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de harmattan

© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07007-0 EAN : 978234307007-0
Mes chausettes trouées
Nadja Psychouî
Mes chaussettes trouées
L’Harmattan
À Anna
1
J’envoîe a premîère ettre e 14 évrîer 2008, un jour de Saînt-Vaentîn, en espérant que ça me portera chance. Troîs jours pus tard, ’avîs de réceptîon me conirme que Françoîs Chauîat a reçu ma ettre recommandée. Je tîens e papîer rectanguaîre dans mes maîns, es yeux rîvés sur sa sîgnature. a queue de son F tourne, s’enroue sur ee-même comme a coquîe d’un escargot. – Garde ’avîs de réceptîon, me dît ïza au tééphone,a sîgnature d’un artîste reconnu a a vaeur d’un dîamant. Deux moîs s’écouent sans que Françoîs Chauîat se manîeste. Chaque matîn j’espère trouver sur mon bureau une enveoppe avec son nom. Ma ettre étaît probabe-ment trop mîèvre, trop sentîmentae :Monsîeur Chaulîat, j’aîme vos œuvres parce qu’elles me rappellent mes annéesde ac. – Supprîme cette phrase, m’a dît Vaérîe, on se croîraît dans un soap brésîîen. J’aî obéî maîs, une mînute pus tard, je e regrettaîs. Cînq oîs de suîte j’aî efacé a phrase, réécrîte. Fînaement, je ’aî aîssée. a deuxîème ettre est expédîée e 10 avrî. Ee est courte, on dîraît un téégramme. J’aî utîîsé e papîer cou-eur moutarde du musée dans eque je travaîe depuîs cînq ans, a Maîson de poupée, pace du Trocadéro.J’espéraîs que cette coueur donneraît un aîr proessîonne à ma ettre et que ça încîteraît Françoîs Chauîat à me répondre.
7
undî 21 avrî. Depuîs un an, nous préparons avece Mac, e musée d’art contemporaîn de Shanghaî, ’expo-sîtîon : « ’appartement chînoîs de Mademoîsee B ». ’exposîtîon commencera e 8 août, e jour de ’ouver-ture des Jeux oympîques de Pékîn. Mademoîsee B, c’estBarbîe. Frîda Wîndows, e commîssaîre de ’exposîtîon, uî a trouvé ce nom parce qu’ee trouve que « Barbîe »,ça aît vugaîre. a constructîon de ’appartement a débuté e jour où Frîda nous a envoyé ce maî : « Mademoîsee B aura 50 ans e 9 mars 2009 et je veux uî ofrîr un appar-tement comme cadeau d’annîversaîre ». Frîda a utîîsé es Jeux oympîques en Chîne comme prétexte pour deman-der à cînq desîgners chînoîses d’îmagîner ’appartement de Mademoîsee B. Personne au musée n’a trouvé son îdée bîzarre. Quand tu voîs Frîda et ses ongues nattes bondes quî descendent jusqu’à sa taîe, tu t’attendsà a voîr jouer encore à a poupée en buvant des petîtes gorgées de thé dans des tasses en pastîque rose. À mîdî ce jour-à, je mange seue à a cantîne du musée. Je prends une soupe pîquante aux crevettes. Depuîs une semaîne, je rédîge e communîqué de presse de ’expo-sîtîon. Depuîs une semaîne, je voîs des Mademoîsees B partout. J’en voîs en ce moment même dans mon bo. Ees portent des bîkînîs à rayures noîres et banches etse cramponnent aux crevettes comme à des bouées de sau-vetage. Depuîs une semaîne, je dors avec e communîqué de presse. es îdées préèrent a nuît, ’obscurîté : tees des chauves-sourîs, ees me vîennent quand j’éteîns a u-mîère. Je es note dîstraîtement, sans aumer a ampe, pour ne pas es perdre. Après e déjeuner, je trouve un message sur e répon-deur de mon bureau :
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– ïcî, Françoîs Chauîat. Appeez-moî pour ’întervîew. Huît mots. Vaérîe a raîson, es ettres méos sont out. Même es artîstes veuent des ettres terre à terre. Un moîs pus tard, je n’aî toujours pas rappeé Françoîs Chauîat. Chaque jour, j’aî trouvé un prétexte queconque pour repousser ce coup de tééphone. Je n’étaîs pas assezpréparée, î aaît que je îse te artîce d’abord, je devaîs trouver ’ange paraît pour mener cette întervîew…Ce mardî 20 maî, aors que je suîs en traîn de préparera îste des învîtés pour e vernîssage de ’expo Mademoî-see B, je tombe sur son nom. – J’aî aît une grosse bêtîse, dîs-je en composante numéro de Françoîs Chauîat. Chrîstîne, avec quî je partage mon bureau, ne réagît pas. Je pace e combîné contre mon oreîe. – Bonjour. Je suîs cee quî vous a envoyé a ettre. Maîs qu’est-ce que je raconte ?! Sî ça se trouve,un harem, un harem de Suédoîses uî a envoyé des ettres.Comment peut-î devîner quî je suîs ? – Je vous appee de a Maîson de poupée, dîs-je.Pour ’întervîew. – Je m’attendaîs à ce que vous appeîez pus tôt. – Ah, ouî, c’est vraî… Vous êtes îbre vendredî ? Je ’entends tourner es pages de son agenda. – Vendredî prochaîn à sîx heures, c’est bon pour moî. Que est votre nom ? – Anna Vaî. – Anna, j’habîte pace Cambronne, au numéro 3.Mon studîo est au cînquîème étage, au-dessus de ’appar-tement au gros paîasson vert. e code de ’îmmeubeest 1664, comme a bîère. – Aéuîa ! crîé-je en raccrochant.
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