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Miss Pretty

De
325 pages
C'est un roman à deux voix, une chronique d'un temps révolu. Nous sommes au siècle dernier, au début des années 50, dans un petit établissement privé de la "France profonde". La vie n'y est pas toujours rose pour les deux jeunes enseignantes travaillant dans une ambiance froide, austère, peu propice aux échanges amicaux. Cependant, un lien très fort se tisse entre elles. Dotées d'un humour décapant, d'un caractère bien trempé, elles font face contre vents et marées. Et surtout, il y a les élèves avec leurs cocasseries, leur besoin d'affection, leur sensibilité à fleur de peau...
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Marie
Le quai est désert. Et moi seule, avec ma grosse valise. Je ne m’attendais pas à un comité d’accueil fanfare en tête… mais tout de même ! Heureusement, il fait encore jour. Y a-t-il un chef de gare ? Un employé ? Quant à d’autres voyageurs, que viendraient-ils faire dans ce trou perdu ? Je commence à me demander ce que j’y fais moi-même… -Mademoiselle ? Je ne l’ai pas entendu venir. Le chef de gare apparemment. -Bonsoir Monsieur. Pour aller à B., c’est loin ? Il me regarde puis d’un coup d’œil jauge mes bagages. -Un kilomètre et demi environ. Mais votre valise semble lourde. -Oui. Puis-je la laisser jusqu’à demain ? Il incline la tête et me précède vers la gare. Sa courtoisie ne va pas jusqu’à m’en débarrasser. Il se contente de m’indiquer un endroit où la déposer. -Merci. Je devine un regard curieuxderrière les lunettes. Va-t-il me demander où je compte aller à cette heure plutôt tardive ? Après tout, il peut me fournir quelques renseignements précieux. -Connaissez-vous l’école Canteloup ? -Elle est sur la route de T. De l’autre côté du bourg. Je m’éloigne rapidement. Une seule route devant moi : impossible de se tromper. Selon lui, en marchant vite, je dois mettre une demi-heure. Pas de temps à perdre. Si je veux profiter du dîner. Et ce n’est pas moi qui vais m’extasier à chaque pas sur le paysage. Je n’aime pas la campagne. Quel plaisir peut-on trouver à s’enfoncer dans les maïs, à contempler les tournesols qui sont, soi dit en passant, les fleurs les plus bêtes du monde ? Seules lesvignes ont pour moi quelque charme. Mais je n’envois pas. Un seul désir m’a fait échouer ici : m’éloigner pour quelques mois de mon environnement habituel. La bourgade est maintenant toute proche ; rien, pas âme quivive. Il est un peu plus devingt heures et nous sommes en septembre… A qui demander ma route ? Perplexe, je regarde autour de moi. Peut-être cette station-service est-elle encore ouverte… Oui !
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-L’écoleCanteloup, s’ilvous plaît. -Vous traversezla place etvous prenezla rue qui contourne les Halles. Vous la suivezet à trois cents mètres environ, survotre droite, c’est l’école. De la rue,vousverrezles arbres du jardin. -Merci beaucoup, Monsieur. -Avotre service, Mademoiselle. Un quart d’heure plus tard, je suis devant une imposante grille en fer forgé. D’un côté la maison en belle pierre de taille, de l’autre un grillage sur plusieurs mètres. Je sonne ; un aboiement me répond. Quelques secondes, et une femme d’un certain âge apparaît. -Mademoiselle Jollit sans doute ? -Oui, bonjour Madame. -Mademoiselle, rectifie-t-elle aussitôt. Mademoiselle Maillefer. Vous avezfait bonvoyage ? Elle semble étonnée en ne mevoyant qu’un petit sac au bout du bras. -J’ai laissé mavalise à la gare. -Entrez. Mon accueil à la descente du train n’était pas prévu. Un moment, j’ai cru à un retard, un contretemps… Elle m’introduit dans une grande pièce au plafond lambrissé. Devieux meubles de style Henri II, quelques tableaux accrochés aux murs. Dans un fauteuil à oreillettes, une dame âgée, vêtue de noir, me regarde. Elle me tend la main. -Mademoiselle Jollit ?Bienvenue parmi nous. -Bonjour Madame. Lavoixest basse, à peine audible, les gestes lents. Elle ramène autour d’elle les pans de son châle. -Nous dînons à dix-neuf heures précises. Mais Mademoisellevous a gardévotre repas. Allezavec elle, nous nousverrons tout à l’heure. Et, fermant les yeux, elle appuie la tête contre le fauteuil.Ces quelques mots semblent l’avoir épuisée. Nous quittons la pièce, traversons le hall d’entrée, longeons un couloir et pénétrons dans la cuisine. Vaste, assez sombre me semble-t-il, mais il fait presque nuit. Sur la table, mon couvert attend. J’avale très vite un repas froid. -Madame est très fatiguée ce soir. Il vaut mieux la laisser se reposer. Je vais vous montrer votre chambre.
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