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Mémoires de ramadan

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176 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1991
Lecture(s) : 69
EAN13 : 9782296248243
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MÉMOIRES

DE RAMADAN

ECRITURES ARABES Collection dirigée par Marc Gontard Derniers titres parus dans la collection N° 40 Rezzoug Leila, Apprivoiser l'insolence. N°41 Haddadi Mohamed, La malédiction. N° 42 Berezak Fatiha, Le regard Aquarel Il. N° 43 Benkerroum-Covlet Antoinette, Gardien du seuil. N°44 Moulessehoul Mohamed, De l'autre côté de la ville. N° 45 Ghachem Moncef, Cap Africa. N°46 Al Hamdani Salah, Au-dessus de la table, un ciel. N°47 Bensoussan Albert, Mirage à trois. N° 48 Koroghli Ammar, Les menottes au quotidien. N°49 Zennou Gilles, Les Nuits. N°50 Fares Tewfik, Empreintes de silences. N°51 Tamza Arriz, Ombres. N°52 Bouissef-Rekab Driss, A l'ombre de Lalla Chafia. N°53 Kessas Ferrudja, Beur's story. N°54 Bourkhis Ridha, Un retour au pays du bon Dieu. N°55 Nouzha Fassi, Le ressac. N°56 RelIaI Abderrezac, Place de la régence. N°57 Karou Mohd, Les enfants de l'ogresse. N°58 Nabulsi Layla, Terrain vague. N°59 Sadouni Brahim, Le drapeau. N° 60 Sefouane Fatiha, L'enfant de la haine. N°61 El Moubaraki, Zakaria, premier voyage. N°62 Bensoussan Albert, Visage de ton absence. N°63 Guedj Max, L'homme au basilic. N°64 Bensoussan Albert, La marranne. N°65 Falaki Reda, La ballade du berbère. Un exilé et l'Algérie d'autrefois. N°66 Bahgat Ahmad, Mémoires de Ramadan, Egypte. N°67 Samial Sharif, Les rêves fous d'un lanceur de pierres.

AHMAD BAHGAT

MÉMOIRES

DE RAMADAN

Mudhakkirât sâ'im Traduit de l'arabe et annoté par Jean R. MICHOT

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

eL'Harmattan,1991 ISBN: 2-7384-1112-6

Avant-propos
Inconnu du grand public européen, Ahmad Bahgat jouit en Égypte d'une notoriété peu commune. Il est l'animateur d'un des programmes les plus populaires de la radio nationale, signe un billet quotidien en deuxième page d'alAhrâm, le grand journal cairote, et a publié avec succès de multiples ouvrages, dont certains destinés aux enfants: Une seule seconde d'amour, Les prophètes de Dieu, un best-seller, Les histoires d'animaux dans le Coran, Mémoires d'un époux, Voyage en Afrique, Méditations d'un voyageur. . . Une constante apparaît à travers les multiples champs de œuvre d'Ahmad Bahgat et trouve une illustration éminente l' dans les présents mémoires de jeûne d'un «fonctionnaire de troisième classe» : un humour percutant, nourri d'un solide bon sens et d'un profond sentiment religieux. Pour sûr, Ahmad Bahgat est tout le contraire d'un de ces contempteurs de l'Islam atteints, comme l'aurait dit l'iranien Djalâl Al-e Ahmad, du mal de l' «occidentalite ». Ceci étant, il n'est pas non plus un de ces hommes de religion professionnels, genre ouléma-klatura, ressassant des dogmes surannés en un langage masquant mal la pauvreté de la réflexion et le décrochage par rapport au vécu. Ni
« intellectuel arabe» - au sens méchant du terme -, ni
« vieux turban », Ahmad Bahgat déploie, en prise directe

sur la quotidienneté de l'Islam égyptien et à son encontre, l'ironie d'un musulman pieux au moralisme à la fois

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exigeant et tolérant, trop conscient de lafaiblesse humaine pour se priver d'en rire. Et, bien que parfois naïve dans son idéalisation nostalgique de l'Islam d'antan, une telle critique ne manque pas de séduire par sa pertinence, par sa subtilité, par son esprit.

Sans doute ces Mémoires de Ramadan portent-ils bien, par ailleurs, la marque des dernières années du régime nassérien, durant lesquelles ils furent écrits. A l'étranger, quelques événements que l'auteur intègre à ses méditations : l'assassinat de Robert Kennedy, les premiers pas de l' homme sur la lune, l'incendie de la mosquée al-Aqsâ... A l'intérieur du pays, une situation de pénurie et, pour la petite bourgeoisie cairote, des difficultés d'approvisionnement quotidiennes, dont l'écho se fait entendre en plusieurs pages du livre. Au fond des cœurs, la conscience de l'impérieux besoin d'une régénération de l'Islam mais pas encore de radicalisme: l'islamisme vient à peine de naître, dans le sillage de la défaite de 1967. Moqueur, non point révolutionnaire, Ahmad Bahgat ne compte pas parmi ces activistes dont le discours mutant accélère trop souvent, en cette fin de siècle, la dégradation du religieux en idéologique. De ce point de vue, son témoignage et la société musulmane qu'il dépeint appartiennent déjà à un autre âge. La langue et /' écriture d'Ahmad Bahgat sont trop peu classiques, trop libres, trop communes parfois, pour que son œuvre puisse prétendre à une place parmi les belleslettres. S'il fallait déterminer la valeur littéraire des Mémoires de Ramadan, sans doute conviendrait-il de parler de littérature « à cinq sous ». En quoi la chose importerait-elle cependant au regard de la sincérité animant ce livre largement autobiographique et de la maestria de sa mise en scène de /' Islam populaire égyp!Ïen de naguère? C'est par de telles qualités, en plus du sourire qu'on devine aux lèvres de /' auteur tout au long de leur élaboration, que les Mé8

moires de Ramadan apportent une contribution particulièrement originale aux lettres arabes du XXe siècle. Depuis leur première publication à l'aube des années soixante-dix, les Mémoires de Ramadan ontfait l'objet de diverses rééditions. Notre travail, réalisé d'après la deuxième édition (AI-Mukhtâr al-Islâmî, Le Caire, 1394/1974), en constitue la première traduction intégrale en une langue

européenne

1. La

comparaison de cette deuxième édition

avec la troisième, parue en 1406/1986 (Markaz al-Ahrâm lil-Tarjama wa l-Nashr, Le Caire), a révélé plusieurs variantes, dont certaines pleines d'intérêt car témoignant d'une forme d'auto-censure vis-à-vis de libertés de langage à implication religieuse. Nous signalons ces variantes dans les notes.

Cela nous est un agréable devoir de témoigner notre gratitude au R.P. Jacques Jomier qui, le premier, nous fit découvrir [' œuvre d'Ahmad Bahgat. Nos remerciements vont également à Mme Fawzia El-Rabii pour la gentillesse avec laquelle elle nous a expliqué divers points obscurs du texte des Mémoires de Ramadan. Jean R. MICHOT, Université Catholique de Louvain, Louvain-la- Neuve. Le 23 juillet 1991.

1. En 1988 a été publiée une traduction anglaise d'une version abrégée du livre: A. BAHGAT,Ramadan Diary. Translated by Nermeen A. HASSAN. Revised and Introduced by M. ENANI, «Contemporary Arabic Literature, 11 », G.E.B.O., Le Caire. 9

I. La vision du croissant
Un de mes aïeux qui vivaient à l'époque des Mamelouks s'est consacré à la carrière des lettres et a écrit, dans le style des maqâmât1 de jadis, ses réflexions sur la vie... Cet aïeul a laissé des papiers dispersés et peu nombreux... Il y en a notamment un, jaunâtre, qui raconte la vision du croissant du mois de Ramadan à cette époque-là. « Quand vint, dit mon aïeul, le vingt-neuvième jour du mois de Sha 'bân, les Égyptiens de ce temps-là se préparèrent à accueillir le plus éminent des mois, le mois de Ramadan. Au moins, pendant ce mois, les démons étaient emprisonnés et ce qu'eux subissaient d'ordinaire comme injustice, de la part des Mamelouks régnants, diminuait. Vers la fin de la journée, peu après la prière de l'après-midi, la Procession de la Vision sortit comme de coutume. Pour voir le croissant, les hommes, les femmes et les enfants sortirent tous. Devant la procession, sur le chemin menant au mont Muqattam2, marchait un shaykh croulant, effondré, que tOut le monde prenait pour un shaykh inspiré. Comment n'en aurait-il pas été ainsi alors qu'il était l'autorité responsable de la vision du croissant, une fonction
1. La maqâma ou
« Séance », genre typique de la littérature arabe

classique, vise surtout à distraire et se caractérise par l'emploi de la prose rimée ainsi que par une langue recherchée, parfois jusqu'à l'excès et au détriment du contenu. Le représentant le plus célèbre de èe genre est alHarîrî (ob. 516/1122). (Cette note et cel/es qui la suivent sont du traducteur.) 2. Plateau dominant Le Caire, à l'Est. 11

noble, délicate et haute que les shaykhs de sa famille se transmettaient en héritage depuis desgén.érations et des générations? «L'étonnant, le plus étonnant était que ce shaykh vénéré ne voyait pas ce qu'il avait à ses pieds: il avait en effet été atteint d'une ophtalmie temporaire, qui était devenue incurable du fait de l'ignorance de ses parents. Malgré cette cécité certaine, il était capable de voir au loin le croissant ! Que de fois, cependant, il fut seul à le voir, aucun membre de son entourage ne voyant rien et les dirigeants n'ayant plus qu'à s'en tenir à son témoignage et à annoncer le commencement du mois du jeûne, sans discussion...
« L'étonnement cesse quand on connaît la raison de la

chose: ce shaykh disposait, pour compenser sa vue faible et ruinée, des yeux d'un jeune aide qui le suivait et lui était soumis. Quand le jeune homme voyait le croissant, ill'ap-

prenait à l'instant au shaykh. Ce dernier prétendait - par
Dieu! - que c'était lui qui l'avait vu et tout le monde croyait ce qu'il prétendai t. « Le Dieu Audiant et Savant voulut que, en ce grand jour, le jeune homme fût absent de la procession. Il y a là une histoire, et pas n'importe quelle histoire; il n'yen a point eu de semblable par le passé et il est improbable que, dans l'avenir, elle se répète. Elle s'était produite quelques jours auparavant. Alors que le jeune homme marchait dans une ruelle, ses yeux étaient tombés sur une jeune campagnarde vêtue de voiles. Ce n'était pas, comme ses pareilles, une de ces nombreuses brunettes dont les chemins sont pleins. Elle était blanche comme de l'argent pur ou comme un plat de muhallabiyya 1. Son visage lui apparut, sous son voile noir, comme la lune dans la nuit la plus ténébreuse. A peine lui avait-elle rendu son regard et répondu à sa surprise par un sourire qu'il sentit son cœur tenter de descendre vers ses pieds et son esprit s'envoler dans
1. Crème à base de lait, de décoction de blé et de sucre. 12

l'air en battant des ailes. Il n'était pas étonnant qu'il fût presque tombé de tout son long tant il était attiré et ébahi. N'était-il pas rien qu'un Égyptien comme tous les Égyptiens, soumis et perdant le souffle lorsqu'ils se trouvent devant des femmes blanches? La couleur blanche est en effet, selon eux, celle des conquérants victorieux qui règnent sur eux. Que l'un d'eux subjugue une femme blanche et c'est« le Succès manifestel », il a atteint l'objectif et ce qu'il voulait obtenir du Seigneur des mondes. . . « Passant d'un échange de regards et de sourires à un échange de salutations, de bonjours et de paroles, puis à une promesse de se rencontrer quelques jours plus tard, ils tombèrent tous deux dans un amour fait pour une part d'enthousiasme et, pour l'autre, de passion... « Pour la malchance des malheureux Égyptiens, le vingt-neuf Sha'bân était le jour convenu pour la rencontre. Cette année-là, le jeune homme fut donc absent de la Procession de la Vision, le shaykh ne put éviter de reconnaître qu'il avait été incapable de voir le croissant et le jeûne fut retardé d'un jour, sans débat ni contestation. Les Mamelouks dirent à leurs sujets: « C'est vous qui y gagnez! » A quoi les malheureux sujets répondirent: « Au contraire,

nous manquons de fortune! » « Quant au garçon fou d'amour et à la fille - dont le
nom commence par la lettre N -, ils ne se préoccupaient pas de ce qui se passait ou se passerait, livrés qu'ils étaient à leur amour secret en attendant de se présenter devant le notaire... Ainsi Dieu organise-t-Il Sa création... »

1. Cf. Coran, VI, 16 :

« C'est

là le succès

manifeste».

Les citations

de versets coraniques sont tirées de la traduction de D. MASSON(Le Coran, « La Pléiade». NRF. Gallimard, Paris, 1967), parfois modifiée suivant les exigences du contexte. 13

J'ai tenniné de lire ce papier d'autrefois et j'ai souri. En ces temps révolus et éteints, en ces années reculées, écoulées, passées, des divergences surgissaient entre les docteurs des musulmans à propos de la vision du croissant. Devait-on le voir avec les yeux d'un shaykh ou avec ceux de l'astronomie ?.. Pouvait-on considérerles yeux de l'astronomie - yeux sans sourcils - comme équivalents à ceux de l'homme alors que ces derniers ont des sourcils? Les yeux de l'astronomie avaient-ils le caractère légal de ceux de l'homme, ou quoi ?.. Autour de ce quoi tournaient des milliers d'interrogations logiques ou prétendues telles. La contestation éclatait, la dispute surgissait et l'on débattait avec ardeur. Il vous aurait semblé pénétrer dans une comédie, dans une pièce drôle. Ce qui fait cependant moins rire, c'est que ces choses se passaient parmi les musulmans, dont la religion a été révélée par le mot: «Lis 1 ! » et dont le Messager a déclaré que l'encre des savants serait semblable au sang des martyrs le Jour de la Résurrection 2 ! Par ailleurs, une sourate du Coran s'achève rarement sans avoir fait se diriger le regard vers les signes de Dieu qui se trouvent aux horizons et dans les âmes 3. Je fume ma cigarette en méditant. Je réfléchis... Le mois de Ramadan est enfin arrivé. Bienvenue au plus éminent des mois... Quels souvenirs traversent l'esprit de quelqu'un qui est assis chez lui dans l'attente du jeûne... Je sens Le Caire tout entier entrer dans mon cœur avec ses mille minarets et ses coupoles décorées, avec ses quartiers anciens et ses ruelles antiques. J'aime ce mois avec la même flamme que celle avec laquelle j'ai aimé la première jeune fille que j'ai connue dans ma vie. Elle était délicate, fine, et
1. Cf. Coran, XCVI, 1 :

« Lis au Nom de ton Seigneur

qui a créé!

»

Ce verset est considéré comme le premier à avoir été révélé au Prophète. 2. Ce dict attribué à Muhammad est très célèbre mais non repris dans les neuf recueils canoniques de traditions prophétiques. 3. Al1usion au Coran, XLI, 53.

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tremblait quand elle s'efforçait de parler. Les maisons de la ville, pendant le mois de Ramadan, se revêtent de quelque chose de sublime et de délicat. Les lanternes de Ramadan illuminent les coins des boutiques et les enfants, en rue, font éclater des pétards. La grande ruelle dans laquelle j'habite s'est totalement réveillée... et, avec elle, dans mon cœur, quelque chose s'est aussi réveillé... Chaque veille du mois de Ramadan... Chaque fois que ce mois réapparaît, quelque chose se réveille en mon cœur, quelque chose dont je ne saisis pas la nature, dont je ne connais pas l'essence... quelque chose qui ressemble à la douceur du premier amour, ou qui ressemble à l'incertitude des jours d'inquiétude durant lesquels nous ne savons pas si nous sommes tombés amoureux ou si nous sommes dans l'illusion... La première nuit du mois de Ramadan, j'ai le sentiment de voir, à travers mon âme, les âmes de tous les autres êtres... et de la tendresse croît en moi. J'aimerais découvrir, pour l'embrasser, la fourmi qui a parlé à notre Maître Salomon '. Je souhaiterais rencontrer, pour lui caresser la tête, le

poisson qui a avalé Jonas 2. Je rêve de trouver, pour le
porter sur mon dos, l'âne qui fut ressuscité devant 'Uzayr3. Je réfléchis vainement à la tombe de la huppe qui a apporté la lettre à Bilqîs et est revenue raconter à notre Maître
1. Cf. Coran, XXVII, 17-19: «Les armées de Salomon, composées de Djinns, d'hommes et d'oiseaux, furent rassemblées et placées en rangs. Quand elles arrivèrent à la vallée des fourmis, une fourmi dit: « Ô vous les fourmis! Entrez dans vos demeures de peur que Salomon et son armée ne vous écrasent sans s'en apercevoir. » Salomon sourit à cette parole... ». 2. Cf. Coran, XXXVII, 139-144: « Jonas était au nombre des Messagers [...] Le poisson l'avala... ». 3. Cf. Coran, II. 259: «Regarde ton âne; Nous faisons de toi un Signe pour les hommes. Regarde les ossements: voilà comment nous les réunirons, puis nous les revêtirons de chair. » Le Coran ne précise pas l'identité de la personne à qui ces paroles sont adressées et les commentateurs divergent à son propos: il s'agirait de Jérémie ou de 'Uzayr, c'est-à-dire d'Esdras. 15

Salomon qu'elle adorait le soleil... 1 Où se trouve la tombe
de cette huppe?.. Qu'il serait merveilleux qu'elle ressuscite, que nous puissions parler un peu de l'adoration du soleiP 1... Au début du mois de Ramadan, je ressens de l'amour envers les êtres, envers tous les êtres... Je ressens de la douceur, de la faiblesse, pour les histoires d'amour humaines, animales, végétales, minérales... Je perçois pleinement la relation existant entre la pleine lune et le flux, le reflux de la mer. Je comprends de même le secret de l'amour de la fleur des adorateurs du soleil qui tourne son visage vers sa

mère 3 jusqu'à ce que vienne la nuit, et qui baisse alors le
cou et s'endort... Pendant le mois de Ramadan... je perçois que toute chose, en ce monde, repose sur l'amour. Il est la loi qui gouverne, qui règne en ce monde,... même si les hommes le corrompent par la haine et par la démission... La sensation de l'amour grandit en mon âme. Ensuite les cris de mon épouse, qui exerce son commandement dans la cuisine en préparant le sahûr 4, me ramènent à la réalité.

1. Cf. Coran, XXVII,20-28: « Salomon passa en revue les oiseaux, puis il dit: « Pourquoi n'ai-je pas vu la huppe? Serait-eHe absente? » [...] CeHe-ci revint peu de temps après et eHe dit: « Je connais quelque chose que tu ne connais pas! Je t'apporte une nouveHe certaine des Saba'. J'y ai trouvé une femme: el1e règne sur eux [...] Je l'ai trouvée, el1e et son peuple, se prosternant devant le soleil et non pas devant Dieu.» [...] Salomon dit: « Nous al10ns voir si tu mens. Pars avec ma lettre que voici; lance-la aux Saba', puis, tiens-toi à l'écart et attends leur réponse.» BilqÎs, terme non coranique, est le nom 90nné à la reine des Saba' dans la littérature arabe. 2. Dans la troisième édition: « de l'adoration de Dieu!... » 3. En arabe, « soleil» (shams) est un nom féminin. La « fleur des adorateurs du soleil» est l'héliotrope. 4. Repas pris vers la fin de la nuit, avant de commencer la journée de jeûne.
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II. Le canon du sahûr
Dans deux heures tonnera le canon du sahûr. Une activité soudaine a frappé mon épouse quand les coups marquant le temps ont indiqué minuit. Elle a éteint les lumières du salon et allumé celles de la cuisine, elle a fait brûler les quatre becs du Butagaz 1 et des choses ont commencé à crépiter dans les casseroles... Bientôt la préparation du sahûr sera terminée. Toute la maison est réveillée et se trouve fin prête à manger... - Généreux Ramadan! Mon épouse a dit cela en traversant la pièce pour rejoindre la cuisine... Son passage a produit un tel déplacement d'air dans la pièce que j'ai failli être renversé de mon fauteuil, par terre... Grâce à Dieu, les fenêtres étaient ouvertes. Le Ramadan, tel qu'elle se le représente, est le mois des repas copieux, des pâtisseries à profusion, des lourdes dépenses et des invitations à festoyer... Il faut que j'organise ma vie pendant le mois de Ramadan. L'occasion offerte aux péchés graves que l'homme commet chaque jour peut en effet s'évaporer pendant ce beau mois durant lequel il nous est prescrit de ressentir la privation. - Par le Prophète, tu mangeras ce plat de riz... Je te le jure par le Prophète! Je me suis dit en moi-même... : « Sur toi la prière et le salut, ô Messager de Dieu! » et j'ai tendu la main vers le
1. En français dans le texte. 17