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Mes chaussettes trouées

De
150 pages
Mes chaussettes trouées traite de ces imperfections que l'on essaye désespérément de dissimuler, tout comme les chaussettes le sont dans des chaussures impeccables. Anna Vai, la trentaine, coquette et un brin superficielle, obsédée par son apparence physique, travaille dans un musée parisien présentant une exposition à l'occasion des 50 ans de la poupée Barbie. Chargée d'interviewer François Chauliat, un artiste plasticien reconnu qui expose des Barbie dans une installation devant le métro Stalingrad, elle en tombe amoureuse malgré les 26 ans qui les séparent.
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© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07007-0 EAN : 978234307007-0
Mes chausettes trouées
Nadja Psychouî
Mes chaussettes trouées
L’Harmattan
À Anna
1
J’envoîe a premîère ettre e 14 évrîer 2008, un jour de Saînt-Vaentîn, en espérant que ça me portera chance. Troîs jours pus tard, ’avîs de réceptîon me conirme que Françoîs Chauîat a reçu ma ettre recommandée. Je tîens e papîer rectanguaîre dans mes maîns, es yeux rîvés sur sa sîgnature. a queue de son F tourne, s’enroue sur ee-même comme a coquîe d’un escargot. – Garde ’avîs de réceptîon, me dît ïza au tééphone,a sîgnature d’un artîste reconnu a a vaeur d’un dîamant. Deux moîs s’écouent sans que Françoîs Chauîat se manîeste. Chaque matîn j’espère trouver sur mon bureau une enveoppe avec son nom. Ma ettre étaît probabe-ment trop mîèvre, trop sentîmentae :Monsîeur Chaulîat, j’aîme vos œuvres parce qu’elles me rappellent mes annéesde ac. – Supprîme cette phrase, m’a dît Vaérîe, on se croîraît dans un soap brésîîen. J’aî obéî maîs, une mînute pus tard, je e regrettaîs. Cînq oîs de suîte j’aî efacé a phrase, réécrîte. Fînaement, je ’aî aîssée. a deuxîème ettre est expédîée e 10 avrî. Ee est courte, on dîraît un téégramme. J’aî utîîsé e papîer cou-eur moutarde du musée dans eque je travaîe depuîs cînq ans, a Maîson de poupée, pace du Trocadéro.J’espéraîs que cette coueur donneraît un aîr proessîonne à ma ettre et que ça încîteraît Françoîs Chauîat à me répondre.
7
undî 21 avrî. Depuîs un an, nous préparons avece Mac, e musée d’art contemporaîn de Shanghaî, ’expo-sîtîon : « ’appartement chînoîs de Mademoîsee B ». ’exposîtîon commencera e 8 août, e jour de ’ouver-ture des Jeux oympîques de Pékîn. Mademoîsee B, c’estBarbîe. Frîda Wîndows, e commîssaîre de ’exposîtîon, uî a trouvé ce nom parce qu’ee trouve que « Barbîe »,ça aît vugaîre. a constructîon de ’appartement a débuté e jour où Frîda nous a envoyé ce maî : « Mademoîsee B aura 50 ans e 9 mars 2009 et je veux uî ofrîr un appar-tement comme cadeau d’annîversaîre ». Frîda a utîîsé es Jeux oympîques en Chîne comme prétexte pour deman-der à cînq desîgners chînoîses d’îmagîner ’appartement de Mademoîsee B. Personne au musée n’a trouvé son îdée bîzarre. Quand tu voîs Frîda et ses ongues nattes bondes quî descendent jusqu’à sa taîe, tu t’attendsà a voîr jouer encore à a poupée en buvant des petîtes gorgées de thé dans des tasses en pastîque rose. À mîdî ce jour-à, je mange seue à a cantîne du musée. Je prends une soupe pîquante aux crevettes. Depuîs une semaîne, je rédîge e communîqué de presse de ’expo-sîtîon. Depuîs une semaîne, je voîs des Mademoîsees B partout. J’en voîs en ce moment même dans mon bo. Ees portent des bîkînîs à rayures noîres et banches etse cramponnent aux crevettes comme à des bouées de sau-vetage. Depuîs une semaîne, je dors avec e communîqué de presse. es îdées préèrent a nuît, ’obscurîté : tees des chauves-sourîs, ees me vîennent quand j’éteîns a u-mîère. Je es note dîstraîtement, sans aumer a ampe, pour ne pas es perdre. Après e déjeuner, je trouve un message sur e répon-deur de mon bureau :
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– ïcî, Françoîs Chauîat. Appeez-moî pour ’întervîew. Huît mots. Vaérîe a raîson, es ettres méos sont out. Même es artîstes veuent des ettres terre à terre. Un moîs pus tard, je n’aî toujours pas rappeé Françoîs Chauîat. Chaque jour, j’aî trouvé un prétexte queconque pour repousser ce coup de tééphone. Je n’étaîs pas assezpréparée, î aaît que je îse te artîce d’abord, je devaîs trouver ’ange paraît pour mener cette întervîew…Ce mardî 20 maî, aors que je suîs en traîn de préparera îste des învîtés pour e vernîssage de ’expo Mademoî-see B, je tombe sur son nom. – J’aî aît une grosse bêtîse, dîs-je en composante numéro de Françoîs Chauîat. Chrîstîne, avec quî je partage mon bureau, ne réagît pas. Je pace e combîné contre mon oreîe. – Bonjour. Je suîs cee quî vous a envoyé a ettre. Maîs qu’est-ce que je raconte ?! Sî ça se trouve,un harem, un harem de Suédoîses uî a envoyé des ettres.Comment peut-î devîner quî je suîs ? – Je vous appee de a Maîson de poupée, dîs-je.Pour ’întervîew. – Je m’attendaîs à ce que vous appeîez pus tôt. – Ah, ouî, c’est vraî… Vous êtes îbre vendredî ? Je ’entends tourner es pages de son agenda. – Vendredî prochaîn à sîx heures, c’est bon pour moî. Que est votre nom ? – Anna Vaî. – Anna, j’habîte pace Cambronne, au numéro 3.Mon studîo est au cînquîème étage, au-dessus de ’appar-tement au gros paîasson vert. e code de ’îmmeubeest 1664, comme a bîère. – Aéuîa ! crîé-je en raccrochant.
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