Messages d'ailleurs

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Début d'après midi. Lucy attend son avion. Sa peur la rend nerveuse. Tellement nerveuse qu'elle commence a avoir des visions. Visions lui sommant de ne pas prendre ce vol. Cédant à sa peur, elle ne décolle pas. L'avion s'écrase, aucun survivant. Quelqu'un savait-il ce qu'il allait se passer? Une simple coïncidence? Et si elle avait un ange gardien? Un esprit bienveillant? Autre chose? Et si cela avait un rapport avec son fils, décédé trois ans plus tôt par noyade à cause d'une faute d'innatention? Et si...
Publié le : mercredi 15 juin 2011
Lecture(s) : 276
EAN13 : 9782748167504
Nombre de pages : 191
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Messages d'ailleurs

Xavier Froment
Messages d'ailleurs





ROMAN










Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2006
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 08 90 71 10 18
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
communication@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-6751-1 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-6750-3 (livre imprimé)





Pour Violaine
XAVIER FROMENT

1


Le vol Paris Tokyo avait du retard.
Lucy patientait dans la salle d’attente en se tapotant
les dents du bout des doigts. Une longue file d’hommes
d’affaires et de touristes se trouvait à côté d’elle.
Certains avaient des costumes stricts, d’autres des
chemises à fleurs.
Les visages étaient rouges, luisant de sueur et
congestionnés par l’attente, cela faisait déjà vingt
minutes que le tableau d’affichage annonçait dix
minutes de retard.
Lucy baissa ses lunettes de soleil, les fit glisser le
long de ses oreilles pour les poser sur sa jupe. Les traces
des montures restaient incrustées sur sa peau. Elle
souffla, examina pour la centième fois le grand écran
noir et jaune.
Retard dix minutes.
La chaleur était suffocante, Lucy agita sa veste pour
la décoller de sa peau.
— Excusez-moi mademoiselle ?
Lucy tourna la tête. Son regard se posa sur le visage
d’une minuscule femme, la peau ratatinée par les
années.
— Est-ce que vous pourriez m’indiquer où se
trouvent les toilettes s’il vous plait ?
Lucy sourit, fit oui de la tête. Enfin un événement
qui rompait avec cette attente interminable. Il fallait
qu’elle se change les idées. Le panneau annoncerait
peut-être l’arrivée de ce satané avion à son retour.
— Venez madame, dit-elle je vais vous montrer.
11 MESSAGES D'AILLEURS
Elle se leva, redressa sa jupe, plaça ses lunettes dans
le creux de ses seins, jeta un dernier regard au tableau,
puis invita la vieille dame à la suivre.
Elle souleva avec effort sa lourde valise, parcourue
quelques mètres avec difficulté puis se trouva
finalement dans les toilettes avec la vieille femme.
— Pourriez-vous surveiller mes valises pendant que
je fais la petite commission ? Demanda la grand-mère,
de la gentillesse plein les yeux.
— Bien sûr.
La vieille sourit, Lucy sourit. Parfait.
Une crampe commençait déjà à se former dans son
avant-bras. Elle fit basculer sa valise pour la faire tenir à
la verticale, puis vit son reflet dans le miroir.
Une femme d’une trentaine d’années, les cheveux
long et très noirs, des yeux noisette, les joues
légèrement rondes, un nez pointue et un rouge à lèvres
coulant se trouvait devant elle. Elle se passa la main
dans les cheveux, examina sa montre.
14h47.
Cela faisait déjà deux heures trente quatre qu’elle
était dans ce hall.
Elle avait peur de prendre l’avion, le simple fait d’en
voir un lui donnait la nausée et elle ne savait pas encore
ce qu’elle ferait lorsqu’elle se trouvera à l’intérieur mais
cette attente interminable la rendait folle. Si l’avion avait
du retard, c’est qu’il y avait un problème, non ? Une
pièce manquante ou des terroristes ? Une bombe
détectée dans la soute à bagage ?
Arrêtes, se dit-elle, tu deviens paranoïaque. Prendre
un avion, ce n'est rien. Il y a bien plus d’accident de
voiture que d’avions. Et alors ? On n'en meurt pas
moins. Elle secoua la tête pour essayer de faire partir ses
12 XAVIER FROMENT

mauvaises pensées. Ses cheveux collaient à son front à
cause de la sueur qui sortait par tous les pores de sa
peau. La climatisation avait lâché et maintenant, en plus
de cela, l’avion avait du retard.
Petit problème technique mineur, affichaient-ils.
Rien de plus rassurant.
Lucy ouvrit son grand sac à main violet, y engouffra
la main et la moitié de son poignet pour en sortir
finalement une petite boite blanche et jaune, des
calmants.
Elle en saisit deux, les glissa dans sa bouche, se
pencha en avant vers le lavabo puis fit couler l’eau. Le
jet puissant vint lui éclabousser le corsage. Elle jura puis
ouvrit la bouche et avala une gorgée d’eau pour les faire
passer.
La tête relevée, elle se sentait déjà mieux. Incroyable
l’effet que pouvaient avoir ces petites concentrations de
poudre blanche sur son organisme.
Elle se contempla une fois encore devant la glace.
Elle avait quelques cernes aux coins des yeux suite à
la nuit blanche qu’elle avait passé à remuer dans tous les
sens, ne cessant de penser qu’elle allait louper cet avion
ou, pour on ne sait quelle raison, qu’elle allait en
prendre un autre et ne s’en rendre compte qu’une fois
arriver dans un pays à l’autre bout du monde.
Elle savait que c’était impossible puisque les
contrôleurs vérifiaient les billets avant le décollage, mais
la logique pourtant implacable de ce raisonnement ne
lui permettait tout de même pas de dormir paisiblement.
— Regarde-toi, murmura-t-elle. A peine trente ans,
déjà camé.
Elle gloussa, un petit rire strident s’échappa de sa
gorge, elle passa sa main devant sa bouche.
13 MESSAGES D'AILLEURS
Le bruit de la chasse d’eau retentit derrière elle. La
porte en métal s’ouvrit. La vieille dame lui fit un sourire
avenant.
— Ca va mieux ? Demanda Lucy avant de se rendre
compte de la familiarité de sa question.
— Beaucoup mieux, dit la vieille dame, toujours
avec son grand sourire accroché au visage.
Lucy rougit.
Elle se pencha pour l’aider à porter sa valise mais la
vieille dame refusa poliment.
— Bon vol mademoiselle, dit-elle en partant.
— Merci, vous aussi.
Lucy vit la grand-mère aux cheveux totalement
blancs s’éloigner, une grande feuille de papier toilette
rose coincée contre son pantalon et traînant sur le sol,
aspirant grâce à sa très grande qualité d’absorption
toutes les saletés éparpillées sur le sol.
Elle voulut dire quelque chose mais avant qu’elle ne
réagisse, la porte des toilettes était fermée. La vieille,
disparut.
Lucy fixa son reflet, puis éclata de rire.
Elle se sentait puérile et coupable d’avoir laisser cette
brave femme s’en aller avec cette honte portative
accrochée à la hanche mais cela lui avait fait du bien de
rire un peu. Son stress s’évacuait peu à peu. Si l’avion
avait une ou deux heures de retard de plus peut-être
serait-elle finalement détendu.
Sa crise de rire lui avait fait monter les larmes à l’œil
et son maquillage coulait dans les petites rigoles de sa
peau, formées par le manque de sommeil. Elle sortit de
son sac sa petite trousse de maquillage, l’ouvrit et
attrapa ses principaux instruments : mascara, fond de
teint, rouge à lèvres.
14 XAVIER FROMENT

Il fallait qu’elle soit parfaite pour ce soir. Elle devait
rencontrer le directeur littéraire d’une grande maison
d’édition japonaise afin de le convaincre de l’engager en
temps que traductrice à plein temps de roman français.
Depuis cinq ans diplômée, elle n’avait pas encore
trouvé de travail fixe. Elle avait été guide à Paris pour
des touristes japonais, traductrice pour quelques recueils
dans différentes maisons, avant d’enseigner un peu le
français au japon, puis la mort de son fils l’avait laissé
dans une impasse pendant deux ans.
Ce rendez-vous était le seul travail sérieux qu’elle
avait pu envisager depuis plus de cinq ans. Il ne fallait
pas qu’elle loupe l’entretien à cause d’un peu de
maquillage coulant.
Son travail de rafistolage lui prit quelques petites
minutes. Lorsqu’elle eut finit, elle se contempla dans le
miroir.
— Parfait ! Dit-elle, tu as vraiment l’air d’une jeune
femme dynamique, prête à endosser la responsabilité de
traduire les chefs-d’œuvre français de notre époque.
Tout à fait monsieur Nagosako, j’accomplirais ma tache
avec tout le dévouement et toute l’ardeur qu’il est
commun de donner.
Elle s’inclina, le torse en avant.
— Toutes mes considérations à madame.
Ses lèvres se plissèrent en un sourire étrange.
Ses médicaments la rendaient parfois euphorique.
Elle se reprit rapidement, réajusta sa jupe et rentra son
espiègle sourire.
— Allez ma vieille, détends-toi. Il faut que tu sois
un peu plus sérieuse si tu comptes décrocher ce boulot.
Et pas de mauvaises blagues au grand Nagosako sinon
tu va finir sous les ponts. A Tokyo, qui plus est.
15 MESSAGES D'AILLEURS
Elle prit une grande inspiration, redevint lucide. Elle
était maître de la situation. Pendant quelques minutes, le
stress ajouté à l’effet des somnifères l’avait fait
légèrement délirer.
Elle se sentait mieux, confiante, le dos bien droit.
Elle ouvrit le robinet d’eau chaude et se lava les
mains où quelques gouttes de maquillage avaient perlé.
Ensuite, elle se dirigea vers le séchoir automatique.
Sa main passa sous le capteur, le petit moteur
s’activa. Tandis qu’elle se frottait consciencieusement
l’intérieur des doigts, elle regardait avec une incroyable
fixité le mur en face d’elle, si bien qu’elle ne vit pas les
premières lettres apparaître.
Elle sifflotait désormais en essuyant ses doigts
glissants. Elle eut bientôt fini, souffla une dernière fois
sur ses mains, puis se dirigea vers ses bagages. Elle
ferma son sac à main violet, le fit glisser sur ses épaules,
empoigna fermement sa grosse valise en cuir marron,
mit en place ses roulettes pour ne pas avoir à se
déboîter une épaule pendant tout le trajet jusqu’à la
soute, puis poussa un hoquet de surprise.
Elle lâcha tout.
Le sac violet atterrit sur le sol avec un bruit mou,
s’ouvrit comme les entrailles d’un animal mort. La
grosse valise s’écrasa sur le sol dans un claquement
assourdissant.
Lucy fixait le miroir. Une phrase y était inscrite.
Tout à coup, elle se tourna, cherchant désespérément
quelqu’un qui aurait pu l’écrire.
Personne.
Elle s’approcha, la peur au ventre. Son visage vint
presque se coller contre le miroir. Les lettres avaient été
16 XAVIER FROMENT

tracées grâce à la vapeur dégagée par l’eau chaude
qu’elle avait utilisé pour se laver les mains.
Elles formaient trois mots. Trois petits mots simples.
PAS CET AVION.
Lucy déglutit.
— Y’a quelqu’un ? Demanda-t-elle, brusquement
crispée. Ce n’est pas très drôle. Vous savez que j’ai peur
des avions et vous voulez me faire une blague, c’est ça ?
Qui c’est ?
Ses derniers mots résonnèrent dans le silence des
toilettes.
— S’il y a quelqu’un, vous avez intérêt de vous
montrer. Je vous préviens que si dans trente secondes
vous ne vous montrez pas, j’appelle la sécurité.
Silence.
Lucy examina les cabines une par une, elles étaient
toutes vides. Elles fixa longuement les lavabos, regarda
dessous afin de déterminer si un mécanisme n’avait pas
déclenché cette écriture. Au bout de dix minutes, elle
abandonna, il n’y avait rien d’inhabituel.
Tout était à sa place, personne ne s’était caché ni
n’avait pu entrer pour lui faire peur. Rien. Mis à part ces
trois mots.
PAS CET AVION.
Lucy fixa l’écriture, immobile pendant plusieurs
minutes. Elle donnait l’impression de vouloir les faire
disparaître par la seule force de son regard scrutateur.
Cela ne marcha pas. Elle entreprit alors de se calmer. Ce
n’était qu’une petite écriture.
Soudain, elle comprit. Pourquoi n’y avait-elle pas
pensé plus tôt ? L’écriture devait se trouver affiché
depuis longtemps, mais ce n’est que lorsque la vapeur
s’était collée sur la glace que les mots étaient apparus.
17 MESSAGES D'AILLEURS
Cela n’avait rien d’irrationnel, ce n’était qu’un petit
peu surprenant. Quelqu’un avait affiché cela pour faire
peur à ceux qui allaient utiliser les toilettes après lui.
Rien de bien méchant.
Elle se sentit mieux. Tout s’expliquait. Soudain
rassérénée, elle effaça les mots du plat de la main,
laissant un grand gribouillage à la place de la petite
phrase.
Elle se pencha pour ranger ses affaires dans son sac
ouvert.
— Merde.
Dans la chute, le vernis à ongles s’était ouvert et avait
coulé dans sa petite trousse. Elle le jeta à la poubelle,
vida sa trousse de ses instruments et entreprit de la
passer sous l’eau chaude pour la nettoyer.
Lorsque la vapeur se colla à la vitre, elle eut un petit
pincement au cœur. Elle leva les yeux, il n’y avait rien de
plus que le gribouillage de sa main quelques secondes
plus tôt.
Elle sifflota en lavant sa trousse.
Un mouvement au-dessus d’elle la fit relever la tête.
Sa lèvre inférieure s’abaissa, ses yeux s’écarquillèrent,
des frissons la parcourent et la chair de poule vint
s’installer sur sa peau.
Un cri de détresse s’étrangla dans sa gorge, parce
quelque chose était en train de s’écrire devant ses yeux !
Comme s’il y avait un doigt invisible situé juste au-
dessus de sa tête, les lettres apparaissaient
progressivement, effaçant peu à peu la vapeur pour
former une phrase.
Elle était paralysée. Son corps refusait de lui obéir,
elle voulait fuir à toute vitesse, disparaître de ses
toilettes pour aller rejoindre le troupeau qui attendait
18 XAVIER FROMENT

l’avion à quelques mètres seulement d’elle, mais elle ne
pouvait pas bouger. Pourquoi personne ne rentrait dans
ses toilettes ? Au moins, elle n’aurait pas l’impression
d’être la seule folle. Pourquoi personne ne faisait
s’arrêter cela ? Pourquoi ?
Ses yeux étaient fixés sur les lettres qui s’affichaient.
Le doigt magique s’arrêta. Elle lut.
PAS AUJOURD’HUI.
Elle déglutit, sembla capable de sortir de la transe qui
l’avait plongée dans l’immobilisme. Elle voulait s’en
aller. Elle ne savait pas qui faisait ça, ni quoi, mais il
fallait qu’elle sorte.
Elle parvint à attraper ses valises et à réunir ses
affaires. Alors qu’elle s’apprêtait à partir, elle vit que
d’autres lettres se formaient.
Elle se mordit la langue pour ne pas crier lorsque la
dernière lettre apparut et sortit à toute vitesse de cette
pièce close.
LUCY.
Une fois retournée dans l’air étouffant de l’aéroport,
elle se sentit immédiatement idiote. Pourquoi avait-elle
paniqué ? Elle ne s’en souvenait plus. La présence
rassurante de tous ces hommes d’affaires stoïques lisant
leurs journaux, de ces petits réclamants un sandwich à
leurs parents avec une moue aguicheuse, de ces vieilles
dames, de cette transpiration, des râleurs, de ces gens-
de-l’accueil-qui-disent-qui-ne-peuvent-rien-faire-qu’il-
faut-regarder-le tableau-d’affichage-et-patienter-encore-
un-petit-peu, de ces hommes en verts qui astiquaient le
sol à longueur de journée, de cette fourmilière humaine
grouillante et étouffante, bruyante et gloutonne, la
rassurait.
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