Mind Division : Caliban - Tome 1

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Le matin où le Docteur William Mallaury reçoit une lettre de son père, mort depuis quinze ans, il ne se doute pas combien sa vie en sera bouleversée. Pourtant, en se rendant à l’adresse indiquée sur le courrier, il rencontre un étrange jeune homme qui hante les lieux depuis des années : Caliban. Celui-ci semble en savoir beaucoup sur ce père trop absent que Will a préféré rayer de sa vie. Et que dire de l’attirance que le jeune médecin éprouve presque aussitôt pour ce curieux personnage qui oscille entre innocence et terreur à la seule idée de sortir du vieil immeuble délabré où il séjourne ? Quels secrets cachent l’appartement 27C ? Et qui est la mystérieuse Sycorax que Caliban semble tant redouter ? (Romance m/m)


Note : Située dans le même univers que Les Hibraines, la série Mind Division peut-être toutefois lue de manière indépendante. Chaque épisode met en scène un personnage central.
Publié le : samedi 1 février 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782364752283
Nombre de pages : 87
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Extrait


1

Trois coups de sonnettes stridents résonnèrent à la porte. En l’ouvrant, William Mallaury croisa le regard du facteur, lequel lui adressa un sourire contrit.
— Bonjour. Désolé pour le dérangement, m’sieur, mais on m’a demandé de vous remettre ceci en main propre.
Il lui tendit une enveloppe jaunie à l’adresse presque effacée.
— Avec toutes les excuses des services postaux de la ville de New Haven.
— C’est une plaisanterie ? s’exclama le jeune homme en déchiffrant la date d’affranchissement du courrier. Et cette écriture ! Celle de son père. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux noirs et bouclés, avant de refermer la porte sur le préposé qui continuait de débiter son discours, puis revint à grands pas dans le salon, tout en décachetant le courrier.
Une lettre de son père ! Quinze ans après sa mort ! William sentit son sang battre plus fort contre ses tempes. La lettre lui échappa, glissant au sol, il poussa un juron tout en se baissant pour la ramasser. Le courrier lu, il se précipita vers son portable.
— Juliet ? C’est Will. Je dois annuler notre journée. Oui… Non… Je… je viens de recevoir une lettre de mon père… Non, une erreur de la poste. Il indique une adresse où j’aurais dû me rendre il y a quinze ans. Tu imagines ? Non, je ne sais pas, je verrai sur place. Je t’appellerai. À plus tard, conclut-il avant de raccrocher.
Ses yeux noisette parcoururent la lettre tout en cherchant ses clefs et son manteau. Une fois dans la voiture, il brancha le GPS et entra l’adresse que son père lui avait indiquée. Quinze ans, bon sang ! Quinze ans de retard ! Que trouverait-il là-bas ?
Le jeune homme quitta l’allée de son garage et doubla le facteur qui poursuivait la distribution du courrier. Sa fébrilité faillit lui faire rater un stop et il jura quand un autre automobiliste, qui arrivait sur sa gauche, le klaxonna pour signaler son imprudence. Quinze ans après sa mort, ce père qu’il adulait et qu’il voyait à peine, ce père maudit mille fois manquait de le faire tuer.
Will roula ainsi deux bonnes heures avant d’atteindre sa destination, tout en ressassant des souvenirs amers, ses déceptions de petit garçon. Il avait dû supporter l’absence quasi systématique de son père à ses anniversaires ou aux fêtes de l’école, raison pour laquelle il chérissait le souvenir des quelques rares fois où son géniteur avait été présent pour un événement marquant de sa vie. Quant au jour fatidique où il avait appris son décès, alors qu’il commençait ses études de médecine à Yale, il restait comme un des plus sombres de sa vie.

Il ne prêta aucune attention au paysage urbain qui s’étendait sous ses yeux. Il détestait New York, de toute façon : trop de bruits, trop de monde, trop de confusions. Il serra les dents un peu plus en franchissant le pont Kennedy.
L’adresse ne lui disait absolument rien. Que pouvait bien y fabriquer ce père honni et adulé qui le tirait de son quotidien confortable par une simple lettre ?  Hector Mallaury n’était pas un homme simple à saisir, loin de là. Et son fils courait certainement tête baissée droit dans les ennuis.
Le médecin stoppa la voiture à quelques pâtés de maison de sa destination, craignant de ne pas trouver d’autre place de stationnement, et termina à pieds. Ses longues enjambées trahissaient sa nervosité, alors qu’il approchait du but. Son ventre cria famine aussi, lui rappelant qu’il n’avait pris qu’un rapide petit déjeuner car il craignait d’arriver en retard à son rendez-vous. Sauf qu’il n’irait pas chez Juliet aujourd’hui, au lieu de cela, il se lançait dans une quête improbable.
Son portable vibra, lui signalant un message, mais il n’en tint pas compte. Il était enfin arrivé. Levant les yeux vers la façade de l’immeuble, il fut saisi de vertige. C’était immense, c’était vieux, sinistre, inquiétant, même. Personne ne devait habiter là depuis des lustres, sauf peut-être quelques squatteurs.
— Mauvaise idée, mauvaise idée, grommela-t-il entre ses dents. Pourtant, il poussa la porte d’entrée d’une main ferme et se glissa à l’intérieur où régnaient une pénombre et une fraîcheur surprenante.
L’endroit était désert, poussiéreux, en très mauvais état. Il manquait une partie du plancher par endroit, des tags recouvraient les murs et la lumière filtrait à peine entre les lames cassées des volets. Il alluma la lampe torche récupérée dans la boîte à gants de sa voiture et s’avança.
— C’est vraiment franchement carrément n’importe quoi, pesta Will en posant la main sur le chambranle d’une porte qui lui resta dans les mains. Au bout d’un long couloir l’attendait un escalier.
— Je ne vais pas monter. Pas question. C’est un coup à se rompre le cou. Mais le médecin avança, posa le pied sur une première marche qui grinça en protestation, avant de se retrouver au premier étage. Sur les portes, des numéros effacés. Difficile de croire qu’on avait habité cet endroit, tellement il semblait vétuste. Même si ça fait quinze ans que personne n’est retourné ici, ça n’explique pas un tel état de délabrement. C’était certainement comme ça quand mon père y séjournait. Mais qu’est-ce qu’il fichait ici, bon sang ? Se cachait-il ? Le controversé  Hector Mallaury, le touche-à-tout, le manipulateur. Pourquoi tu ne t’es pas occupé de moi au lieu de venir te perdre dans ce trou ? reprocha-t-il encore à ce père trop absent qui ne pouvait plus lui répondre.
« Rends-toi à cette adresse, disait la lettre. Tu comprendras tout. »
Comprendre l’éloignement, l’indifférence, les circonstances exactes de sa mort trop brutale ? On l’avait retrouvé mort dans sa voiture, laquelle avait terminé sa course contre un arbre. L’autopsie avait conclu à un malaise qui avait provoqué la perte de contrôle du véhicule. Un génie s’en était allé, avait titré la presse, la communauté scientifique s’était émue quelques jours, avant de retourner à ses préoccupations du moment. William, lui, avait fait comme si cette perte n’avait aucune importance. Il ne pouvait que constater, en crapahutant dans cet endroit, que ce n’était pas le cas. 27C précisait la lettre. Concentré sur sa quête, le jeune homme ne faisait pas attention à l’endroit où il mettait les pieds. Il entendit d’abord un craquement. Le temps de baisser les yeux, sa jambe droite avait traversé le plancher et le reste de son corps suivit. Il traversa deux niveaux avant de terminer sa course dans un amas de planches et de gravats. Une douleur fulgurante lui broya les jambes, avant de remonter le long de sa colonne vertébrale et il perdit connaissance.


Will se réveilla beaucoup plus tard. Quelque chose gouttait sur son front. Ses paupières s’ouvrirent sur une vision floue. Quelque chose… quelqu’un était penché au-dessus de lui. C’était… très pâle. Il sentit des doigts agiles courir le long de ses côtés, entendit qu’on déchirait un tissu, sentit une paume se plaquer sur sa poitrine. Une sensation de brûlure lui arracha un gémissement. La sensation s’amplifia jusqu’à devenir intolérable. Il hurla.

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