d’ouvrages étrangers et réimprimé des textes devenus introuvables.
D E R N I E R S O U V R A G E S P A R U S 2000 Baba Moustapha. Le souffle de l’harmattan. (P RIX A LBERT B ERNARD DE L ’A CADÉMIE DES S CIENCES D ’O UTRE -MER ) Gérard Serre. Une nomadisation d’hivernage dans l’Ouadi Rimé (Tchad 1956). 2001 Géraud Magrin. Le sud du Tchad en mutation : des champs de coton aux sirènes de l’or noir. (P RIX A LBERT B ERNARD DE L ’A CADÉMIE DES S CIENCES D ’O UTRE -MER ) Victor-Emmanuel Largeau. À la naissance du Tchad 1903-1913 (Documents présentés par Louis Caron). 2002 Claude Durand. Les anciennes coutumes pénales du Tchad. Les grandes enquêtes de 1937 et 1938. Joël Rim-Assbé Oulatar. Tchad. Le poison et l’antidote. Essai. 2003 Le Tchad au temps de Largeau 1900-1915 (photographies, dessins). Al-Hadj Garondé Djarma. Témoignage d’un militant du Frolinat. Bichara Idriss Haggar. Tchad. Témoignage et combat politique d’un exilé. 2004 Marie-José Tubiana. Parcours de femmes. Les nouvelles élites : entretiens. 2005 Les contes oubliés des Hadjeray du Tchad recueillis et édités par Peter Fuchs, traduits de l’allemand par Hille Fuchs. Alain Vivien. N’djaména naguère Fort-Lamy, histoire d’une capitale africaine. 2006 Zakaria Fadoul Khidir. Le chef, le forgeron et le faki. Lidwien Kapteijns. Mahdisme et tradition au Dar For. Histoire des Massalit 1870-1930, traduit de l’anglais par Geneviève d’Avout et Joseph Tubiana. Mahmat Hassan Abakar. Chronique d’un enquête criminelle nationale. 2007 Oumar Djimadoum. Un vétérinaire tchadien au Congo. Contes Toubou du Sahara recueillis au Niger et au Tchad par Jérôme Tubiana. Antoine B ANGUI -R OMBAYE . Taporndal. Petites chroniques du pays gor et d’ailleurs. B ICHARA I DRISS H AGGAR . François Tombalbaye 1960-1975. Déja, le Tchad était mal parti. Arnaud D INGAMMADJI . Ngarta Tombalbaye. Parcours et rôle dans la vie politique du Tchad (1959-1975) . 2008 Hommes sans voix. Forgerons du nord-est du Tchad et de l’est du Niger. Textes réunis par Marie-José T UBIANA . 2008 Louis C ARON . Au Sahara tchadien. L’administration militaire au moment de l’Indépendance. Borkou - Ennedi - Tibesti 1955-1963 .
D A N S L A C O L L E C T I O N B I B L I O T H È Q U E P E I R E S C ( e n c o l l a b o r a t i o n a v e c l ’ A R E S A E )
2006 Marie-José Tubiana. Carnets de route au Dar For 1965-1970.
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roman
Publié avec le concours de l’Institut National des langues et Civilisations Orientales
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J’adresse mes chaleureux remerciements à l’association P OUR M IEUX C ONNAÎTRE LE T CHAD qui a accepté la publication de mon manuscrit et tout particulièrement à mon aîné, Antoine B ANGUI -R OMBAYE , pour son aide attentive et patiente. J. L.
Mise en forme du présent document : Antoine B ANGUI -R OMBAYE Relecture : Johanne F AVRE
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École polytechnique - 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-12966-5 EAN : 978229612966-5 CONCEPTION GRAPHIQUE & MISE EN PAGE – ANNE LEBOSSÉ
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« Mais un jour de notre vie, le printemps refleurira, Liberté chérie, je dirai : tu es à moi ! Ô terre enfin libre, Où nous pourrons revivre, aimer ! »
Michelle M AILLET , L’étoile noire , 2006
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Ils avaient été applaudis, triomphalement accueillis. C’était le jour de leur entrée dans la capitale. Mais aussitôt installés au pouvoir, ils apparurent sous leur vrai jour : un clan iss d’ région de l’Est de la République de Békoï dont les u une membres s’unirent pour tendre un grand filet autour du pays. Personne ne s’attendait à ça. Aujourd’hui, pas une ville, pas un village ou un hameau n’échappe à cette toile. Tout est clôturé, investi. En habiles et féroces araignées, ils attendent que des proies viennent s’y empêtrer. Si l’attente leur parait trop longue, ils organisent des battues pour canaliser et ensuite capturer les membres des autres ethnies, méprisés, maltraités, considérés comme des gueux ou des indigents. Ceux qui se débattent pour essayer de sortir du piège sont impitoyablement abattus. Les autres prisonniers, rendus plus dociles, sont parqués et domestiqués. Il est impossible d’éviter ce filet aux mailles serrées. Que l’on choisisse d’y faire face, on y tombe ! De l’ignorer et de demeurer chez soi, on y tombe ! De compter sur l’aide du Créateur, on y tombe ! D’avoir l’air de mener une vie de pacha, on y tombe aussi ! De laisser croire que l’on ne s’intéresse pas au pouvoir des prédateurs, on y tombe malgré tout ! Disparitions et meurtres sont maquillés sous forme d’accidents non expliqués, ce qui évite de poursuivre leurs
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auteurs, jamais punis. Dans ces conditions, il est risqué pour les individus ordinaires, non membres du clan au pouvoir, de flâner, faire ses courses, voyager ou même de rester claquemurés chez eux. Le danger rôde partout, invisible, prêt à surgir pour frapper à tout moment. Ainsi, prises dans les rets des maîtres du pays, considérées et parquées comme des bêtes de zoo, réduites en esclavage, les populations se sont-elles résignées à survivre dans la peur et l’incertitude du lendemain. Heureux ceux qui se réveillent le matin et s’aperçoivent qu’ils sont encore vivants ! Que peuvent-ils faire ? Ils n’ont plus qu’à se confier au destin puisqu’ils se croient abandonnés de Dieu. Débarrassés des turbulents et des récalcitrants, les membres du clan au pouvoir ont la voie libre pour ramasser et amasser en toute impunité les biens d’autrui, les richesses du sol et du sous-sol, à commencer par les récoltes des paysans. En résumé, pour les dirigeants de la République de Békoï, toutes les ethnies, autres que la leur, sont considérées comme des réserves d’esclaves et, à ce titre, ne peuvent prétendre à la moindre liberté. Pas même celle de mourir et d’enterrer dignement leurs morts. Esclaves, leurs biens, leur travail et leurs moissons appartiennent donc aux maîtres. Qu’ils soient civils ou militaires, petits ou grands, les nouv eaux seigneurs se sont octroyés le droit et le pouvoir de disposer de tout à leur guise, selon leur bon plaisir. Pour assurer leur mainmise, ils ont commencé à occuper tous les rouages de l’administration publique et parapublique. Ils ont en outre divisé le territoire en petites parcelles faciles à contrôler. Ainsi, de la capitale au hameau le plus reculé de brousse, du premier responsable de l’État au dernier commerçant de village ou de quartier, de l’homme de troupe
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aux pauvres mendiants et misérables bougres errant de rue en rue et des marchés aux poubelles, tous les membres du clan veillent-ils à leur façon, mais jalousement et scrupuleu-sement, au maintien de l’ordre établi.
Iya est une femme déjà âgée qui vivait avec son mari dans un village de l’Est de la République de Békoï. Elle a été témoin de l’arrivée au pouvoir des membres de ce clan il y a une quinzaine d’années. Que d’événements dramatiques, d’atrocités, d’exactions elle a vu et vécu depuis ! Aussi, demeure-t-elle toujours inquiète, sur le qui-vive et ses rêves sont agités de cauchemars. Jusqu’à ce jour où le malheur a frappé à leur por te, chaque matin à son réveil elle s’étonnait d’être encore en vie, de respirer normalement, de n’avoir pas été blessée, de voir que ses vieilles casseroles n’avaient pas bougé, d’entendre ses bêtes bouger tranquillement dans l’enclos, de constater que bœufs, ânes et chevaux de son mari étaient restés attachés à leurs piquets. Tout était tranquille, rien ne manquait. Rassurée, elle s’asseyait et priait pour qu’il en soit ainsi le lendemain et les jours à venir. La prière expédiée, elle reprenait ses activités sans se soucier du danger qui planait. Les corvées d’eau, de bois de chauffe, de foin pour les bêtes occupaient une bonne partie de son temps. Parfois, elle partait pour emmener paître ses vaches, ses moutons et ses chèvres. Elle rentrait au coucher du soleil sans incident et se demandait pourquoi elle n’avait rencontré sur son chemin ni hyènes, ni lycaons, aucune de ces bêtes avides qui pullulent dans sa région. D’autres fois, elle partait en visite dans un village voisin, à dos d’âne ou à pied, et regagnait son domicile, contente de ne pas s’être fait violer. Dans les rares moments de repos, elle ne cessait de penser à cette misère qui s’abattait sur le pays et affligeait les gens.
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Pourquoi était-elle parvenue jusque-là à passer à travers les mailles du filet ? Comment s’y était-elle prise pour être ainsi épargnée sans porter de gris-gris protecteurs ? Elle ne le savait pas. Mais un jour, le danger tant redouté l’avait rattrapée. Son mari, parti depuis l’ urore au marché hebdomadaire d’un  a gros bourg voisin, ne revint pas au foyer. Il y avait longtemps qu’Iya pressentait que les chasseurs du clan le guettaient. Quand l’âne rentra seul avec sa charge sur le dos, elle comprit qu’ils avaient enfin réussi à le capturer dans leur filet, quelque part dans un coin de brousse. Il ne lui resta que ses yeux pour pleurer. Elle dut désormais se résigner, supporter une souffrance qui ne se dissiperait pas.
Le temps a passé depuis ce jour où son mari est mort. Sa disparition tragique offre aujourd’hui à Iya l’occasion de mieux faire connaissance avec Oumar, l’infirmier. Originaire du sud de la République, voici deux mois qu’il est arrivé à Birkine. La trentaine passée, le visage d’un beau noir luisant éclairé d’un sourire avenant, c’est un homme aimable qui se fâche rarement. En dehors de son travail où il revêt une impeccable blouse blanche, il aime porter des jeans et des chemises chatoyantes. De taille moyenne, costaud, large de poitrine, bien planté sur ses jambes, il a le gabarit d ’un boxeur. Aussi ses amis lui ont-ils attribué le sobriquet de « Gros ». S’il s’était intéressé à la boxe, pensent-ils, Oumar aurait remporté autant de victoires que Mike Tyson. Il ne fume ni ne croque la kola. En revanche, il raffole de la bière qu’il consomme parfois immodérément. De ses parents il a reçu une éducation traditionnelle et s’est ensuite converti au christianisme. Il a ainsi acquis le sens du respect de la vie, du bien d’autrui et du travail soigné.