Mc Beth (épisode 1)

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Découvrez la vie de Julius Mc Beth, sa jeunesse, les drames de sa vie, l'édification de son empire, son voyage du génie à la folie et sa fin tragique dans un asile de Chicago. La carrière de Julius Mc Beth, chirurgien de génie, se termine dans le sous-sol de son château par le masacre de Joseph Falcone. C'est Helen Remington, la disciple du milliardaire qui y met fin. Mc Beth meurt deux mois plus tard dans un asile de la ville. Les différents protagonistes de cette affaire racontent leur histoire avec ce fou génial....
Publié le : mardi 17 mai 2016
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EAN13 : 9791032500279
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Ingus ad92943

Mc Beth (épisode 1)

Julius & Markus

 


 

© Ingus ad92943, 2016

ISBN numérique : 979-10-325-0027-9

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Chapitre I.

MC Beth contre MC Beth.

 

 

Je m’appelle Matthew Britch, je suis gardien à la prison centrale de Chicago depuis vingt cinq ans déjà. A l’époque, mon père, paix à son âme, me disait que j’avais trouvé un travail sûr, un travail d’avenir, qui ne cesserait que lorsqu’il ne resterait plus qu’un seul homme sur terre. Je me rends compte aujourd’hui à quel point il avait raison ! Je me rappelle très bien du jour où j’ai été engagé par l’ancien directeur, Monsieur Owen, comme si c’était hier. Je l’entends encore me parler de psychologie, de la méthode « Owen », disponibilité, anticipation et écoute des détenus, ses sacro- saints leitmotivs ! J’ai vu défiler des milliers et des milliers de détenus tout au long de ma longue et impitoyable carrière, des braqueurs de banques, des violeurs, des tueurs de femmes, des tueurs en série, des condamnés à mort qui attendaient de longues années avant de passer sur la chaise. Plus récemment, j’ai vu des tueurs d’enfants, des pédophiles et autres détraqués sexuels, des terroristes, des trafiquants en tous genres, des femmes qui battaient leur bébé à mort et toutes sortes de dérives et de dégénérescences dues, en partie au moins, à l’évolution de notre société. Je pensais donc avoir tout vu en matière de délinquance et de cas pathologiques incurables, mais malheureusement, je me trompais sûr toute la ligne, car il y a un peu plus de trois mois, je suis devenu le gardien attitré de Julius Mc Beth. Je ne sais pas vraiment comment vous parler de lui, je ne sais même pas si je dois en parler, parce qu’il est, abominable ! Il a dépassé toutes les limites de l’abomination, au point que quand je repense à son histoire, cela me glace le sang dans les veines. J’ai quasiment peur de parler de lui, car c’est un psychopathe, un fou de la pire espèce, un peu comme un de ces dictateurs assoiffés de sang dont on n’ose plus prononcer le nom, même lorsqu’ils sont morts, de peur de les voir resurgir du fin fond des ténèbres ! Lorsque je me mets à parler de lui, au bout d’un moment, j’ai la désagréable impression de l’aimer, d’avoir de l’admiration pour lui, d’être son bourreau, d’être coupable de ses crimes, alors que je le hais pour tout ce qu’il a fait, pour tout ce qu’il s’est infligé, et surtout, pour m’avoir choisi comme gardien. J’ai passé trois mois avec lui, en permanence, trois longs mois durant lesquels j’ai vu et entendu les choses les plus abominables que l’on puisse voir ou entendre. Mais maintenant, c’est terminé, définitivement !

 

La première fois que je l’ai vu, il était sur un fauteuil roulant, il avait les deux jambes dans le plâtre, c’est son majordome qui poussait son fauteuil et deux autres domestiques qui portaient les affaires personnelles de leur maître. J’étais étonné de voir un homme pareil arriver dans un pénitencier comme on arrive dans un grand hôtel de luxe, je trouvais qu’il avait beaucoup de classe, il s’exprimait d’une façon tellement inhabituelle, d’un langage qui n’existe pas dans une prison, que je fus impressionné au point que ma première pensée fût : « Il doit y avoir un malentendu, cet homme ne peut pas être coupable des crimes dont on l’accuse ? » Mais déjà son influence maléfique faisait effet sur moi, avant même que nous ne fassions connaissance, comme elle avait dû le faire sur des centaines de personnes avant moi. Cette classe naturelle insolente, son intelligence rare et sa façon invariable de parler, quoi qu’il fasse, qu’il séduise, qu’il tue, qu’il mutile, qu’il aime ou qu’il haïsse, me fascinait ! Voilà, le mot est lâché, cet homme me fascinait déjà avant que nous ne fassions connaissance ! Il faut dire que Julius Mc Beth n’était pas n’importe qui, je dirais même qu’il était connu comme le loup blanc, non seulement à Chicago ou dans l’Illinois, mais dans le pays tout entier. Il était le symbole de la réussite absolue, d’une réussite fulgurante comme il n’y en avait encore jamais eu avant. Il avait entamé des études de médecine avec la ferme intention de devenir chirurgien. Il devint chirurgien, le meilleur de tous les États-Unis d’Amérique. Son père, Albert Mc Beth, venu d’Europe juste après la Seconde Guerre mondiale, était lui-même un chirurgien de grande renommée avant de se faire supplanter par son propre fils. Il se suicida par désespoir, exaspéré par les propos tenus par Julius lors d’une interview au New York Times dans laquelle , le chirurgien révolutionnaire n’hésitait pas à affirmer que son père faisait désormais partie d’une médecine révolue, tout juste bonne à opérer des amygdales et à recoudre des appendicites. C’est ainsi qu’Albert Mc Beth, humilié verbalement et publiquement avec le plus grand mépris, devint la première victime de son fils démoniaque dont la soif d’hégémonie était telle qu’il ne pouvait en aucun cas imaginer un seul instant de partager la première place avec qui que ce soit, pas même avec son père, ou plutôt, surtout pas avec son père ! Le jeune prodige Mc Beth continua alors son ascension extraordinaire en ouvrant sa première clinique à Chicago, clinique qui comble d’hypocrisie fût baptisée « clinique Albert Mc Beth », puis une seconde à New York, une troisième à Washington, une quatrième à Houston et ainsi de suite jusqu’à devenir l’une des plus grosses fortunes du pays. Julius avait perdu son père mais il était devenu milliardaire et surtout très populaire. Tout le monde le connaissait et parlait de lui, en bien ou en mal. Il n’y avait que deux catégories de personnes lorsqu’il s’agissait de parler de lui : « Ceux qui le haïssaient et ceux qui l’admiraient, moi y compris ! »

Mais retournons à nos moutons, ou plutôt, au jour où il arriva au pénitencier dans son fauteuil roulant. Le directeur le fit conduire dans le réfectoire, là où les gardiens vont prendre leur pause déjeuner, puis, une demi-heure plus tard, il me convoqua avec quatre autres de mes collègues, soi-disant pour nous présenter le nouveau détenu, mais en fait, la réalité était tout autre. Nous entrâmes tous les cinq dans le réfectoire, Mc Beth était là, il nous regardait, un petit sourire au coin des lèvres, un après l’autre, de haut en bas, comme on regarde des bœufs à la foire aux bestiaux. Son avocat et ses majordomes étaient à côté de lui, ainsi que le directeur et le chef des gardiens de la prison. Au bout de quelques minutes, qui paraissaient interminables, il murmura quelque chose à l’oreille de son avocat, qui à son tour alla le murmurer à l’oreille du directeur de la prison. La messe était dite ! Le directeur s’approcha de nous, demanda à mes collègues de quitter le réfectoire puis vint vers moi et me dit :

Britch, j’ai une proposition intéressante à vous faire ! 

Il me proposa donc de devenir le gardien attitré de Julius Mc Beth, ce qui consistait, vu l’état physique du détenu, à passer douze heures par jour à ses côtés, l’aider à prendre ses repas, le conduire au parloir et à ses entrevues avec son avocat, l’aider à se lever le matin, à se coucher le soir, bref, lui servir de majordome officiel, le sien n’étant pas autorisé à exercer en prison. Je ne voyais pas vraiment en quoi cette proposition était intéressante et je demandais simplement au directeur, devant toute l’assemblée, si l’on me payerait mes heures supplémentaires et à quel taux ? C’est à ce moment précis qu’intervint Mc Beth en personne. Il me dit :

Acceptez de me servir le temps de mon procès Monsieur Britch, vous n’aurez pas à le regretter, je vous en donne ma parole !

 

J’étais impressionné au point de ne plus pouvoir dire un seul mot. Je fis simplement un petit signe positif de la tête en guise d’acceptation. Mc Beth tint sa promesse ! Il fit doubler mon salaire pendant tout le temps que nous passâmes ensemble et par le biais de son avocat, fit régler les dernières années de traites de ma maison auprès de ma banque et verser la somme fabuleuse de trois cent mille dollars sur mon compte en banque. En deux minutes et un petit signe positif de la tête, j’étais devenu l’homme le plus heureux du monde, du moins, c’est ce que je pensais ! Le miracle que l’on attend toute une vie venait de se produire. Grâce à cet homme, un soleil radieux brillait sur mon avenir, sur mes vieux jours, mais ce n’était là qu’un petit moment de calme, d’euphorie, avant la tempête qui n’allait pas tarder à s’abattre sur moi, avant la folie de Mc Beth et de son inévitable autodestruction dont je ne me remettrai plus jamais ! Le lendemain matin, premier jour de ma mission de « gardien majordome », je me rendis au travail comme convenu à sept heures moins quart, mes nouveaux horaires étant fixés de sept heures à dix-neuf heures sans interruption. J’étais censé déjeuner pendant les heures de sieste mais en réalité, Mc Beth ne fit jamais de sieste, car son cerveau restait éveillé en permanence, son esprit allait s’isoler complètement de son corps au fil des jours, il avait soif de liberté et non pas de repos réparateur. Je mangeais donc mon sandwich le plus souvent devant la porte du parloir entre deux séances de lamentations de Monica Mc Beth ou de leur avocat. J’appris par mon collègue qui était de garde à la porte d’entrée que le directeur m’attendait déjà dans son bureau. Il n’était pas seul ! Markus Morgen, le nouveau chef de la police de Chicago, ou si vous préférez, l’ancien commissaire Morgen et accessoirement meilleur ami du monstre était là aussi. Tout d’abord, il me rassura en me disant que je ne risquerai strictement rien durant ma nouvelle mission, chose dont j’avais la totale certitude avant de l’accepter. Il me donna quelques conseils quant à la façon de me comporter avec le détenu puis lança trois photos sur le bureau du directeur et m’invita à les regarder avec attention. Je les pris, c’étaient des photos de Joseph Falcone, prises par la police le jour de l’arrestation de Julius Mc Beth. Sur aucune des trois photos on ne voyait sa tête. Je ne savais quoi penser, je me disais qu’il avait peut-être été décapité par l’ancien maître de Chicago ? J’en avais les larmes aux yeux, c’était choquant, le reste du corps baignait dans une énorme flaque, non, dans une mare de sang ! Ses avant-bras et ses pieds étaient positionnés de telle façon que l’on comprenait sans aucune hésitation qu’il avait les deux coudes et les deux genoux en miettes ! Il avait quatre grandes plaies ouvertes dans le dos qui était couvert de sang, sûrement des coups de couteau, ou plutôt, des coups de hache, les plaies étant bien trop larges pour avoir été faites avec un couteau. Il avait l’air très poilu, mais il était recouvert de sang et l’on ne pouvait plus rien différencier, ni peau, ni poils, rien que du sang ! Je dus m’asseoir un instant car la vue de tout ce sang m’était insupportable. Ce fût aussi la seule et unique fois que je vis Joseph Falcone, où plutôt devrais-je dire « ce qu’il en restait après le passage de l’ouragan Mc Beth »! Markus Morgen s’approcha de moi et me dit : 

 Je vous ai fait voir ces photos pour que vous sachiez exactement à qui vous avez à faire ! 

 

Je restais immobile face à lui, en faisant un petit signe positif de la tête, le même que j’avais fait à son meilleur ami le jour précédent. Et voilà comment en un instant, disparut l’euphorie des compensations financières que m’avait accordées Mc Beth pour le servir. Je retombais sur terre ! Il y avait bel et bien un monstre caché en lui, derrière cette façade impeccable, cette culture impressionnante, ce bloc d’intelligence rare ! Mais quel peut donc bien être l’élément déclencheur qui fait que subitement un homme devienne un massacreur, un psychopathe ? N’y a-t-il pas un monstre qui attend tranquillement son heure en chacun d’entre nous ? Toutes ces questions sans réponses défilaient dans ma tête comme des milliers de pics qui se plantaient dans mon cerveau, j’étais bouleversé. Je n’avais qu’une seule envie, renier le petit signe positif de la tête qui me reliait désormais à un fou furieux et rentrer chez moi, mais c’était trop tard. Je pris donc mon service, avec un quart d’heure de retard, Mc Beth m’en fit la remarque, il savait que quelque chose me travaillait, il supposait même ce qui s’était passé au mot près. Il me dit :

 Vous êtes en retard monsieur Britch, cela fait très mauvais genre, surtout pour un premier jour ! Je ne vous en tiendrai pas rigueur car je sais bien quel peut-être le motif de votre retard ! Vous avez sûrement été convoqué dans le bureau du directeur de la prison où mon vieil ami Markus vous a mis en garde contre moi, pour que vous sachiez exactement à qui vous allez avoir à faire, n’est-ce pas »?

Je restais bouche bée face à lui, sans savoir quoi lui répondre, et fort heureusement pour moi, il continua d’étayer sa brillante hypothèse concernant le motif de mon retard en me regardant droit dans les yeux.

 Vous ne me répondez pas monsieur Britch, ou peut-être n’osez-vous pas me répondre, mais en tout cas je suis sûr d’une chose, Markus Morgen est venu à la prison ce matin de très bonne heure, il est même venu me voir depuis le judas, derrière la porte de ma cellule, mais il n’a pas eu le courage d’entrer ! J’ai senti son eau de toilette, 4711 ! Personne dans cette prison, et surtout pas votre directeur qui me répugne au plus haut point, n’a ni la finesse ni le bon goût nécessaire pour porter une eau de Cologne telle que l’originale 4711 !

Je le regardais en souriant, sans rien dire car de toute façon, je n’aurais pas su quoi lui répondre.

— Votre sourire en dit long monsieur Britch ! Bien, et si nous allions prendre mon petit déjeuner, qu’en dites-vous ?

— Bien sûr monsieur Mc Beth, à vos ordres monsieur Mc Beth !

Voilà donc en quelques mots mon premier contact avec lui. Il était très perspicace, à un point dont vous n’avez pas idée. Alors que je le menais au réfectoire pour qu’il y prenne son petit déjeuner, il me dit :

—Oh, j’ai failli oublier monsieur Britch, vous n’avez strictement rien à craindre à travailler pour moi, ma carrière de psychopathe est morte avec Joseph Falcone ! Je pense que l’on a dû vous montrer des photos de lui prises par la police dans mon château, le jour de mon arrestation ! Je vous dis ça pour que vous sachiez réellement à qui vous avez à faire ! Markus est l’homme qui me connaît le mieux au monde, c’est certain, mais si vous deviez avoir le moindre doute me concernant, n’hésitez pas, demandez-moi !

 

Il devinait tout, il savait tout, il était sur ses gardes en permanence, il observait le plus petit détail. Il avait une sorte de sixième sens infaillible que personne ne pouvait tromper ! La chose la plus insignifiante, le moindre retard de ma part ou la présence du directeur de la prison dans le réfectoire ou dans sa cellule était immédiatement suspecte, son cerveau était comme une machine qui ne s’arrête jamais, une machine qui s’était emballée, qui avait déjà préparé son ultime évasion et qui allait une dernière fois tromper tout le monde. Les deux premières semaines se déroulèrent sans encombre. Mc Beth était « sage », il passait son temps à m’apprendre les bonnes manières et le bon goût, deux qualités essentielles pour un homme digne de ce nom, deux valeurs auxquelles j’étais quasiment imperméable selon lui. Il me fit donc livrer une garde-robe complète par son majordome et, chaque matin, me demandait si mes chaussettes étaient assorties à mon slip et à mon maillot de corps, et donc, chaque matin je lui faisais voir mes chaussettes et mon maillot de corps, il disait me faire confiance en ce qui concerne mon slip. Il m’expliquait comment choisir un bon cigare et dans quel magasin aller pour acheter une bonne bouteille de cognac, comment bien se tenir à table, quels restaurants étaient plus ou moins fréquentables à Chicago ou à New York, bien que, toujours selon lui, il était certain que jamais je ne mettrai les pieds dans le restaurant le moins fréquentable des restaurants fréquentables. Il passait de longues heures à monologuer sur la chasse, les voitures et les femmes, trois domaines dont il m’interdisait de parler car disait-il :

— Britch, si vous ne connaissez rien aux femmes, aux voitures et à la chasse, il est inutile que vous en parliez ! Laissez-moi donc l’exclusivité des domaines qui vous échappent !

 

Et ainsi, il passait quasiment toutes les après-midi à me donner des leçons de chasse, de bon goût en matière de femmes et de légendes automobiles, bref, à parler tout seul ! Et moi, je passais mon temps à l’écouter sans rien dire, c’est peut-être pour ça qu’il m’appréciait, parce que je ne le contrariais jamais. Il disait que mon éducation était acceptable, bien que médiocre mais que j’avais de très mauvais goûts ! Il pensait que le responsable de tout ce gâchis n’était autre que le directeur de la prison et que le seul moyen pour qu’il cesse de nuire définitivement était de l’enfermer à vie à double tour dans son bureau. Il haïssait le directeur, et tous les jours sans exception, j’avais droit à la demi-heure dite « d’analyse du seul primate au monde portant un costume » ! Là, il me faisait son « one man show » quotidien, un spectacle unique que j’attendais chaque jour avec un peu plus d’impatience que le jour précédent. Il disait que « monsieur » le directeur se tenait et marchait comme un singe et que les scientifiques ferraient mieux de venir l’étudier dans sa prison plutôt que de perdre leur temps avec des gorilles et des chimpanzés en Afrique, qu’il mangeait comme un porc et qu’en plus, il sentait plus mauvais qu’un phacochère. Il était impitoyable avec lui. Un jour que Mc Beth déjeunait au réfectoire, il lui fit cette remarque :

— Monsieur le directeur, je suis navré de devoir vous faire une telle remarque, mais sachez que les produits qu’utilise mon majordome pour désinfecter mon chenil sentent beaucoup moins mauvais que votre eau de toilette ! D’autre part, je vous signale que je suis en train de déjeuner et je vous prierais de bien vouloir vous éloigner de moi car cette odeur m’est insupportable ! Définitivement ! !

Le directeur quitta le réfectoire rouge de honte en marmonnant à demi-mot dans sa barbe des insultes que Mc Beth, fier de lui et souriant, comptant les points qu’il venait de marquer, qualifia de langage de singe. Quelques jours plus tard, le malheureux directeur allait à nouveau faire piètre figure face à un Mc Beth déchaîné. Alors que par rancœur il avait fait fouiller de fond en comble la cellule de son nouveau « souffre douleur », soupçonnant quelque trafic de cigares et de Cognac entre le détenu et son complice de « gardien attitré », il eut la désastreuse idée de souffrir sournoisement de flatulences insonores mais malheureusement très odorantes à proximité de lui, chose à laquelle tout le personnel carcérale était habitué à supporter sans broncher, mais sûrement pas un homme aux bonnes manières prononcées tel que Mc Beth qui lui dit :

— Décidemment, monsieur le directeur, vous n’avez aucun savoir vivre ! Mais au moins, vos flatulences, bien qu’écoeurantes, arrivent presque à couvrir l’odeur de votre eau de toilette !

Le directeur voulant faire valoir son titre, répliqua en le menaçant de sanctions disciplinaires s’il osait encore une fois dépasser les limites, et qu’après tout, il n’était rien d’autre qu’un simple détenu. Mc Beth devint fou de rage et le traita de tous les noms d’oiseaux et d’animaux d’Afrique avant de le prier de quitter sa cellule en l’insultant ouvertement. Le divorce entre les deux hommes était consommé. Le directeur lui jura en quittant la cellule, qu’il ne le reverrait plus que le jour où il faudra le mener sur la chaise électrique. Mc Beth était satisfait, il me regardait en souriant, il venait de gagner son premier combat en prison. Je lui fis remarquer que la façon dont il avait insulté le directeur était indigne d’un homme bien éduqué tel que lui. Il me répondit que de toute façon, un satrape était incapable de faire la différence entre les bonnes et les mauvaises manières.

Le lundi de la troisième semaine, je pris des risques considérables, vu les relations orageuses, voire cataclysmiques, qui régnaient entre Mc Beth et le directeur de la prison qui désormais faisait fouiller sa cellule de fond en comble jusqu’à deux fois dans la même journée, uniquement pour essayer de prouver à son ennemi qu’il était l’autorité légale et absolue dans la prison, ce qui entre nous, était tout à fait ridicule. A chaque fois qu’il était venu se mesurer à lui, de près ou de loin, il avait été vaincu ! Il tentait donc de lui rendre la vie impossible en abusant de ses pouvoirs aussi souvent que possible, mais Mc Beth était inébranlable, bien au dessus de toutes ces « singeries », comme il aimait tant à le dire. Je décidai donc de me rendre à Chicago, le dimanche en rentrant du travail, dans un de ces magasins indiqués par lui, où l’on trouve les meilleurs Cognacs de France et j’achetai pour lui une bouteille de « fine Cognac » à cent trente cinq dollars, ce qui est bien peu de chose comparé aux trois cent mille dollars qu’il avait fait virer sur mon compte en banque. J’avais décidé de lui faire une surprise, malgré les fouilles quotidiennes dont il faisait l’objet, et en dépit des sanctions disciplinaires qui planaient sur moi en cas de découverte de la bouteille par le directeur. Je pris mon service à sept heures tapantes, comme tous les jours, en prenant soin de laisser la bouteille de Cognac dans mon casier, au vestiaire. La fouille de la cellule eut lieu juste avant onze heures, afin que Mc Beth puisse être libre à midi, pour manger. Après le déjeuner, je le ramenai dans sa cellule et, signe étrange, il ne parla pas comme il en avait l’habitude, peut-être que les fouilles à répétitions avaient entamées son moral d’acier. Je prétextai donc un besoin pressant pour pouvoir me rendre au vestiaire et à mon retour je lui fis la surprise. Il fut surpris au point d’hésiter un moment avant de prendre le sac en papier que je lui tendais. Il me dit en prenant le sac :

— Britch, est-ce donc là un présent ?

— Oui, lui répondis-je, c’est même un présent de très bon goût !

Il sortit la bouteille du sac, me regarda en souriant et me dit, émerveillé :

— De la fine, du Cognac de la meilleure qualité ? J’apprécie ce geste qui mérite toute mon estime ! D’autre part, vous prenez de très gros risques en emmenant cette bouteille dans ma cellule !

Il ouvrit la bouteille et en but une longue gorgée, puis, tel un plongeur en apnée remontant à la surface pour reprendre de l’air, il me regarda en souriant, levant sa bouteille vers le ciel, et replongea de plus belle dans sa bouteille de « fine », une bonne demi-douzaine de fois. Il était heureux pour la première et certainement la dernière fois depuis son arrivée en prison, cette bouteille le ravissait, et cela se voyait dans ses yeux. J’étais content d’avoir pu lui faire plaisir car à cette époque là de mon aventure avec lui, je l’admirais encore beaucoup. Lorsqu’il remonta à la surface définitivement, il avait alors déjà bu un quart de la bouteille. Il la posa sur la petite table de sa cellule et me dit :

— Britch, mon brave, je vous le dis avec tout mon respect et mon estime, vous mériteriez d’être nommé directeur de cette maudite prison à la place du satrape qui occupe ce poste à tort, et dont le manque de savoir vivre n’a d’égal que son incompétence !

Je le regardai comme d’habitude, c'est-à-dire en souriant, puis lui proposai de cacher la bouteille dans mon vestiaire pour éviter qu’on ne la trouve le lendemain durant la fouille quotidienne de la cellule. Mais il était intraitable, il ne voulut rien entendre, il refusa catégoriquement, puis se mit à rire en secouant la tête et me dit :

— Mais, monsieur Britch, je compte bien laisser cette bouteille en évidence, sur le pas de la porte d’entrée, vide bien entendu, afin que vos collègues la trouvent dès les premiers instants de leur fouille quotidienne ! La vie en prison est si monotone, vous ne pensez tout de même pas que je vais laisser passer une occasion pareille ?

En le menant au parloir où il avait rendez-vous avec son avocat, je fis de mon mieux pour le mettre en garde des conséquences que pourraient avoir un tel acte, mais je n’étais malheureusement pas de taille à lui faire changer d’avis, et ce qui devait arriver arriva, la bouteille fut trouvée le lendemain matin dès l’ouverture de la porte d’entrée de la cellule, ou plutôt, elle fut malencontreusement piétinée par le directeur de la prison qui la brisa en retombant dessus et finit à l’hôpital, l’arrière train farci de tessons de bouteille. Je n’étais pas là ce matin car Mc Beth, prévoyant, m’avait gratifié d’une matinée de congé exceptionnel, car soi disant, il voulait faire le point avec sa femme et son avocat, mais il paraît que la scène fut digne d’un drame de Shakespeare en trois actes. Dès le retour du directeur, le lendemain matin, je fus mis en cause et blâmé, accusé de trafic d’alcool pour avoir introduit la bouteille meurtrière et de complicité de conspiration contre l’autorité légale de la prison. Il me dit même que l’issue la plus digne pour moi, pour l’image de la prison et pour tout le monde était de donner ma démission, décision courageuse qui donnerait un coup d’arrêt à toutes les polémiques et autres rumeurs douteuses, démission qu’il accepterait à contre cœur, évidemment ! Mais les choses se déroulèrent différemment car Julius Mc Beth était un seigneur dans son genre et prenait ses responsabilités jusqu’au bout. Le lendemain matin, son avocat demanda un entretien avec le directeur, entretien au cours duquel il s’auto dénonça, reconnut avoir procuré la fameuse bouteille à son client sans se douter un seul instant de ce qu’il allait faire de la consigne vide, en d’autres termes, il était responsable mais non coupable, alors que son client plaidait coupable sans toutefois reconnaître l’entière responsabilité des faits qui lui étaient reprochés, les services de sécurité ayant retrouvés la bouteille vide alors qu’ils auraient dû la confisquer pleine ! Bref, c’était là du pur jargon d’avocat orchestré par le coupable lui-même, mais ce fut suffisant pour endormir et semer le doute dans l’esprit du directeur de la prison qui du coup, redoutait qu’en mettant son service de sécurité en cause, son ennemi étant capable de tout, y compris de lui intenter un procès, c’est lui qui risquait d’y laisser des plumes. L’affaire fut donc réglée à l’amiable, le détenu s’engagea à ne plus exaspérer monsieur le directeur qui lui, s’engagea à ne plus harceler le détenu par des fouilles abusives de sa cellule, les deux protagonistes décidèrent d’une trêve forcée, en gardant leurs distances. Pour ma part, je fus lavé de tous soupçons et j’eus droit à des excuses officielles devant tous mes collègues, faites par le directeur qui, bien que n’étant pas tout à fait convaincu, dut ruminer sa rage et son envie de vengeance pour une prochaine fois. Mc Beth marquait un point de plus avec une maestria impressionnante dans tous les domaines, passant du stade de conspirateur, de coupable, à celui d’avocat en chef, de procureur de fortune avant de devenir victime, la victime des incompétences d’un seul et unique homme, le directeur de la prison ! Mc Beth était au sommet de sa forme et c’était tout bonnement magistral !

 

Les choses allaient changer radicalement deux jours plus tard, le mercredi. Le soir d’avant, alors que je me rendais sur le parking de la prison pour rentrer chez moi, j’eus la surprise de voir le directeur qui m’attendait à côté de ma voiture pour ne pas attirer les soupçons. Il me dit que le lendemain, dans la journée, nous allions avoir la visite d’Helen Remington, la femme qui avait fait arrêter Mc Beth, sa bête noire au point que lorsqu’il parlait d’elle, il devenait fou, il enrageait à la limite de la folie et plus rien ni personne ne réussissait à le calmer ! Il me dit aussi qu’Helen Remington, qui bien qu’au service de Monica Mc Beth aujourd’hui, représentait à l’époque la famille Falcone dans le double procès « L’état contre Mc Beth et la famille Falcone contre Mc Beth », c'est-à-dire, la partie civile ou « business » du procès, comptait rendre une visite discrète, invisible, à son ex grand ami dans sa cellule par le biais du judas qui se trouve à côté de la trappe de visite sur la porte et que quoi qu’il advienne, il était absolument hors de question qu’il y soit mêlé de près ou de loin, ou pire encore, qu’il intervienne ! Il était las de toute cette histoire, de Mc Beth et de tout ce qui gravite autour de lui, moi y compris ! Tel Ponce Pilate, il venait de s’en laver les mains, il me laissa carte blanche pour accomplir cette sale besogne. C’était à moi de me débrouiller avec lui, le monstre, ou, avec eux, le monstre et son ancienne disciple, un point c’est tout ! Le mercredi matin, il ne se passa strictement rien, à part peut-être un monologue de Mc Beth sur les bonnes manières et la façon d’éduquer, et non de dresser, un chien de chasse, un peu moins long que d’habitude. Ensuite, je l’emmenai déjeuner et, une fois son déjeuner terminé, alors que je le reconduisais à sa cellule, il se mit à renifler plusieurs fois dans le couloir avant de me demander d’arrêter le fauteuil. Il se retourna et regarda le long couloir vide puis me dit :

— Britch, cette odeur m’est familière, elle me rappelle mes heures les plus sombres ! Dites-moi, ne sentez-vous pas ce parfum ? C’est celui d’Helen Remington ! Elle seule est susceptible de porter ce parfum et de se promener dans les couloirs de cette maudite prison !

Helen Remington était là, il le savait, sa visite discrète risquait de tourner à l’affrontement sous peu et déjà, je ne savais plus quoi dire pour le calmer, il s’agitait de plus en plus sur son fauteuil en reniflant et en pestant contre elle. Je lui dis en reniflant à mon tour :

— Je ne sens rien de particulier Monsieur, mais il est vrai qu’il se dégage une vague odeur de parfum de femme ! Sûrement une femme de détenu ! Vous avez l’odorat très fin !

Il me répondit sur un ton strict et solennel en me regardant dans les yeux et en fronçant les sourcils :

— Une femme de détenu porter « Shalimar de Guerlain » ! C’est moi même qui lui ai offert ce parfum pour la première fois, le jour de ses vingt ans ! N’insultez pas mon intelligence Britch, je vous en supplie, je sais qu’Helen est là ! Je peux non seulement sentir l’odeur de son parfum, mais aussi celle de sa peau, du moindre de ses pores ! J’ai encore le goût amer de cette femme en bouche ! Helen est là, et vous êtes de mèche avec elle !

Je n’étais pas de taille à mentir à cet homme, ou à l’affronter, ni même à lui parler. Il savait déjà tout ! Il se mit à gesticuler et à s’agiter au point qu’il tomba de son fauteuil. Je me précipitai vers lui pour l’aider à se relever mais il me repoussa sèchement en me disant :

— Laissez-moi traître, ne me touchez pas ! Je me relèverai seul ! Vous êtes de mèche avec Helen Remington !

 

Il était tellement furieux qu’il se remit en place sur son fauteuil en une poignée de secondes. Je le ramenai à sa cellule en pensant que ce n’était là que le hors-d’œuvre et que le pire restait à venir. Quant à lui, il ne parlait plus, il était à moitié fou, en train de penser à elle, obsédé par cette femme, le seul être au monde qu’il n’avait pu maîtriser et abuser complètement. Mc Beth le seigneur triomphateur avait subitement disparut pour faire place au monstre, qui faisait là sa première grande apparition. Contrairement à tous les autres jours où il me demandait de passer l’après midi à l’écouter monologuer dans sa cellule, ce jour-là, il ne m’autorisa pas à entrer, le fait de savoir que sa pire ennemie était dans la place lui avait fait bouillir le sang et l’avait mis hors de lui. C’est donc assis devant la porte de la cellule que je vis arriver, vers quinze heures trente, Helen Remington, une mallette en cuir à la main. Elle était seule, mais elle était surtout tellement belle que je n’arrivais plus à la quitter du regard. Grande, élancée, peau blanche et fine, yeux bleus, cheveux châtain clair avec des mèches blondes, pulpeuse, mais juste ce qu’il faut, c’était vraiment une femme de grande classe et son parfum qui rappelait à Mc Beth ses heures sombres, me faisait rêver les yeux grands ouverts, car à part dans certains magazines, je n’avais jamais vu une femme aussi belle de toute ma vie. C’est à ce moment précis que je me rendis compte à quel point cela fait mal d’être en présence d’une telle femme, inaccessible, à moins d’un mètre de vous, un peu comme le fantasme secret que chaque homme garde tout au fond de sa mémoire et qui se matérialise subitement pendant un court instant puis qui disparaît en laissant derrière lui un parfum inoubliable, puissant, presque meurtrier. Elle vit que j’étais troublé et se présenta, un petit sourire aux lèvres qui rappelait un peu celui de Mc Beth. Elle me dit en me tendant la main :

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