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Les rides d'un rêve

De
166 pages
Aussitôt, notre périple commence. Au fur et à mesure que le taxi s'éloigne, leurs signes d'adieux rapetissent et s'éloignent. Ma mère et ma soeur se diluent dans l'espace mais elles restent accrochées à mon être [...]. Mes chagrins entaillent les distances qui s'allongent et s'allongent entre nous. Il commence à pleuvoir dans mon coeur. Mon âme s'habille de grisaille et se noie dans les larmes. Et lorsque je deviens une larme chaude, j'entends la voix du chauffeur me crier : "Arrêtez de pleurer ! Croyez-vous être la seule à quitter le pays ?"
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Layla Abi Samra
Les Rides  d’un Rêve
Lettres libaaises
Roman
Les rides d’un rêve
Collection Lettres libanaises Cette collection est consacrée à la publication d’œuvres littéraires d’auteurs vivant au Liban ou d’origine libanaise. Réservée à la prose, elle accueille des textes rédigés directement en langue française ou des traductions d’auteurs en particulier arabophones. Les œuvres poétiques relevant de ce domaine sont publiées dans la collectionPoètes des Cinq continents.
Layla ABISAMRA
Les rides d’un rêve
Roman
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09160-0 EAN : 9782343091600
À Rime
« Écrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. »
Georges Perec
L’abri Les premières images que je garde de mon enfance sont celles d’un abri. Nous sommes en 1967 àChebaa, village du Sud-Liban frontalier avec la Palestine. J’ai cinq ans. Je suis en compagnie de ma mère, ma tante, mes cousins, cousines et voisins. Le souffle de nos vies est suspendu àcelui des bombes. Elles s’abattent sur le village avec une force faisant trembler les montagnes de Haramoun. Leur fracas assour-dissant est amplifiépar l’écho des montagnes. Chacun de nous est ramasséen lui-même, étouffépar un silence explosif, livréàl’inconnu, givrépar la peur, scrutant d’un regard effrayésa propre survie et celles des autres. Dans cet abri, tout se détache de son appartenance, se fond dans l’inconnu. Nous sommes suspendus àun monde au-delàde la vie et de la mort. Entièrement àl’écoute des explosions des bombes, j’entends la montagne de Haramoun s’écrouler, hurler la mort dans nos oreilles, jetant àtravers l’étroite ouverture au-dessus de nos têtes, une épaisse poussière qui dessine avec les rayons de lumière une forme de cône et nous arrose d’angoisse éternelle. Nous restons figés dans l’attente, dans un silence noir et profond. Dans cet abri, nous sommes àl’abri de la vie. La nature et la vie du village s’exilent vers un monde lointain, deviennent totalement inaccessibles ànotre imaginaire. Tout nous paraît soudainement être àdes années-lumière, tel un rêve impossible. Les bombes incendient notre conscience, brûlent nos mémoires, consument notre passé, détruisent notre futur en menaçant notre présent d’extinction. Le temps devient une balançoire qui tantôt nous bascule vers la mort, tantôt vers des éclats de vie. Il glisse lentement sur nos corps,
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