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Les secrets du Poney Club tome 3

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Catastrophe, les vacances sont fichues ! Au lieu de participer au concours de dressage de Pointe-Chevalier, Isa doit passer l'été dans la ferme de sa tante Esther. Mais quand elle apprend que Flèche peut l'accompagner et qu'elle va participer au tournage d'un film, Isa voit les choses d'un autre oeil... et se lance à bride abattue dans cette nouvelle aventure !





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: Les secrets du poney-club
Stacy Gregg



Les secrets du poney-club
Étoile et les chevaux sauvages
traduit de l’anglais par Christine Bouchareine


À ma mère qui n’a jamais aimé les chevaux, mais qui a adoré ses deux filles qui en raffolaient. Merci pour tout.
1
Isa se réveilla en sursaut.
— Oh, mon Dieu, je vais arriver en retard à l’école ! s’écria-t-elle avant de se souvenir que c’était le premier jour des grandes vacances.
Elle s’étira sous sa couette, ravie de pouvoir se prélasser. Pas de collège pendant deux mois. Et un été fabuleux en perspective avec la saison équestre qui commençait.
Flèche, sa jolie jument anglo-arabe, avait beaucoup progressé pendant son bref séjour chez Françoise d’Arthe et aussi grâce aux cours de dressage de Tom Avery. Isa était impressionnée par sa capacité de concentration et son intelligence. Depuis que son moniteur savait que Flèche avait appartenu à une célèbre troupe de chevaux dansants, il tentait sans cesse de nouvelles figures avec elle. Et la jument n’avait aucun mal à maîtriser des airs difficiles comme le piaffer ou l’épaule en dedans.
— Monter cette jument sera très formateur pour toi, avait constaté Avery. Tu vas faire de grands progrès cet été.
Il jugeait Flèche prête pour les épreuves de dressage qui allaient débuter le week-end suivant au poney-club de Pointe-Chevalier.
— Mais, au niveau débutant, on ne vous demandera pas de piaffer, avait-il précisé.
Le trac paralysait Isa. Elle n’avait encore jamais participé à ce genre d’épreuves avec Flèche. Que ferait-elle si sa jument s’affolait au milieu de la carrière ? Ou si elle perdait brusquement la mémoire ?
— Ne sois pas ridicule ! avait protesté Stella. Vous avez exécuté cette reprise une bonne vingtaine de fois sans la moindre hésitation ! Qu’est-ce que tu dirais à ma place ? Coco s’obstine à partir à faux. Un vrai cauchemar !
Isabelle et ses amies, Stella et Kate, avaient réclamé à Tom une séance d’entraînement supplémentaire. Elle était prévue dans la matinée.
Isa serra la couette sous son menton, sans la moindre envie de quitter son nid chaud et douillet.
— Un… deux…, compta-t-elle à voix haute pour s’encourager.
À trois, elle sauta du lit et fonça vers la pile de vêtements jetés par terre. Elle en tira un jodhpur, l’enfila, attrapa un chouchou sur sa coiffeuse et s’attacha les cheveux en queue de cheval tout en dévalant l’escalier.
Sa mère lui avait laissé un mot sur la table de la cuisine.


Je pars travailler. Au retour, je m’arrêterai au supermarché, je ne serai pas rentrée avant six heures. Je voudrais qu’on parle des vacances, alors je compte sur toi, à sept heures au plus tard pour le dîner.
Je t’embrasse.
Maman


Isa lut le message, glissa deux tranches de pain complet dans le grille-pain et se servit un grand verre de jus d’orange.
Que voulait dire sa mère par « Je voudrais qu’on parle des vacances » ? Celles-ci étaient déjà organisées : elle avait l’intention de les passer au poney-club avec Stella, Kate, Dan et Ben. Qu’y avait-il à ajouter ?
Après une dernière tartine grillée, elle monta finir de se préparer, puis elle récupéra sa bicyclette dans le garage et partit au poney-club.


Elle trouva Kate et Stella béates d’admiration devant un magnifique van bleu et argent stationné à l’entrée.
— Waouh, la classe ! s’écria Kate.
— C’est la première fois que je le vois. Vous croyez qu’il appartient à un membre du club ? demanda Stella.
La réponse ne se fit pas attendre : une peste coiffée de deux nattes blondes descendit du camion pour ouvrir la barrière.
— J’aurais dû m’en douter ! soupira Stella. Il n’y a que Natasha la Cata pour arriver dans un engin pareil !
La mère de Natasha gara le véhicule puis baissa la rampe. Natasha la regardait faire, les bras croisés. Isa s’attendait à voir descendre Goldrush, la jument palomino de Natasha. Mais ce fut un magnifique cheval gris avec un cœur sur le front et une crinière argentée qui apparut. Il portait une chemise bleu marine. Des bottes de transport assorties protégeaient ses jambes délicates. Natasha les retira et les filles purent admirer deux jolies balzanes sur ses postérieurs.
Stella laissa échapper un sifflement admiratif.
— Waouh ! Elle a aussi un nouveau cheval !
— Isa ! Va lui parler. Je veux tout savoir sur cette merveille !
— Pourquoi moi ? protesta Isa. Natasha ne peut pas me sentir !
— Oui, mais à toi, au moins, elle répondra ! Nous, elle fait comme si on n’existait pas. Vas-y, s’il te plaît !
— Bon, d’accord…
En toute franchise, Isa mourait d’en savoir plus, elle aussi.
— Salut, Natasha. Tu montes avec nous aujourd’hui ?
— Oh, salut, Élisabeth, répondit Natasha qui feignait toujours de se tromper de prénom pour l’embêter.
— Isabelle, rectifia Isa d’un ton sec.
— C’est pareil. Comment va ton poney de cirque ?
Depuis qu’Isa et Flèche l’avaient battue au concours complet du club, Natasha ne savait pas quoi inventer pour la vexer. Elle avait traité Flèche de « canasson sans papiers » jusqu’à ce qu’on découvre que celle-ci avait fait partie des juments d’El Caballo Danza Magnifico. Et maintenant que tout le monde connaissait les origines prestigieuses de Flèche, elle s’évertuait à la traiter comme un vulgaire cheval de cirque. Pourtant, la troupe d’El Caballo Danza Magnifico n’avait rien d’un cirque. Elle présentait l’art équestre de la haute école dans le monde entier. Flèche avait été la star de ces spectacles de chevaux dansants. Mais désormais, grâce à un mystérieux bienfaiteur, la belle alezane appartenait à Isa.
— Flèche va très bien, merci. Tu as un nouveau cheval ? Où est passée Goldrush ?
— Elle n’était pas de mon niveau, alors je m’en suis débarrassée. Je te présente Fabergé. C’est un cheval de sport. Il a été élevé par Iggy Dalrymple. Je ne te dis pas ce qu’il a coûté. Ma mère a beau répéter que cela ne se fait pas de parler d’argent, elle m’a quand même avoué qu’il valait plus cher que tous ses sacs Prada réunis.
Isa caressa l’encolure du cheval.
— Il est magnifique ! Tu penses le présenter aux compétitions de dressage de cet été ?
— Évidemment ! Fabergé a suivi deux semaines d’entraînement intensif aux écuries de Ginty McLintoch. Ginty s’en est occupé personnellement. Ça a encore coûté une fortune à ma mère. Moi, je n’avais pas le temps, ajouta-t-elle en plissant le nez d’un air dégoûté. Maintenant, Fabergé est prêt. Avec un cheval pareil, je suis sûre de finir en tête du classement.
— Dans ce cas, je suppose qu’on te verra samedi prochain à l’épreuve. Nous y participerons, Flèche et moi.
Isa aurait parié que Natasha avait tressailli à cette nouvelle. Cependant la blonde retrouva vite ses airs supérieurs.
— Ce n’est pas en faisant un numéro de cirque que tu obtiendras des points !
— C’est dommage parce que je verrais bien Flèche danser sur ses jambes arrière, un ballon en équilibre sur le bout du nez ! répliqua une voix derrière elles.
Isa se retourna et vit arriver Stella, montée sur Coco, un grand sourire aux lèvres. Kate la suivait, pliée de rire sur Toby.
— Tu ne sors jamais sans ta bande, à ce que je vois ! riposta Natasha. Tu ferais moins la maligne si tu n’avais pas toujours quelqu’un pour te défendre.
Elles furent interrompues par la voix de Tom Avery :
— Tous les cavaliers sur la piste !
Ignorant Natasha qui la fusillait du regard, Isa tapota le beau cheval gris.
— En tout cas, je suis ravie d’avoir fait ta connaissance, Fabergé. À plus tard, Natasha.
Sur ces mots, Isa courut chercher Flèche qui l’attendait, attachée à la barrière du paddock.
— Mettez-vous en ligne, s’il vous plaît, ordonna Tom Avery.
Dan et Ben, montés sur Kismit et Max, s’empressèrent de rejoindre les quatre filles au centre du manège.
Avery frappa ses bottes d’un coup de cravache pour attirer leur attention.
— Avec l’épreuve de dressage prévue ce week-end, il serait temps de passer à l’étude de figures un peu plus compliquées. Y en a-t-il parmi vous qui connaissent le changement de pied en l’air ?
Une main se leva sans la moindre hésitation.
— Ah, Natasha, bien sûr ! Alors, avance, je t’en prie.
Natasha toisa Isa tandis qu’elle allait se mettre en tête des cavaliers.
— Natasha va donc nous exécuter un changement de pied en l’air. Il s’agit, une fois votre cheval au galop, de lui demander de changer de pied pendant qu’il est en suspension. Vous avez dû le voir sur les vidéos de reprises olympiques de dressage. On a l’impression que le cheval sautille.
— Ça semble hyper facile quand Anky Van Grunsven l’exécute sur Bonfire, commenta Stella.
— Voyons si c’est aussi évident que ça, enchaîna Avery. Natasha, décris un cercle au galop, avant de doubler dans la longueur pour nous montrer comment tu effectues ton changement de pied en l’air.
Concentrée, Natasha lança Fabergé au galop, fit le tour du manège avant de revenir sur la ligne médiane. Elle lui donna alors un bon coup de talon. Rien ne se passa. Elle sembla exaspérée, le pauvre Fabergé avait l’air de ne rien comprendre.
— Recommence, mais en lui fournissant des aides claires et précises, insista Avery. Tu n’as pas besoin de le talonner ! Il suffit que tu avances ta jambe droite vers la sangle.
Natasha repartit. Mais, une fois revenue sur la ligne du milieu, elle ignora les instructions d’Avery et décocha à Fabergé un grand coup de pied du côté droit. Le cheval partit comme une fusée et lança une vigoureuse ruade. Avec un cri d’horreur, sa cavalière s’envola par-dessus sa tête et retomba lourdement sur le sable de la piste. Fabergé poussa un hennissement terrifié et s’éloigna au galop. D’un claquement de langue, Dan et Ben lancèrent leurs chevaux à sa suite pendant que Natasha se relevait en pestant.
— Ça va ? s’inquiéta Avery.
Elle se contenta de répondre d’un hochement de tête, le visage rouge de honte.
— Tu as un cheval très sensible. À ta place, je reverrais déjà mes bases avec lui avant de lui redemander un changement de pied, lui conseilla-t-il gentiment.
Il se tourna vers Isa et lui fit signe d’approcher.
— Isabelle, si tu essayais avec Flèche ? N’oublie pas d’avancer ta jambe droite vers la sangle.
Isa lança Flèche au galop, puis elle doubla dans la longueur.
— Allons-y, ma grande !
Elle s’assit bien droit sur sa selle et positionna ses jambes correctement. Arrivée au centre, elle suivit les conseils d’Avery à la lettre : elle avança la jambe droite, recula la gauche et exerça une forte pression.
Elle sentit Flèche lever ses antérieurs et sautiller comme un poulain.
— Excellente démonstration ! la félicita Avery. Voilà un changement de pied en l’air exécuté dans les règles de l’art ! À qui le tour ? Dan ? Tu te sens d’essayer ?
Isa ramena Flèche au pas et lui tapota l’encolure en reprenant sa place dans la file.
— Pas mal pour un cheval de cirque ! lui glissa-t-elle à voix basse.
Finalement, elle fut la seule ce jour-là à réussir l’exercice.
— C’est beaucoup moins fastoche que je le croyais ! grommela Stella alors qu’elles dessellaient.
Isa opina ; pourtant, elle avait trouvé cela enfantin. Comme s’il avait suffi qu’elle pense à ce qu’elle voulait obtenir de Flèche pour que celle-ci l’exécute. Pour la première fois, Isa songea qu’elles avaient des chances de remporter l’épreuve.


— Maman ! Je suis là ! J’ai réussi un changement de pied aujourd’hui ! annonça-t-elle d’une traite en fonçant vers le salon sans prendre le temps d’enlever ses bottes d’équitation.
— Isabelle ! cria sa mère depuis la cuisine. Justement, en parlant de pied, j’espère que tu as pensé à te déchausser !
Isa pila net et repartit vers la buanderie, où elle retira ses bottes et ses chaussettes avant de revenir en courant dans la cuisine.
— Tu me raconteras tout ça pendant le repas, dit Mme Brown en lui faisant signe de se mettre à table.
Isa parla de Natasha, de leur entraînement et de son succès du jour.
— Flèche est en pleine forme. Je sens que je vais passer un été fabuleux !
Mme Brown ne répondit pas. Elle fixait son assiette sans rien dire et piquait distraitement sa quiche du bout de sa fourchette.
— Maman ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu n’as presque rien dit de tout le repas.
Mme Brown repoussa son assiette, le visage soudain grave.
— Isa, je suis désolée, mais j’ai des nouvelles plus ou moins bonnes à t’annoncer. Tout d’abord, je suis invitée à participer à un congrès à l’étranger pour mon travail et je vais m’absenter deux semaines.
— C’est génial ! Quand ça ?
— Je pars vendredi. Mais je ne peux pas te laisser toute seule ici pendant quinze jours.
— Pas de problème ! Je n’ai qu’à aller habiter chez Stella.
Mme Brown secoua la tête.
— Par ailleurs, j’ai reçu un coup de fil de ta tante Esther, hier soir. Elle a fait une chute de cheval et s’est cassé la jambe.
— Oh, la pauvre ! C’est grave ?
— Non, il s’agit d’une simple fracture sans complications, toutefois Esther ne peut plus s’occuper de ses animaux. Bien sûr, elle a Adrien, mais il est déjà débordé… Alors j’ai pensé que tu pourrais aller leur donner un coup de main le temps qu’elle se rétablisse.
— Moi ? s’étrangla Isa.
— Ma chérie, c’est la solution idéale ! Ça règle le problème de mon absence et tu lui rends service en même temps. En plus, tu ne connais pas sa propriété et je suis sûre que tu vas beaucoup t’y plaire, avec tous les animaux qu’il y a là-bas.
— Maman, on s’est entraînées dur pour la compétition, Flèche et moi !
— Je sais, ma chérie, mais je ne vois pas d’autre solution. Adrien viendra te chercher mercredi matin.
— Qu’est-ce que je vais dire à Stella et à Kate ? Et mes vacances ? Et Flèche ?
— Je suis désolée, Isa. Nous n’avons pas le choix. Mais où vas-tu ? Attends ! Isa ! Isa ?
Isa ne l’entendait plus. Le visage ruisselant de larmes, elle monta l’escalier en trombe, claqua la porte de sa chambre et se jeta à plat ventre sur son lit en sanglotant.
2
Comment ses vacances avaient-elles pu tourner au cauchemar en si peu de temps ? Comment sa mère osait-elle lui gâcher son été comme ça !
— Isa ? l’appela celle-ci depuis le couloir. Voyons, laisse-moi entrer. Je voudrais te parler.
Isa alla lui ouvrir la porte et se jeta de nouveau sur son lit.
— C’est pas juste ! Pourquoi tu m’envoies chez tante Esther ? protesta-t-elle d’une voix étouffée, le visage enfoui dans sa couette.
— Ma chérie, je suis convaincue que ce sera parfait pour tout le monde et en particulier pour tante Esther. Tu lui rendras un immense service en allant là-bas le temps qu’elle se rétablisse. Elle doit dresser des douzaines d’animaux pour un film dont le tournage commence dans deux mois.
— Moi aussi, j’avais des projets. La saison des concours commence et Flèche est en pleine forme. Je ne peux pas la laisser tomber comme ça !
Mme Brown sourit brusquement.
— Attends, j’ai une idée ! Et si tu l’emmenais avec toi ?
— Quoi ?
— Oui, je vais appeler Adrien pour qu’il vienne avec le van. Je suis sûre que ta tante n’y verra aucune objection. Elle acceptera certainement d’accueillir un cheval de plus dans sa propriété.
Isa se redressa.
— Tu crois vraiment que ce serait possible ?
— Je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher, répondit Mme Brown, visiblement très contente de son idée. Tu sais quoi ? Je vais l’appeler tout de suite pour lui poser la question !
Elle descendit au rez-de-chaussée. Quelques secondes plus tard, Isa l’entendit rire avec sa sœur au téléphone.
Isa aimait beaucoup sa tante. C’était une passionnée d’équitation, comme elle. D’ailleurs, Isa n’avait jamais compris comment les deux sœurs pouvaient être si différentes. Alors qu’elle avait dû supplier sa mère pendant des années avant qu’elle consente à lui acheter Mystic, Esther aurait sans aucun doute offert un poney à sa fille dès sa plus tendre enfance. Mme Brown détestait les chevaux et elle se demandait pourquoi sa fille les aimait tant.
— Ce doit être génétique ! disait-elle souvent. Tu tiens ça de ta tante. Et regarde où ça l’a menée. Maintenant elle vit avec sept chevaux, un cochon savant, une chèvre, plusieurs moutons, trois chiens insupportables et Dieu sait quoi encore !
Quelques années auparavant, Esther avait tout abandonné afin de se consacrer au dressage d’animaux de cinéma. Elle avait alors acheté le domaine de l’Épine Noire pour y installer ses stars à quatre pattes.
Esther vivait seule dans l’immense manoir. Bien qu’elle ait été mariée trois fois, elle n’avait jamais eu d’enfants. Isa était son unique nièce. En plaisantant, Esther l’appelait sa nièce préférée.
Elle dirigeait cet élevage avec l’aide d’Adrien. C’est vrai qu’il devait crouler sous le travail depuis qu’elle s’était cassé la jambe.
Isa entendit sa mère raccrocher et remonter. Elle ouvrit la porte de la chambre, un grand sourire aux lèvres.
— Bonne nouvelle, Isa ! Esther se réjouit de faire la connaissance de ta jument. Tout se présente bien. Adrien viendra te chercher avec le camion.
— Alors c’est sûr ? Flèche vient avec moi ?
— Tu en fais, une tête ! Moi qui croyais te faire plaisir ! Vous pourrez vous promener autant que vous voudrez là-bas.
— Je sais… Oui, c’est génial… Franchement, je suis contente de pouvoir rendre service à tante Esther… Mais… C’est que nous avions plein de projets pour cet été avec Kate et Stella. Et que va dire Tom ? Il comptait sur moi pour les compétitions et…
— Je suis sûre que tes amies comprendront. Vous ne vous quittez jamais et ça ne te fera peut-être pas de mal de te retrouver un peu seule. Quant à Tom, je m’en occupe. Il ne va quand même pas me dire que quelques semaines d’absence compromettront tes chances de concourir à Badminton !
— Bien sûr que non ! s’écria Isa, amusée.
— Je savais bien que je finirais par te rendre le sourire. Maintenant, sors ta valise. Donne-moi déjà ce tas de linge sale, que j’aille le laver.


Quand Isa lui annonça par téléphone qu’elle partait au domaine de l’Épine Noire, Stella resta d’abord sans voix, puis elle explosa.
— Comment ta mère peut-elle te faire un coup pareil ? Et l’entraînement ? Et notre programme de compétition ? C’est trop injuste. Tu pars combien de temps ?
— Je n’en sais rien. Sans doute jusqu’à ce que tante Esther recommence à marcher. Tu sais bien que je suis sa nièce préférée.
— C’est pas drôle ! Ta mère gâche tout. Tu as prévenu Kate ?
— Non, pas encore. J’ai préféré commencer par toi, tu es plus cool qu’elle !
— Tu as raison, ce n’est pas la fin du monde. Avec un peu de chance, tu ne seras pas là pendant une quinzaine de jours, tout au plus. Et on pourra toujours s’envoyer des mails.
— Attends, je ne sais même pas s’il y a Internet dans ce trou perdu. En tout cas, Adrien vient me chercher mercredi matin de bonne heure, car il y a une journée de route pour aller là-bas.
— C’est qui, Adrien ?
— L’assistant de ma tante. Il viendra avec le van pour que je puisse emmener Flèche.
— Waouh ! Il a quel âge ? Comment il est ?
— Comment veux-tu que je le sache ? Je ne l’ai jamais vu.
Stella commençait à s’intéresser sérieusement aux garçons, au grand agacement d’Isa. N’empêche qu’elle se sentit soudain inquiète à la perspective d’un voyage en tête à tête avec un jeune inconnu.
— J’ai hâte de le dire à Dan, gloussa Stella. Combien tu paries qu’il va être jaloux ?
Quelques mois plus tôt, Dan avait proposé à Isa d’aller à un concert avec lui. Celle-ci avait cru que le garçon voulait sortir avec elle, avant de découvrir qu’il avait aussi invité Natasha. Très vexée, elle l’avait ensuite évité pendant des semaines.
— C’est ça, vas-y ! soupira-t-elle. Préviens Dan et Ben que je m’en vais. Et pendant que tu y es, dis-le aussi à Natasha. Je suis sûre qu’elle sera ravie de ne pas avoir à m’affronter en compète.
— Oh, mon Dieu, je l’avais oubliée, celle-là ! Elle va être insupportable si elle gagne. Isa, tu ne peux pas nous laisser ! Ne pars pas !
— Je dois raccrocher. Il faut que j’aille faire mes valises, ensuite j’ai tout le matériel de Flèche à nettoyer. Et ses protections de transport à préparer…
— D’accord, d’accord. Mais tu as intérêt à m’écrire. Et s’il n’y a pas Internet là-bas, envoie-moi un pigeon voyageur.
— Connaissant tante Esther, elle doit bien en avoir un ou deux. C’est promis, je t’enverrai des nouvelles par les airs.


Adrien devait arriver à sept heures du matin. Mais quand Isa ouvrit ses rideaux à six heures, le van était garé devant leur maison.
— Maman ! cria-t-elle en descendant l’escalier en pyjama, à moitié endormie. Le camion est déjà arrivé !
— Je sais, répondit sa mère depuis la cuisine. Viens dire bonjour à Adrien.
Isa entra dans la cuisine. Un grand garçon en chemise écossaise et en jean était attablé devant un café. Il n’avait pas l’air beaucoup plus vieux qu’elle avec ses cheveux bruns dans les yeux. Il se leva et lui tendit la main.