METISSAGES 100% ROMAN

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Histoire inattendue, celle d'un croisement entre une jeune femme issue de l'immigration faisant carrière dans la mode, en conflit avec ses parents traditionalistes, et un professeur d'histoire et de langues orientales dont la vie tourne en rond. Dans le contexte de la négociation de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, les deux personnages vont être soumis au fil de leurs aventures à d'improbables métissages.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
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EAN13 : 9782296504967
Nombre de pages : 228
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Altay Manço
Métissages 100 % Roman
Métissages 100 %
Altay Manço Métissages 100 % Roman
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99606-9 EAN: 9782296996069
Tuto knihu věnuji Berušce mého života
100 % Je cicatrise vite. Je peux quitter l’hôpital plus tôt que prévu. Je ne peux pas mouiller mon plâtre : ça promet de belles acrobaties, notamment dans la salle de bain. Le docteur Galati parle d’une première étape de six semaines ; après, il faudra bouger. Simple ? Une petite expérience suffit pour me convaincre du contraire : comment rassembler les affaires de sa trousse sans poser le pied à terre ? La convalescence s’annonce compliquée dans la solitude de mon appartement. Marie-Rose a déposé ma valise de Genève. Elle est passée ce week-end avec les jumelles. Les jumelles ! Je ne pourrai pas m’en occuper durant des mois ! J’ai appelé Selvi. Elle viendra me voir dès que possible : entre les fêtes, les gens sont difficiles à mobiliser. Elle annulera tous mes rendez-vous à la Faculté.
Les idées se chamboulent dans ma tête pendant que je sautille pour rassembler mes affaires. Mes repères sont sens dessus dessous d’autant plus que mes nombreux déplacements sont organisés longtemps à l’avance. Le temps est l’élément précieux derrière lequel je cours. Dans mon statut d’estropié, je réalise soudain que mon espace se réduira à quatre murs, alors que je me trouverai gratifié d’un temps abondant ! Mes cours me permettent de
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rencontrer des dizaines de personnes tous les jours. Mais, je n’approfondis aucun de ces contacts. La malléole cassée, la situation s’inverse : durant des semaines, je serai en entretien approfondi avec le même interlocuteur. Moi-même.
Les termes de la discussion avec Filiz me reviennent à l’esprit. Pris par le flux des préoccupations que je m’invente, je me ferme. C’est la carapace de l’insecte. Je zappais, tourbillonnais, surfais, papillonnais. Et bien, pensez maintenant ! Pensez à vous, pensez au nous. Pansez le ‘Je-Nous’ ! Je regrette de n’avoir pas revu Filiz… Mon manteau sur le dos et un sac à l’épaule, je découvre une nouvelle difficulté insoupçonnée : se déplacer en béquilles. Sillonner les couloirs me fait suer. J’espère ne pas attendre le taxi dans le froid. J’arrive à grand-peine devant l’entrée principale ; l’imposante porte coulisse sur l’avenue, une violente averse s’abat assombrissant la scène. Le claquement des gouttes sur le trottoir sonne comme des applaudissements… Filiz est là ! Devant moi ! Elle est simplement vêtue de sous-vêtements en dentelles et de bas de soie. Accrochée à son téléphone, le visage grave, elle dit : ‘J’ai des hauts et des bas’. 99 % - Je n’arrive pas à y croire ! La malléole ?! Je suis pourtant de caractère prudent : je ne me précipite jamais. Enfin, en principe. Sauf ce matin, à l’aéroport de Genève… Il faut dire qu’on a beau prendre l’avion mille fois, c’est chaque fois un petit stress. Figurez-vous que je rentre du Congrès d’ethnolinguistique. J’y ai proposé une communication e sur les poètes nomades turcs du XVsiècle. J’enseigne au département des langues orientales de l’Université européenne de Bruxelles…
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- Oui, c’est la malléole extérrrieurrre gauche, Monsieur. Je dois vous envoyer à la rrradiogrrraphie pourrr confirrrmation. - C’est amusant, vous n’auriez pas un léger accent roumain ? - Si, si… Je suis rrroumain. Je m’appelle Galati. Je suis en stage dans votrrre pays. - Ah, merci. J’aime bien que les gens donnent ce genre de détail. C’est le‘rrr’de radiographie qui vous a trahi : j’ai déjà l’impression de connaître tout de votre vie ! - Mais moi, je ne sais toujourrrs pas comment vous vous êtes frrracturrré la malléole… - Vous avez raison. Voici : j’étais en retard. D’abord, une attente anormalement longue à la réception de l’hôtel pour la facturation. Puis, la carte Visa n’a voulu passer qu’à la troisième tentative : dire que j’étais au pays des banques ! Ensuite, j’ai été apostrophé par un collègue de l’Université de Bloomington, dans l’Indiana. Enfin, j’ai dû patienter longtemps avant de voir un taxi libre… Selon le chasseur de l’hôtel, la pénurie de taxis était due à la pluie qui tombait avec force : ‘Les gens prennent plus volontiers un taxi lorsqu’il pleut’, a-t-il dit. Mais le plus mauvais était la neige restée au sol : ‘Avec la pluie, c’est le verglas assuré’, a ajouté le portier, ‘ça peut faire de la casse…’ Finalement, un taxi est arrivé et j’ai vite réalisé ce que l’employé de l’hôtel avait voulu dire. Plusieurs voitures effectuaient sur la chaussée verglacée des glissades dignes de figures imposées dans un concours de patinage. C’était un de ces matins à vous faire regretter de ne pas avoir pris le train ! Mon chauffeur, un habitué de ce climat sans doute — bien qu’il m’ait semblé avoir l’air d’un immigré sud-américain — a fort heureusement bien négocié
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cette route glissante. Nous sommes arrivés sans encombre devant l’aéroport. Il me restait une demi-heure à peine avant d’embarquer pour mon vol en direction de Bruxelles : j’étais fameusement en retard au pays de l’horlogerie. - Et la frrracturrre ?… - Eh bien, justement. La rue devant l’aérogare était déserte et dégagée sous la pluie battante. En soulevant ma valise à roulettes, j’ai commencé à courir en direction du hall Départs. Je me suis même permis un petit saut à l’approche du trottoir pour survoler la flaque d’eau qui s’était accumulée autour d’une bouche d’égout, ponctuant ainsi d’un mouvement jouissif cette petite course de fin de colloque. En entamant l’acrobatie, j’ai poussé dans ma tête mon cri de guerre :Education commando!— je m’exclame ainsi quand, seul, je me sens emporté par l’enthousiasme… L’atterrissage du commando fut cependant raté. La rue était bien dégagée, mais pas le trottoir. Mon pied droit, qui a atteint le sol en premier, a glissé sur la glace et est parti vers l’avant. Mon autre pied n’a pas tardé à cogner violemment le sol et s’est écrasé sous mes kilos excédentaires augmentés du poids de la valise. J’ai entendu un bruit sourd : crac ! - Je vois. Je vais achever votrrre fiche d’admission… Bon, nous sommes le 23 décembrrre. Votrrre nom, Monsieur ? - Vous savez, lorsque je me suis relevé en me servant de la valise comme d’une canne, je ne me doutais guère m’être cassé quelque chose. J’étais surtout préoccupé par le ridicule du show aérien que je venais d’offrir au peuple genevois. J’étais atterré. Une autre chose me préoccupait aussi. - Quoi donc ? - Mon pantalon trempé. Je me suis dit que ce serait très désagréable d’être assis dans un avion pendant plus d’une heure avec les fesses mouillées. 8
- Ah, oui ?… comment vous appelez-vous ? - de Calata. - Comment ? - de Calata. Alpand Carman de Calata… Quand je me suis précipité dans l’aérogare, j’étais le dernier voyageur à se faire enregistrer. Bien entendu, j’ai eu droit à la rangée 37 de l’Airbus, la dernière de la classe économique, juste à côté des toilettes. Celle-là même dont le siège n’est pas rabattable vers l’arrière parce qu’il est bloqué par la paroi du fond de l’engin. Vous voyez ? Et comme les voisins de devant ne se gênent généralement pas pour rabattre le leur, la rangée 37 évoque en moi un désagréable sentiment d’étouffement. J’ai évidemment demandé pour changer de place. L’employée – certainement une personne originaire d’Afrique centrale – m’a poliment indiqué que l’avion était plein et que je n’avais plus le choix, vu l’heure tardive de mon arrivée. La préposée m’a conseillé de me dépêcher pour me présenter à la porte d’embarquement. Ce que j’ai fait sans plus tergiverser. Bien entendu, je boitais un peu. Je me suis dit que je m’étais certainement foulé la cheville. - Vous vous êtes appuyé sur votrrre pied cassé ?! - Oui. J’ai commencé à sentir des élancements douloureux à la cheville seulement après le décollage. J’avais également une sensation de chaleur intense à l’articulation. Cela m’a incité à relever le bord de mon pantalon pour examiner la blessure. La chose n’a pas été aisée compte tenu de l’exiguïté de cette satanée rangée 37 : le voyageur juste devant moi n’ayant pas hésité à basculer le dossier de son siège, dès le décollage. En effectuant quelques contorsions, je suis bien arrivé à observer ma jambe, mais chaque mouvement s’accompagnait d’un spasme douloureux. Mon pied était
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