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Marie Roland & Sophie Grandchamp Deux femmes sous la Révolution
Danièle ROTH
Marie Roland & Sophie Grandchamp Deux femmes sous la Révolution
roman
L’HARMATTAN
« Séparez madame Roland de la Révolution, elle ne paraît plus la même. »
Le comte Beugnot, Mémoires
– Si j’ai connu madame Roland ? Oui et non. Je vois bien que la réponse évasive irrite mes interlocuteurs, de vagues connaissances qui, depuis la parution de tes mémoires,veulent te connaître mieux. Mais je m’y tiens, quelle que soit la nature de leur intérêt. J’ai à présent l’oreille et l’œil exercés, au ton de la question et à l’expression du visage, je la sais. Me regarde-t-on avec une certaine douceur non jouée, tout en évitant comme par décence de donner dans le larmoyant, j’en conclus à la compassion sincère pour la victime que tu fus ; tu étais sur le chemin des tyrans, tu les gênais, ils ont condamné mon amie courageuse. Et des milliers encore, le sang répandu par la Terreur a toujours sa couleur rouge vif, il n’est pas près de sécher. Tous ne surent pas mourir comme toi, qui les blâmerait ? Un ton insidieux, un regard coulé de biais trahissent à ne pas s’y méprendre la volonté de satisfaire une curiosité malsaine, souvent soulignée par le « m’a-t-on dit » de la rumeur : une femme s’était départie de cette réserve pro-pre à son sexe, elle était sortie de la sphère du privé, qu’on dit être son espace naturel, elle s’était mise en avant, avait lutté parmi les hommes et avec leurs armes, c’est assez pour qu’on la condamne et reprenne les calomnies duPère Duchesne, avalées naguère par le peuple comme une mauvaise eau de vie.
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Une neutralité sèche, enfin, un air de détachement serein, voilà une personne animée par le souci de vérité historique : c’est assurément déjà de l’histoire, cette poi-gnée d’années qu’on vient de vivre depuis 1789, histoire écrite à la hâte, dans la fébrilité : l’enthousiasme révolu-tionnaire d’abord, ardent et généreux, brouillon aussi ; la violence froide bientôt, à des fins de domination absolue et personnelle.
– Oui et non ? On me regarde d’une façon appuyée, diversement interprétable : je voudrais cacher ma relation dans le proche passé avec la patriote martyre et ce groupe de révolutionnaires quasiment de la première heure, ces girondins nombreux à avoir payé de leur vie leur foi républicaine ? Qu’avais-je à craindre, les horreurs terro-ristes n’avaient-elles pas pris fin avec Thermidor et la chute de Robespierre ? et si l’on guillotine encore, c’est pour arrêter le carnage, n’est-il pas vrai ? Je ferais bien remarquer que cela fait près de quatorze cents personnes en moins de deux mois depuis la mi-juin… la Terreur n’aurait-elle pas changé de côté ? Cela je le garde pour moi, il m’a semblé entendre comme une menace. C’est que je n’ai pas ta force d’âme, Marie. Même si tu m’as, vers ta fin et par cette fin même, exhaussée de quelques pouces.
– Oui et non… Je me fais violence et poursuis un peu : – J’ai connu, oui, connu intimement, une femme des plus séduisantes, une femme rare, que je n’ai, moi, jamais appelée autrement que Marie. Pourquoi en dire plus, la qualité de notre relation est toute là. Toi-même avais donné le ton, tu m’avais appelée « Sophie»,Grandchamp »laissant d’emblée tomber le «
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