Meghegha'a Temi

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Cette riche saga contemporaine évoque un canton rural dans l'ouest du Cameroun à travers une dynastie face aux stigmates de la colonisation et empêtré dans les soubresauts de sa transition vers la modernité.
Ce roman survole plus d'un demi-siècle de vie à Mechio, de Fokem IV à Fokem VII, ce dernier incarnant la complexité ontologique de la jeunesse africaine aujourd'hui.
Publié le : mercredi 1 juillet 2009
Lecture(s) : 223
EAN13 : 9782296679733
Nombre de pages : 194
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A
Fabiola
et
Elsie Carole
« Les crises sont-elles mortelles ? Elles ont au moins le mérite de ces fièvres qui alertent et permettent le traitement. Elles sont mille fois préférables au silence du cancer qui ronge obstinément et irrémédiablement. Quand on le découvre, il est déjà trop tard ». (Henri Lopes)
A la lectrice, Au lecteur,
AVERTISSEMENT
Je voudrais jouer franc jeu avec vous. Meghegha’a Temi ou Le tourbillon sans finn’est ni un livre d’histoire ni un traité d’anthropologie. C’est une fresque romanesque rafistolée par mon imagination, et constamment épicée par tout ce que j’ai appris, vu, entendu, supposé, senti, rêvé et parfois redouté. Le cadre spatio-temporel appartient bel et bien au Cameroun d’hier et d’aujourd’hui. Mais si d’aventure les événements et les personnages - leurs actions, leurs attitudes et leur évolution - ressemblaient à quelque chose de connu, cela ne serait qu’une pure coïncidence.
Sa’ah François GUIMATSIA
LES ANNEES 50
« Par ailleurs, jugeant l’action coloniale, j’ai ajouté que l’Europe a fait fort bon ménage avec les féodaux indigènes qui acceptaient de servir ; ourdi avec eux une vicieuse complicité; rendu leur tyrannie plus effective et plus efficace, et que son action n’a tendu à rien de moins qu’à artificiellement prolonger la survie des passés locaux dans ce qu’ils avaient de plus 1 pernicieux. »
1 Aimé Césaire,Discours sur le Colonialisme, Ed. Présence Africaine, Paris, 1955, page 22.
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Une terre bénie
okem IV aliasMbeuh’eh« le était ledynamique » dit,Fet sur deux enclaves prélevées jadis sur le territoire chef traditionnel du canton de Mechio. Il régnait sur les six grandes collines du canton proprement d’un autre canton du côté de l’est, après d’âpres négociations. Mechio était l'un des dix-huit cantons d’un vaste royaume connu sous diverses appellations selon les villages avoisinants:Feumbouhpour les uns,Lekangpour d'autres, et pour d'autres encore,Nzongtsouh. Au vu de leur histoire particulière avec ce royaume, c’étaient plus 1 des insultes et des récriminations que de simples noms. Mais pour ses propres habitants, c’était le royaume de Mba'alah, c’est-à-dire « chez nous ». Il était blotti dans les hauteurs verdoyantes de la grande chaîne montagneuse de l’Ouest, sur le versant francophone. Les populations des deux versants avaient depuis toujours vécu avec les mêmes traditions. Mais pour satisfaire à la fois les colons anglais et français qui nourrissaient la même convoitise pour ce territoire, la colonisation avait aménagé pour les uns et pour les autres deux zones d’influence distinctes, séparées par la crête
1 Les trois termes signifient respectivementsorciers,exterminateurset terroristes. 9
montagneuse centrale. Un saucissonnage territorial qui à l’époque désintégra plusieurs villages situés de part et d’autre de cette frontière artificielle. Au sommet de la hiérarchie du pouvoir à Mba'alah trônait un puissant roi ou chef supérieur. A lui seul était réservé le titre deMooh, tandis que ses dix-huit chefs vassaux, eux, portaient celui deNdi. Des titres qui étaient des marques de respect quand on s'adressait au roi ou à n'importe lequel de ses vassaux, et qui traduisaient la vénération des populations pour ces puissants monarques.MoohetNdiétaient d’ailleurs utilisés par leurs proches comme des noms propres. Les complexes rapports sociaux – d’une part entre ces oligarchies et d’autre part entre elles et les populations -étaient codifiés dans une pratique protocolaire connue de tout le monde. Dans ce contexte marqué par l’oralité, il fallait éviter toute confusion de grades et de titres. La féodalité ici se vivait dans toute sa splendeur, et la densité du peuplement favorisait toute cette sophistication.
Mba’alah était un royaume immense. Il ne comptait pas moins de soixante mille âmes sur son territoire apparent, et au moins le double si on considérait son territoire réel, c'est-à-dire y compris ses ressortissants émigrés aux quatre coins du pays, et même au de-là. Selon les chroniqueurs de la tradition orale, après son installation au centre de cette bourgade, le roi fondateur de Mba’alah - par la ruse, la négociation ou les armes – avait réussi à convaincre les chefferies environnantes de se joindre à lui pour former cette entité plus vaste et plus puissante.
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