Mémoires d'un juif lorrain en Algérie

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Parti de Lorraine pour rejoindre l'Algérie en 1870, la famille Lebon effectuera le chemin inverse moins de cent ans plus tard. Mais Elie qui ne peut se défaire du pays de ses ancêtres, y retournera des années plus tard. Là-bas, il ne pourra que constater la dégradation des relations entre les deux pays, la rancune tenace, l'antisémitisme rampant, l'intégrisme, … Loin de ses rêves d'une Algérie multiethnique débarrassée des haines et des frustrations. Laura Tared signe, à travers le récit de cet homme, un roman bouleversant sur la tolérance, habitée de cette mélancolie propre aux exilés.
Publié le : samedi 5 mars 2016
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EAN13 : 9782140004933
Nombre de pages : 264
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LauraTARED
Mémoires d’un juif lorrain en Algérie Entre terres chaudes et acier froid
Mémoires d’unjuif lorrain en Algérie Entre terres chaudes et acier froid
Laura Tared
Mémoires d’un juif lorrain en Algérie Entre terres chaudes et acier froid
Bibliographie de l’auteur : -Et la Justice... Bon Dieu ! Editions Fensh Vallée 2009 -Rousses ou el bournous en terre de lorraine Editions Paroles de Lorrains Itinéraires 2007 © L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08343-8 EAN : 9782343083438
Pour Charles Swiatly
Chapitre I
S’il y avait eu un autre témoin, un frère, un rabbin, un écrivain pu-blic pour écrire l’histoire tourmentée de ma famille, je lui aurais volontiers cédé le stylo. Je ne sais pas trop à quoi j’obéis en écrivant une vie dénuée de gloire ou de prestige personnels. On a toujours ren-du hommage à l’écriture qui libère, qui soigne les blessures, qui rend heureux. Moi, je n’ai jamais guéri de mes angoisses. Elles m’ont ac-compagné et ont fini par agir comme un antidote et les souvenirs associés de mes ancêtres et de moi-même me hantent encore. Et j’ai rempli des journaux intimes de l’adolescence à l’âge de cinquante ans. Après-guerre, dans les années de mon premier retour d’Algérie, j’ai revu une cousine déportée à Auschwitz, elle avait renoncé à son métier de journaliste parce que, me disait-elle: « Il n’y a pas de mots pour dire ce que j’ai vécu alors tant que je n’aurais pas trouvé les mots, tous les mots de la mort, je ne pourrai jamais rien écrire. »J’essayais de comprendre et quand je lui ai dit qu’il y avait un intérêt à se livrer, elle a poussé un cri et m’a répondu : – Oui, c’est ça, exactement ça. Se remettre au pouvoir d’une autorité comme on se livre à la jus-tice, en chaîne humaine. Les victimes de la Shoah ne se sont pas livrées au sens de se confier… Elles récusaient par tous les bouts ce mot de se livrer au sens de raconter parce qu’elles avaient souffert. Les mots changent de sens avec nos malheurs. Moi je crois simplement qu’il y a un temps pour la plainte, un temps pour le deuil, un temps enfin, avant de mourir, pour témoigner. Ce temps est venu.
Mes filles, je vais vous raconter l’histoire vraie de notre famille. Je vous ai tout rassemblé, les bribes de ma vie, l’histoire de vos ancêtres. Faites-en bon usage. J’ai collecté toutes les photos, consulté les ar-chives, interrogé le temps pour convoquer ce qui me reste de mémoire.
Je m’appelle Alain Lebon mais je ne me suis pas toujours appelé Alain et ma famille ne s’est pas toujours appelée Lebon, non plus, je crois. J’ai voulu rassembler tout ce qui, en moi, avait résisté au temps. Chacun avance avec quelques idées que le destin bouscule et quelques révoltes tuées dans l’œuf. Chez moi s’ajoutaient des angoisses paraly-santes, symptômes des révoltes enfouies. Avec l’âge, des mystères
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