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Matthéa

De
100 pages
La petite Matthéa grandit dans un milieu rural dominé par le travail et la rudesse et devient une femme à qui le bonheur sera ôté, l'enfermant dans une spirale douloureuse. Matthéa est le récit d'une vie marquée par la différence et l'incompréhension. Ce qui passe pour de la méchanceté est ici le résultat d'un malheur qui n'est ni ressenti ni exprimé.
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Renée Guillaume
Matthéa Une vie torturée
Matthéa Une vie torturée
Collection « Vivre et l’écrire » dirigée par Pierre de Givenchy Voir en fin d’ouvrage la liste des titres de la collection
Renée Guillaume
Matthéa Une vie torturée
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00587-4 EAN : 9782343005874
PROLOGUE
11 mai 2011 L’au-delà reflète-t-il la vie d’ici-bas ? Si nous emportons à l’instant du passage notre brassée d’existence, se dispersera-t-elle dans un espace inconnu ? Le reflet restera-t-il immo-bile ? Ou se mouvra-t-il avec une légèreté de souffle ? Qu’y deviendra Matthéa à la vie torturée dès l’enfance ?
7
La petite ferme se terrait au fond d’un creux au bout d’un sentier abrupt qui menait à la route. Adossée à la forêt, son toit émergeait à peine, sa façade grise découpait sur le vert sombre un rectangle bas. Deux petites fenêtres, une porte étroite en signaient l’humble statut : l’habitation du métayer. L’étable la prolongeait sur la droite, jouxtant la maison quasi jumelle d’un petit agriculteur propriétaire de son modeste bien. Un chien tirait sur sa corde pour écarter les poules trop hardies qui venaient le narguer. Ce brouillamini de cris ani-mait la maison, car soudain, une voix d’enfant clamait: « Médor, la paix. Et vous, les poules, fichez le camp plus loin. Y a pu’ rien à gratter ici. » Elle frappa énergiquement dans ses mains, et ses deux nattes noires se secouèrent en cadence. Petite, maigre, brune de peau et de cheveux, quel âge pouvait-elle avoir ? Plus ou moins de dix ans ? Une paysanne corpulente à l’air timide et doux s’avança sur le seuil et prit gentiment la fillette par l’épaule. « Voyons, Matthéa, te mets pas en rogne. » La fillette se retourna, l’air furieux. «Oh, toi, M’man, j’faisais rien d’mal. T’es tou-jours su mon dos. - Mais non, ma fille, mais non. J’te grondais pas. T’agite pas, c’est tout. » La mère et la fille formaient un contraste absolu. L’une blonde, paisible, plutôt souriante, l’autre, visage anguleux et grincheux, comment s’entendaient-elles ? Matthéa se mit à taper du pied en grimaçant et en tirant sur ses nattes. Puis elle se jeta par terre et se roula sur le sol. Entre ses cris, on distinguait à peine des mots humains. La mère se précipita pour la relever, la prit dans ses bras avec des « là, là, ma mignonne » qui, semblait-il, surexcitaient la fillette, la poussaient à se débattre plus violemment. « Allons, viens. Un bon bain froid te fera du bien ». Sur ces mots, la mère réussit à la pousser à l’intérieur. On enten-dit des éclaboussures d’eau. Peu à peu, les cris s’apaisèrent 9