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Madame NEWTREE

De
265 pages
Qui peut dire quel est le fil conducteur d'un rêve? Replonger dans le sommeil après que le réveil ait retenti, et vous voilà embringuer dans une histoire rocambolesque et abracadabrante où tous vos amis d'enfance se retrouvent muter en insectes! Dans ce monde irréel et au péril de votre vie, vous devrez les retrouver un à un avec l'aide d'une intrigante prof d'anglais, et si vous parvenez à reconstituer ce groupe, après avoir résolu toutes les énigmes et évité tous les pièges, alors, peut être aurez-vous le droit de retrouver le monde dans lequel une vie nous a été accordée, et qui en fait n'est pas le pire ! Mais attention, au final personne ne doit manquer à l'appel...
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2 Titre

Madame Newtree

3

Titre
Jean-Stéphane Samont
Madame Newtree

Roman

Éditions Le Manuscrit












© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-9228-1 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748192285 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9229-X (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748192292 (livre numérique)
6

.
8 Madame Newtree
CHAPITRE I
À peine le soleil aurait-il dû faire son
apparition que déjà des bruits dissidents
retentissaient comme les coups de fouet
cinglants d’un dompteur d’animaux sauvages.
On ne différenciait pas le jour de la nuit et la
froideur de ce début de journée que je pouvais
deviner à travers les stores à demi clos n’avait
d’égal que le regard d’un schizophrène sur le
point d’accomplir un de ses actes avilissants.
Un jour de cette année 6.30 am
Ce maudit réveil qui, comme tous les matins,
me sortait du monde le plus merveilleux qu’il
soit donné de connaître, le rêve, pour
m’envoyer dans le pire, la réalité, allait, je le
croyais, finir par me rendre cinglé. Chaque fois
que je le percevais dans mon sommeil, c’était
comme une lame de rasoir qui tailladait la peau
encore chaude de sensualité de mon corps
blotti.
9 Madame Newtree
Le crépitement de la cafetière se déclenchant
me tira définitivement des bras de Morphée…
« Il va bien falloir que je finisse par détartrer
cette putain de machine ! » pensai-je
subrepticement et sans aucun intérêt comme
toutes les fois ou je faisais passer un café.
Dès lors, mon esprit s’embruma et les seules
quelques bonnes intentions de ce début de
journée que j’avais à l’égard de cette bonne
vieille société se révélèrent très vite comme
bien peu de choses au vu de ce qui allait se
dérouler mais dont je n’avais à cette heure
encore aucune idée.
6.31 am
Enfin ma première belle pensée, et qui
s’avère être une bonne chose dès le réveil : une
clope…
Comme tous les matins à la même heure, ma
principale préoccupation était bien inévita-
blement de mettre la main sur mon paquet…
C’est tout de même surprenant – et tellement
peu réconfortant – de savoir à quel point les
saloperies les plus immondes que « l’être
humain » a pu concevoir ou imaginer nous
fassent un tel bien tout en nous pourrissant la
vie, n’est-ce pas ?
Quelle aversion ! ! !
10 Madame Newtree
N’est-il pas délectable de griller une bonne
cigarette accompagnée d’un café ou autre
boisson altérant notre belle et bonne santé du
premier jour ?…
Après avoir cherché mon feu quelques
instants, voici que le doux crépitement de la tige
qui se consume vient bercer et embuer mon
cerveau et mes narines… Quel bien-être ! ! !
6.37 am
Décidément, je ne me ferai jamais aux
gueules de bois ; une bonne paire d’aspirines et
cela devrait suffire à me remettre d’aplomb,
comme tous les jours. « Ah, le café est enfin
prêt. »
ère1 constatation en entrant dans la cuisine :
Quel bordel ! ! ! Mais c’est une tornade qui a
fait ces ravages ici ?
Non ; c’est tout simplement le laisser-aller
d’une vie si peu palpitante et si misérable.
L’accablant, lorsqu’on a une certaine
perception de la vision du monde extérieur, de
ce qu’est réellement l’existence, c’est que par
moment on ne sait plus si on doit se révolter ou
se terrer. J’aurais certainement préféré la
première solution mais je me rends compte que,
passé la quarantaine, il y a prescription. Se
révolter contre qui ? Contre quoi ? Et puis
honnêtement, je n’en ai plus le courage. C’est
11 Madame Newtree
tout de même sacrément mal foutu la vie… À
20 ans, on veut refaire le monde sans atout ni
élément, et bien évidemment on finit par
ravaler sa rancœur et par rentrer dans le droit
chemin et lorsqu’à 40, on a tous les paramètres
voulus, le courage nous manque, on baisse les
bras et on se cantonne à se dégoûter des affres
de la vie. Cherchez l’erreur. … Si celui qui a dit
un jour : « comme j’aimerais avoir 20 ans et
savoir ce que je sais maintenant que j’en ai 40 »,
savait à quel point il avait raison…
Vite, seulement 7 minutes que j’ai émergé et
je suis déjà à la bourre… pas le temps de
prendre une douche : à peine celui de regarder
ma face dans le miroir fendu d’une salle de bain
d’un blanc sinistre après avoir sauté dans un
jean à moitié usé.
Mon bus décolle dans 18 minutes, mon train
dans 22 : ce n’est vraiment pas le moment de se
rendormir… Quelle vie de merde ! ! !
6.40 am
Assis au bord du lit, dégustant le savoureux
premier petit noir du matin tout en rallumant
un vieux pétard de la veille laissé se consumer
dans un cendrier débordant de mégots et puant
à souhait, une question qui allait se transformer
en un véritable auto-réquisitoire vint me
traverser l’esprit…
12 Madame Newtree
Que serais-je devenu si j’avais conscien-
cieusement écouté ma chère maman toujours
présente et rabâcheuse, qui se plaisait à
ressasser mille fois par jour ce qui me
paraissaient être des conneries invraisem-
blables ?
Pourquoi à cet âge si extraordinaire, alors que
c’est là en fait que se joue la vie et le destin
d’une personne, on se croit le droit d’investi-
guer son esprit imprégné d’adolescence et de
nonchalance afin de faire en sorte qu’il
devienne non pas ce que lui a envie de devenir
mais ce que l’autre où les autres ont envie qu’il
devienne ? ? ?
13 septembre 1972… 7.30 am… Rentrée des
classes… Galère !
– Dépêche-toi Jean, tu vas encore être en
retard à l’école…
J’entendis le son de sa voix pour la troisième
fois en moins de 5 minutes alors que je me
demandais encore quel jour nous étions !…
Ma très vénérable mère était ce que l’on
appelle une femme qui s’était faite toute seule ;
ou tout du moins elle aimait à le croire et à le
faire croire.
À l’age de 21 ans, majorité du moment, elle
décida donc de quitter sa campagne natale
comme beaucoup de provinciaux firent à son
13 Madame Newtree
époque. Il faut dire que dans les années 50, il y
avait tout à refaire. La guerre de 39-45 était
ancrée profondément dans tous les esprits et il
y avait à faire pour plus que tout le monde. Ses
parents avaient bien tenté de la retenir
prétextant que « son pays » était également une
région à reconstruire et très prometteuse, mais
surtout parce qu’ils sentaient déjà, et plus
qu’ostensiblement, que la plupart des jeunes
avaient d’autres appétences que de ramasser du
fumier ou laver du linge dans un lavoir : mais
elle aussi avait d’autres ambitions que celles
instituées par ses parents pour elle. Ses rêves
avaient pris, il y avait déjà quelques temps, la
direction de la ville, de la grande ville, de la très
grande ville… de Paris…
Ah, la capitale ! Lorsque ce mot résonnait
dans sa bouche, on aurait pu croire qu’elle
s’apprêtait à découvrir le paradis ; il y avait un
tel émerveillement dans son visage ; ses yeux
pétillaient et s’enflammaient comme le jour où
pour la première fois, le Père Noël passa par la
cheminée de sa maison et lui apporta une
orange ainsi que des animaux de la ferme que
son père avait eu le temps, entre deux traites, de
tailler dans des branches de noisetier. Elle avait
sept ans et c’est, je crois bien, la seule fois où il
passa par là.
La vie de l’époque dans ces régions où le
temps semblait s’être arrêté était « on ne peut
14 Madame Newtree
plus dure » et les plaisirs « on ne peut plus
rares ». Son père, comme tous les hommes du
bourg où elle vivait, travaillait à la ferme de
M. Yvales, grand, riche et unique propriétaire
des prés et animaux que l’on pouvait apercevoir
du regard en faisant une rotation de 360°sur
soi-même et en allant jusqu’à l’horizon…
Mon grand-père était un homme courageux
et d’une gentillesse incomparable. Son altruisme
lui avait valu le respect au sein du village ainsi
qu’une certaine dignité qu’il assumait avec un
authentique talent. Sous son chapeau de cuir
noir, usé par les intempéries et par tant d’années
de port, on pouvait découvrir le visage buriné et
tanné d’un homme meurtri par le froid rude de
l’hiver et la chaleur accablante de l’été. Ses
grosses moustaches généreuses étaient comme
une invitation au partage et à la sagesse, ses
mains usées mais toujours tendues ne savaient
que donner du pain ou de l’eau et la tendresse
de son regard ne savait dire que : assieds-toi
ami, tu es chez toi…
Sa mère s’était risquée à ouvrir un bar
clandestin durant la seconde guerre où tous les
maquisards des alentours venaient s’abreuver et
communiquer les dernières infos importantes
concernant les actions à mener et autres rendez-
vous. Elle admirait De Gaulle et Jean Moulin…
Je n’ai de souvenirs d’ele que le réconfort
qu’elle m’apportait lorsque tombait la nuit et
15 Madame Newtree
que sous l’édredon de plumes le moindre bruit
me faisait tressaillir. Pensez donc : un jeune
citadin débarquant de la ville et passant ses
vacances à la campagne… Aux yeux de tous les
petits copains qui m’avaient accepté, ainsi
d’ailleurs qu’à ceux de mes chers cousins de
2 ans mes aînés, j’avoue que la considération
qu’ils me portaient me laissait pour le moins
perplexe…
Plutôt du genre : « parigot… tête de veau »;
et moi tout heureux de leur rétorquer :
« cantalien… tête de chien ».
Hélas, d’avoir à l’époque voulu ne pas
paraître un pétochard a valu à ma chère
« mémé » le droit d’apaiser mes chagrins répétés
les plus inconsolables, ainsi que celui de
cautériser quelques bleus et quelques plaies
pourtant si superficiels… mais tout de même,
l’honneur restait sauf.
Cette femme était si brave et si courageuse.
Je la revois encore s’en aller le matin, vêtue de
noir quelle que soit la saison malgré son
apparente bonne humeur, chargée de linge sale
comme un mulet, faisant cinq ou six kilomètres
à pieds pour le laver. Le lavoir d’en haut du
bourg était à ces dames ce que le bistrot en face
de l’église était aux hommes le dimanche matin
après la messe… Un fabuleux lieu de rencontre
où des informations plus fraîches et plus
complètes que celles que l’on pouvait lire dans
16 Madame Newtree
la Montagne, journal du pays, fusaient sans
discontinuité !
– Tiens, M Untel est malade…
– Et Madame Machin, vous avez vu ce
qu’elle a fait ?
– Ah mais c’est le petit de la Marie-Louise
qui est venu nous rendre visite pour les grandes
vacances…
Etc. , etc. , etc.
Mais le pire se ressentait lorsqu’il y avait un
décès dans les alentours. On aurait dit qu’un
village entier venait de succomber à une maladie
venue d’on ne savait où…
Aussi saugrenu qu’il puisse paraître, mon trip
lors de mes divers séjours chez eux était de
moudre le café…
C’était tout un art et un véritable rite que
d’utiliser le moulin à café.
Il fallait tout d’abord bien doser la quantité à
mettre, tourner la manivelle jusqu’au dernier
grain et ensuite vider le tiroir plein jusqu’à la
moindre poussière de café ; le reste était du
ressort de ma grand-mère…
Et dire que certains voulaient ou auraient
voulu leur apprendre la vie !
Je pense encore aujourd’hui que ces gens-là
étaient, sans le savoir, des dieux personnifiés
venus sur notre belle planète afin d’y propager
le bien ainsi que d’inculquer aux autres la
signification de quelques mots tels que :
17 Madame Newtree
générosité, beauté de l’âme, élégance de l’esprit
ou encore mieux, simplicité.
Qui mieux qu’eux pouvaient nous apprendre
la vie, la vraie ?
Enfin, revenons donc à l’utopie que se faisait
ma mère de monter à Paris et quelles
perspectives allaient enfin s’offrir à elle qui
répugnait tant à sentir l’odeur de la bouse et du
lait caillé.
Elle avait été devancée deux ans auparavant
par son frère de quatre ans plus âgé qui lui avait
proposé une place chez lui le temps qu’elle
s’installe et qu’elle trouve ses marques. La
solidarité entre elle et lui était irréversible de par
le fait qu’ils avaient surmonté la pire des
épreuves qu’il soit donné de surmonter : la
guerre. Quelles peuvent être les pensées de
deux mômes d’une quinzaine d’années en
temps de guerre ? Et quels liens doivent se
créer !
Il habitait un vieil immeuble de la rue du
faubourg Saint-Denis dans le 10ème
arrondissement de Paris – quartier qui par la
suite me fit découvrir une vie qu’un enfant
aurait du mal à imaginer mais dont je me suis
quelque peu délecté – j’y ai d’ailleurs un jour
perdu autre chose que du temps à errer dans les
rues ! On y apprend beaucoup de choses ; la rue
est un très bon apprentissage à l’école de la vie !
Sans doute le meilleur.
18 Madame Newtree
L’appartement étroit mais ensoleillé qu’il
avait trouvé lors de sa venue en 1952 avait tout
le confort sur le palier : mais quel luxe et quelle
indépendance ! Grand et sec comme un
épouvantail dans un champ de blé qui ne ferait
fuir ni corbeaux ni corneilles, mon oncle avait
cet esprit avant-gardiste que l’on connaît aux
ambitieux qui désirent faire avancer le monde et
toujours aller de l’avant. Du haut de son mètre
95, il n’eut pas de mal à trouver, dès son arrivée,
un travail dans le transport et la manutention ;
les reliefs des immeubles mutilés et rasés ayant
pour la plupart gardé ce visage sinistre que leur
avait dessinés la guerre. Il n’eut donc aucune
difficulté à se motiver afin d’arriver à un
échelon social que la reconnaissance d’un labeur
dans sa cambrousse n’aurait jamais pu lui
conférer. Toutes les portes à toutes les idées
nouvelles étaient bonnes à prendre et à
recevoir… Il se lança donc dans la bataille du
relèvement et de la renaissance comme un
excité jusqu’au jour où il se posa un cas de
conscience auquel il ne s’attendait pas :
pourquoi construire pour détruire ? N’ayant pas
vraiment de réponse satisfaisante et adaptée, il
cessa dès lors de s’escrimer à atteindre le but
fixé et décida de mener une vie simple, pleine et
sans ambiguïté.
Sa prédisposition à se cultiver ainsi que sa
soif de connaissances lui permirent de
19 Madame Newtree
rencontrer des gens captivants à l’extrême et de
découvrir des sites célestes. En fait, je ne suis
pas sûr que sa vie fût réellement d’avoir quitté
ses racines corporelles aux fins d’un
imperceptible rang dont il se fichait
éperdument. Il était trop imprégné par la
simplicité et la vie des « paysans de chez lui »
pour s’intégrer psychologiquement à la vie
citadine… et à ses contradictions.
Ma mère avait donc squatté sa chambre, et
lui se retrouvait par conséquent confiné dans un
semblant de canapé en tissu rouge et jaune,
punaisé sur des planches en bois humide à
souhait – de part le fait de la porosité des murs
plâtreux –, dur comme du béton, et qui chaque
nuit lui brisait la colonne vertébrale (quelle
laideur !) ; je me demande aujourd’hui si ce
n’était pas tout bonnement deux planches qu’il
s’était débrouillé à adapter ! Mais quel bonheur
d’avoir une âme sœur et de voir un visage
connu dans un monde si hostile et virulent que
celui d’une grande cité, où l’on ne peut être
considéré autrement que comme un quidam
parmi tant d’autres. Il se plut à faire découvrir
Paris à ma mère et, plus tard, à tous les
« cantalous » de sa famille qui venaient le visiter
avec cette immortelle inquiétude et curiosité de
savoir comment il le vivait. Il avait cette fierté
des hommes qui se sont construits par eux-
mêmes et qui sont allés piocher leurs
20 Madame Newtree
connaissances de-ci de-là : a fortiori lorsqu’ils
débarquaient de leur bled paumé et qu’ils
croisaient et affrontaient le dédain et le regard
altier des citadins à leur encontre. La pièce où
résidait ma mère était bien évidemment la
chambre d’un célibataire et, par conséquent, la
touche féminine qu’elle y apporta ne lui fit que
du bien. Les murs, d’une fadeur et d’un flippant
inhospitaliers, ne le restèrent pas longtemps.
Elle égaya leur refuge et mon cher oncle
m’apprit par la suite qu’elle avait fait cela d’une
manière radicale et avant-gardiste : style un peu
de vert par-ci, un peu de bleu par-là, et un peu
de rouge, et un peu de jaune ; c’était la fête.
Mon cher tonton, assez réfractaire à ce « nouvel
art », ne s’arrêtait pas trop sur ses actes
impressionnistes à la « Dali » ; ses yeux ne
regardaient que le bonheur de sa sœur à l’idée,
comme lui quelques temps auparavant, de
conquérir Paris.
À cette époque, il y avait dix emplois pour
une personne. Elle n’eut donc aucune difficulté
à trouver un poste dans une épicerie en tant que
vendeuse.
Son niveau scolaire, comme celui de
beaucoup d’enfants de paysans de l’époque, ne
lui permettait pas de prétendre à autre chose
qu’un poste primaire, mais à cette époque la
réunion de son salaire avec celui de son frère
suffisait à les faire vivre. Loin de vouloir se
21 Madame Newtree
cantonner à ce genre de boulot, elle s’inscrivit
donc à des cours du soir afin d’acquérir une
certaine instruction car chez elle, passé 12 ans,
l’école finissait et le gardiennage et la traite des
vaches commençaient. Au bout de quelques
temps et de quelques concessions, elle parvint à
se faire embaucher dans une société
immobilière en temps que secrétaire… Elle y
passera quarante ans !
Quelques temps passèrent et un jour mon
oncle lui fit la surprise de ramener une
charmante personne qui allait devenir sa
femme… Aie quelle gaffe ! Il s’en rendit
compte quelques années plus tard, trois
exactement, et s’en mordit les doigts ; une vraie
cata – leur union bien sûr, pas cette ravissante
personne qui, si je me souviens bien, avait une
allure féline et séduisante, autrement dit, elle
était splendide… garce et salope mais splendide
– qui le mena tout droit au divorce !
Petite parenthèse :
Ces mots pouvant choquer certaines gens, je
tiens à préciser que ce ne sont pas les mots
d’origine mais la simple transposition d’un
vocabulaire traduit dans le langage d’un enfant
de l’époque à celui d’un adulte d’aujourd’hui !…
Le malaise fut que, quelques temps plus tard,
sa sœur lui emboîta le pas et fit la même
connerie avec, en prime, la naissance d’un
bambin… J’allais arriver !
22 Madame Newtree
Elle rencontra mon père lors d’une ballade
dans la forêt de Fontainebleau. La peau mate, la
moustache de cet homme ainsi que sa
nonchalance avaient été les premiers éléments
de son « craquos ». Il se nommait Jacques
Samonentsky ; ses parents avaient été déportés
et exécutés dans un camp de concentration,
mais, par bonheur, avaient réussi lors des
évènements à changer in extremis son
patronyme afin de lui en octroyer un qui fasse
plus français ; heu pardon, qui fasse moins juif !
Il faut dire qu’en cette période, il était devenu
une sorte d’engouement et de mode de
fréquenter un juif. Certainement de par la
compassion naissante chez les gens après une
telle oppression envers un peuple. Enfin,
quoiqu’il en soit, ils se marièrent en 1958 pour
divorcer en 1962. Ma mère pouvait quand
même se vanter d’avoir surclassé son frère en
durée… quatre ans contre trois et demi ! ! !
Youpi… Quelle consolation !
Mon père avait un frère de deux ans son
aîné : Maurice. Tous deux étaient inséparables
mais ce fut par la suite une personne avec
laquelle nos points de désaccord nous
emportaient jusqu’à une certaine violence
verbale. Je compatissais bien évidement avec les
souffrances qu’avait endurées lui et son peuple
mais j’avoue que ça me saoulait un peu de
l’entendre rabâcher les mêmes histoires comme
23 Madame Newtree
s’ils avaient, lui et mon père, été les deux seules
victimes de ces atrocités innommables. Nos
liens de famille ne parvinrent jamais à gommer
nos divergences. Il eut trois enfants que je
connus par la suite.
Bref, ce fut donc par une charmante matinée
grisâtre et pluvieuse, à l’aube du 23ème jour de
novembre de l’année 1959, que naquit Jean. En
d’autres termes, moi…
Mauvais départ : ma mère eut à affronter une
sortie par le bassin et le désagrément des
forceps avant de pouvoir apercevoir quel
diablotin venait au monde avec tant de
« caractère »… Son accouchement dura six
longues heures sans compter les jours de
douleurs précurseurs. Je ne me souviens plus si
èresa 1 réaction fut pour elle de me prendre et de
me poser délicatement sur son ventre mais je
pense qu’à sa place cela n’aurait pas été la
mienne. – Maman, rassure-toi, si c’est le cas, je
le comprends et je ne t’en veux pas ! –
Il semblerait que la douleur d’une naissance
soit plus éprouvante pour le bambin qui émerge
que pour la mère. Par bonheur et contrairement
à ma chère génitrice, – et c’est le cas pour tout
un chacun –, je n’en garde ni souvenir, ni
séquelle !
Je tenais donc par conséquent à faire mes
humbles excuses à maman ainsi qu’au corps
médical qui s’est occupé de me faire voir le jour,
24 Madame Newtree
pour les désagréments causés en cette terrible
journée !
Encore une petite parenthèse !
Ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi
lors d’un acte supposé extraordinaire et
prodigieux le supplice est si terrible… Et c’est
valable dans bien d’autres cas. Prenez par
exemple la sodomie… Hum quel pied n’est-ce
pas gentes dames et damoiselles ! C’est
certainement un des plaisirs charnels les plus
intenses qu’une femme puisse expérimenter
mais avant d’atteindre l’orgasme, on sait
pertinemment qu’il y a des « violences
physiques internes » très fortes qui se
produisent… Il apparaît donc que la douleur
serait, dans certains cas, une étape obligatoire
pour accéder à la satisfaction, le bonheur ou le
plaisir ! Loin de moi la pensée de me présenter
à vous comme un expert en matière d’orgasmes
féminins, mais les seules quelques relations que
j’ai eues lors d’ébats avec diverses représen-
tantes de la gente féminine ont confirmé et
renforcé mes pensées ; choquant comme
comparaison, non ?
13 septembre 1972… 7.40 am
– Allez bonhomme, il faut que tu émerges
maintenant sinon tu vas vraiment finir par être
en retard…
25 Madame Newtree
– Ouais, ouais encore deux minutes et
j’arrive.
Je n’ai jamais vraiment été passionné par
l’école, et la perspective d’aborder l’étape du
cycle secondaire de l’éducation nationale me
laissait plutôt de glace qu’enthousiaste. Pensez
donc, passer d’une maîtresse à une dizaine de
profs…
Les seules et uniques motivations qui, par la
suite, me donneront la hardiesse de me lever
seront ma Prof d’anglais et mes potes. Son nom
retentissait à mes oreilles comme une douce
mélodie et faisait vibrer mon corps des orteils
aux cheveux. Elle avait une allure si fringante et
une classe naturelle qui ne laissaient de marbre
ni les autres élèves, ni, je m’en rends compte
aujourd’hui avec le recul, les autres professeurs.
Sa tenue vestimentaire était d’ailleurs assez osée
pour l’époque ; plutôt du genre moins je porte
de fringues, moins j’ai de lessives à faire… Ses
jambes étaient interminables et son décolleté
m’a laissé coi plus d’une fois. Quel
désappointement lors de ses jours d’absence !
Madame Newtree, c’était son nom, avait une
manière bien singulière d’attirer l’attention de
ses lycéens ; elle s’asseyait sur le bureau déjà
surélevé par une estrade en bois, croisait ses
jambes, posait ses mains, bras tendus de chaque
coté de son buste et se penchait légèrement en
avant… Ça suffisait amplement pour obtenir le
26