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Les secrets du Poney Club tome 4

De

Isabelle décroche la mission idéale. Apprentie actrice, elle est doublure sur le tournage du fi lm Princesse palomino ! Ses amies Kate et Stella ne seront pas de trop pour l'aider à s'occuper des fringants poneys sur le plateau... et aff ronter l'insupportable Angélique, la star du fi lm, qui semble avoir bien des secrets à cacher. Pourquoi ne peut-elle pas monter à cheval ? Serait-ce pour Isa la chance de devenir une vedette ?





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:
Stacy Gregg


Les secrets du poney-club
Une vie de rêve
Traduit de l’anglais par Christine Bouchareine



À mon éditrice, Sally Martin,
qui a le don de tout améliorer
1
La silhouette sombre du château se détachait sur le ciel d’orage. Perchée au sommet d’un éperon rocheux, la bâtisse défiait les intempéries depuis des siècles, protégée par ses tours de pierre qui se découpaient telles des dents noires et menaçantes au clair de lune. Sous le déluge et les rafales de vent, les lourdes chaînes de la herse qui fermait le pont-levis se mirent à gémir. Un hurlement de loup déchira la nuit glaciale, bientôt suivi d’un roulement de sabots.
Une cavalière aux longs cheveux blonds galopait dans la vallée. Elle chevauchait une jument palomino d’une singulière beauté, à la crinière et à la queue si blanches qu’elles scintillaient presque dans les ténèbres.
Les sabots de l’animal résonnèrent sur les pavés tandis que la jeune fille lançait sa monture à l’assaut du chemin qui grimpait en serpentant sur le flanc de la colline. Elle allait atteindre la terrasse supérieure quand sept colosses montés sur des chevaux noir de jais surgirent et s’élancèrent à ses trousses. Avec leurs longues capes qui flottaient au vent et leurs visages dissimulés sous de sombres capuchons, on aurait dit des spectres tout droit sortis d’un cauchemar.
Les cavaliers gagnaient du terrain. Ils la rattrapèrent et l’encerclèrent au niveau de la troisième terrasse. La palomino se cabra. Elle battit l’air de ses sabots et frappa l’un de ses assaillants à l’épaule. Le cavalier porta la main à sa blessure en maudissant la jument dans une langue étrange. Puis il donna des ordres à ses compagnons qui refermèrent aussitôt leur cercle. La palomino hennit, piaffa et courut d’un côté à l’autre de la terrasse, cherchant une issue.
Vus de près, les monstrueux chevaux noirs semblaient venir d’un autre monde. Leurs yeux rougeoyaient dans la nuit et de l’écume jaillissait de leur bouche. À leur bride pendaient d’étranges talismans gravés de symboles évoquant de puissantes malédictions qui remontaient à la nuit des temps.
Leur chef s’avança et, d’une main pâle et osseuse, repoussa son capuchon. Le visage qui apparut n’avait rien d’humain avec son crâne chauve parcouru de veines, ses yeux pâles et cruels, son nez crochu et sa peau d’une blancheur cadavérique sous le clair de lune.
La jument palomino hennit de terreur à sa vue et sa cavalière posa la main sur le sabre accroché à sa hanche, prête à dégainer.
— Laisse-la tranquille, Francis, protesta-t-elle bravement. Tu n’espères tout de même pas gagner de cette manière.
— Détrompe-toi, Princesse ! répondit-il d’une voix sifflante. Séraphine est la dernière de son espèce. Ton ultime espoir. Dès que je lui aurai ôté la vie, elle ira rejoindre nos chevaux des Ténèbres et tu perdras ton royaume à jamais.
Il sauta de sa monture et s’avança vers la jument. Un sourire diabolique retroussa ses lèvres, laissant apparaître de longs crocs acérés.
— Dis adieu à Séraphine, murmura-t-il avant d’ouvrir la bouche pour planter ses dents dans la gorge dorée de la palomino…
— Coupez ! hurla une voix.
La pluie cessa brusquement et les spots inondèrent l’espace d’une chaude lumière orangée.
— Magnifique ! Vous avez été parfaits ! C’est fini pour ce soir !
Toute l’équipe poussa des cris de joie et applaudit, ravie que le tournage soit terminé. Isa descendit de cheval et interpella le réalisateur perché sur une énorme grue au-dessus d’elle.
— Dites-moi, Rupert, je peux retirer ma perruque ? demanda-t-elle en montrant sa longue chevelure blonde.
— Bien sûr. Apporte-la à Hélène, au maquillage, et donne ton costume à Ambre. Et dès que tu auras ramené ton cheval à l’écurie, rentre vite te reposer. Toi aussi, Adrien ! Vous avez fait du bon boulot, ce soir.
Le chef des vampires sourit et retira ses fausses dents.
— Ouf, ça va mieux. Je déteste galoper avec ça dans la bouche !
— Tu es tellement effrayant qu’à certains moments j’en arrive à oublier qu’on tourne un film, plaisanta Isa.
— C’est vrai ? Super ! jubila-t-il en retirant son faux crâne chauve en latex qui dissimulait ses épais cheveux noirs. Et toi, tu nous as tous impressionnés, ce soir. On se retrouve demain au petit déj, d’accord ?
— D’accord, répondit-elle, rayonnante.
Alors qu’Adrien quittait les lieux avec sa monture, Stella et Kate, les meilleures amies d’Isa, se précipitèrent vers les cavaliers pour prendre chacune deux chevaux par leur bride. Sous les projecteurs, on voyait que ceux-ci avaient été grimés de façon à paraître cruels et menaçants. Les filles les tinrent le temps que les maquilleuses retirent la fausse écume de leur bouche et les paillettes rouges autour de leurs yeux.
— Isa, Stardust a été incroyable quand elle s’est cabrée ! s’exclama Stella.
— Oui, elle a obéi au doigt et à l’œil.
— Elle a été géniale ! s’extasia Kate en caressant le nez velouté de la palomino. Je crois que tu as réussi à l’apprivoiser, Isa.
— J’espère que tu as raison, Kate, je l’espère vraiment.
La belle jument était la vedette du film et Isa, sa cavalière attitrée pour les cascades. La jument avait longtemps perturbé le tournage par son agressivité et ses sautes d’humeur, au grand désespoir d’Esther, la tante d’Isa. C’était elle, évidemment, qui avait embarqué Isa et ses amies dans cette aventure…


Isa n’avait pas reçu de nouvelles de sa tante depuis ses dernières vacances au manoir de l’Épine Noire. Elle avait donc été très surprise par son coup de fil.
— Coucou, ma nièce préférée ! s’était exclamée Esther, et Isa avait, comme toujours, ri à cette plaisanterie, puisqu’elle était sa seule et unique nièce.
— Bonjour, tante Esther. Comment ça va au manoir ?
Sa tante possédait un immense domaine de plusieurs centaines d’hectares, sur la côte est. C’était là où elle vivait avec tous ses animaux qu’elle dressait pour le cinéma.
— Nous sommes absolument débordés ! Nous préparons un grand film, Princesse palomino. Tu en as entendu parler ?
— Oh, mon Dieu ! J’ai adoré le livre ! On va en faire un film ? C’est super ! Et ce sont tes chevaux qui vont le tourner ?
— En effet ! Mais pas tous. Juste Paris, Nicole, Étoile et Diablo. Si tu connais l’histoire, tu sais que les chevaux des Ténèbres sont noirs comme du charbon et nous avons besoin aussi de cinq palominos pour Galatée et ses princesses. Avec Paris et Nicole, nous en avons déjà deux. Quant à Diablo, une fois teint en noir, il jouera un cheval des Ténèbres avec Étoile.
— C’est génial !
— Je suis contente que le projet te plaise parce que j’aimerais que tu viennes travailler avec nous sur ce film.
— Moi ?
— Oui. Et aussi tes amies. Nous recherchons de jeunes cavalières, et, comme les vacances scolaires commencent bientôt, j’ai pensé à vous.
— C’est que…
— Je sais que Flèche va bientôt pouliner et que tu ne veux pas la laisser seule, mais le tournage se déroule à moins d’une heure de Pointe-Chevalier. Tu pourras rentrer le week-end t’occuper d’elle. Dans combien de temps sera-t-elle à terme ?
— Le vétérinaire dit qu’elle en a encore pour un mois.
— Tu vois, c’est parfait ! Le film sera réalisé en grande partie en studio. Le tournage en extérieur ne durera que deux ou trois semaines. Il sera donc terminé bien avant la naissance du poulain.
— Mais je…
— En plus, ça te permettra de faire du cheval pendant les vacances. Réfléchis, tu ne peux plus monter Flèche. Avec son gros ventre, il te serait impossible de la seller ! S’il te plaît, ma nièce préférée, j’ai vraiment besoin de toi. Nous n’avons eu aucun mal à trouver des cascadeurs pour interpréter les sept cavaliers noirs. En revanche, engager des adolescentes tourne au cauchemar. On ne peut pas prendre des adultes : la princesse Galatée et ses cavalières ont votre âge… On vous paiera, évidemment. Les cascadeurs touchent un bon cachet.
— Ça a l’air vraiment génial, tante Esther, capitula Isa. Stella et Kate seront ravies de jouer dans un film et nous pourrons trouver une quatrième fille sans problème…
— Excellent ! Alors comment s’organise-t-on ? Tu veux bien me passer ta mère ? On a peut-être plus de chances qu’elle accepte si c’est moi qui lui parle du projet, non ?
— C’est pas sûr. Autant que tu le saches, maman t’en veut toujours pour l’autre fois.
Lors de son dernier séjour chez sa tante, Isa avait capturé et monté Étoile, l’étalon d’une harde de chevaux sauvages qui vivaient sur le domaine du manoir. Isa était revenue de ses aventures avec un bras en écharpe, au grand mécontentement de sa mère.
— Oh la la ! Faire un tel drame pour une petite foulure de rien du tout ! Passe-la-moi. Je suis sûre qu’elle finira par dire oui.
— Maman ! appela Isa, une main sur le combiné. C’est pour toi !
Mme Brown lui prit le téléphone des mains en lui jetant un regard interrogateur. Isa retint son souffle et alla se réfugier dans la cuisine.
Bien que sœurs, les deux femmes ne se ressemblaient en rien. Sa mère trouvait Esther beaucoup trop bohème. D’abord actrice, elle avait abandonné la scène pour se lancer dans le dressage des animaux. Elle avait de longs cheveux blonds et bouclés qui lui tombaient sur les épaules et portait toujours un tas de bijoux et de foulards, même quand elle montait à cheval. Bien qu’elle ait eu trois maris, elle n’avait jamais eu d’enfants.
La mère d’Isa n’avait été mariée qu’une fois et Isa voyait rarement son père depuis leur divorce qui remontait à plusieurs années. Comme sa fille, Mme Brown avait de long cheveux bruns et raides et la peau mate.
Mais leur plus grande différence, du moins aux yeux d’Isa, concernait les chevaux.
Sa tante les aimait passionnément. Elle en possédait une douzaine dans les écuries de son manoir. Sa mère les détestait. Isa avait dû la supplier pendant des années avant qu’elle lui achète enfin Mystic.
Les deux sœurs discutaient ferme ; la conversation semblait houleuse. Isa n’en saisissait que des bribes.
— Tu plaisantes !… disait sa mère. Oui, Esther, je sais que c’est une excellente cavalière, mais il se trouve que c’est aussi ma fille. Et après ce qui est arrivé la dernière fois…
Enfin, Isa entendit sa mère raccrocher, et, quand celle-ci la rejoignit dans la cuisine, elle paraissait contrariée.
— J’ai comme l’impression que tu sais déjà pourquoi elle m’appelait, grommela-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
— Oui, avoua Isa, penaude.
— Tu aimerais vraiment aller là-bas ?
Elle hocha la tête.
Mme Brown laissa échapper un énorme soupir.
— J’ai prévenu Esther que si tu revenais avec la moindre égratignure, elle me le paierait cher. Elle m’a assuré qu’il n’y avait aucun risque. Tu monteras un peu, mais ton rôle consistera surtout à panser les chevaux et à nettoyer les box, si j’ai bien compris.
— Attends ! Ça veut dire que tu serais d’accord ?
— Ta tante est très persuasive. Tu commenceras à travailler sur le tournage de Princesse palomino dès lundi prochain.
— Oh, merci, maman ! Tout se passera bien, je te le promets. Waouh ! C’est trop cool ! Je vais tout de suite prévenir Stella. Oh, ça va être génial !
— Au fait, avec Stella et Kate, vous n’êtes que trois. Esther m’a dit qu’elle avait besoin de quatre filles. Je n’en vois qu’une qui ferait l’affaire, ajouta-t-elle avec un sourire espiègle.
— Très drôle, maman ! Je sais exactement à qui tu fais allusion, mais je t’interdis de prononcer son nom. N’y pense même pas ! Je suis sûre qu’on trouvera quelqu’un d’autre.
Sa mère ne comprenait pas pourquoi elle ne supportait pas Natasha Tucker. Après tout, elles avaient le même âge, treize ans, et montaient toutes les deux au poney-club de Pointe-Chevalier. Seulement Natasha était affreusement snob et elle ne pouvait pas souffrir Isa. Il devait bien y avoir une autre cavalière. Pas question qu’elle emmène Natasha. Plutôt mourir !
2
Les joues aussi rouges que ses cheveux, Stella semblait au bord de l’apoplexie.
— Tu as fait quoi ?
— J’ai proposé à Natasha Tucker de venir avec nous, grommela Isa.
— Mais pourquoi, Isa ? On se serait tellement amusées, toi, Kate et moi ! Quelle idée de l’emmener !
— Ma tante a besoin d’une quatrième cavalière. Natasha monte très bien et je n’ai trouvé personne d’autre.
— Et Morgan ? suggéra Kate.
— Elle participe à des concours avec sa mère.
— Quelle galère !
— Oh, Stella, remets-toi ! Tu ne vas pas en faire un drame ! la rabroua Kate.
— Elle se tiendra à carreau, vous verrez ! promit Isa. Et avec tante Esther et Adrien…
— Adrien ? répéta Stella. C’est pas vrai, Isa ! Tu ne m’avais pas dit qu’il serait là. Tu ne l’as pas revu depuis l’été dernier.
— Je sais, Stella. Inutile de me le rappeler.
Adrien était le jeune assistant de sa tante. Le dernier matin de son séjour au manoir, juste avant qu’elle ne reparte chez elle, il l’avait embrassée. Elle en était restée sans voix. Et le garçon, horriblement gêné, était parti en courant. Ils ne s’étaient pas parlé depuis.
Isa avait tout raconté à Stella et à Kate à son retour. Elle commençait à regretter de s’être confiée, surtout à Stella. Certes, elle était sa meilleure amie, mais dès qu’il s’agissait de garçons, elle devenait incontrôlable. Il ne manquerait plus qu’elle fasse des réflexions embarrassantes devant Adrien !
— Promets-moi que tu ne lui diras rien, la supplia-t-elle.
— Rien sur quoi ? demanda Stella avec un sourire en coin.
Isa rougit et s’empressa de revenir au sujet précédent.
— De toute façon, j’en ai déjà parlé à Natasha, sa mère a accepté et elle vient, point final. Tout le monde a rendez-vous chez moi demain matin à sept heures. Adrien vient nous chercher avec le camion.
— C’est loin ? demanda Kate.
— À une heure à peine, de l’autre côté du lac. Vous connaissez les ruines du château de Chevalier, sur le haut du pic ? Eh bien, c’est là qu’aura lieu le tournage. Ils ont construit à côté les autres plateaux nécessaires. Et aussi de quoi héberger les cascadeurs et les acteurs. On travaillera souvent tard et on devra aussi s’occuper des chevaux, alors on dormira sur place la semaine et on rentrera chez nous le week-end.
— Et pour Flèche, comment vas-tu faire ? Tu ne peux pas l’abandonner alors qu’elle va bientôt avoir son poulain.
— Je l’ai déjà conduite à la ferme des Grandes Crues. Avery va s’en occuper. Le vétérinaire affirme qu’elle ne poulinera pas avant un mois…
— C’est tellement fabuleux ! s’écria Stella. Je n’arrive pas à croire qu’elle va avoir un petit.
Isa avait du mal à l’imaginer, elle aussi. Lorsque le vétérinaire du manoir lui avait annoncé qu’elle était pleine, Isa avait d’abord pensé que le père était Étoile, un étalon sauvage noir qui descendait d’une lignée prestigieuse : il était le fils d’Avignon, un warmblood suédois, le cheval que sa tante avait le plus aimé au monde.
Mais à son retour chez elle, le vétérinaire de Pointe-Chevalier avait lâché une nouvelle bombe : la gestation remontait à plus de trois mois. Ce qui voulait dire que Flèche n’avait pas été couverte par Étoile. Alors qui était le père ? Finalement, Isa avait calculé qu’il ne pouvait s’agir que de Marius, le grand étalon lipizzan, vedette d’El Caballo Danza Magnifico, la fameuse troupe équestre espagnole. Flèche avait appartenu à cette troupe, elle aussi. Elle figurait parmi les juments anglo-arabes, réputées pour leur grâce et leur beauté.
Oui, les dates concordaient. Flèche avait été récupérée un temps par Françoise d’Arthe, la dresseuse en chef de la troupe. Et Isa avait entendu celle-ci réprimander les palefreniers pour avoir laissé Marius s’échapper. L’étalon avait sauté dans l’enclos des juments et y avait passé une journée entière avant qu’on ne s’aperçoive de sa fugue.
Isa avait écrit à Françoise pour lui annoncer la grande nouvelle, mais elle n’avait reçu aucune réponse. Elle avait lu, dans Poney Magazine, un long article sur la troupe qui poursuivait son tour du monde. Peut-être que Françoise n’était pas rentrée chez elle. Elle l’aurait sûrement contactée si elle avait su que Flèche allait avoir un poulain.
Pendant l’absence d’Isa, Avery veillerait comme un père sur Flèche. Il avait aménagé dans son écurie un box spécial pour la mise bas.
— Nous essaierons de la laisser au paddock jusqu’au dernier moment. L’accouchement se passe très vite, en principe. Lorsque Starlight, ma jument de concours, a pouliné, je l’ai laissée quelques minutes, le temps d’aller me faire une tasse de thé, et quand je suis revenu, son poulain était né et il essayait déjà de se lever !
Flèche était donc bien installée et le vétérinaire l’avait déclarée en excellente forme. Pourtant, Isa était angoissée à l’idée de partir.
— Tout ira bien, avait insisté Avery. Amuse-toi. Je la surveille, ne t’inquiète pas. Tu seras à peine à une heure d’ici. Je te promets de te prévenir dès les premiers signes.
— Ne passez pas votre temps à prendre le thé ! avait-elle plaisanté. Pas question qu’elle ait son petit sans moi.
Malgré les promesses rassurantes d’Avery, la veille de son départ, Isa était venue câliner sa jument un long moment et lui donner des carottes. Elle avait glissé une dernière fois les mains dans sa longue crinière blonde. Flèche était si jolie, avec son profil de cheval arabe et sa liste blanche parfaite, qu’Isa avait du mal à se souvenir de l’état dans lequel elle l’avait connue.
C’était Avery qui lui avait amené cette pauvre petite alezane maltraitée, sauvée par la Ligue internationale pour la protection du cheval. Isa n’avait pas compris pourquoi son moniteur tenait tant à la lui confier. Elle ne voulait plus approcher de cheval après ce qui était arrivé à Mystic, mort en lui sauvant la vie. Mais, grâce à Tom, la fille au cœur brisé et la jument mourante avaient mutuellement pansé leurs plaies.
Quant à Mystic, sa disparition n’avait été que le prélude à une autre aventure. En fait, le lien qui les unissait devait être encore plus fort qu’elle ne le croyait. Dès qu’Isa se trouvait en danger, il volait à son secours, non pas sous les traits d’un fantôme, mais sous ceux d’un véritable poney, en chair et en os.
Mystic était son ange gardien. Il les avait sauvées, Flèche et elle, plusieurs fois. Il y avait longtemps qu’il ne lui était pas apparu, mais elle le sentait plus proche que jamais à présent que Flèche allait pouliner. Et savoir qu’il la protégeait la rassurait.
— Je dois y aller, mais tu sais que Mystic veille sur toi, hein, ma grande ? murmura-t-elle alors que la jument frottait son nez contre son épaule.
Après une dernière carotte, Isa referma la porte du paddock et rentra pour faire ses bagages.
Arrivée chez elle, elle eut la bonne surprise de trouver dans l’entrée ses affaires déjà prêtes et son sac de couchage roulé à côté.
— Maman ?
Mme Brown sortit de la cuisine.
— Ah, te voilà ! Je me suis dit que tu allais rentrer tard, alors j’ai fait tes paquets. J’ai lavé et repassé ton linge et je t’ai mis trois jodhpurs, ton nouveau sweat à capuche et quelques Poney Magazine
— Je croyais que ça te contrariait que j’aille là-bas !
— Certes, j’aurais préféré que tu te trouves un petit boulot tranquille au supermarché, répondit Mme Brown en la serrant dans ses bras. Mais je me suis dit que ce n’était pas ton genre, n’est-ce pas ? Allez, viens, le dîner est prêt. Tu te lèves tôt demain matin.


Isa monta directement se coucher après le repas. Elle tombait de fatigue et s’endormit tout de suite. Elle rêva qu’Avery l’appelait. Il lui criait de se dépêcher, que Flèche allait avoir son poulain. Elle entendait l’alarme, bip, bip, bip ! qui la pressait d’aller s’occuper de sa jument, mais, les jambes lourdes comme du plomb, elle n’arrivait pas à bouger. Elle émergea alors de son sommeil et découvrit que c’était son réveil qui sonnait et que sa mère la secouait doucement par les épaules.
— Isa ! Il faut y aller. Je suis déjà venue te réveiller, mais tu as dû te rendormir. Dépêche-toi. Tout le monde t’attend.
— Quelle heure est-il ? marmonna-t-elle en se frottant les yeux.
— Sept heures.
— Oh, mon Dieu !
Elle se leva d’un bond, enfila sa robe de chambre et courut à la fenêtre du couloir qui donnait sur la rue. Le camion d’Adrien était garé devant la maison. Elle vit derrière les vitres Stella, Kate et Natasha qui lui faisaient de grands signes.
Stella baissa sa vitre.
— Dépêche-toi, espèce de marmotte !
— Oui, bouge-toi ! gloussa Kate.
— Faut toujours que tu fasses attendre tout le monde ! grogna Natasha, aussi aimable que d’habitude.
— Désolée, j’arrive. Donnez-moi juste cinq minutes.
Elle n’avait pas le temps de prendre une douche et encore moins de petit-déjeuner. À peine habillée, elle embrassa sa mère, qui en profita pour lui glisser une part de brioche dans la main, et courut les rejoindre.
Adrien l’attendait devant le camion, en jean noir et chemise de flanelle, les cheveux dans les yeux.
— J’ai mis tes affaires à l’intérieur. Tes amies sont montées derrière. J’ai pensé que ça te ferait plaisir de venir devant avec moi.
Elle le dévisagea, incapable d’avaler le morceau de brioche qu’elle avait dans la bouche.
— Hum, hum, réussit-elle à marmonner.
Il repoussa sa mèche en arrière et sourit timidement.
— Alors allons-y !
Les cinq premières minutes furent insoutenables. Isa ne savait pas quoi dire. Ils gardèrent tous les deux les yeux rivés sur la route dans un silence pesant.
— Tu as entendu parler du film ? demanda-t-il enfin.
— J’ai lu le livre au moins une centaine de fois. C’est l’histoire d’une princesse qui règne sur un pays peuplé de femmes. Ce sont toutes des princesses, et de farouches guerrières aussi. L’héroïne possède des super pouvoirs. Et les chevaux, des palominos, détiennent également des pouvoirs fantastiques. Elles se battent contre les Élériens, des personnages effrayants montés sur d’affreux chevaux noirs. En fait, il s’agit d’anciens palominos des écuries de Galatée qu’ils ont capturés pour se nourrir de leur sang. Les Élériens sont des vampires. En saignant les palominos, ils les transforment en chevaux des Ténèbres.
Elle s’arrêta en voyant qu’Adrien souriait.
— Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit de drôle ?
— Rien ! J’avais juste oublié ton air passionné dès que tu parles de chevaux. J’adore !
Isa fouilla dans son sac et en sortit un livre.
— Tiens, je l’ai apporté. Je peux te le prêter si tu veux.
— Je l’ai déjà lu. Moi aussi, c’est un de mes livres préférés.
La glace était enfin brisée. Isa et Adrien parlèrent à bâtons rompus et l’heure de trajet passa comme dans un rêve. Après avoir traversé les forêts au nord de Pointe-Chevalier et des champs où paissaient des vaches, le camion quitta la grande route pour s’engager sur un chemin gravillonné. Isa fut surprise quand un vigile les arrêta aux portes de la propriété.
— Nous avons été envahis de paparazzis qui voulaient s’infiltrer sur le tournage, expliqua Adrien alors qu’ils redémarraient pour se diriger vers les paddocks. C’est une actrice très célèbre qui doit jouer la princesse Galatée, paraît-il. Il court toutes sortes de rumeurs à son sujet. Mais on ne nous a rien dit. Même l’équipe technique ignore de qui il s’agit.
Isa ne l’écoutait pas, fascinée par tout ce qu’elle apercevait.
— Oh, mon Dieu ! Adrien, c’est incroyable !
Ils venaient d’arriver devant un immense portail en fer forgé doré derrière lequel on apercevait une impressionnante cour pavée blanche et, au centre, une majestueuse fontaine entourée de statues de chevaux cabrés grandeur nature, dorés eux aussi, qui lançaient des jets d’eau turquoise. La cour était bordée de box blancs magnifiques, fermés par des portes qui scintillaient.
— Les écuries de la princesse Galatée, expliqua Adrien alors qu’ils franchissaient le portail. Et là-haut, le château noir d’Éléria.
Isa eut du mal à reconnaître le château de Chevalier. Les ruines qui se dressaient au sommet du piton ainsi que les grandes terrasses qui s’étageaient sur ses flancs avaient été badigeonnées de noir. Avec les piques sur ses tours et la grande herse en fer, la forteresse aurait donné la chair de poule au cavalier le plus hardi sans l’armée de techniciens qui s’affairaient dans les parages.
— Ça fait des semaines que les travaux ont débuté et on en arrive aux finitions, expliqua Adrien.