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Ligne de fuite

De
166 pages
"La ville découvrait une géographie secrète et des courants inconnus. Elle se montrait porteuse d'une évocation invitant à changer de regard. Une autre réalité était en train de filtrer. Alors, comme en réaction et pour brouiller la vision, l'atmosphère se tendait et la situation s'agitait. Des vagues de violence se mettaient ensuite à déferler. Les choses devenaient incompréhensibles. Rien ne semblait plus relever du hasard...". Ce roman évoque l'atmosphère à Alger au début des années 1990, alors que la ville est en proie à la violence terroriste.

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Djamal Satour
Ligne de fuite
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Lettres du monde Arabe
Roman
Ligne de fuite
Lettres du Monde arabe Fondée en 1981 par Marc Gontard, cette collection est consacrée à la littérature arabe contemporaine. Réservée à la prose, elle accueille des œuvres littéraires rédigées directement en langue française ou des traductions. Les œuvres poétiques relevant du domaine de la littérature arabe contemporaine sont publiées dans la collectionPoètes des cinq continentsle théâtre dans la et collectionThéâtre des cinq continents. Derniers titres parus : Abdelmalki (Sidi Abdellah),Comme si un appel, 2016. Redouane (Najib),Le legs du père, 2016. Jmahri (Mustapha),Figues et châtiment. Nouvelles mazaganaises, 2016. Berrada Ababou (Touria),Le quarantième jour, 2016. Redouane (Najib),L’année de tous les apprentissages, 2015. Mebarki (Farid),Du couscous dans le biberon, 2015. Khemmal (Abdelkrim),Les rebelles du mont noir, 2015. Khedher (Mahmoud-Turki),L’antique refrain de Sidi-el-Meddeb, 2015. Laqabi (Saïd),Gnaouas, 2015. Redouane (Najib),A l’ombre de l’eucalyptus, 2014. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Djamal Satour
Ligne de fuite
Roman
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10625-0 EAN : 9782343106250
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On entame l’existence comme si, a priori, on avait un but à atteindre ou bien comme si, avec l’expérience et le temps, chaque chose était appelée à recevoir une significa-tion. Mais à l’épreuve des événements, la confiance s’ame-nuise et les perspectives s’éloignent. On peut ensuite se tourner vers toutes les croyances ou faire appel à tous les enseignements, on ne se rendra pas moins au sentiment que l’essentiel est un domaine indiscernable, étranger à la matière et inaccessible à l’esprit. La manifestation d’un phénomène complètement inso-lite allait cependant me suggérer une toute autre appré-ciation. Au début, le phénomène n’accrochait pas l’attention. Il affleurait seulement, il était discret. Mais à mesure qu’il perçait, l’optique changeait et un univers insoupçonnable devait progressivement filtrer à travers le monde jusque-là offert à la perception. Une réalité nouvelle allait bientôt émerger.
7
Cette réalité se livre sans jamais avertir par bribes ful-gurantes dans les états de relâchement ou au plus fort de l’éveil. C’est une réalité déconcertante, elle imprègne toute chose mais ne s’arrête sur aucune. Rien ne permet de l’appréhender. Pour l’aborder, j’ai utilisé des moyens de fortune et procédé par tâtonnement. Je me suis ainsi retrouvé sur une voie où plus j’avançais vers cette réalité et plus les éléments qui avaient servi à m’en approcher se dénuaient petit à petit de leur intérêt. Tous les éléments à ma dispo-sition devaient y passer et se révéler les uns après les autres dépourvus de sens. Dans cette approche, j’allais faire table rase de tout ce que j’admettais, de tout ce en quoi je croyais. Le vide se créait derrière moi, alors que rien ne se pré-sentait devant. Chemin faisant pourtant, je gagnais en entendement.
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* * *
Le phénomène en question m’est apparu pour la pre-mière fois tandis que je cherchais à suivre une situation devenue brusquement incertaine. C’était à Alger, il y a des années. La ville entrait alors dans une période au cours de la-quelle l’atmosphère allait se charger et la violence déferler sans crier gare. L’environnement s’était assombri et rien de ce qui contribuait au quotidien n’était plus garanti. Les comportements et les habitudes s’en trouvèrent af-fectés. Les gens avaient l’air absent ; ils garnissaient les lieux, ils ne les habitaient pas. Ils ne se montraient pas plus grisés par le bouquet de senteurs mêlant les effluves de jasmin et d’eucalyptus aux parfums apportés par la brise de mer que ravis par le res-plendissement de la baie diffractant les derniers feux du soleil couchant. Dans le train de banlieue qui, de la gare de l’Agha jusqu’à l’hippodrome du Caroubier, longe la côte comme en voiture sur la route moutonnière, artère parallèle à la voie ferrée, les gens ne jetaient de regard ni sur le spec-tacle de myriades de gerbes d’eau et d’écume que les vagues faisaient jaillir au contact des rochers pour expri-mer l’humeur fantasque du milieu marin ni, de l’autre côté, sur les collines en arc de cercle qui, par la grâce de leur dénivelé, proposaient un tableau où les couleurs dé-clinaient toutes les nuances.
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