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Missi Dominici

De
475 pages

Voici les mots d’un sorcier à un autre sorcier. « 99,9 % des hommes qui vivent sur cette Terre ignorent qu’au-delà des contours rassurants du monde qui les entoure, d’autres voies se déroulent, jusqu’à l’infini. »

Voici le point de départ d’une quête qui conduira Sand, Hayden et Alaric à sillonner le globe, à la recherche d’un objet perdu depuis des siècles : le légendaire Thyrse de Merlin. Car ils sont des Enfants d’Emrys, des êtres aux pouvoirs surnaturels qui, ensemble, peuvent tout changer. Mais ils sont seuls, face à une organisation secrète qui a juré l’éradication de ceux de leur espèce et dont le chef suprême envoie à leurs trousses ses dangereux Missi Dominici.

D’alliances en errances, à jamais hantés par l’espérance, les trois amis devront affronter bien des épreuves pour avoir une chance d’envisager l’avenir.

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Chapitre1
Primaluce ÀLaube
N’avez-vousjamaiseulaseNsatioNdêtrepourquelquechosequidépassecepourquoiestlecommuNdesmortels? vosqualités,doNtvousavezcoNscieNce, NeteNdeNt-ellespasàfairedevousquelquuNdexceptioNNel?
Discours destiné aux nouvelles recrues du Conclave.
e s y e u x r i v é s s u r l ’ i n t é r i e u r d e l e u r p o i g n e t g a u c h e ,L 208 F, 184 M et 586 M patientaient dans une minuscule pièce, assis sur des tabourets de fer. Ils fixaient le tatouage indiquant leur numéro de matricule, qui bientôt serait remplacé par un nom. Derrière la porte blindée qui les séparait du couloir, ils devinaient des soldats en armure de kevlar, l’une des matières les plus résistantes au monde. Les trois recrues ne se connaissaient pas, mais savaient que si elles se trouvaient réunies dans cette pièce, c’était parce qu’elles seraient affectées à la même mission. Restait à savoir quelle serait celle-ci. — Matricules, entrez, appela une voix désincarnée. Les recrues se levèrent et se présentèrent devant une autre porte qui donnait sur un sas obscur. Celle-ci s’ouvrit sans bruit, et ils pénétrèrent dans le sas. Quelques secondes plus tard, une seconde porte glissa devant eux, et la lumière se fit, éclatante. Ils se trouvaient dans une pièce aux murs immaculés et au sol d’acier, où étaient installés des meubles en bois qui juraient avec le style moderne des lieux. Un omme était là, qui les invita à approcer. Fédor Iridsen, surnommé le Dynaste, était le bras droit du Maester, le dirigeant suprême du Conclave. C’était un grand omme maigre, aux yeux noirs et au
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crâne lisse, âgé d’une quarantaine d’années, mais son teint avait gardé sa fraîceur et les fossettes qui se dessinaient sur ses joues lui donnaient un air presque juvénile. Les trois recrues ne l’avaient vu qu’à quelques reprises au cours de leur longue formation, pourtant il les accueillit avec un sourire aimable. — Votre formation est acevée, déclara le Dynaste en les invitant à s’asseoir sur un canapé qui datait du dix-uitième siècle, mais qui avait été restauré avec grand soin. Dorénavant, vous ne porterez plus vos numéros de matricule en guise de nom. Voici vos nouvelles identités… 208F allongea la main pour s’emparer du passeport magnétique que lui tendait le Dynaste. Sur la petite plaque rectangulaire pourvue d’une puce électronique, un nom était écrit en lettres d’or : Wandja N’Gabo. En dessous, une date de naissance. « J’ai vingt ans », se dit-elle. Sexe : féminin. Minuscule, une potograpie couvrait le coin droit du passeport ; Wandja découvrit les traits de son visage en même temps que sa nouvelle identité ; les bases du Conclave n’étant que des usines destinées à fabriquer les casseurs les plus performants, l’apparence n’y avait aucune place et les miroirs n’existaient pas dans ce monde à part. Si elle avait dû se définir, Wandja eût sans doute estimé qu’elle appartenait à ce que l’on nommait autrefois le « type africain ». Sa peau était brune, ses yeux profonds, et ses ceveux coupés courts, noirs et crépus. Une fois sa curiosité satisfaite, elle jeta un coup d’œil à ses deux compagnons de mission. À sa droite, un grand jeune omme aux ceveux blonds et aux yeux bleus, « Type caucasien… », songea Wandja, venait de recevoir son passeport identitaire. Il se nommait Matt Farrar, avait vingt-et-un ans. Le troisième membre du groupe était également un omme, de taille moyenne, mince. Ses yeux bridés et ses ceveux d’un noir de jais faisaient de lui un « type asiatique », selon Wandja. Son nom : Kenji Masairo. Vingt-deux ans. — À partir de maintenant, vous êtes casseurs, reprit le Dynaste. Vous formez un Trinôme, et vous devez vous séparer le moins possible. Tenez. Fédor Iridsen donna un carnet électronique à Matt, faisant de lui le meneur du petit groupe. Le jeune omme appuya sur l’interrupteur de l’appareil, qui s’alluma sur un écran demandant un mot de passe. — Code : 335A, dit-il à Matt, qui le tapa rapidement sur l’écran L tactile.
Le carnet électronique se déverrouilla, et une liste apparut progressivement. Il y avait des noms, des lieux, des potograpies. — Votre mission est de trouver et de ramener ici un objet que l’on appelle le hyrse de Merlin, poursuivit Fédor. Dans le carnet électronique se trouve une version numérisée d’une carte codée qui vous y conduira si vous savez la déciffrer. Ces noms sont ceux de personnes repérées par nos informateurs que vous devrez éliminer pour y parvenir, car elles risquent de vous compromettre à un moment ou à un autre de votre mission. Ce peuvent être des êtres dangereux, soyez prudents. Vous aurez pour mots d’ordre : discrétion et prudence. En effet, vous ne serez pas les seuls que j’enverrai sur le terrain pour cette affaire. Vous serez en concurrence directe avec les autres Trinômes. Pour vous tous, le but est de me ramener l’objet. Tous les coups sont permis, au regard de la prime qui attend ceux qui réussiront. Les trois nouveaux casseurs ocèrent gravement la tête. Depuis le début de leur formation, on leur avait souvent répété de ne faire confiance à personne, et même d’avoir tendance à douter d’eux-mêmes. — Mais vos confrères ne seront pas vos seuls ennemis. Disséminés de par le monde, les Sorciers et leurs protecteurs, les Voyants, cerceront à vous empêcer de trouver le hyrse. Nous vous enverrons des informations afin de vous aider à remplir votre mission ; nous vous préviendrons notamment des obstacles qui risquent de vous ralentir. Votre cible peut canger à tout instant. Nos ordres apparaîtront sur votre carnet. Vous êtes missi dominici, envoyés par le maître. Ne le décevez pas. Contentez-le en lui ramenant le hyrse, et la récompense dépassera toutes vos espérances. Ni Wandja, ni Matt, ni Kenji ne demandèrent la raison de cet intérêt généralisé pour un objet perdu depuis des siècles. On ne leur avait pas appris à poser des questions, mais à obéir. Ils étaient casseurs, ils avaient une mission. Le monde se résumait à cela. — Il ne me reste plus qu’à vous souaiter bonne cance ! déclara Fédor Iridsen. Les trois casseurs comprirent qu’il était temps de partir. Ils se levèrent et s’inclinèrent face au Dynaste, avant de prendre le cemin de la salle d’armes, où ils comptaient s’équiper pour leur mission. En marcant, ils n’écangèrent pas une parole. Ils étaient un Trinôme, en aucun cas une équipe, et encore moins des amis. Du moins pas pour l’instant. En marcant dans les vastes couloirs de la base souterraine, ils passèrent devant des fenêtres qui ouvraient sur des pièces où d’autres recrues
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s’entraînaient. Dans certaines salles, les futurs casseurs s’entraînaient aux arts martiaux ; dans d’autres, ils étudiaient sur des ordinateurs. Certaines pièces ressemblaient à des crèces, où les plus jeunes étaient plongés dans une parodie d’enfance. Wandja, Matt et Kenji ne s’attardèrent pas sur ces scènes qui leur rappelaient leur propre passé, sur cet entraînement interminable qui était le même pour tous. Ils sortirent pour la première fois de la base où ils avaient grandi, contemplèrent leur premier lever de soleil. Désormais, ils étaient casseurs, et le passé ne comptait plus.
Nice-Paris. Un trajet interminable. Le mouvement du train, cette sensation de vitesse qui ne permettait pas d’ouvrir un livre sans risquer la migraine, les passagers patibulaires, trop serrés dans leurs costumes, quelques adolescents assoupis tout au fond du wagon, probablement montés sans payer… Tout cela ennuyait profondément Sand. Elle tâca de se distraire en regardant par la vitre, mais le temps était gris, le paysage umide et ostile semblait vouloir se soustraire à sa vue en se drapant de brume. « Monotonie quand tu nous tiens… », pensa la jeune femme en repoussant derrière son oreille une mèce de ses ceveux bruns. Elle soupira, songeant qu’il lui faudrait encore plusieurs eures pour arriver à Paris, et décida de cercer un endroit tranquille pour fermer l’œil quelques instants. Elle se leva de sa banquette, dénica un compartiment inoccupé. Sand s’installa le plus confortablement possible, se calant sur son sac de vêtements. Elle ferma les paupières, se laissa doucement glisser dans le sommeil. Mais la porte du compartiment s’ouvrit un peu brusquement, et Sand se redressa d’un bond. Un jeune omme passait la tête par l’entrebâillement de la porte. — Je peux ? demanda-t-il en désignant la banquette libre, en face d’elle. Elle ne se voyait pas vraiment lui refuser le droit d’entrer. Tant pis pour la sieste. Tandis qu’il s’installait, elle observa le nouveau venu. Il était plutôt grand, vêtu d’un jean noir et d’une veste de cuir de la même L couleur. Des lunettes de soleil cacaient ses yeux, mais quand il les ôta,
elle découvrit deux lacs d’un bleu profond posés sur un visage aux traits armonieux. Ses ceveux lui tombaient jusqu’aux oreilles, avec quelques mèces qui lui barraient le front, lui donnant l’air à la fois rebelle et séduisant. — Comment tu t’appelles ? demanda la jeune femme à son voisin, après quelques minutes de silence. Il sursauta, puis tourna la tête vers elle d’un air distrait, se demandant pourquoi cette passagère du train qui l’emmenait à Paris éprouvait un soudain intérêt pour lui, alors qu’il désirait ardemment passer inaperçu. Il la dévisagea. Elle était jeune, et plutôt jolie avec ses ceveux bruns bouclés et ses yeux gris. Son visage semblait seulement curieux, rien d’autre. Elle avait probablement posé cette question pour engager le dialogue. Pour parler. Pour rien. Comme toujours. — Matt, répondit-il enfin en s’appuyant contre la paroi du compartiment, sentant la dureté du pistolet qu’il portait contre ses côtes. — Sand, se présenta l’inconnue. — Drôle de prénom, commenta-t-il. — C’est le mien..., éluda-t-elle. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? À cet instant, le train entra dans un tunnel ; les lumières artificielles prirent le relais du soleil paresseux. Sand trouva qu’elles projetaient sur le visage de Matt des ombres qui le faisaient paraître plus vieux, plus dur. — Je suis casseur, laissa-t-il tomber. Réponse peu banale. Elle entendait plus souvent « gérant », « comptable », « étudiant », parfois. Jamais de casseur. — Quel genre de gibier ? insista-t-elle. — Des proies difficiles à saisir, éluda le jeune omme. Fut-ce la froideur de sa voix qui incita Sand à se taire, à conserver une distance méfiante ? L’intensité indéciffrable de son regard bleu ? Ou alors l’aura mystérieuse qui émanait de lui, une aura qu’elle ne parvenait pas à définir ? Ils n’écangèrent plus une seule parole pendant tout le reste du trajet. Il descendit avant même l’immobilisation totale du train ; par la fenêtre elle le vit disparaître dans la foule, entre les têtes coiffées ou non de capeaux. En descendant du wagon à son tour, elle ne le cerca pas. Plus qu’une impression, elle avait la certitude qu’elle le reverrait et curieusement, cela l’inquiétait. Elle quitta la gare et prit un taxi pour se rendre à l’appartement qu’elle louait à l’année pour suivre ses cours à l’université. Elle paya sa
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course une petite fortune, gravit les six étages qui la séparaient de son appartement, un joli trois-pièces, au loyer exorbitant malgré l’absence d’ascenseur. Mais la vue qu’il offrait sur les toits parisiens avait un carme dont Sand n’aurait pas voulu se passer. Arrivée devant sa porte, la jeune femme batailla avec sa serrure pour entrer cez elle, posa son sac sur le canapé du salon. Enfin, elle s’abandonna à ce qui la faisait rêver depuis des eures : un bain relaxant. Elle se laissa glisser dans l’eau avec un soupir de contentement, laissa la caleur détendre ses muscles fatigués par le voyage et le stress de la vie citadine. Elle avait allumé quelques bougies qui faisaient danser sur le plafond l’ombre légère des volutes de vapeur qui montaient de la baignoire. Rattrapée par l’épuisement, Sand autorisa sa conscience à vagabonder, et finit par s’endormir. La froideur de l’eau la réveilla, près de deux eures plus tard, et elle se âta de sortir du bain. Emmitouflée dans son peignoir blanc, elle repassa dans le salon, pour apercevoir qu’une enveloppe avait été glissée sous la porte et reposait au beau milieu de l’entrée. Intriguée, car elle ne recevait presque jamais de courrier, elle l’ouvrit et trouva une unique feuille de papier, sur laquelle étaient tracées des prases qui lui semblèrent absolument absurdes. Une istoire de casse au trésor, d’assassins et de sorcellerie... Et puis un rendez-vous dans un café qu’elle connaissait. «La Terrasse du Soleil, jeudi, seize eures. » Pas de signature. — C’est absurde, dit-elle tout aut, comme pour s’en convaincre. Elle ciffonna la lettre anonyme et la posa sur un coin de table. Elle n’avait que peu de contacts et ne voyait pas lequel d’entre eux aurait pu lui jouer une farce aussi bête. La seule personne capable d’avoir l’esprit assez tordu pour inventer une telle istoire afin de l’attirer à un rendez-vous était son voisin du dessus, un quadragénaire qui se prenait pour un Don Juan et la considérait sans doute comme sa belle du moment. Il roulait des yeux quand il la croisait dans le couloir, et il était à son avis tout à fait capable de fantasmer sur elle au point de lui écrire des lettres de ce type, mais bien trop empoté pour oser l’aborder de front... Sans doute prenait-il pour une invitation romantique ce subterfuge qui relevait de la maladie mentale... « Je vais finir par porter plainte », pensa-t-elle, en L retrouvant son sourire, jugeant que cet incident n’avait pas d’importance.
Mais la sensation de malaise qui l’abitait n’était pas près de s’estomper. L’impression, terrible mais impossible à casser, que caque mot de cette lettre était vrai, et que son voisin n’avait rien à voir avec cela.
Après être descendu du train, Matt avait gagné l’Islandais, un bar situé près de la tour Eiffel. Wandja et Kenji l’attendaient, assis à une table située tout au fond de la salle. Matt commanda un café et les rejoignit. — Tu as trouvé le « numéro trois » ? interrogea Kenji. Matt oca la tête. Ils avaient pris l’abitude de donner des numéros aux noms de la liste que Fédor leur avait remise. À Nice, il avait donc traqué « numéro trois », – un inspecteur de police qui avait découvert des renseignements compromettants pour le Conclave –, ce qui s’était révélé facile, et l’avait rapidement fait disparaître. — Vous avez trouvé l’adresse de notre cible actuelle ? demanda-t-il. — Oui, répondit Wandja en souriant. C’est à deux pas d’ici. — Doit-on l’éliminer ? demanda Kenji, en essayant de masquer son espoir d’entendre une réponse négative. — Nous devonstouséliminer, asséna Wandja avec au fond des les yeux une étincelle de cruauté. Matt sourcilla. Le Trinôme était formé depuis trois mois, et malgré leurs réticences mutuelles à communiquer, surtout au début, les trois casseurs avaient appris à s’entendre. À force de s’apprivoiser, ils commençaient à se connaître, et Matt savait que l’intonation de Wandja n’était pas innocente. Elle prenait réellement plaisir à la casse, et elle tuait sans ésitation. Matt et Kenji le faisaient aussi, parce que c’était leur devoir, mais le plaisir ne l’emportait jamais sur le professionnalisme. Il allait falloir la surveiller, car son empressement pourrait éventuellement nuire à leur efficacité… — Allons-y, décida Matt d’un ton ferme. Les trois casseurs payèrent leur consommation et sortirent dans les rues ensoleillées de Paris, marcant d’un pas vif entre les promeneurs. Wandja avait pris la tête du groupe, et semblait pressée d’arriver à destination. Ses compagnons pouvaient voir sa main toute proce du pan de sa veste où elle dissimulait son arme. Ils accélérèrent l’allure pour ne pas la perdre dans la foule plus dense, mais elle finit par les distancer.
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Mécontents, Matt et Kenji arrivèrent devant une impasse encombrée de cartons et de poubelles. Au fond, une bande de jeunes sirotait des bières, tenant en laisse un énorme rottweiler. Dès qu’ils aperçurent Matt et Kenji, ils s’approcèrent, écauffés par l’alcool, cercant la bagarre. — Qu’est-ce que vous foutez là, vous deux ? demanda le meneur de la petite bande en cracant aux pieds des casseurs. Z’êtes cez nous ici. — Je ne crois pas que les rues vous appartiennent, répliqua Kenji, poliment mais avec fermeté. — Lâce-moi les baskets, cinetoque ! s’exclama le type. Kenji ne frémit même pas sous l’injure. L’individu peu reluisant s’approca de lui, l’examina des pieds à la tête. Il parut surpris par l’étui en bois que Kenji portait en travers des épaules. — Hé, mais t’es quoi toi ? Un genre de samouraï des temps modernes ? — En quelque sorte, répondit Kenji. — Ringard ! se moqua l’autre. Il cessa de rire brusquement, car le katana de Kenji, son arme de prédilection, venait de se poser contre sa gorge, si vivement qu’il n’avait même pas pu reculer. Ses acolytes, bien qu’en nombre supérieur, semblaient soudain moins belliqueux, et ils ésitaient même à lâcer leur molosse. — Fous-lui la paix, au ringard ! Sinon la procaine fois… — Il n’y aura pas de procaine fois, déclara Kenji, assez fort pour être entendu de tous. Matt réprima un sourire en voyant la face de l’omme que Kenji tenait à sa merci pâlir brutalement. Mais ce n’était pas le moment de s’attarder. Kenji devait en être arrivé à la même conclusion, car il rangea son arme et demanda, sur le ton de la conversation : — Auriez-vous vu passer une jeune femme à la peau noire ? L’un des types désigna un escalier de fer qui s’appuyait à une façade terne, et Kenji s’y engagea sans ésiter, suivi de près par Matt, laissant le gang minable retourner à ses bières de mauvaise qualité, régner à nouveau sur son minuscule territoire. Les deux casseurs poussèrent une porte de fer rouillée, pénétrèrent dans un couloir étroit et umide. Prudent, Matt avançait arme à la main, prêt à faire feu. Ils progressèrent lentement, veillant à ne pas faire de bruit. Sur le sol, des immondices répandues un peu partout ne leur facilitaient pas la tâce ; le squat où ils venaient d’entrer semblait particulièrement L crasseux. Un crissement de papier d’emballage, suivi du roulis d’une boîte
de conserve, éveilla leur méfiance. Ils se dirigèrent, rasant les murs, vers l’origine du bruit. Alors qu’ils allaient tourner à droite, une silouette leur barra la route. Matt détourna aussitôt son arme. — Trop tard ! s’exclama Wandja, visiblement déçue. Il a réussi à s’écapper... Mais venez voir ce que j’ai trouvé... Réprimant leur envie de la réprimander pour cette fugue, Kenji et Matt la suivirent. Elle les mena à une autre salle, globalement rectangulaire, où des tapis mangés aux mites couvraient le sol. Sur l’un des murs poreux, un tag attira leur attention. — C’est... nous..., murmura Kenji en découvrant la fresque. Les trois casseurs étaient représentés : Wandja qui pénétrait dans le squat, Kenji et Matt qui la poursuivaient. Dans le coin droit du mur, la peinture encore fraîce figurait la retraite précipitée des membres du gang qui leur avaient cercé querelle. L’ensemble était d’une grande perfection : les visages des casseurs étaient dessinés presque de façon potograpique, l’expression de leur regard semblait réelle. Couleurs, formes, perspectives donnaient l’impression que le mur n’était qu’un écran gigantesque. Trop parfait pour être l’expression d’un talent naturel. — Vous pensez à ce que je pense ? demanda Matt. — Oui, répondit Wandja en souriant, l’air féroce. Je crois que la casse atteint un autre niveau. Finis les banquiers et les avocats fouineurs, nous allons passer aux coses sérieuses. — Un Voyant, tout de même..., commenta Kenji. Il ne va pas être facile à attraper, s’il nous voit arriver à caque fois... — Il finira par commettre une erreur, affirma la jeune femme en passant un doigt sur le tag. Montre-moi le carnet, Matt. Il lui passa la tablette ; elle cerca dans les ficiers les informations concernant leur cible actuelle. Elle montra quelques potos et textes à ses compagnons, avant de sourire d’un air satisfait. — Au moins, nous savons où cercer, dit-elle en rendant son bien à Matt. — En route, décida celui. Wandja, tu ne pars plus sans nous prévenir, c’est compris ? — Si l’on ne peut plus s’amuser... — Wandja ! Je doute que nous soyons seuls ici. — Un autre Trinôme ? s’enquit Kenji, fronçant les sourcils. — Peut-être plus d’un, acquiesça sombrement le meneur.
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— Cela n’en sera que plus palpitant ! s’entousiasma Wandja. Venez, bande de froussards, sinon nous allons perdre des points ! — Tu prends cela pour un jeu ? demanda Kenji. — Pour quoi d’autre ? répondit-elle. Tranquillise-toi, nous avons appris à jouer dès notre enfance. — Les autres aussi, remarqua Matt. — Mais ils sont moins doués que nous ! conclut la jeune femme avec un entousiasme qui déplut à Kenji, de loin le plus réservé du groupe.