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Migrants diaries

De
160 pages
Roman à plusieurs voix, Migrants Diaries est le journal d'une intimité partagée, qui fait se relayer plusieurs diaristes, héros et témoins de leur destinée. L'auteur nous plonge dans le quotidien d'amis d'enfance qui se retrouvent loin de leur Afrique d'origine et que divisent des valeurs, des trajectoires et des ambitions diverses. S'installe donc un jeu de miroirs entre les quatre parties de ce livre, qui fait s'éclairer le vécu des uns à la lumière des impressions des autres.
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Éric ESSONO TSI
MIGRANT DIARIE Rom
ACORIA ÉDITIO
MIGRANTS DIARIES Chroniques d’une génération extrême
© Éditions Acoria, 2014 contact@acoria.fr www.acoria.net ISBN 978-2-35572-132-8
Éric Essono Tsimi
MIGRANTS DIARIES
Chroniques d’une génération extrême Roman
ACORIA ÉDITIONS
Jalil ou la stratégie du désespoir
Partir ou mourir un peu
Je m’appelle Jalil et je suis un aventurier. Tout le monde m’appelle Batista. Parce que je suis bien bâti, baraqué comme un bodybuilder. La vie de la rue et du dehors, je suis tombé dedans peu après que je suis né. Ma mère est partie se réfugier en Centrafrique chez un homme qui n’était pas mon père, un Peul que je n’ai jamais connu. Elle m’a laissé chez sa mère à elle, autant dire chez personne. Mes grands-parents étaient trop vieux et la vie avec eux se résumait à ruminer le temps passé : « tout était beau du temps d’Ahidjo, plus beau encore du temps des colons ». Quand même, ils s’assuraient toujours que j’avais mangé. Grâce à eux, j’ai plutôt bien grandi, je suis costaud, un bel Africain, la coqueluche que j’aurais été sur un marché aux esclaves ! Pendant des années, j’ai pratiqué la débrouillardise, j’ai fait la ronde des petits métiers. Le métier que j’ai appris, mais alors sur des tas de ferraille, c’est mécanicien. Pour payer à mon grand-père son tabac, pour m’habiller avec style, pour fumer comme bon me semblait, je suis allé charger du sable dans les carrières… Pour 25.000 francs CFA, j’ai défriché un terrain de 400 mètres carrés. Je ne savais pas ce que ça représentait 400 mètres carrés. Et si vous ne le savez pas non plus, je vous déconseille vivement d’accepter de vous attaquer, avec seulement une machette mal aiguisée, à 400 mètres carrés de broussaille urticante, d’herbes drues et hautes comme des bambous. Il ne s’agit pas du gazon que les tondeuses caressent chez les riches ; j’ai eu affaire, moi, aux sissongos, des herbes géantes et touffues.
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