Marabunta

De
Publié par

El Salvador, petit pays où la violence des maras, gangs centraméricains, fait rage. Esteban et Don Jorge, anciens guérilleros, optent pour les luttes politiques et sociales ; Mirian a signé un engagement avec la mara 18 ; Ana a quitté son milieu aisé pour rejoindre le bouillonnment des quartiers populaires. Une peinture crue d'une société à travers les destins croisés de quatre individus qui se démènent pour sortir de l'impasse dans un des pays les plus violents au monde.
Publié le : vendredi 1 février 2013
Lecture(s) : 16
EAN13 : 9782296515390
Nombre de pages : 222
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« Les rescapés iccrluiane t’dnuad creav u àaun ,ertnas es scéd à pidernir réveafimel s .uAllse pnen cut.aiurlese’n eC ib euq tatdrq eunep ul ss des mè les criernià tn servrapue quelqib lerér sam .eLmrse salent aigns crrerosli siam troM al :ntueoqovpra l engimafrèilS .e’e c ust cnepaom aev,zl set corai no les tocó ess tno su nu éngiró plaá To. maxid vi :nussmereite avpactlle ec eéc d pèsanavunt mil eti tnesnastit paysador, peE» laSvlérocec . ges ls,ramas de ecneloiv al ùo age.it r, faainsrécirtmac nenasgerllriuéteop, os ruop tnttul seleban EstDon et ,ea oJgrsng cneia n gnsiuné ng emega tneérriacoves politiques ets coaiel.sM riaianA .esirpme nosmin soé ttui q aamarl avacelb eous it set v 18 d tnq senollemenop paiulrtuarsie éoprur iluea si le bouiejoindreeu , erc réryhep Unefics.ntur peiep ed à art stit sets reervrlie ioés,sq aurt eniuatre destins crétéit à evarq srisal dtene’uoc s pay dess un dansaesi’pmedl it ror surpot enènémd es iuq sudividgue, dip socioloafldre tslieiR nodeonÉm. s nt mauv sueloiel slp ses aétude d’ieura v lEelSR . uNCu ans auxdeu écelle ùo rodavlaS l’Écolelômée deet stÉdud seH uancie Ses eesScn i tenégnaico selreo erimegq vuarle pu’ele.ubli :BNISa é utid éelp éhnomène des maraseC .mor s naoicogiloe qut es ple224-e -236879078 9-3-2











Marabunta























































© LHarmattan, 201
3

5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-29087-4
EAN : 9782336290874

Émilie

Ronflard









Marabunta

roman








LHarmattan

































Illustration

de

couverture

:

Aurélie

Ronflard



À

Carlos,

con

mucho

cariño,

por

nuestros

sueños,

por

todo

lo

que

crecimos

y

aprendimos

juntos;


À

Ga,

pour

ses

encouragements,

son

enthousiasme,

ses

conseils,

et

son

agaçante,

mais

combien

précieuse,

méticulosité

;


À

ma

maman,

correctrice

de

choc,

et

à

mes

parents

pour

le

socle

stable

des

valeurs

transmises

et

leur

tolérance

face

à

mes

choix

;


À

tous

les

compagnons

de

route

qui

mont

encouragée

et

qui

ont

accepté

de

relire

mon

texte

;


À

mes

«

perruquiers

»

;


À

lorganisation

Homies

Unidos

qui

ma

permis

de

pénétrer

un

peu

dans

lunivers

des

maras
,

les

gangs

dAmérique

Centrale

;



À

la

mémoire

de

Karla.

1

Ana

ricoche

depuis

des

années

dun

corps

à

un

autre,

dune

impulsion

à

une

autre.

Elle

sinjecte

de

grandes

doses

de

vie,

pure

et

sans

compromis.

En

roue

libre

sur

un

chemin

cahoteux,

plongée

dans

des

divertissements

anesthésiants

qui

la

laissent

souvent

esseulée.

Elle

prend

ses

shoots

chaque

soir

dans

les

rades

du

centre
Ȭ
ville

et

termine

invariablement

sa

tournée

à

lOlympe,

au

petit

matin.

Ce

jour
Ȭ


comme

les

autres,

elle

postillonne

un

bonsoir

capiteux

aux

rescapés

de

la

nuit

qui

saccrochent

au

comptoir.

Elle

éructe

sa

joie

dun

cri

guttural,

déformé

par

l
aguardiente
1
,

heureuse

de

sentir

une

telle

force

en

elle,

une

puissance

qui

ne

vacille

pas

malgré

lheure

tardive.

Des

effluves

douceâtres

flottent

dans

lantre,

mélange

du

foutre

et

de

la

pisse

projetés

sur

les

murs.

Ana

se

hisse

sur

la

scène



la

dernière

forme

vaseuse

vient

de

finir

de

se

trémousser.

Elle

empoigne

le

tube

en

acier

planté

au

milieu

de

la

plate
Ȭ
forme,

et

y

enroule

ses

jambes

pour

former

des

cercles

au

rythme

abrutissant

du

reggaeton
.

Elle

ne

voit

personne

et

semble

ne

1

L
aguardiente
,

ou

guaro
,

est

un

alcool

fort

à

base

de

sucre

de

canne,

bon

marché

et

très

populaire.

danser

que

pour

elle
Ȭ
même,

alors

même

que

les

regards

baveux

des

clients

dégoulinent

sur

chaque

parcelle

de

sa

peau.

Le

patron,

blasé

par

son

habituelle

prestation,

lui

tourne

le

dos

et

séloigne

pour

éteindre

la

musique.

Dépitée,

elle

descend

vers

larrière
Ȭ
salle

et

la

sororité

rude

de

jeunes

putes

qui

babillent

joyeusement.

Chaque

fois,

latmosphère

la

pénètre.

Elle

ne

sest

jamais

sentie

aussi

libre

que

dans

ce

harem

auquel

elle

prête

des

vertus

gynocratiques.

Elle

simagine

au

cur

dun

gigantesque

complot

clitorido
Ȭ
vaginal



le

sexe

féminin,

telle

une

plante

carnivore,

happerait

les

hommes.

Ceux
Ȭ
ci,

incapables

dassu
Ȭ
mer

le

poids

de

leurs

attributions

masculines,

déposeraient

leurs

armures

et

se

loveraient

dans

ses

poils

gluants.

Mais

le

seul

complot

qui

se

trame

pour

linstant,

parmi

ces

femmes

aux

formes

arrondies,

vise

à

se

soustraire

au

sodomite,

cet

habitué

à

la

queue

souillée.

Comme

souvent,

cest

Mirian

qui

sy

colle

:

dernière

débarquée,

dernière

servie.

Elle

arrange

encore

une

fois

les

copines,

qui

la

cajolent

pour

la

remercier

et

samusent

à

lui

pincer

les

tétons.

Parachutée

à

lOlympe

il

y

a

à

peine

un

mois,

Mirian

détonne

clairement

dans

le

milieu.

Ses

yeux,

dimmenses

billes

noires

effarouchées,

trébuchent

sur

les

visions

dantesques

qui

soffrent

à

eux

et

contrastent

avec

le

regard

blasé

des

autres

danseuses.

Une

mince

silhouette

et

une

jolie

vierge

de

Guadeloupe,

tatouée

sur

le

bras

gauche,

la

distinguent

des

autres

corps

nus.

Dès

son

arrivée

Ana

a

repéré

cette

fille,

comme

égarée

là,

dans

ce

bar,

et

elle

lanalyse

soir

après

soir

au

cours

dobservations

approfondies.

Alors

quelle
Ȭ
même

trouve

une

noble

grandeur,

une

beauté

cynique

dans

la

proximité

à

la

décadence

et

à

la

laideur,

Mirian

semble

y

écorcher

sa

sensibilité.

Elle

erre

dans

lunivers

mental

quelle

sest

tissé

pour

se

soustraire

à

un

réel

trop

agressif.

Les

cris

et

sifflements

des

buveurs

rebondissent

sur

la

sphère

ouatée



elle

senfouit.

Mais

des

rayons

de

conscience

transpercent

son

univers

de

douceur

comateuse

et

elle

étouffe

lentement.

Empêtrée

dans

les

filaments

roses

et

10

sucrés

de

ses

bons

sentiments,

elle

ne

parvient

pas

à

extirper

de

ses

tripes

cette

hargne

qui

lui

fait

tant

défaut.


Ce

matin
Ȭ
là,

Ana

se

décide

enfin

à

offrir

à

la

jeune

fille

de

la

raccompagner.

San

Salvador

séveille

à

peine,

mais

déjà

un

bruit

assourdissant

emplit

lair

pollué.

Des

micros
2

jouent

à

la

course
Ȭ
poursuite

et

transportent

un

bétail

humain

abruti

et

inerte,

agglutiné

à

lextrême

par

logique

de

rentabilité.

Seuls

maîtres

à

bord,

les

conducteurs

et

leurs

assistants,

les

cobradores
,

invectivent

à

la

ronde

leurs

passagers,

les

piétons

et

les

automobilistes.

Ils

ponctuent

leurs

injures

de

coups

de

klaxon

rageurs.

Dans

le

micro
,

les

hurlements

des

haut
Ȭ
parleurs

déversent

un

flow

qui

invite

à

prendre

dassaut

des

culs

triomphants.

Dopés

par

livresse

de

leur

course

virile,

les

chauffards

manquent

décraser

les

filles.

Elles

sabritent

sur

le

trottoir



elles

se

frayent

un

chemin

à

travers

les

vendeuses

ambulantes,

fardées

comme

au

carnaval.

Une

mer

de

soubrettes

aux

tabliers

colorés

qui

se

déverse

en

continu

sur

le

bitume

défoncé.

Après

un

rapide

trajet

en

bus

jusquà

Soyapango,

les

deux

filles

slaloment

encore

quelques

minutes

entre

les

ordures

qui

jonchent

le

sol

de

cette

proche

banlieue,

jusquà

linterstice



niche

le

quartier

de

Mirian.

Brusquement,

celle
Ȭ
ci

met

fin

à

la

conversation,

salue

Ana

dun

petit

signe

de

la

main

et

se

volatilise

à

lentrée

de

sa

colonie.

Le

quartier

de

Mirian

est

coincé

derrière

un

grand

centre

commercial

flambant

neuf,

une

colossale

machine

à

laver

monétaire.

Sa

famille,

comme

tant

dautres,

a

été

gentiment

délogée

à

la

matraque

pour

libérer

le

terrain

nécessaire

à

sa

construction.

Les

habitants

se

sont

réfugiés

sur

les

bords

dun

ravin,

au

fond

duquel

serpente

un

ruisseau

toxique.

Il

charrie

habituellement

des

tonnes

de

déchets

domestiques

et,

occasionnellement,

un

cadavre

en

décomposition.

Caché

derrière

un

mur,

le

quartier

se

découvre

au

détour

dun

virage,

au

bout

dune

rue

étroite

que

lon

nemprunte

pas

par

hasard.

Il

2

Au

Salvador,

nom

donné

aux

microbus

qui

sillonnent

le

pays.

11

est

composé

dun

labyrinthe

de

ruelles

au

dessin

rectangulaire

qui

aligne

des

rangées

de

blockhaus

aux

fenêtres

grillagées.

On

distingue

à

travers

les

jalousies

des

postes

de

télévision

et

des

chaînes

hifi

qui

trônent,

arrogants,

au

milieu

de

salons

aux

murs

en

briques

grossièrement

peintes.

Ces

objets,

payés

grâce

à

la

sueur

des

migrants,

sacrifient

au

culte

de

lapparence

une

partie

des

précieuses

remesas
,

ces

sommes

d
ȇ
argent

envoyé

en

masse

au

pays

depuis

létranger.

Afin

que

la

colonie

ne

contraste

pas

tant

avec

les

riches

ghettos

voisins,

truffés

de

gardiens

et

de

caméras

et

cernés

de

grillages,

on

la

dotée

dun

poste

de

police.

De

jeunes

gaillards,

prolixes

en

commentaires

éloquents

sur

la

gent

féminine,

y

somnolent

en

permanence

à

lombre

dun

arbre.

Ils

remplissent

parfaitement

leur

rôle

en

protégeant

la

riche

enclave

voisine

de

la

dangereuse

invasion

des

hordes

populaires.

Quelques

blocs

plus

loin

les

chuchos
,

les

jeunes

sentinelles

du

quartier,

surveillent

les

allées

et

venues

des

passants

et

des

flics.

Mirian

riffe
3

avec

les

doigts

et

hoche

la

tête

dans

leur

direction.

Son

pouce

rejoint

son

annulaire

pour

former

la

partie

basse

dun

huit,

son

majeur

en

dessine

avec

son

index

le

cercle

du

haut,

son

auriculaire

sallonge

en

arrière
Ȭ
plan

pour

figurer

le

un.

Signe

de

reconnaissance

du

groupe.

Elle

longe

une

façade

barrée

par

un

énorme

graffiti,

à

la

mémoire

des

frères

tombés

au

combat.

Trois

visages

masculins

sont

représentés

au
Ȭ
dessus

dune

tombe

encerclée

par

des

crânes

grimaçants.

Autour

du

nombre

XVIII

en

caractères

romains,

se

prélassent

des

filles

aux

poses

lascives.

Les

morts

narguent

avec

ironie

les

figures

symboliques

des

luttes

passées,

taguées

sur

le

mur

den

face

:

le

Che,

Schafik

Handal

et

Monseigneur

Romero
4

se

côtoient

dans

un

fraternel

amalgame,

sur

un

fond

rouge

agressif.

Funes,

placé

au
Ȭ
dessus

deux,

semble

revendiquer

cet

3

Néologisme

construit

à

partir

de

lespagnol

rifar

qui

signifie

réaliser

avec

les

mains

les

signes

de

reconnaissance

du

gang.

4

Che

Guevara,

le

révolutionnaire

marxiste

;

Schakik

Handal,

ancien

dirigeant

du

parti

de

gauche

Fmln

(Front

Farabundo

Martí

pour

la

Libération

Nationale)

et

Monseigneur

Romero,

ancien

archevêque

de

San

Salvador

et

défenseur

des

droits

humains.

12

improbable

héritage.

Sur

le

visage

du

candidat

de

gauche

à

la

présidentielle

est

plaqué

le

logo

de

son

parti,

déjà

à

moitié

effacé

par

les

pluies

tropicales.

Mirian

débouche

sur

un

petit

parc,

à

langle

duquel

se

trouve

la

maison

de

sa

mère.

Une

bande

de

gamins

tape

dans

un

ballon

en

plastique

crevé.

Dautres

menacent

de

sexploser

le

crâne

sur

un

vieux

toboggan

rouillé

pour

lequel

aucune

rampe

de

protection

na

été

prévue.

Parmi

les

mauvaises

herbes,

séchées

par

le

soleil

abrutissant,

ne

poussent

plus

que

les

emballages

des

churros

qui

engraissent

les

mômes

dès

leur

plus

jeune

âge.

Elle

saccorde

une

pause

cigarette

sur

le

perron

avant

dentrer

dans

les

deux

pièces

étouffantes



les

sept

membres

de

sa

famille

sentassent.

Dans

la

pénombre,

elle

bute

presque

contre

ses

trois

frères

et

sa

sur,

avachis

devant

lécran

de

la

télévision.

Tout

au

fond,

elle

aperçoit

sa

mère,

petite

femme

boulotte

et

énergique,

qui

prépare

les

pupusas

quelle

vendra

le

soir

sur

le

pas

de

sa

porte.

Après

avoir

broyé

les

grains

de

maïs

au

moulin,

elle

pétrit

à

présent

la

pâte

de

ses

mains

en

y

ajoutant

progressivement

de

leau.

Plus

tard,

elle

formera

une

boule

quelle

garnira

de

chicharrón
,

des

morceaux

de

peau

de

porc

grillés,

de

haricots

rouges

concassés

ou

dun

fromage

doux,

le

quesillo
.

Elle

aplatira

ensuite

habilement

la

boule

de

pâte

en

létirant

et

en

laffinant

entre

ses

doigts,

jusquà

former

une

galette

qui

dorera

sur

la

plancha.

Mirian

aide

sa

mère

à

préparer

le

petit
Ȭ
déjeuner

quotidien,

composé

de

haricots

rouges,

dufs

brouillés

et

de

bananes

plantains

frites

dans

lhuile.

Comme

tous

les

jours,

le

ménage

a

été

fait

dès

laube.

Le

linge

a

été

nettoyé

à

la

main

dans

létroite

pila
,

une

sorte

dévier

de

lavage

doté

de

deux

réservoirs

deau,

puis

étendu

dans

le

carré

de

terrain

situé

à

larrière

de

la

maison.

Doña

Doris

et

sa

fille

néchangent

que

de

rares

paroles

qui

touchent

exclusivement

aux

tâches

pratiques

quelles

effectuent.

Pour

éviter

les

écueils

qui

jalonneraient

une

conversation

plus

fouillée,

elles

évoluent

en

sous
Ȭ
marin.

Pas

un

mot

de

la

mère

sur

les

absences

nocturnes

de

sa

fille,

même

si

les

doutes

ont

depuis

longtemps

laissé

place

à

la

certitude.

Doña

Doris

ne

se

13

risque

jamais

à

aborder

ce

sujet

tabou

qui

souille

le

silence

dondes

négatives,

et

accepte

que

les

factures

se

paient

miraculeusement.

Pas

un

mot

non

plus

sur

le

père,

qui

na

pas

remis

les

pieds

chez

lui

depuis

plus

de

quarante
Ȭ
huit

heures.

La

mère,

résignée,

accepte

sans

se

décourager

lempilement

de

calamités.

Sa

Mirian

na

pas

un

mauvais

fond,

et

son

mari

est

certes

un

bon

à

rien

mais

il

ne

la

jamais

battue,

contrairement

à

celui

de

la

voisine.

Cette

dernière

pointe

justement

son

museau

à

la

porte

et

simpose

parmi

eux.

Drapée

dans

une

jupe

qui

lui

couvre

les

chevilles,

dun

tee
Ȭ
shirt

long

taché

aux

aisselles

et

la

chevelure

dissimulée

sous

un

voile

blanc,

elle

vautre

sa

graisse

dans

une

chaise

en

plastique

et

se

plaint

de

la

chaleur.

Sous

la

canicule,

les

relations

fermentent

et

virent

à

laigre.

Promiscuité,

désuvrement

et

pauvreté

gâtent

latmosphère

qui

se

charge

de

violentes

frustrations

et

damères

jalousies.

Loccupation

principale

des

femmes,

entre

deux

gueulantes

manifestations

de

foi,

consiste

à

colporter

les

derniers

ragots

et

à

tisser

ainsi

des

liens

tendus,

mais

solides,

dans

la

communauté.

La

commère

débite

des

banalités

pendant

cinq

minutes

puis,

sans

pouvoir

retenir

plus

longtemps

sa

jubilation,

elle

lâche

quon

vient

de

retrouver

le

père

de

Mirian

la

gueule

écrasée

contre

le

sol,

collante

de

gerbe,

deux

rues

plus

haut.

Fielleuse,

elle

précise

aussitôt

que

ce

genre

dévénement

ne

se

produit

jamais

parmi

les

fidèles

de

son

temple

qui

ont

formulé

des

vux

de

sobriété.

Le

visage

empourpré,

la

mère

de

Mirian

se

précipite

dans

la

rue

pour

récupérer

son

mari,

accompagnée

de

deux

voisins

qui

porteront

la

masse

flasque

du

gros

homme

sur

leur

dos.

Habituée

à

lalcoolisme

de

son

mari,

elle

ne

supporte

pourtant

pas

que

sa

déchéance

soit

rendue

publique.

La

honte,

plus

que

langoisse,

la

tenaille

au

point

que,

bravant

sa

peur,

elle

rôde

parfois

la

nuit

dans

les

rues

à

la

recherche

de

lhomme

quon

lui

a

donné.

Cette

fois,

il

a

reçu

des

coups,

et

un

long

filet

de

sang

épais

et

noirâtre

dégouline

sous

son

il

amoché.

À

contrecur,

elle

ravale

sa

fierté

et

prie

dune

voix

faible

les

voisins

de

le

transporter

au

centre

de

santé.

Elle

sarme

de

14

patience

à

lidée

des

heures

quelle

passera

à

attendre

que

son

mari

reçoive

une

attention

pressée

et

des

soins

standardisés.

En

labsence

de

sa

mère,

Mirian

se

charge

de

déposer

les

enfants

à

lécole.

Une

flaque

de

sang

finit

de

sécher

sur

le

sol

à

cent

mètres

de

lentrée

de

létablissement

;

elle

alimentera

les

conversations

du

quartier

pendant

quelques

jours.

Jusquaux

prochaines

représailles.

Les

élèves

de

laprès
Ȭ
midi

déambulent

dans

les

rues,

comme

ces

chiens

sans

collier

qui

grouillent

dans

le

quartier

et

qui

servent

à

loccasion

de

boucs

émissaires

aux

habitants.

Ceux

du

matin

jouent

dans

la

minuscule

cour

de

récréation.

La

cloche

sonne

et

les

écoliers

se

ruent

dans

leur

classe.

Ça

piaille

de

tous

côtés

et

le

bruit

se

propage

entre

les

minces

cloisons

des

salles



samoncèlent

les

enfants

agités.

Les

livres

scolaires

sont

jetés

sur

les

tables.

Bardés

de

principes

moraux

et

de

recommandations

paternalistes,

ils

éduquent

efficacement

les

futurs

citoyens.

Mirian

abandonne

les

enfants

à

la

maîtresse

débordée

et,

libérée

de

cette

marmaille

bruyante,

rentre

enfin

profiter

de

quelques

heures

de

sommeil.

Plus

tard,

elle

rejoindra

Lidia,

son

amie

denfance.

Le

reste

de

la

journée

se

délitera

sans

but,

entrecoupé

de

visites

qui

réalimenteront

le

feu

déclinant

de

la

conversation.

15

2

Plantée

sur

une

colline

qui

domine

San

Salvador,

la

grande

demeure

fixe

de

ses

deux

yeux

vitrés,

coiffés

dun

casque

de

barbelés,

lagitation

de

la

ville

en

contrebas.

De

lancienne

plantation

de

café

sur

laquelle

a

été

bâtie

la

maison,

il

ne

reste

rien.

Les

terrains

alentour

ont

peu

à

peu

été

vendus

pour

engranger

dexcellentes

plus
Ȭ
values.

Les

rares

parcelles

disponibles

sarrachent

aujourdhui

à

prix

dor,

du

fait

dune

urbanisation

galopante

qui

menace

de

transformer

le

petit

pays

en

une

gigantesque

métropole.

Le

grand
Ȭ
père

paternel

a

su

anticiper

la

crise

du

café

et

sest

reconverti

à

temps

dans

le

commerce.

Il

a

légué

à

son

fils

son

empire,

une

chaîne

de

magasins

de

matériel

électroménager.

Le

père

dAna

sest

longtemps

reposé

sur

cet

héritage,

se

contentant

de

le

conserver

à

lidentique,

à

moindre

coût.

Ce

nest

que

récemment,

quand

une

baisse

de

ses

bénéfices

a

remis

en

cause

son

train

de

vie,

quil

a

investi

dans

le

sauvetage

de

lentreprise.

Il

a

délégué

le

gros

de

la

gestion

de

ses

affaires

à

des

requins

peu

scrupuleux,

ce

qui

lui

garantit

de

larges

plages

de

liberté

quil

met

à

profit

pour

se

délasser

dans

son

ranch

de

la

Costa

del

Sol,

ou

rejoindre

ses

amis

dans

des

clubs

privés.

Sa

femme,

quinquagénaire

flamboyante,

hante

les

soirées

mondaines



elle

parade

comme

une

poule

russe

sur

la

perspective

Nevsky.

De

méchantes

rhinites

chroniques,

contractées

dans

les

malls

climatisés,

ces

centres

commerciaux

quelle

affectionne

tant,

la

privent

malheureusement

à

intervalle

régulier

de

ces

soirées

prestigieuses.

Le

couple

gratifie

le

commun

des

mortels

dun

mépris

arrogant,

enrobé

dune

épaisse

couche

dindifférence.

Une

séance

dachats

frénétique

ou

une

escapade

à

Miami

dissipent

les

éclairs

dinquiétude

qui

les

frappent

lorsquils

entrevoient

le

gouffre

dans

lequel

leur

pays

senfonce

lentement.

Alimenté

par

un

individualisme

aigu

et

un

égoïsme

compulsif,

ce

délabrement

apathique

est

globalement

accepté

comme

une

destinée

inéluctable.

Lenjeu

principal

consiste

à

améliorer

le

sort

du

condamné

à

coups

de

dollars

injectés

au

pays

depuis

les

États
Ȭ
Unis.

La

violence,

omniprésente,

exté
Ȭ
riorise

le

rongement

à

luvre

dans

les

entrailles

dune

société

en

déliquescence.

Ses

parents,

attentifs

envers

leur

fille

unique,

vitrine

de

leur

succès,

lont

aiguillée

vers

la

voie

balisée

qui

prépare

à

lentrée

dans

la

bonne

société.

Dès

son

plus

jeune

âge,

Ana

a

étudié

au

lycée

américain,

garderie
Ȭ
bunker

pour

gosses

de

riches

présomptueux,

assurés

de

leur

avenir

avant

même

leur

naissance.

Mais

la

gamine

rebelle

a

vite

délaissé

les

salles

de

classe

et

anéanti

les

espoirs

parentaux

pour

suivre

lécole

de

la

rue.

Faussant

compagnie

à

sa

bonne,

elle

multipliait

les

escapades

buissonnières

et

explorait

un

nouveau

territoire,

autour

de

la

mal

nommée

Place

de

la

Libertad.

Véritable

cour

des

miracles,

lendroit,

situé

au

cur

de

San

Salvador,

con
Ȭ
centre

une

faune

bigarrée

de

corps

jetés

à

terre

par

la

misère,

de

types

hagards

en

quête

de

mauvais

coups,

denfants

des

rues

carburant

à

la

colle,

de

vendeuses

vulgaires

à

la

gouaille

féroce,

de

badauds

pressés

et

méfiants,

dévangélistes

touchés

par

la

grâce

et

de

travailleurs

fatigués.

Ana

a

nourri

son

adolescence

de

ces

escapades

à

accoutumance

dans

ce

monde

luxuriant,

fascinant,

dans

lequel

elle

se

perdait

avec

délectation

avant

de

rejoindre

le

morne

confort

de

sa

maison

bourgeoise.

Ces

aventures

lalimentaient

en

adrénaline,

vitale

pour

échapper

à

la

torpeur

qui

semparait

delle

dès

que

lexcitation

retombait.

À

lépoque,

Ana

se

contentait

de

sonder

à

distance

cette

masse

populaire,

ce

reflet

de

lhumaine

monstruosité.

Dédoublée,

17

écartelée

entre

deux

univers,

la

limite

dabord

nette

entre


Ȭ
bas

et

ici,

entre

rêve

et

réalité,

sévapora

peu

à

peu.

Ses

immersions

répétées

dans

les

tréfonds

de

la

ville

finirent

par

fendiller

sa

paroi

protectrice,

et

celle
Ȭ
ci

se

brisa

complètement

quand

ses

parents

découvrirent

sa

bisexualité.

On

la

vira

du

domicile

familial

et

son

identité

se

fragmenta

en

une

multitude

déclats.

Les

débris

de

verre

coupèrent

la

plupart

des

fils

ténus

qui

la

reliaient

encore

à

sa

famille

et

à

sa

classe

sociale.

Désormais,

elle

ne

fonctionne

que

guidée

par

des

impulsions

transmises

par

un

cerveau

aux

humeurs

versatiles,

errant

dans

un

purgatoire,

entre

fantaisie

et

folie.

La

recherche

dexpériences

inédites

rythme

ses

journées

et

y

distille

un

parfum

daventures

fanées.

Pourtant,

la

quête

de

nouveauté

risque

sans

cesse

de

basculer

dans

la

routine

;

linattendu

se

tapit

dans

lombre

et

lui

échappe.

Le

recours

ponctuel

aux

drogues

vient

à

son

secours

quand

le

décollage

euphorique

tarde

à

se

faire

sentir.

Le

sexe

aussi.

Ana

revendique

le

droit

à

la

séduction

brutale,

à

linconstance

la

plus

complète,

à

la

jouissance

sans

complexes.

Elle

donne

son

corps

sans

grands

critères

dexigence,

de

préférence

aux

personnes

qui

ne

lui

plaisent

pas.

Mais

si

elle

accepte

leurs

requêtes

crasseuses,

elle

exige

de

mener

le

jeu,

denvoyer

sa

mouille

et

ses

orgasmes

à

la

tête

de

ceux

qui

la

traitent

de

pute

et

sont

si

sûrs

de

la

dominer.

Omniprésente,

même

au

cur

du

coït,

la

solitude

la

ravage

pourtant

de

lintérieur.

Elle

néchappe

à

cette

compagne

envahissante

quen

nouant

des

relations

interpersonnelles

précaires.

Elle

défie

les

autres

dans

un

face

à

face

épuisant



elle

sévertue

à

jongler

avec

des

masques

qui

pèsent

lourd

et

lui

marquent

le

visage,

mais

qui

lui

permettent

de

ne

jamais

se

livrer

entièrement.

Elle

ne

parvient

à

se

reconnaître

entièrement

dans

aucun

des

modèles

quon

lui

propose,

et

les

rejette

au

profit

de

la

liberté

de

ne

suivre

aucun

code,

de

marier

les

contradictions

et

de

nabandonner

aucun

fragment

de

son

être.

18

3

Esteban

Consuelo

débarque

un

samedi

à

la

gare

routière

de

lEst.

Tout

lui

tend

les

nerfs.

Les

vendeurs

ambulants

haranguent

la

foule

et

lui

collent

au

nez

leurs

produits

hétéroclites

:

bonbons,

cartes

du

Salvador,

sous
Ȭ
vêtements,

cigarettes

Les

cobradores

le

hèlent

au

passage

en

braillant

le

nom

de

leur

destination

:

San

Miguel

!

La

Unión

!

Santa

Rosa

!

Chalatenango

!

Et

des

mendiants

à

la

voix

éraillée

le

supplient

pour

un

peu

de

monnaie.

Une

fumée

opaque

séchappe

des

pots

déchappement

et

lui

irrite

la

gorge.

Sans

sattarder

plus

longtemps,

il

saute

dans

un

bus

pour

atteindre

sa

destination

finale

:

Soyapango.

En

quête

dun

emploi,

il

a

repris

contact

quelques

jours

auparavant

avec

un

compagnon

de

lutte

installé

dans

la

capitale.

Don

Jorge,

de

trente

ans

son

aîné,

est

un

vieux

guérillero

à

la

barbe

blanche

et

à

lhumeur

toujours

égale,

qui

partage

avec

sa

fille

une

maison

de

tôles

croulantes

encombrée

de

bibelots

bon

marché.

Une

odeur

de

pain

récemment

sorti

du

four

accueille

Esteban

à

son

arrivée.

Le

vieil

homme

le

serre

longuement

dans

ses

bras

et

se

réjouit

de

le

voir

intégrer

la

maison.

Il

cherchait

une

personne

de

confiance

pour

lépauler

et

laider

à

développer

son

affaire.

Ses

rentrées

dargent,

trop

modestes,

le

condamnent

à

un

mode

de

vie

frugal

qui

ne

lincommoderait

pas

tant

sil

navait

de

lambition

pour

sa

fille

Maya.

Celle
Ȭ
ci

montre

des

facilités

scolaires

surprenantes

et

Don

Jorge

sest

promis

de

laider

à

payer

ses

frais

universitaires.

Au

décès

prématuré

de

sa

mère,

les

responsabilités

lont

accaparée

et

la

maturité

la

emportée

trop

tôt

hors

de

lenfance

et

a

étouffé

en

elle

tout

germe

dinsouciance.

Mais

elle

a

sauvé

de

ses

jeunes

années

le

rêve

de

poursuivre

ses

études,

et

son

père

la

soulèvera

de

terre

pour

quelle

latteigne.

Le

vieil

homme

la

présente

à

son

nouvel

employé

puis

il

invite

celui
Ȭ
ci

à

sinstaller.

Esteban

accroche

son

hamac

dans

le

salon

et

dispose

ses

maigres

biens

dans

un

recoin

de

la

pièce.

Dès

le

lendemain,

il

se

met

au

travail

et

absorbe

rapidement

les

techniques

de

pétrissage

et

de

façonnage

du

pain

français

et

des

nombreuses

variétés

de

pains

sucrés.

Dès

la

deuxième

semaine,

il

a

parfaitement

intégré

le

rythme

exténuant

de

la

maisonnée.

Les

journées

démarrent

à

quatre

heures.

Il

se

lève

et

se

dirige

somnolant

vers

la

cour



se

trouve

le

four

acheté

grâce

au

dérisoire

pécule

concédé

par

l
Onusal
5

pour

faciliter

la

réinsertion

de

Don

Jorge.

À

lépoque,

de

colossales

sommes

dargent

ont

afflué

de

létranger

vers

le

petit

pays

dévasté

par

la

guerre.

Les

organisations

non

gouvernementales

ont

proliféré

et

se

sont

empiffrées

de

cette

manne.

Cette

bourgeoisie

de

lhumanitaire

saccroche

depuis

lors

à

ce

business

aussi

rentable

quinefficace.

Don

Jorge

a

toujours

refusé

de

rejoindre

une

quelconque

organisation

et

a

préféré

monter

son

humble

affaire

pour

préserver

son

indépendance.

Il

se

méfie

encore

maintenant

de

ceux

qui,

parmi

ses

anciens

compagnons

darmes,

ont

choisi

de

rejoindre

les

ONGs

et

sillonnent

désormais

le

pays

en

4x4

rutilants.

Leurs

micro
Ȭ
projets,

souvent

peu

adaptés

aux

besoins

et

aux

modes

de

fonctionnement

locaux,

craquèlent

dès

que

les

humanitaires

se

retirent

du

5

Mission

des

Nations

Unies

destinée

à

surveiller

la

mise

en

application

des

Accords

de

paix.

Ces

accords

prévoyaient

une

aide

financière

pour

les

combattants

démobilisés.

20

terrain.

Daprès

lui,

les

projets

doivent

naître

de

la

population

et

être

portés

par

elle.

Il

est

persuadé

que

détonnantes

réussites

sont

possibles

sans

détenir

de

faramineux

moyens

financiers.

Un

précepte

quil

a

choisi

de

mettre

en

uvre

à

son

échelle,

dans

son

quartier,



ses

voisins

le

consultent

fréquemment.

Ils

lui

exposent

leurs

doléances,

qui

relèvent

autant

de

lintérêt

collectif

que

de

la

sphère

privée.

Don

Jorge

écoute

chacun

avec

une

égale

attention

et

agit

avec

une

sagesse

reconnue

par

tous.

Tous

les

jours,

vers

six

heures

du

matin,

Esteban

se

rend

à

pied

dans

un

vaste

terrain

squatté

depuis

peu.

Les

familles

sorganisent

et

envoient

à

tour

de

rôle

un

de

leurs

membres

dans

un

abri

de

fortune

fabriqué

en

urgence.

Peu

importe

la

précarité

de

leurs

installations,

limportant

est

doccuper

le

terrain

et

de

faire

pression

sur

le

gouvernement

pour

obtenir

un

acte

de

propriété.

Esteban

réalise

quelques

ventes

auprès

de

ces

occupants

illégaux

avant

démerger

dans

une

autre

zone,

aux

constructions

en

dur.

Il

séreinte

à

crier

Francccceeeeessssss

!

pour

annoncer

sa

présence.

Quand

on

lui

fait

signe,

il

glisse

le

pain

français

entre

les

barreaux

des

grilles

dentrée

des

maisons

pour

recueillir

quelques

pièces

en

retour.

Avant

de

rentrer,

il

fait

un

crochet

par

le

square,

pour

cacher

une

partie

de

ses

gains

dans

son

slip.

De

manière

presque

systématique,

de

petites

mains

le

rançonnent.

Il

vend

sur

le

territoire

de

la

18,

elle

prélève

donc

un

pourcentage

sur

ses

gains,

comme

elle

le

fait

avec

tous

les

commerçants

du

secteur.

La

routine,

à

San

Salvador

comme

dans

le

reste

du

pays.

Son

allure

efflanquée,

copie

conforme

de

celle

des

étudiants

gauchistes

à

la

dégaine

de

hippies

de

lUniversité

Nationale,

désigne

Esteban

comme

une

proie

facile.

Âgé

de

quarante

ans,

on

ne

lui

en

donne

pas

plus

de

trente.

Mais,

si

son

apparence

éveille

dabord

les

sourires

narquois

de

ses

interlocuteurs,

il

force

le

respect

dès

quil

ouvre

la

bouche.

Il

dégage

alors

une

séduction

verbale

et

une

assurance,

renforcées

par

sa

faculté

à

sidentifier

à

ses

interlocuteurs.

Esteban

adresse

la

parole

aux

pandilleros
6

avec

une

politesse

distante,

sans

jamais

6

Membres

dune

pandilla
,

cest
Ȭ
à
Ȭ
dire

dun

gang.

21

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