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Les rescapés

De
186 pages
Lifou (Nouvelle-Calédonie) 2005-2008.
Les Rescapés raconte l'immersion d'une femme tourmentée par ses désirs amoureux, brûlée par la passion, dans un monde tribal et clanique, au milieu d'une réserve kanak, à Lifou en Nouvelle-Calédonie. Jeanne, au fil des pages, apprend ce que veut dire aimer. Elle porte désormais la fêlure de ces gens qui ont connu la passion, ce qui fait d'elle une rescapée. Jeanne décrit, tout au long du récit de sa propre histoire, la vie de l'archipel durant la période où elle s'y trouve.
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Isabelle Flamand # #"$%# 
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Lettres du Pacifique Collection dirigée par Hélène Colombani
Conservateur en chef des bibliothèques (AENSB), Chargée de mission pour le Livre en Nouvelle-Calédonie, Déléguée de la Société des Poètes Français, sociétaire de la SGDL.
Cette collection a pour objet de publier ou rééditer des textes (romans, essais, théâtre ou poésie), d’auteurs contemporains ou classiques du Pacifique Sud, ainsi que des études sur les littératures modernes, les traditions orales océaniennes (mythologies, contes et chants) ou les Sciences humaines. Contact : helsav@mls.nc
Déjà parus
N°1 – Hélène SAVOIE,Les Terres de la demi-lune. Nouvelles, 2005. N°2 – Dany DALMAYRAC,L’Île monde. Nouvelles,2005. 3– LECERCLE DES AUTEURS DUPACIFIQUE,Du Rocher à la voile. Recueil de récits et nouvellesde 14 auteurs du Cercle des auteurs du Pacifique, 2006. N°4 – Christian NAVIS,Mystérieuses Civilisations du pacifique, essai,2005. N°5 – Dominique CADILHAC,Les Montagnes du Pacifique, roman Marquisien, préface d’Hélène Colombani,2006. N°6 – Joël PAU,Coup de soleil sur le Caillou.Nouvelles,2006. N°7–Karin SPEEDY,Colons, créoles et coolies. L’immigration réunionnaise en Nouvelle-Calédonie (XIXe siècle) et le tayo de Saint-Louis, (Université de NSW), 2007. N°8–Alain JAY,Quel ennui !Essai philosophique et littéraire, préface de Véronique Beucler 2007. N°9 –Gilbert THONG,Show Pacifique. (Manou et nœud papillon), mémoires, préface de Marie Claude Tjibaou,2007.
N°10 – Nathalie MRGUDOVIC,La France dans le Pacifique Sud. Les enjeux de la puissance, préface de Michel Rocard, 2008. N°11 – Régine REYNE,L’œil en coulisses, souvenirs de scène, préfacé parAnnie Cordy(NC)2008. N°12– Isabelle AUGUSTE,L’administration des affaires aborigènes en Australie depuis 1972, Université Canberra/Réunion, 2008. N°13 – JoëlPAU,Le Calédonien,2008. N°14– Jerry DELATHIERE,Negropo rive gauche, le roman des colons du café, préface Hélène Colombani, 2008, No 15 Camille COLDREY, Segalen,l’irruption de la langue Tahitienne dans les Immémoriaux, essai littéraire, 2008 No 16 – Pr John DUNMORE,L’épopée tragique : le Voyage de Surville,roman historique, (traduit de l’anglais NZ.) best book prize. 2009 No 17- HélèneSAVOIE,Half moon lands,(Nouvelles) édition bilingue traduite et commentée par Karen Speedy (Université Australie),2009 N° 18 – Annick Le BOURLOT,Chaque nuage est nimbé de lumière, roman,2009. No 19–GérardDEVEZE,Histoires fantastiques de Nouvelle-Calédonie, Vol.1. Le boucan, Nouvelles, 2009. No 20 –ChristianNAVIS,Eurasie-Pacifique, les archéologies interdites,essai,2009. No21- Julien ALI,Veriduria 2011, roman (SF),2009. No22–Alexandre JUSTER,Transgression verbale en Tahitien et en Nengone,préface d’Emmanuel Tjibaou, thèse, 2009. No 23– Frédéric Angleviel-Mariotti,De la vendetta en Nouvelle-Calédonie (Paul Louis Mariotti, matricule 10 318), 2010. No24 – Agnès LOUISON,L’ami posthume,(un voyage dans la brousse calédonienne),2010. No25 – Dora,Deuxième chance, roman fantastique,2010. No26 – Philippe GODARD,Le Batavia,2010
À tous les rescapés
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Le train
Je suis dans unTGV, c’est aumois de janvier. Je suis montée à Marne la Vallée dans le train Bruxelles Hyères, de 11h40. Par la fenêtre, le paysage défile.Emmitouflée dans un épais gilet, blottie derrière la vitre, je traverse les campagnes françaises, raidies par le gel, qu’un soleil bas éclaire timidement. Des champs verts rasés de près. Un pont. Des étendues de terre brune, couvertes de cicatrices creusées par les roues démesurées des engins agricoles. Un étang. Une ferme. Une autre ferme. Un hangar de disques de paille. Quelques haies entre les cultures, trop peu de haies. Une buse. Des arbres. Des arbres seuls, groupés, rassemblés, isolés. La buse se laisse porter un long moment par le vent, le train avance. Je ne la vois plus. Des arbres nus, noirs avec des reflets blancs de givre. Leurs branches se dressent vers le ciel, elles sont décharnées, osseuses, crochues. Un chemin au milieu des champs. Un chemin de terre qui découpe en carrés les cultures, d’autres qui le rejoignent pour quadriller d’autres étendues de terre au repos. Un chemin qui encadre des carrés marron et blancs. Une route. Quelques voitures. Les miroirs de glace brillent de soleil dans la cuvette brunâtre d’une parcelle. Un cheval perdu dans l’immensité. Ma lèvre se dégourdit et une légère douleur sourde envahit peu à peu le haut de ma mâchoire au niveau de la prémolaire droite et se diffuse lentement vers le haut du crâne en commençant par l’arcade, puis le front. Le train longe un moment une grosse artère routière oùlesvoitures se succèdent. Elles laissentune traînée de couleur, et se
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confondent les unes auxautres dansune fine linéarité. Une femme traverse l’allée centrale duwagon avecune petite fille dans les bras. Elles avancent lentementvers leur place.
Les toits d’ardoises annoncent l’approche de la Loire. Leur surface lisse et bleutée recouvre de lumière la masse des maisons qui parsèment la région, saupoudrée ici et là de routes, de champs, d’églises, d’hommes. Certaines d’entre elles sont regroupées. D’autres sont isolées. L’enfant pleure. La mère la calme rapidement. Les maisons s’égrainent le long d’un coteau. Plus bas, de massivesvaches blanchâtres. Quelques-unes sont à l’écart dugroupe, la plupart restent agglutinées lesunes aux autres. Elles courbent toutes l’échine, leurs lourdes têtes se plantent dans les touffes d’herbes qui leur piquent les yeux. De leurs narines béantes s’échappeune chaude buée que leur respiration profonde évacue lourdement.
La douleur, plusvive, chasse le sommeil qui m’avait doucement engourdie alors que les toits ondulent désormais dans des teintes rougeâtres. Des chapelets de bâtisses continuent d’égrainer les étendues agricoles dont la monotonie est par moments brisée parunverger, des longs tuyauxde serres gorgés de lumière oudes chemins de campagne. La mère repasse dans l’allée avec l’enfant qui babille à présent. Le train ralentit. Il s’immobilise à Valence, dansune gare de béton. Jevois distinctement mon reflet par la fenêtre obstruée par la cloison grise, froide et irrégulière qui sépare les deux voies. Je me regardeun moment. J’observe, intriguée, ma joue encore légèrement gonflée par les soins dentaires. Le train repart. La lumière jaillit à nouveau. Je disparais. La campagne revient. Le train croiseun autre train,un autre monstre
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