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Les sept merveilles - tome 2

De
280 pages

Marco a disparu et le premier Loculus est perdu. Seuls, sans une minute à perdre, Jack, Cass et Ally se lancent dans une nouvelle quête qui va les mener au fin fond du désert, à la recherche des jardins suspendus de Babylone. Les surprises s'enchaînent, et, lorsqu'une silhouette familière ressurgit du passé de Jack, nos héros doivent envisager une fuite qui pourrait bien les conduire à leur perte...



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couverture

Le monstre en pleine action

À mes fantastiques amis de chez National Book Store et MPH,
ainsi qu’aux non moins fantastiques lecteurs
pour lesquels ils travaillent de l’autre côté du monde.

chap1

DEUXJOURSAPRÈSNOTRERETOURDE GRÈCE, je n’empestais plus la bave de griffon. Physiquement, en revanche… j’étais couvert de bleus (souvenir d’une bagarre avec une statue mal lunée), ma peau partait en lambeaux (souvenir d’une virée en Loculus volant, sous le soleil de Méditerranée) et j’avais une bombe à retardement à l’intérieur du corps.

Là, en plus, je fonçais à travers la jungle à bord d’une jeep conduite par un géant qui prenait plaisir à n’éviter aucun nid-de-poule.

— Ne quittez pas la route des yeux, Torquin ! l’ai-je supplié.

— Yeux dans la tête, pas sur la route, m’a-t-il répliqué.

À l’arrière, Amy Black et Chris Williams hurlaient de douleur. Mais nous savions tous les trois qu’il fallait tenir bon : le temps pressait.

Nous devions retrouver Marco.

Au sujet de ma bombe à retardement, je précise : ça n’est pas un vrai engin explosif. Je suis simplement porteur d’un gène qui mettra fin à mon existence quand j’aurai quatorze ans. Il s’appelle le G7M, et nous en sommes porteurs tous les quatre : Marco Ramsay, Amy, Chris et moi. Heureusement pour nous, il existe un remède. Hélas… ce remède nécessite de réunir sept éléments qu’il est presque impossible de trouver. En plus, Marco s’était enfui avec le premier.

D’où notre présence à bord de cette jeep folle, pour une mission de sauvetage encore plus folle.

— Jack, m’a interpellé Amy, la route est déjà assez mauvaise comme ça, n’en rajoute pas dans l’horreur en t’arrachant les peaux mortes !

Sur ce, elle a écarté une mèche rose de devant ses yeux. J’ignore où elle se procurait de la teinture sur cette île de malades – il faudra que je lui pose la question. Assis à côté d’elle, Chris fermait les yeux et appuyait sa nuque contre le dossier de la banquette. Normalement, ses cheveux sont châtains et bouclés – là, on aurait dit des spaghettis à la sauce charbon.

De nous quatre, c’est sur lui que le griffon s’était le plus acharné.

Je scrutais une bandelette de peau morte entre mes doigts. Je l’avais arrachée sans m’en rendre compte.

— Désolé, ai-je fait.

— Dans cadre, a déclaré Torquin.

Il ne quittait pas des yeux un GPS qui affichait une carte de l’océan Atlantique. En haut de l’écran, apparaissaient les mots TRACEUR RAMSAY. En dessous, aucun signal. On nous avait implanté un traceur à chacun, mais celui de Marco était cassé.

— Minute, a repris Amy. Vous voudriez qu’il fasse encadrer un bout de peau morte ?

— Oui. Collage artistique.

Si je n’avais pas connu Torquin, j’aurais cru qu’il avait mal compris la question d’Amy. Sérieux, mes trois amis et moi, on est un peu bizarres, mais lui il est carrément loufoque. Il mesure près de deux mètres trente et se balade constamment pieds nus. Constamment, j’insiste. (En pointure, il doit faire du 85 !) À côté de ça, ne comptez pas sur lui pour faire la conversation.

— Je vous donnerai cadres à moi, a-t-il décidé. Faites-moi penser.

— Faites-moi penser de ne pas vous y faire penser, a blêmi Amy.

— La peau morte, c’est pas le pire… a gémi Chris.

— Rien ne t’oblige à nous accompagner, cette fois, lui a proposé Amy.

Les yeux toujours fermés, notre ami a grimacé, puis répondu :

— Je suis encore un peu fatigué, mais j’ai eu mon traitement, et ça a fait effet. Nous devons retrouver Marco. Nous sommes une famille.

Amy et moi avons échangé un regard. Chris s’était fait capturer par un griffon qui l’avait ensuite transporté à l’autre bout du monde et enfermé dans un cocon en prévoyant de le manger plus tard. Là, en plus, il se remettait de son traitement pour le G7M, et je confirme que ça n’est pas de la tarte.

Chacun de nous quatre suivait un traitement. C’était indispensable pour survivre. Ça permettait de mettre en sourdine nos symptômes, le temps de récupérer les sept ingrédients pour le remède. D’ailleurs, le Karai Institute a pour but premier de nous aider à surmonter les effets du G7M.

Ça n’est pas pour me vanter, mais la présence de ce gène en moi signifie que je suis le descendant de la famille régnante de l’antique royaume de l’Atlantide. Pas mal pour un ado des plus ordinaires comme moi, Jack McKinley. L’avantage, c’est que le G7M transforme en superpouvoirs les qualités que vous possédez à la base : les talents de sportif de Marco, le génie informatique d’Amy, la mémoire photographique de Chris.

L’embêtant, c’est que les sept ingrédients du remède sont les sept Loculi de l’Atlantide – des objets qui ont été dérobés il y a des siècles et dissimulés dans les Sept Merveilles du monde.

Pour couronner le tout : six de ces Sept Merveilles n’existent plus.

Pendant que j’y suis : « Loculus » est un terme d’origine atlante qui veut dire « globe au pouvoir magique trop cool ». Nous en avons retrouvé un, mais c’est une autre histoire. Une histoire qui parle d’une faille spatio-temporelle (que j’ai créée par accident), d’un griffon (monstre mi-aigle, mi-lion qui s’est échappé par la faille), d’un voyage à Rhodes (où le griffon a tenté de dévorer Chris), d’un groupe de moines fous furieux (des Grecs) et du colosse de Rhodes (qui s’est soudain animé et a essayé de nous tuer). J’en passe et des meilleures, retenez seulement que c’est moi qui ai libéré le griffon, et que du coup tout est un peu ma faute.

— Hé… m’a interpellé Amy, le regard suspicieux.

— Quoi, « hé » ? lui ai-je répondu.

— Je sais à quoi tu penses, Jack. Arrête tout de suite. Tu n’es pas responsable de ce qui est arrivé à Chris.

Elle doit lire dans les pensées, c’est clair.

— Torquin responsable ! a beuglé Torquin.

Dans la foulée, il a donné un violent coup de poing contre le volant, et la jeep a bondi en l’air comme un kangourou de métal rouillé.

— Torquin en prison. Vous tout seuls. Torquin pas pu aider Chris. Pas pu empêcher Marco de voler Loculus. Aaaargh !

— Ouille, mon ertnev ! a de nouveau gémi Chris.

— Euh, Torquin… ? est intervenue Amy. Doucement, avec le volant, hein ?

— C’est quoi, « ertnev » ? a demandé le géant.

— Le mot « ventre » en verlan intégral, lui ai-je expliqué.

Dieu merci, la jeep a quitté le sentier de la jungle pour déboucher sur le tarmac d’un petit terrain d’aviation. Enfin arrivés ! Devant nous luisait le fuselage rutilant d’un avion furtif militaire modifié.

Torquin a pilé, notre véhicule s’est immobilisé après un virage à cent quatre-vingts degrés. Deux personnes étaient en train d’inspecter l’avion : un garçon avec une queue-de-cheval et des lunettes rectangulaires, et une fille avec des tatouages et du gloss noir aux lèvres (on aurait dit mon ancienne « nounou », Vanessa, mais en plus morte). Je me rappelais vaguement les avoir croisés dans la cafétéria du Karai Institute : le Comestibule.

— Elddif… a grogné Chris. Anavrin

— Il a perdu l’usage de notre langue ? s’est aussitôt inquiétée cette dernière.

— Non, l’a rassurée Amy, il parle son jargon préféré. Le verlan intégral. Traduction : oui, il va mieux.

— Le gars et la fille… a marmonné Chris. Ce sont leurs prénoms.

Je me suis répété les mots dans ma tête, en imaginant leur orthographe, puis j’ai remis les lettres dans le bon ordre.

— Je crois qu’il veut dire Fiddle et Nirvana, ai-je affirmé ensuite.

— Bien ! s’est réjoui Fiddle. J’ai terminé les derniers réglages, ce gros bébé est paré à voler. Il s’appelle Slippy, j’en suis hyper fier, et vous devriez pouvoir le pousser jusqu’à Mach 3.

Nirvana tambourinait le fuselage de l’appareil avec ses longs ongles vernis de noir.

— Un avion capable de franchir le mur du son mérite le meilleur équipement audio qui existe. Je vous ai téléchargé des fichiers mp3.

— Enlève ta main de là, tu veux ? lui a ordonné Fiddle. La peinture n’est pas encore sèche.

— Mille excuses, Picasso, a ironisé Nirvana. Bref, je vous ai mis du gros rock, de la techno, du death metal. Je me suis dit, quitte à retourner aux États-Unis, autant avoir la bande-son de chez vous.

« Retourner aux États-Unis… »

Ça m’a fait froid dans le dos. Au pays, tout le monde devait être à notre recherche : nos familles, la police, le gouvernement. On ne tarderait pas à se faire repérer. Résultat : impossible de retourner sur l’île, de poursuivre notre traitement, de récupérer les ingrédients du remède.

Mais sans le Loculus emporté par Marco, nous étions déjà fichus.

Morts et enterrés – excellent résumé de notre vie.

En même temps, le traceur de Marco n’émettait plus, alors on n’avait pas le choix. Autant commencer par aller voir si notre ami n’était pas rentré chez lui.

En descendant de la jeep, Torquin a roté si fort que le sol en a tremblé.

— Quatre virgule cinq sur l’échelle de Richter, a souri Nirvana. Impressionnant.

— Vous êtes sûrs de vouloir y aller, les jeunes ? nous a demandé Fiddle.

— Obligatoire, lui a rétorqué Torquin. Ordre du professeur Bhegad.

— P-p-pourquoi tu poses la question ? a demandé Chris à Fiddle.

— Ben parce que vous avez tous un traceur d’implanté en vous, non ?

— Exact. Mais celui de Marco est cassé.

— J’ai participé à la conception de ces appareils. C’est le top du top. Ils sont incassables. Vous ne trouvez pas bizarre que le sien ait cessé de fonctionner juste après qu’il a disparu ?

— Qu’est-ce que tu veux dire ? l’ai-je pressé.

À cet instant, Amy est venue se camper devant lui :

— Incassable ? a-t-elle répété. Rien n’est incassable. Tes collègues et toi vous avez créé un appareil défectueux.

— Prouve-le.

— Vous saviez que le signal de ces traceurs pouvait être brouillé par les radiations de quatre éléments ?

— Lesquels ?

— L’iridium, en premier lieu. Les radiations d’iridium coupent net les transmissions.

— Tu m’en diras tant… Je te rappelle que l’iridium est un élément rarissime.

— Je pourrais te citer d’autres défauts. Admets-le. Vous vous êtes plantés.

En entendant ça, Nirvana a brandi le poing en l’air en s’exclamant :

— Bien dit, la miss !

Fiddle a dégagé du pied une motte de terre qui souillait le marchepied de l’avion. Puis il a conclu :

— Éclatez-vous bien dans l’Ohio. Mais ne comptez pas sur moi pour assister à votre enterrement.

chap2

« JETRUCIDERAITONCHIEN, je jetterai nos souvenirs à la poubeeeelle… ! »

Les haut-parleurs de l’avion crachaient un des titres téléchargés par Nirvana, et Torquin faisait la grimace.

— Ça pas musique. Ça bruit.

Moi j’aimais plutôt bien. Bon, d’accord, les paroles n’étaient pas très fines… mais la chanson était marrante. Et surtout, elle m’aidait à oublier que je survolais l’Atlantique dans un avion dont la vitesse me scotchait au dossier de mon fauteuil et menaçait de me faire rendre mon déjeuner.

Je me suis tourné vers Amy. La peau de ses joues était tirée sur ses pommettes, comme si quelqu’un lui faisait un massage. Ç’a été plus fort que moi, j’ai rigolé.

— Qu’est-ce que j’ai de si drôle ? a-t-elle aussitôt paniqué.

— Rien, tu ressembles juste à une vieille mémé !

— Et toi, tu as un humour de maternelle. Quand toute cette histoire sera terminée, fais-moi penser de t’enseigner le savoir-vivre.

« Oups… »

Je me suis senti très bête, pour le coup. C’était peut-être ça, mon superpouvoir : la faculté de parler à tort et à travers. Notamment quand je m’adressais à Amy. Ça venait sûrement de l’assurance qu’elle dégageait. Ou alors, c’est que je suis le seul Élu qui n’avait aucune raison d’être élu.

Jack « La Boulette » McKinley.

« Bats-toi, grand. » Je me suis retourné vers le hublot. En contrebas, j’ai vu passer un pâté d’immeubles. Ça faisait un choc de voir Manhattan défiler à une telle allure. Un instant plus tard, la ville a cédé la place à des terres agricoles – sans doute la Pennsylvanie.

Notre avion a pénétré dans une masse nuageuse épaisse, et j’en ai profité pour fermer les yeux. Pour m’efforcer de rester positif. Oui, nous allions retrouver Marco. Il nous remercierait d’être venus le chercher, il nous présenterait ses excuses et il sauterait dans l’avion avec nous.

Voilà. Et la Terre se mettrait à tourner en sens inverse.

Marco était un gros têtu. Il était intimement convaincu de deux choses : 1) d’avoir toujours raison et 2) d’être immortel. En plus, s’il était rentré chez lui et avait raconté à tout le monde ce qui nous est arrivé, il y aurait sûrement une foule de paparazzi et de journalistes pour nous attendre à l’aéroport. Nos photos devaient s’afficher sur les briques de lait et dans les bureaux de poste, avec la mention DISPARUS.

Comment allions-nous pouvoir récupérer notre ami ? Torquin était censé nous protéger en cas d’urgence, mais ça ne me rassurait pas plus que ça.

Les événements des derniers jours se sont succédé dans ma tête : Marco qui tombait dans le cratère d’un volcan en se battant contre un monstre ; l’expédition de recherche au terme de laquelle on l’avait retrouvé miraculeusement vivant, sous les embruns d’une chute d’eau bienfaitrice ; les sept hémisphères vides qui luisaient dans le noir : l’Heptakiklos.

Si seulement je n’avais pas retiré l’épée qui était fichée au milieu de ces cercles… Alors le griffon ne se serait pas échappé, nous n’aurions pas été obligés de nous lancer à sa poursuite sans entraînement spécifique et Marco n’aurait pas eu la possibilité de s’enfuir…

— Tu remets ça, a déclaré Amy.

Je suis sorti de ma transe :

— Je remets quoi ?

— Tu t’en veux à cause du griffon. Ça saute aux yeux.

— Il a quand même blessé le professeur Bhegad. Il a aussi emporté Chris à l’autre bout du monde et a failli le tuer…

— Les griffons sont les gardiens des Loculi, m’a rappelé Amy. Celui que tu as libéré nous a conduits au colosse de Rhodes. Dis-toi que c’est de ça que tu es responsable, Jack. Nous allons récupérer le Loculus. Marco finira par entendre raison. (Un haussement d’épaules, puis :) Et après, tu n’auras plus qu’à libérer six autres griffons. Ils nous guideront vers les autres Loculi. Pour nous protéger, j’aiderai les chercheurs du Karai Institute à mettre au point un… un répulsif ?

— Un répulsif contre les griffons ? est intervenu Chris.

— On en fait bien contre les insectes et les requins… a insisté Amy. J’étudierai ces monstres et je trouverai la formule.

Son assurance m’a rappelé le surnom dont Bhegad l’avait affublée : la Pythie – celle qui nous aide à tout comprendre et à réparer ce qui ne va pas. Marco, lui, il l’appelait Achille, pour sa force et son courage ; Chris, c’était Ulysse, pour ses talents de GPS humain. Et moi ? « Toi, tu es l’aède, une sorte de conteur, celui qui relie et unifie le tout », avait affirmé le professeur. En ce moment, je n’unifiais rien du tout, je broyais du noir.

— AAAAAAH !

On a tous fait un bond en entendant Nirvana hurler. Torquin s’est carrément cogné la tête au plafond de la cabine de pilotage.

— Qu’est-ce qu’il y a ? ai-je demandé.

— C’est la fin de la chanson, m’a expliqué la fille. J’adore !

— Autres chansons ? l’a relancée Torquin. Chansons Disney ?

Chris regardait par le hublot les routes et les champs.

— On y est presque, a-t-il annoncé. En bas, il me semble que c’est Youngstown, dans l’Ohio…

— Il te semble ? l’a repris Amy. D’habitude, tu es plus sûr de toi.

— Je… je ne reconnais pas la disposition des rues… C’est pas normal. J’ai un blanc. Il doit y avoir un truc qui débloque au niveau de ma…

— Ta capacité à mémoriser les rues de toutes les villes du monde ? a terminé pour lui Amy. Tu t’inquiètes pour Marco, c’est tout.

— OK… OK… a acquiescé Chris en tambourinant des doigts sur l’accoudoir de son fauteuil. Tout le monde peut se tromper, pas vrai, Amy ? Même toi…

— Ça m’arrive. C’est rare, mais ça m’arrive. Je suis humaine. Comme nous tous.

— Le plus étrange, c’est que le traceur de Marco ne fonctionne pas. Ce genre d’appareil ne tombe pas en panne comme ça. En général, c’est le signe que celui qui le porte a des ennuis.

— Genre… ? lui ai-je demandé.

— Vous le savez aussi bien que moi, mais vous n’osez pas en parler non plus. Genre : le traceur a été détruit.

— Mais il a été implanté dans son corps, a observé Amy. Marco ne peut pas le détruire.

— Exact. Sauf si… a bredouillé Chris.

Aucun de nous n’a plus dit un mot. L’avion entamait sa descente. Personne n’a achevé la phrase de Chris, mais nous savions tous comment elle se terminait.

« Sauf si Marco est mort. »

chap3
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HÉ !

Chris s’est retourné et est revenu vers moi. J’ai aussitôt caché mes mains derrière mon dos.

— Euh, on est arrivés ? lui ai-je demandé comme si de rien n’était.

— Tu fais quoi ? m’a-t-il interrogé, curieux.

— Je gratte. Un jeu à gratter. Trouvé par terre.

— Et tu comptes récupérer ton gain comment, si tu gagnes ? s’est esclaffé le GPS humain. Allez, accélère. La maison de Marco est juste là. 45, Walnut Street. Celle avec le porche vert.

J’ignore pourquoi je ne lui ai pas dit la vérité. À savoir que j’avais ramassé un bout de bois à moitié brûlé et un emballage de chewing-gum dans la rue, et que je m’en servais pour écrire à mon père. Peut-être parce que c’était une idée encore plus débile que de tenter ma chance à un jeu de grattage. Mais ç’a été plus fort que moi. Je pensais sans arrêt à mon père. Il habitait dans un État limitrophe de l’Ohio.

J’ai fourré ce message dans la poche arrière de mon pantalon. Chris et moi avons ensuite rejoint Torquin et Amy au petit trot. Ils nous attendaient à l’entrée d’une impasse dans la ville de Lemuel. Torquin avait garé notre Toyota Corolla de location à l’écart, près d’un parc, pour plus de discrétion. Chris, Amy et moi restions figés comme trois statues de glace.

Torquin, lui, avançait toujours.

— Je vais pas pouvoir… a soufflé Amy.

J’ai acquiescé. J’étais mort de trouille, mon père me manquait, je stressais à fond et je me disais que Bhegad aurait dû confier cette mission à une autre équipe. N’importe qui, mais pas nous.

Devant la maison s’étendait une petite pelouse bordée de briques. La moustiquaire du porche avait été déchirée et rapiécée en deux endroits. Un arrosoir rouillé traînait sur les marches du perron, et j’ai également repéré une lucarne dans le toit. Ça ne ressemblait pas à chez moi, mais quand même, j’en ai eu le cœur serré.

De l’autre côté de la rue, un ado qui rentrait de l’école était accueilli par sa mère. J’ai revu la mienne en pensée, avant son départ pour le grand voyage dont elle n’est jamais revenue. J’ai aussi pensé à mon père, qui était passé me chercher à l’école toute une année après la mort de maman – il voulait m’avoir constamment à l’œil. Et maintenant ? Était-il chez nous ?