Mirages de migrants

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Mirages de migrants est une fiction dont les péripéties de l'héroïne s'inspirent de la vie quotidienne avec l'impertinence, l'absurdité et la violence symbolique qui la caractérisent, tant en Afrique qu'en Europe. Le migrant est dans un mirage permanent : chez lui au Sud, il rêve du paradis du Nord, et une fois sur place il regrette la solidarité légendaire de son pays.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
Lecture(s) : 18
EAN13 : 9782296503595
Nombre de pages : 180
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Mirages de migrants
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 Écrire lAfrique Collection dirigée par Denis Pryen
 Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.   Dernières parutions  G.K MWANABWATO, LEden est triste , 2012. Joseph Marie NOMO, Un enfant de la forêt , 2012. Ibrahim O. FALOLA, Odyssée arc-en-ciel , 2012. Adama TRAORE, Lassociation des mères délèves de Dibougou , 2012. Yaya Sickou DIANKA, Un petit baobab pour vivre ensemble , 2012. Pius NGANDU Nkashama, Dialogues et entretiens dauteur , 2012.  Hélène MILLET, Roman Bambéen , 2012. ITOUA-NDINGA, Le roman des immigrés, 2012. Paul-Evariste OKOURI, Prison à vie , 2012. Michèle ASSAMOUA, Le défi. Couples mixtes en Côte dIvoire , 2 e édition revue et corrigée, 2012 Angeline Solange BONONO, Marie-France lOrpailleuse , 2012. Jules C. AGBOTON, Ma belle-sur (et quatre autres nouvelles) , 2012. Joseph NGATCHOU-WANDJI, Le Vent du Printemps , 2012. Faustin KEOUA LETURMY, Dans le couloir du campus , 2012. Abdou DIAGNE, Les Larmes dune martyre , 2012. René GRAUWET, Au service du Katanga. Mémoires , 2012.  Antoine MANSON VIGOU,  Journal dun demandeur dasile , 2012. Brigitte KEHRER, Poudre dAfrique , 2012. Patrick Serge Boutsindi, Bal des Sapeurs à Bacongo , 2011. Alice Toulaye SOW, Une illusion généreuse , 2011 Kapashika DIKUYI, Le Camouflet , 2011. André-Hubert ONANA MFEGE, Le cimetière des immigrants subsahariens , 2011.
Rachel Kamanou Atsatito      Mirages de migrants               
  
                    © LHARMATTAN, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99483-6 EAN : 9782296994836  
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Je tiens à témoigner ma vive gratitude à Gaby Tonton L’Or, Isabel et Pierre pour leur précieuse collaboration, sans laquelle ce travail n’aurait pas abouti.
À tous les enfants de la terre qui ont grandi, que dis-je ? Qui ont poussé dans cette jungle humaine avec pour seuls repères maternels de lointains souvenirs de rires et de partage.
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A VERTISSEMENT
Ce livre est un roman. Les personnages et les scènes sont imaginaires. Toute ressemblance avec des personnes ou des événements existants ou ayant existé est pure coïncidence et ne saurait engager la responsabilité de l’auteur.
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C’était un samedi de chaleur moite, vers la fin de l’après-midi, quand le soleil commençait à se rapprocher de l’horizon, hésitant encore à s’y laisser sombrer. Octavie était assise à l’ombre d’une grande feuille de bananier dans le potager de sa maison qu’elle louait dans la périphérie de Yaoundé. Son pagne bleu turquoise enveloppait ses formes voluptueuses. Elle contemplait ses bracelets de divers coloris faits de matières tout aussi diverses les uns des autres lorsqu’elle prit la décision de partir en Belgique pour deux années d’études. Était-ce raisonnable? Avait-elle bien réfléchi ? Avait-elle bien pesé le pour et le contre avant d’entamer cette aventure ? L’histoire nous le dira. En attendant, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir quelques appréhensions, d’autant plus qu’elle sortait à peine de longs moments de galère avec tout ce que cela comporte comme incertitude, déferlante de questions sans réponses, problèmes sans solutions, souffrance sans répit. Maintenant, elle venait de trouver du travail dans un organisme international réputé. Il n’y avait qu’à la regarder : elle était à nouveau radieuse, avait envie de vivre, nourrissait de nouveaux projets d’installation durable et militait dans plusieurs associations. Au moment de faire son premier plongeon de deux ans dans l’inconnu, Octavie brossait un bref bilan de sa vie. À l’aube de la quarantaine, elle était sortie de crise depuis environ cinq ans, avait quatre beaux enfants, un travail bien rémunéré et la reconnaissance sociale de son entourage. Elle venait de passer un concours de bourse
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Trop beau pour durer !
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pour deux années d’études dans une prestigieuse univer-sité belge. Comment aurait-elle pu refuser cette chance, alors qu’une centaine de candidats avait été évincée ? Dès son premier mois de congés obtenu, elle avait renoué avec ses bonnes vieilles habitudes : chassez le naturel, il revient au galop a si bien dit quelqu’un ! Ces habitudes disions-nous, l’amenaient à voyager dans les capitales européennes. Ce fut au cours d’un de ces voyages qu’elle avait entendu parler de la FODEV (faculté Ouverte de Développement) de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL) avec une oppor-tunité de bénéficier d’une bourse de deux années d’études et cerise sur le gâteau, l’acquisition d’un diplôme supplémentaire. Quoi de plus normal que d’être tentée de mordre à cet hameçon, à cet appât qui se révé-lait être des plus envoûtants ? Deux années en Europe revenaient à deux années sabbatiques, tous frais payés. Octavie était en congé chez une de ses amies en Belgique. Lors de l’une de leurs sorties, elles étaient pas-sées au service de renseignement de la FODEV, pour remplir une feuille de candidature en attendant le test de sélection qui se ferait au pays un de ces jours. Cette démarche fut faite sans conviction, mais avec beaucoup de rires parce que les deux amies savaient combien il était difficile d’obtenir une bourse dans leur pays. Elles se souvenaient comme si c’était hier et riaient encore de cette histoire de bourse dont elles avaient été témoins durant leur parcours professionnel en dents-de-scie : il s’agissait d’une bourse pour un stage d’un mois quelque part en Europe, à laquelle avaient postulé une employée et son directeur ; la demande de l’employée avait été sélectionnée. Bien que le patron ait les moyens de pren-dre en charge toutes les formations et tous les stages du monde, il avait mal pris son échec et n’avait pas digéré
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que le dossier de sa subalterne détrône le sien pour une offre d’une vingtaine de jours qui, en définitive, était sans influence sur son curriculum vitae bien fourni. Si un directeur de cette trempe avait postulé pour une bourse de quelques jours, qui aurait laissé passer une offre qui garantissait deux années de bourse, un retour au pays après la première année aux frais de l’organisme boursier ? En remplissant le formulaire d’inscription, Octavie venait de «jeter une bouteille à la mer». Elle venait de faire un clin d’œil au destin. Ce geste d’ailleurs fut vite oublié. De retour au pays, même après avoir passé le test de sélection, tout était rentré dans l’ordre, les résultats n’étant obtenus qu’une année plus tard. Aujourd’hui, assise sous un bananier de son potager, elle se dit que sa bouteille à la mer lui était revenue, et de quelle façon ! Pourtant cette proposition de formation de deux ans en Belgique, avec à la clé un diplôme, arrivait au plus mauvais moment de sa vie. La société était fri-leuse. Beaucoup de Camerounais, comme Octavie, renaissaient à peine de leurs cendres sur le plan social et économique. Que d’angoisses ! Le deal n’était pas facile à négocier. Quelle que soit la solution, elle serait lourde de conséquences. Dire «oui» à l’offre de bourse était avant toute autre chose faire un sacrifice dont elle ne s’était jamais sentie capable. Encore moins, les personnes de son entourage ne pouvaient se l’imaginer. Se séparer de ses enfants pen-dant deux longues années. La bourse était intuitu perso-nae , ne donnant lieu à aucune possibilité de regroupe-ment familial. Le «oui» signifiait aussi stopper, du moins de façon temporaire, l’évolution du chantier de construction de leur maison. Machinalement, elle fit les calculs : la bourse
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proposée était équivalente au salaire actuel d’Octavie. Si celui-ci lui permettait de faire des économies tous les deux ou trois mois pour les besoins de la construction, il ne pouvait en être de même avec le même revenu en Belgique où le niveau de vie est plus élevé qu’au Cameroun. «Oui» encore, voulait dire perdre cet emploi précieux par les temps qui couraient. En effet, les textes et autres conventions collectives qui géraient l’organisation qui employait Octavie n’avaient pas spécialement prévu des cas de mise en disponibilité des travailleurs. Toutefois, ce n’était pas un frein absolu, parce qu’elle avait pu négocier et obtenir un accord tacite de son employeur qui promet-tait de la réengager au terme de sa formation. Après cette analyse de la situation, dire “ non ” était tout simplement impossible Elle regarda la rue animée de l’autre côté de la clôture et suivit du regard une maman qui portait un bébé à cali-fourchon sur son dos et une cuvette en aluminium sur sa tête. Elle reconnut une de ces nombreuses femmes qui faisaient bouillir la marmite de la famille en vendant de la nourriture dans les rues et les marchés, pendant que le mari, sans doute au chômage, tentait avec ses amis d’in-fortune de noyer ses soucis “ qui avaient appris à nager selon leur propre expression, en buvant bière et autres alcools locaux. Octavie en connaissait des dizaines comme cette maman, qui se levaient dès l’aube et ne se couchaient que fort tard la nuit pour quelques brèves heures de sommeil, avant de recommencer le même scé-nario le lendemain. Elle-même du reste était passée par là durant les périodes de vaches maigres. Elle mesurait sa chance de travailler depuis quelque temps dans cet organisme international, qui lui assurait un bon salaire lui permettant de scolariser ses enfants et
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