Les Reflets d'Earanë

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Derrière les miroirs, il est une autre Earanë où vivent les Reflets. Alors les hommes prennent des surnoms et des masques. Les premiers pour protéger leurs noms, les seconds pour protéger leurs visages.



Earanë a trouvé un équilibre fragile avec l'Autre Monde, mais la naissance d'un enfant-miroir avec un pied dans le monde des humains et celui des Reflets risque de bouleverser ce fragile édifice. Pour Dague et Cuivre, de la Caste des Miroitants, la course contre la montre a déjà commencé afin d'éviter le pire…



Doctorant en biologie, Anthony Boulanger est considéré comme un des jeunes espoirs les plus prometteurs de l'hexagonaire français : lauréat du prix Merlin pour sa nouvelle « La descente aux enfers d'Orphée et d'Eurydice » et prix Zone Franche pour « Meurtre à Provins ». Il a publié les recueils de nouvelles Ecosystématique de fin du monde (Voy'el), Géniteurs et Fils (Le Chat Noir) et La boîte de Schrödinger – exp. N°2 (Walrus), ainsi qu'un roman Au Crépuscule (Voy'el). Les reflets d'Earanë est son dernier roman.
Publié le : vendredi 30 octobre 2015
Lecture(s) : 3
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791093004686
Nombre de pages : 145
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Extrait

Derrière les miroirs, il est une autre Earanë où vivent les Reflets. Alors les hommes prennent des surnoms et des masques. Les premiers pour protéger leurs noms, les seconds pour protéger leurs visages.

1.

En cette fin d’après-midi, la brume avait envahi la cité d’Earanë. Lourde et dense, elle emboîtait le pas des deux hommes qui foulaient le pavé des rues de la Haute-Ville, dansant autour de leurs jambes, s’accrochant aux boucles de cuir de leur masque blanc, comme pour les défaire et révéler leur visage. Ils avaient tous les deux la même semblance, de grande taille, vêtus d’une tunique de cuir sombre, cape, capuche et gants. L’homme à droite marchait voûté, les mains sous ses aisselles. Son masque de porcelaine avait pour seul ornement cinq points noirs sous l’œil gauche, disposés en croix. À travers les fentes horizontales, ses pupilles vertes contemplaient ce quartier d’Earanë dans lequel il venait rarement. Des mèches rousses s’échappaient de sa capuche et tombaient sur le front de son masque. De cette couleur lui venait le surnom de Cuivre.

— Chez quelle famille allons-nous déjà ? demanda-t-il.

— Les Caelis.

Le compagnon de Cuivre affichait un trait argenté sous l’œil. Malgré le froid, il se tenait droit et sa main gauche serrait la poignée d’une courte lame à son côté. Lui n’avait pas choisi son surnom, la Caste l’avait fait pour lui, à son intégration. Comme depuis l’enfance, il ne se séparait jamais d’une arme, même pour dormir, il avait hérité du surnom de Dague.

— Une des plus anciennes familles d’Earanë, reprit-il. Ils nous sont hostiles et leur souci doit être de taille pour qu’ils fassent appel à nous. Je parlerai pendant que tu chercheras s’il y a un Reflet dans les parages.

— À tes ordres, sergent.

Dague et Cuivre, membres de la Caste des Miroitants, continuèrent leur route en silence entre les maisons de pierres blanches, salies par la boue et les intempéries.

La Haute-Ville portait son nom par sa position, au sommet de la colline surplombant directement le port d’Earanë et ses autres quartiers. Les familles nobles y avaient emménagé très tôt, établissant de grandes et luxueuses propriétés, entourées de parcs. Il en était en tout cas ainsi du temps de la splendeur de l’île, à l’époque du commerce prospère et des richesses mandées à travers le monde. Depuis l’apparition des Passeurs, tout cela n’était plus qu’un souvenir vaporeux.
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