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Les secrets du Poney Club tome 10

De
107 pages

Isa est de retour en Espagne, bien décidée à ramener à la maison son poulain Tornade. Mais avant cela, elle doit encore s'entraîner avec Angel, un étalon dressé à la haute école, pour se mesurer aux plus grands champions...









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:
Stacy Gregg


Les secrets du poney-club
Le canyon secret
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine
À ma super agent Nancy Miles et à ses deux magnifiques chevaux, Beamish et Apache
1
Il était plus de minuit dans les écuries d’El Caballo Danza Magnifico. Pourtant l’étalon bai ne dormait pas. Il arpentait son box sans relâche et inspirait l’air frais de la nuit, sa noble tête dressée, les naseaux dilatés, le museau frémissant.
Il ne ressemblait pas aux autres étalons de cette région du sud de l’Espagne. Les lipizzans et les andalous des box voisins pouvaient s’enorgueillir d’origines prestigieuses qui remontaient à plusieurs siècles. D’une valeur inestimable, chacun de ces chevaux avait été éduqué dans la grande tradition du dressage classique et entraîné à exécuter les figures difficiles de haute école.
L’étalon bai était plus mince et plus fuselé que les espagnols râblés de race pure. À son sang andalou se mêlaient de l’arabe et du pur-sang, ce qui lui conférait une vitesse et une énergie peu communes.
Il s’appelait Tornade. À son arrivée à El Caballo, ce n’était qu’un jeune poulain fougueux tout en jambes. Mais après avoir été nourri avec le reste du troupeau sur les hauts pâturages, à l’ombre des montagnes de la Sierra Grazalema, il avait forci et était devenu un bel étalon. Avec son mètre soixante-dix, il était encore plus grand que son géniteur, l’étalon gris Marius, qui dormait à quelques box du sien.
Dans le silence de la nuit, Tornade entendit un roulement de sabots lancés au galop. Il redressa son élégante tête et laissa échapper un hennissement aigu pour avertir du danger le troupeau de juments qui paissaient dans les prés, en dehors de l’enceinte. Les bêtes entendirent son alerte puis, quelques secondes plus tard, le grondement de la cavalcade.
Pris de panique, les mères et leurs petits s’éparpillèrent dans toutes les directions. Margarita, une jument gris pâle aux yeux de charbon, réagit aussitôt. C’était la jument alpha, la meneuse du troupeau, à qui les autres obéissaient. Sans perdre un instant, à petits coups de dents et de pied, elle les rassembla pour les éloigner de ce bruit inquiétant. Certaines étaient ralenties par leur poulain, mais Margarita houspillait les traînardes, bien décidée à n’en abandonner aucune derrière elle. En quelques secondes, elles furent regroupées, prêtes à prendre la fuite. Mais où aller ? Les portes de l’hacienda étant fermées la nuit, il leur était impossible de gagner les écuries. Les juments se mirent à tourner frénétiquement en rond, tandis que Margarita essayait toujours de les contenir. Si un poulain ou une jument quittaient à présent l’abri du troupeau, ils seraient encore plus vulnérables !
Tornade sentait le péril se rapprocher sans pouvoir intervenir. Il se cabra et abattit ses sabots sur la porte de son box. Mais ils éraflèrent à peine les lourds panneaux de chêne massif conçus pour résister à des milliers de coups. Désespéré par son impuissance, l’étalon bai releva la tête et hennit de nouveau. Cette fois-ci, son cri perçant traversa la nuit et réveilla les occupants de l’hacienda.
Des lampes s’allumèrent à l’intérieur de la maison. Des appels confus retentirent et, quelques secondes plus tard, trois silhouettes sortirent sur le perron : Roberto Nunez, le propriétaire d’El Caballo Danza Magnifico, son fils, Alfonso, et sa directrice de dressage, Françoise d’Arthe. En pyjama dans leurs bottes, ils traversèrent à toutes jambes la cour pavée.
— Allez voir les étalons ! cria Roberto à Françoise. Alfonso, éclaire la cour et ouvre les portes ! Je vais rentrer les juments.
Roberto repartit en courant vers l’hacienda. Il en revint un fusil à la main, au cas où ses juments seraient attaquées par des loups ou des bandits !
Dès qu’Alfonso alluma les lampes de la cour et ouvrit en grand les grilles, les juments terrifiées s’engouffrèrent dans la cour, suivies de leurs poulains dans un claquement assourdissant de sabots.
— Est-ce qu’il en manque ? demanda Alfonso à son père.
Elles étaient une bonne vingtaine devant eux. Pour un œil étranger, elles se ressemblaient toutes. Mais un seul regard suffisait à Roberto pour les distinguer. Il les scruta rapidement et poussa un soupir de soulagement. Toutes ses précieuses juments et leurs petits se trouvaient là, sains et saufs.
— Tu peux fermer les portes ! ordonna-t-il.
Alfonso repoussa les lourds battants et rejoignit son père.
— Il doit y avoir des loups dans le coin.
— Non, grommela Roberto. Ce n’étaient pas des loups.
— Des bandits, alors ? Des hommes de Vega ?
— Peut-être. Reste à savoir s’ils en avaient après les juments ou s’ils cherchaient un trésor encore plus inestimable ?
Au même moment, Françoise d’Arthe surgit des écuries. Quoique française, et non espagnole comme Roberto et son fils, elle aurait pu passer pour un membre de leur famille avec ses longs cheveux noirs et son corps musclé par de longues heures passées à cheval.
— J’ai fait le tour des box. Les étalons vont bien.
— Même le petit ? insista Roberto.
Bien que Tornade soit le plus grand cheval de ses écuries, Roberto continuait à l’appeler « le petit ».
— Tornade va bien, le rassura Françoise. Il a senti le danger. Je suis certaine que ce sont ses hennissements qui m’ont réveillée.
— En tout cas, on ne peut plus prendre de risques. À partir d’aujourd’hui, nous rentrerons les juments le soir. Et peut-être pourriez-vous faire surveiller les écuries les nuits prochaines ?
— Oui, répondit Françoise en français. J’organiserai un tour de garde. En attendant, je vais rester avec les chevaux jusqu’au lever du jour.
Roberto opina d’un air satisfait.
— Veillez bien sur le petit.
— Évidemment !
Rien ne devait arriver au jeune étalon, surtout à présent. Dans deux jours, sa maîtresse venait le chercher.
Loin de là, à l’autre bout du monde, Isa Brown, la propriétaire de Tornade, ne se doutait pas des dangers qu’il courait. Elle n’avait qu’une idée en tête : réaliser un sans-faute. Et pour le moment, Comète, son hongre pie, ne faisait qu’une bouchée des obstacles d’un mètre vingt.
La compétition était rude au concours complet de Pointe-Chevalier. Et vu leurs résultats en dressage ce matin, Isa et Comète n’avaient aucun droit à l’erreur s’ils voulaient conserver une petite chance de bien se placer.
Isa connaissait leur faiblesse. Le dressage n’avait jamais été leur point fort et elle misait donc tout sur leur rapidité et leur adresse en cross-country et en obstacles. Ils avaient réussi à boucler un sans-faute sur un parcours de cross qui avait déconcerté plus d’un cavalier. Il leur restait donc une chance de remporter un ruban.
À son intrépidité en cross, Comète alliait une précision remarquable en saut d’obstacles. Il maintenait toujours une marge de sécurité et n’effleurait pratiquement jamais les barres. Et il semblait encore frais malgré la fatigue des épreuves précédentes. Il avait franchi avec aisance les trois premiers verticaux, comme si ce n’étaient que de vulgaires barres au sol. Quand Isa voulut le rassembler en préparation du triple, il hennit, l’air de dire : « Laisse-moi tranquille ! Je sais ce que je fais. » Il secoua la tête pour détendre les rênes et, d’une foulée parfaite, avala successivement le premier élément, puis le deuxième et le troisième.
Isa lui tapota l’encolure.
— Bravo !
Déjà, ils attaquaient un nouvel oxer qu’ils franchirent sans mal.
Il ne restait plus que deux obstacles. Le robuste pie fonçait, les oreilles pointées en avant. Isa le fit pivoter en plein saut au-dessus du premier vertical pour qu’il atterrisse dans l’axe du suivant. Cette manœuvre fut saluée par les acclamations du public. Plus qu’un obstacle ! C’est alors que Comète sauta trop large. Ses antérieurs touchèrent la barre supérieure qui trembla sur ses taquets. Les spectateurs poussèrent un cri d’effroi. Isa retint son souffle dans la crainte d’entendre la barre tomber. Elle laissa échapper un soupir de soulagement quand de nouveaux applaudissements retentirent. Ils avaient réussi !
Comète ponctua son succès d’une petite ruade sur la ligne d’arrivée et Isa dut se cramponner à sa crinière pour ne pas être déséquilibrée. Elle riait encore quand elle retrouva Tom Avery, son instructeur, à la porte du manège.
— Si je ne le connaissais pas, je croirais presque que Comète a fait exprès de frôler cette barre pour se rendre intéressant ! s’exclama-t-elle en mettant pied à terre.
— Je me suis dit exactement la même chose ! s’esclaffa Avery.
Il prit les rênes du poney le temps qu’elle détache sa bombe. Comète, comme d’habitude, ne tenait pas en place, pressé de repartir fanfaronner sur la piste !
— Ne t’inquiète pas, le rassura-t-elle. Nous y retournerons pour la remise des prix. Grâce à ce sans-faute, nous voilà remontés à la troisième place !
Mais le pie continuait à regarder autour de lui, comme s’il attendait qu’on salue ses pitreries.
— Ça va lui manquer quand il va partir se reposer.
— Il a bien mérité une petite pause, répondit gaiement Avery. Et toi aussi.
Six mois plus tôt, Isa avait annoncé à Avery qu’elle voulait faire une carrière de cavalière internationale en concours complet et qu’elle souhaitait le prendre comme entraîneur. Avery lui avait répondu que cela exigerait d’elle un engagement total et d’énormes efforts. Et que le talent ne suffisait pas pour réussir dans cette profession. Elle devrait s’y consacrer corps et âme.
Isa s’était dite prête à tous les sacrifices. Avery n’en demandait pas plus. Bien qu’il soit déjà très occupé par la direction des Écuries du Parc et la gestion du poney-club, il s’était aussitôt attelé à la tâche.
— Avant tout, nous devons te trouver un cheval, avait-il déclaré ce jour-là.
Grâce à son nouveau poste à la tête des Écuries du Parc, il pouvait lui proposer les meilleurs chevaux de concours.
— Tu peux avoir celui qui te plaît, mais, à ta place, je garderais Comète, avait-il ajouté.
Isa avait été sidérée. Comète était un poney de l’Épine Noire, élevé au manoir de sa tante Esther. Certes, elle l’adorait et elle avait remporté avec lui de nombreux succès en concours de saut, mais elle n’en revenait pas qu’Avery estime ce petit poney d’à peine un mètre quarante-quatre supérieur aux chevaux renommés des Écuries du Parc.
— Il ne faut pas le juger selon sa taille ou ses origines, l’avait-il mise en garde. Comète a fait ses preuves. Je n’ai jamais vu un poney lever si bien les jambes au-dessus de l’obstacle. Et avec son audace et son courage, il fera un fabuleux cheval de cross-country.
Avery ne lui trouvait qu’un défaut : son mauvais comportement en dressage.
— Il est beaucoup trop impétueux. Le dressage l’exaspère. Et regarde la vérité en face, Isa : toi aussi, ça t’énerve.
Elle avait accepté cette critique avec le sourire. Son instructeur n’avait pas tort. Les cours de dressage l’ennuyaient. Elle trouvait toutes sortes d’excuses pour emmener Comète sauter au lieu de travailler sur le plat. Et, non seulement il ne faisait aucun effort quand il se voyait contraint à ces exercices, mais il dormait debout.
En conséquence, leur première saison sur le circuit avait été ponctuée de résultats consternants en dressage, rattrapés par des parcours impeccables en cross-country et en saut d’obstacles. Même si cela leur permettait de se classer in extremis, Avery en voulait à Isa de ne pas prendre ce problème au sérieux.
Quoi qu’il en soit, la saison des concours se terminait en Nouvelle-Zélande et Avery avait décidé que Comète devait se reposer avant la reprise au printemps prochain. Il passerait donc l’hiver au paddock de la rivière avec ses vieux copains Toby et Marmite, les deux poneys des meilleures amies d’Isa. Kate et Stella pourraient ainsi s’occuper de lui pendant qu’Isa irait chercher le cheval sur lequel Avery bâtissait tous ses espoirs pour sa carrière internationale.
Dès que la jeune fille lui avait confié ses rêves, Avery avait su quelle monture pourrait lui permettre de les réaliser. S’il ne se trompait pas, il connaissait un cheval assez talentueux pour la porter au sommet des concours équestres. Un tel cheval coûtait une fortune, mais la chance voulait qu’il appartienne déjà à Isa. Et il l’attendait dans le sud de l’Espagne !
Isa avait bouclé ses valises ; ils s’envolaient le lendemain même pour El Caballo Danza Magnifico. Elle allait enfin retrouver son Tornade adoré. Plus rien ne pourrait jamais les séparer. Cette fois, elle le ramènerait à la maison.
2
Son précédent vol pour l’Espagne avait été un véritable cauchemar. Tornade venait de se faire enlever et Isa avait passé les vingt-quatre heures de voyage à s’inquiéter, sans savoir si elle le retrouverait.
Mais cette fois, c’était l’impatience qui la faisait bouillir quand elle monta à bord de l’avion.
Cela n’avait pas été facile pour elle de laisser Tornade à El Caballo quand elle l’avait retrouvé. Elle en avait eu le cœur déchiré, même si c’était la bonne décision. Elle revoyait encore son chagrin au moment de quitter son poulain. Dire qu’elle allait retrouver un robuste étalon ! Elle ne tenait pas en place.
— Tu as l’intention de trépigner comme ça pendant tout le vol ? finit par s’énerver sa mère, assise à sa gauche sur un siège exigu de la classe économique. Regarde ! Tu n’as pas touché à ton plateau-repas !
— Ne t’inquiète pas pour moi, maman. Tout va bien.
Isa avait été stupéfaite quand elle avait appris que sa mère les accompagnerait à El Caballo.
— Je ne vois pas ce que ça a d’étonnant ! avait protesté Mme Brown. Après ce qui s’est passé la dernière fois, je n’ai aucune intention de te laisser recommencer la corrida ! Participer à une course de chevaux en pleine rue ! Où avais-tu la tête ?
Si Mme Brown avait vu sa fille monter l’étalon d’El Caballo ce jour-là, elle en aurait eu une attaque ! La Bride d’Argent était une course violente et sans pitié qui se déroulait autour de la place d’un village. Isa avait affronté de coriaces vaqueros espagnols, des cow-boys prêts à tout, qui faisaient deux fois sa taille.
— Je n’avais pas le choix. C’était la seule manière de reprendre Tornade à Miguel Vega.
Isa avait remporté la course et ainsi récupéré le poulain sain et sauf. Elle voulait le ramener le plus vite possible chez elle, mais Roberto Nunez l’avait convaincue de le laisser en Espagne, à El Caballo, afin qu’il soit dressé selon les règles de l’équitation classique.
— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu tiens tant à venir, avait poursuivi Isa. On ne va pas dans une grande station balnéaire de la Costa del Sol, mais dans un haras perdu au milieu de nulle part ! En plus, tu n’aimes pas les chevaux !
— Je viens pour te surveiller. Et j’ai toujours rêvé de connaître le sud de l’Espagne. Surtout qu’il fait beau en Andalousie à cette saison.
Sa mère n’avait pas tort. En Espagne, juillet était l’un des mois les plus chauds. Qui hésiterait à échanger la pluie, la boue et le froid de l’hiver néo-zélandais contre cinq semaines de chaleur et de soleil andalou ? Prévoir un aussi long séjour pour ramener un cheval pouvait surprendre, mais Avery avait insisté.
— Il nous faut au moins un mois pour t’entraîner et remplir les termes du contrat passé avec Françoise, avait-il affirmé, sans préciser ce qu’il entendait par là.
Il était débordé avec l’organisation du voyage et tous les coups de fil et les mails qu’il échangeait avec Françoise.
Il avait fallu six mois pour mettre au point le retour de Tornade en Nouvelle-Zélande. Françoise, en tant qu’entraîneuse en chef d’El Caballo Danza Magnifico, avait d’abord refusé. Elle considérait que le dressage de l’étalon n’était pas terminé et ne voulait pas le laisser partir. Enfin, elle était parvenue à un accord avec Avery, et une date avait été fixée pour le voyage.
Il ne s’agissait pas d’une mince affaire. Après vingt-quatre heures de vol de la Nouvelle-Zélande à l’Espagne, il fallait prendre un train à grande vitesse de Madrid à Séville.
Ils arrivèrent à bout de forces, complètement décalés. Le temps de faire rouler sa valise jusqu’à la sortie de la gare, Isa crut s’évanouir à cause de la chaleur. Elle aperçut avec soulagement la vieille Land Rover garée un peu plus loin. À sa vue, l’adolescent brun et bronzé au physique de vedette de cinéma qui était appuyé contre le capot agita gaiement la main. Isa lâcha sa valise et traversa la rue en courant pour se jeter dans ses bras.
— Alfie !
— Les jeunes Espagnols ont l’air d’aimer les touristes ! remarqua sèchement sa mère avant de récupérer sa valise et de traverser la chaussée à son tour avec Avery.
— Maman, je te présente Alfonso, déclara fièrement Isa. C’est le fils de Roberto Nunez et le cavalier attitré d’El Caballo Danza Magnifico.
— Ravi de faire votre connaissance, madame Brown, dit-il en s’empressant de la débarrasser de ses bagages. Quelle chance que vous ayez pu accompagner votre fille ! Isabelle m’a dit combien vous aimiez les chevaux ! Mon père vous a déjà réservé un de ses plus fougueux étalons. Nous vous le sellerons dès votre arrivée à l’hacienda.