Lespri Lanmé, le génie de la mer

De
Publié par

Publié le : lundi 1 janvier 0001
Lecture(s) : 31
Tags :
EAN13 : 9782296182905
Nombre de pages : 109
Prix de location à la page : 0,0064€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Groupe d'Études et de Recherches en Espace Créolophone Collection Machokaypawollcréation littéraire Université des Antilles et de la Guyane
Campus de Schoelcher BP 7207 - 97271 Schoelcher Cedex

Collection Machokay pawol/ création littéraire

Déjà parus dans cette collection Joby Bernabé: Konmbo, 1978, 86 p. Raphaël Confiant: Bitako-a, 1985, 77 p. Marisosé, 1987, 141 p. Georges Mauvois : Agénor Cacoul, Misyé Molina, 1988, 160 p.

@ L'Harmattan, 1990 ISBN: 2-7384-0419-7

T érèz LÉOTIN

LÈSPRI LANMÈ

LE GÉNIE DE LA MER
Contes marlns des Antilles

Adaptation française
Roger PAR SEMA lN

Sé poèm-lan, sé Térèz LÉOTIN ki tradui Les poèmes sont traduits par l'auteur

yo

Presses Universitaires Créoles/GEREC

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

DÉRIVE ET QUÊTE D'UNE IDENTITÉ
Avant-propos

Peu d'Antillais affichent avec autant de fierté et d'assurance douces leur appartenance aux Antilles que Térèz Léotin. À la scène comme à la ville, j'entends en littérature comme au quotidien, elle promène sa créolité avec assez de charme pour qu'on perçoive sur l'instant que ce mot n'est pas seulement une notion pour elle, mais bien le résultat d'une distillation de plus de trois siècles. Héritière des courants qui, pour divers qu'ils fussent, ont fondu leurs fragrances en un nouveau parfum, la créole Térèz a puisé sans scrupules, car inconsciemment, dans le tréfonds de sa culture pour élaborer le texte qu'elle nous conte aujourd'hui.

L'« âme de la grande eau» Sur le tremplin d'une devinette, un « titim » de son jeune âge, elle a plongé dans l'insondable imaginaire de son peuple jusqu'à Yfouiller, comme ici on « fouille» les ignames, dans l'entrelacs des racines de l'ancestrale oralité. Et comme on ne laboure pas en vain dans le terreau tropical aux res-

sources infinies, elle a déterré - récolté?

--

un de ces pro-

duits fous qui ailleurs ne poussent pas, alors que - et c'est bien ainsi qu'il faut admettre le miracle de cette créolité leur origine se perd souvent aux confins de lointains horizons, au-delà de cette ligne que, sur ces rivages, on nomme « miquelon », frontière de l'Ailleurs et de tous les possibles. N'est-ce pas dans l'Océan, jusque dans l'âme de la Grande Eau, que Térèz la Spiritaine enfonce sa fantaisie en gerbes 5

d'invention? Et je savoure l'idée que la petite fille du SaintEsprit, bourg mollement assis dans un reposoir de mornes, ait grandi dans les rêves marins aux limites de l'impossible. Oserai-je concevoir un onomastique rapport entre son village et son œuvre? Si tel est le cas, car tout se peut penser sur ces sols follement insulaires, c'est dans les lignes tracées par Térèz qu'il faudra trouver des clés, en évitant de se noyer dans les phrases qui déferlent en roulant des mots bruissants, tels des roches entrechoquées. Et l'esprit du village rejoint celui de la mer dans un courant où texte et identité s'unissent en païenne sainteté. Il faudra aussi scruter l'invraisemblable du conte dans la dérive de « MariyanTètfè » depuis sa geôle sous-marine, nasse inventée par l'homme pour le plus grand malheur des petits poissons imprévoyants. Car c'est, semble-t-il, dans ce piège très artisanal que Térèz léotin enferme avec tout l'art subtil, voire malicieux, des conteurs chevronnés, une cohue de symboles aussi proches des préoccupations locales qu'universels dans leur portée. L'innocence n'a sans doute joué aucun rôle dans la naissance du mythe qui lie les îles entre elles, en faisant du voyage à Sainte-Lucie une promenade à pied. N'est-ce pas plutôt la poétique et tellurique volonté de souder ce sixième continent, afin de mieux l'inscrire sur la carte du monde? Des galions perdus du passé aux vendeurs de poisson commerçant avec leurs pratiques, c'est tout un microcosme caribéen qui surgit d'entre des îles à la géographie mouvante, et porte sur l'avant-scène d'un théâtre sans âge une parole plurielle. Car le dire, chez Térèz Léotin, appartient en sagesse partagée à toutes les espèces de la Création, et quand parle l'animal, la fable étend sa morale sur la poésie du conte. L'écho universel des mots multipliés est là pour nous convaincre que dès qu'apparaît l'argent, la querelle n'est pas loin, et plus proche encore est le Diable avec sa bouche embrasée de bateleur cracheur de calomnies. Les symboles jaillissent tels des tisons ou des lucioles, et dessinent dans l'obscurité de notre 6

ignorance un pointillé de lueurs, un gué de le flux de nos dérives. Colibri, Manicou ou ordre dispersé, manifestent leur opposition de et la Montagne, pour n'être point en reste, tion de colère sismique à en désespérer le guerre.

vérités coupant La Pieuvre, en bestiaire asservi, fait une irrupMalin dans sa

Et où est l'Occident? Les mornes de Martinique ne datent-ils pas de cet épique combat? Térèz Léotin nous confie ses légendes comme on révèle un secret, et instille en nos pensées d'incontournables évidences. Peut-on sauver une peau de sa couleur? Et peuton être sans se connaître, se découvrir sans se regarder, surtout si l'on veut aborder les autres? Il n'y aura pas, dans ce filtre, de faille pour le laisser-aller; il n'y aura place pour nulle indulgence, et, Martiniquaise jusqu'à l'ivresse, l'écrivain n'oubliera aucune facette de son pays comme le bijoutier ne saurait, sur un diamant, tolérer un crapaud. Le feu de la combustion identitaire, sous sa plume, prend les traits d'un allégorique Pierre, fils du Soleil, qui dévale la pente d'une trajectoire amoureuse tendue comme une virilité d'homme, et balance sur le fil de la séduction, entre deux féminités généreusement ouvertes. Deux voies, deux appels dessinant la croisée des éléments premiers de la chimie du Monde: la Terre et la Mer. Et le Pierre de feu qui allume le jour pour éteindre sa fougue sur l~ ligne des mers, c'est la course de l'astre sur l'arc des Antilles, langues de terre cernées par les flots. Mais où sont ces pays qu'on disait perdus au bord du monde occidental? Sont-ils de l'occident? Et où est l' occiden t ? Accrochée à une mangrove baignée des odeurs fortes de la rencontre entre la terre et l'eau, Térèz Léotin anime son théâtre animalier en prêtant à ce rétable arraché à l'autel de la créolité, la force d'une langue qu'elle rajeunit en lui 7

conférant un goût d'éternité. D'un créole limpide, émaillé de trouvailles et de retrouvailles, qu'elle coule en magicienne dans son alambic de poésie, elle tire un miel de sons et de mots. Ruralité de saveur dans le bon ton du choix et recherche lexicale sur un rythme de bel-air sont une fête où se magnifie le « moi» créole. On peut dire cela, et aussi que la Cour ne risquera pas d'être endormie en écoutant, pardon, en lisant le finale du conte. Pas un soupçon de trahison dans ce que, honnêtement, Roger Parsemain appelle son adaptation. Une langue française élégante et pure sert le créole de Térèz Léotin tout à fait comme si un hommage voulait être rendu par l'ex-langue haute à feu la langue basse. Le temps du mépris touche à sa fin et le respect mutuel qui fait aujourd'hui convivre les deux idiomes dans la dignité de la salle de classe augure d'un avenir d'harmonie. Térèz Léotin apporte, avec ce livre, une preuve des possibilités qu'a le créole d'exprimer, dans un récit brillant et aisément accessible, la vigueur de son passé, et de se montrer apte à continuer sa marche sur les sentiers escarpés de la création littéraire. Elle a aussi affirmé, en demandant à Roger Parsemain sa contribution, que ce n'est que justice que les deux langues des territoires français d'Amérique s'épaulent calmement face à un avenir où devra fleurir l'autonomie de chacun.

Pierre Pinalie-Dracius

8

PAWOL DOUVAN
PRÉFACE

PENGA

Lè an té jenn bway, moun té ka di ni dé serten liv Syans ou ka jwenn, adan yo ka ni on paj i maké : «Penga, si lèspri aw pa fo pou rézisté, pa ay pli

lwen...

»

Yo té ka di té ni moun lèspri a yo pa té asé

fo, yo touné paj-Iasa, yo èché janbé pou yo té apwann biten two fo ba yo, kifè yo vin fou! ! ! An pa jen kontré sé kalité liv-Iasa, é an té ka kwè yo té -ka egzisté pou bon, an té ja Ii bon enpé liv an vi an mwen, an pa té jen jwenn pou té fè mwen vin fou; jik jou-Ia Térèz Léoten mandé mwen Ii sa i té soti maké pou bay lidé an mwen. Aprédavwa an pwan tout tan an mwen déchifré pawol-Ia-,-défriché' y, tod é détod chak lin, chak paj, jiktan an woté tout ji a yo, tout sans a-yo, mwen arèsté pou di sa ka vin dèyè Penga. Penga zot pwan liv-Iasa an men a zot pou zot konpwann zot kay li'y alakous, aladyab-chajé, ala-vitman-préséonfwa-onfwa-annou-wvé, konsidiré zot ka Ii nenpot ki liv kont. Liv-Iasa pa liv ou ka Ii pou débarasé'w. Lè ou konmansé li'y sé pawol-Ia ka konmansé fouyé kèksyon an nannan a sèvèl aw é toujou ka vlé say si dèyè prèmyè sans-la pa ni onlot, épi onlot é onlo{ anko. Pawol-Ia ka sanm sa sé kyèk parabol é ou ka di : « Kimoun Mariyan-Tétfè pé yé ? On pwason toutouni i pèd kay ay ka èché bat lanmè pou vwè si i ka rivé touvé on moun pou bay kay ? Es a pa mwen ? ès a pa nou, Gwadloup ? Matinik ? Kimoun Mariyan-Tétfè yé ? »
10

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.