Les terrassiers de Bukavu

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Un isotope file et traverse toutes les nouvelles, celui de la guerre qui affecte surtout l'est du Congo à partir de 1996, après la guerre du Rwanda qui a déversé les réfugiés au Kivu. Mises bout à bout, ces nouvelles écrivent une histoire, l'histoire du Congo de Mobutu aux Kabila père et fils. Elles gardent ainsi mémoire d'une succession d'époques et de régimes politiques sans beaucoup de hiatus. Voici un recueil qui jette un regard sur l'histoire récente du Congo, une histoire en demi-teinte...
Publié le : dimanche 1 novembre 2009
Lecture(s) : 226
EAN13 : 9782296689565
Nombre de pages : 174
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Qu’a fait Manzambi, le terrassier de Bukavu Assassiné sur la terrasse de son destin ?
1 Matala Mukadi Tshiakatumba
1 Réveil dans un nid de flammes, Paris, Seghers, 1969.
AVANT-PROPOS
2 Les textes rassemblés dans ce volume ont été sélectionnés dans le cadre d’un concours littéraire.Celui-ci consistait à rédiger unenouvelleen langue française, de vingt pages au maximum, où,d’une manière ou d’une autre, il devait être question de la ville deBukavu.C’est, en dehors de l’exigence de brièveté inhérente au genre, l’unique contrainte imposée aux participants.Et pour qu’il n’y ait point de malentendu sur l’exercice, un atelier fut organisé dans le but d’expliquer ce qu’est la nouvelle, ce qu’elle n’est pas et en quoi elle se distingue d’autres formes d’écriture. Le concours a suscité un grand intérêt, lequel s’est traduit par une participation considérable. Nous aurions bien voulu publier toutes les contributions recueillies, mais il aurait fallu, pour certaines, renoncer absolument à parler de « nouvelle littéraire ».Est-ce à dire que la littérarité des textes retenus est indiscutable ? On se posera nécessairement ce genre de question si l’on s’accorde sur une définition minimaliste de la nouvelle, à savoir une œuvre avant tout de fiction, inspirée ou non d’un fait vécu, qui cherche à produire l’impression de vie réelle. C’est ici l’occasion d’interroger l’école congolaise sur ce qu’elle enseigne exactement à propos de la littérature.De même, il y a lieu de s’enquérir sur la culture littéraire du Congolais, en général, et de ces auteurs, en particulier. Qu’ont-ils lu, que peuvent-ils trouver à lire auCongo, eux qui en sont ici, pour la plupart, à leurs premiers essais d’écriture ? La plus belle fille du monde, fût-elle deBukavu, ne peut donner que ce qu’elle a.
2 Tiré à cent exemplaires, un tapuscrit de 81 pages, publié en 2009 par les Éditions du Pangolin sous le titre « Les Terrassiers deBukavu » a servi de support expérimental pour ces nouvelles.
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Ces préoccupations sur l’identité générique de ces écrits et sur la performance esthétique de leurs auteurs seront vite éclipsées par le discours qui arrive, au travers parfois de gangues d’insignifiance, à transpirer de bout en bout de ces nouvelles. Ce qui était supposé constituer leur dénominateur thématique commun n’aura été finalement qu’un beau prétexte. Prétexte pour revisiter une histoire, non pas en posture d’acteurs, de héros, mais de victimes. Prétexte pour se réapproprier une mémoire et, au besoin, se réconcilier avec sous l’effet réparateur de l’écriture. Histoire de sang, de larmes et d’impostures. Mémoire traumatisante, certes, mais histoire et mémoire en tant que creuset et moule d’une nouvelle identité collective à assumer. Pour les auteurs, la difficile parturition de ces textes aura servi d’exutoire à bien des souffrances et des ressentiments. Ils attendent sans doute des effets cathartiques semblables de leur lectorat cible, à savoir leurs compatriotes du Kivu. D’aucuns pourraient penser, à tort, que ce concours n’a été qu’une occasion de plus pour les Congolais, par l’entremise de ces auteurs, de régler trop facilement leurs comptes à leurs voisins, les Rwandais. Réponse d’un des auteurs : -La fiction n’est rien par rapport à ce qu’ils nous ont fait, par rapport à ce qu’ils nous ont fait voir ! Si nous nous étions contentés de rédiger de simples nouvelles, ces choses-là seraient restées coincées à travers notre gorge… Mais nous n’en voulons pas à tous les Rwandais, la grande majorité d’entre eux n’y est pour rien.Ce sont nos voisins et nous devons apprendre à vivre avec eux. L’écriture nous en offre peut-être l’opportunité.
Charles DJUNGU-SIMBA K. Écrivain
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PRÉFACE
La parole du silence
Peut-être qu’il faudrait d’abord saluer l’audace et l’initiative de l’écrivain et journaliste Charles Djungu-Simba K. d’avoir suscité et encouragé, en ces temps d’incertitude, des vocations d’écriture, et de se lancer, démuni, dans des entreprises coûteuses et non rentables d’édition. Signe des temps?Ce n’est plus le centre culturel français deBukavu qui a initié l’activité, comme il y a plus de trente ans quand il faisait connaître neuf, puis six poètes duKivu!Ni Radio France internationale, ni l’AllianceFrançaise!Dans un contexte de dénuement complet, tel celui que décrivent les textes du recueil, la culture, il est vrai, peut être un refuge trompeur.Mais elle seule peut encore nous permettre de mettre en œuvre le rapport entre expliquer et comprendre, et par d’inégaux bonheurs, de comprendre et d’expliquer précisément l’Histoire, d’en oublier les événements, et d’en garder la mémoire, afin d’en tirer les leçons.Dans ce sens, le titre du recueil, « les terrassiers deBukavu », est déjà une belle trouvaille poétique. Terrasser, c’est piocher, creuser, remuer ou déplacer la terre, opération préalable, àBukavu, avant de poser les fondations d’un bâtiment. Si l’histoire bégaie dans ces textes, ceux-ci, malgré leurs balbutiements et leurs sinuosités, reconstruisent et disent une mémoire fragmentaire, la mémoire d’une ville, d’une province, d’un pays, qui se transforme et que les auteurs des textes tentent de sonder. Un mot pour commencer du profil social des auteurs.Le fait le plus général comme le plus prévisible est que quatre des six « nouvellistes » sont détenteurs d’un diplôme universitaire de deuxième cycle, qu’on appelle « licence » en République démocratique duCongo.Kakisingi est médecin,
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Kilomba juriste mais enseignant à l’université catholique de Bukavu; Mukwege est spécialiste de philosophie et de communications sociales, Kilosho a un doctorat en sciences du langage. Les deux autres, Mujinga et Kitoka sont des spécialistes de lettres, formés pour enseigner. En fait, on peut opérer des regroupements qui correspondent également à une des stratégies de survie pour dépasser la réalité sociale. Presque tous enseignent (Kilosho, Kitoka, Kilomba, Mukwege), à l’école secondaire et/ou à l’université. Ils font donc du fonctionnariat et ont à gagner leur vie. Presque tous exercent diverses activités. Médecin, Kakisingi est fondateur d’une troupe de théâtre (en 1993, en Italie) et anime le ballet-théâtre de Bukavu « M’tu U’ungi ». Le théâtre et le ballet sont des expériences qui lui permettent d’aborder les lettres de biais. Certains font de la presse (journalisme) que l’on pourrait considérer comme le tremplin de leur conversion progressive à la littérature. Mujinga, épouse d’un pasteur protestant (baptiste?), est journaliste àRadio Okapi Bukavu, après avoir enseigné pendant 18 ans au collège des jésuites de Bukavu (Alfajiri). Elle a écrit des nouvelles et un roman qui n’ont jamais été publiés.Son mari, ancien professeur à Alfajiri, avait dirigé une école supérieure d’études commerciales, avant d’en créer une lui-même.Kitoka est journaliste àVision Shala Télévision.Kilosho est un touche-à-tout : peintre, poète, évangéliste, imprimeur, éditeur, homme d’affaires, etc.Les auteurs jouissent donc d’un capital symbolique très élevé, alors que la variété de leurs activités traduit leur déclassement social et prouve que l’enseignement est un emploi modeste qui les oblige à gagner leur vie.Cette variété d’activités témoigne également des différentes stratégies de survie, pour accéder au prestige social, ou tout simplement pour se faire connaître en vue d’un reclassement social.Les enseignants vivent mal leur condition sociale dans un monde qui bouge, et où certaines personnes, opportunistes, sont en ascension sociale.Le
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