MON CERTIFICAT D'ÉTERNITÉ

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D'où viennent les poèmes et où vont-ils ? Dans ce recueil de textes, l'auteur se propose d'illustrer ces états primordiaux de poèmes nouvellement sortis des matrices de l'Internet Idéal, envois de l'autre monde, de l'au-delà, à la réception suspendue.
Né en 1921, Nanos VALAORITIS fut le premier à présenter les poètes grecs des années trente : Seferis, Elytis, Embericos, etc. De 1954 à1960, Valaoritis vit à Paris où il rencontre Breton et le groupe surréaliste.
Publié le : dimanche 1 juillet 2001
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EAN13 : 9782296239883
Nombre de pages : 115
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MON CERTIFICAT D'ÉTERNITÉ
Traduit du grec et de l'anglais par Gérard Augustin

cg L'Harmattan,

2001

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France Inc. Montréal (Qc)

L'Harmattan, 55, rue Saint-Jacques, Canada

H2 Y 1K9

L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-1023-9

NanosV ALAORITIS

MON CERTIFICAT D'ÉTERNITÉ
Traduit du grec et de l'anglais par Gérard

Augustin

L'Harmattan

Les textes de Nanos Valaoritis présentés ici sont extraits de cinq ouvrages: quatre publiés en Grèce, un publié aux Etats-Unis. Une éducation classique - Un nouveau mouvement poétique Hélène de Troie - Que faites-vous du problème du sexe? Simoun - Les Jaguars - La Belle et la Bête - L'autre face de l 'histoire - Particularités astronomiques - La terrasse est le seul amour d'un homme - Comment j'ai écrit certains de mes livresLe sonneur de Notre-Dame de Paris - Conseils à un jeune poète

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Altération progressive d'un tableau du XVIe siècle, avec soldat, berger et femme - Eloge de la folie - Composition anglaise numéro 3 - Histoires à propos de rien - Langage ou silence? Petite contribution à la série des moulins à vent - Où réside l'esprit de votre poésie? sont extraits de: I Zoi mou méta thanaton eggiméni, Athènes, Editions Néphéli, 1993. Qui nous sommes - Morne réalité - Les fenêtres du génie - Les jeux du cercle - Les voleurs - Transsubstantiation - Le Métro La Mariée - L'arbre du bonheur sont extraits de : Paramythologia, Editions Néphéli, 1996. Trois problèmes de la mer - Le soleil noir sont extraits de : Kentriki Stoa, Athènes, 1958, et Poiïmata l, Athènes, Editions Ypsilon, 1983. Procuste - Hermès et Hermione - Penthésilée - Coup d'Etat - Au train où vont les choses - Le triomphe de la décadence - Ce que la poésie signifie pour moi sont extraits de: «0 Pyrgos tou Khalépiou », in Poiïmata l, Editions Ypsilon, 1983. Comment j'ai rencontré Ionesco - L'antre de Borisovski - Crayons hynotiques sont extraits de : Flash Bloom, San Francisco, Wire Press, 1980. Copyright pour les textes originaux: Nanos Valaoritis Copyright pour la traduction française: Gérard Augustin. Du même auteur:
Soleil exécuteur d'une pensée verte, Paris, Digraphe-G.E.N.J., (traduction: Gérard Augustin), 1999.

Note liminaire de l'auteur distingués

destinée au public

des lecteurs

D'où viennent les poèmes et où vont-ils? Selon diverses et très anciennes opinions, ils arrivent comme les nouveau-nés dans un chou, ou sont amenés par une cigogne dans un petit sac en papyrus transparent... Une fois arrivés, ils se mettent d'emblée dans la tête d'un auteur en train de créer, assis à sa table. Ainsi les poètes se spécialisent-ils dans la réception des vers, tandis que les prosateurs copient copieusement des proses... Ces envois de l'autre monde, de l'au-delà, contiennent tout un assortiment de textes et d'idées (perdus pour la plupart), où, dans une osmose extraordinaire, ils se fondent en une massa confusa, un chaos primordial, pour en sortir renouvelés comme Diane de son bain, dans leur état de virginité original. Grâce aux textes dits automatiques, on a pu percevoir quelques-uns de ces états primordiaux de poèmes nouvellement sortis des matrices de l'Internet Idéal, où ils subsistent suspendus à l'état virtuel (d'où la littérature virtuelle). Cependant, raffinés, retravaillés et transformés, ils passent en langues diverses et sont diffusés en écrits, comme ceux du présent livre, filtrés en langue française par l'excellent traducteur, poète lui-même, Monsieur Gérard Augustin, en cette année 2000 de notre ère, et dont la destination ultime reste un mystère, puisque les destinataires ne sont pas toujours branchés sur les ondes émises par ces écrits, ainsi leur réception restera-t-elle aussi suspendue dans l'aire du Grand Possible. Espérons que des Ames charitables et des Intellects favorables recevront ces messages disparates, cueillis par l'auteur de par des mondes lointains et peut-être tout proches en des moments de distraction exceptionnelle et coupable, hélas, de manque de moralité exemplaire, selon notre Maître Platon. Nanos Valaoritis, Oakland, Californie, 29 mars 2001

Dessin de Marie WILSON

PROCUSTE

Procuste était un grand amoureux du corps humain. Il ne pouvait supporter les corps qui ne correspondaient pas au modèle qu'il avait en tête. Il avait exercé ses yeux à saisir même la plus légère imperfection. Rien ne lui échappait. Il s'était résolu à une conduite impitoyable. Il avait décidé de broyer et de tailler en pièces ceux qui ne se conformaient pas au modèle. A cette intention, il avait fabriqué un lit qui convenait seulement au corps qu'il avait choisi comme parangon. Les mesures avaient été calculées par lui, si précisément qu'il était impossible à qui que ce fût de s'y allonger s'il ne possédait pas les dimensions requises. Si cette personne ne les possédait pas (et il était tout à fait improbable qu'un être les possédât), tant pis pour elle. Comme Procuste n'avait pas seulement bon goût, mais qu'il était aussi un excellent dessinateur, il prit aussitôt la peine, avec une patience et une persévérance incroyables, de tirer le meilleur parti du corps qui lui était tombé entre les mains. Il ne laissait jamais partir quelqu'un sans l'avoir d'abord refait exactement tel qu'il le voulait. Cette habitude coûtait la vie aux nombreux voyageurs qui passaient par son repaire des bois. Ceux qui étaient trop grands, avaient les jambes sciées et leur tête même si nécessaire. Ceux qui étaient trop petits se retrouvaient étirés jusqu'à ce qu'ils coïncident avec la longueur du lit. Nous ne devons pas nous faire une fausse idée de cette pratique, simplement parce que quelquefois - bien sûr, je devrais dire en fait toujours - l'étirement brisait le corps en deux et le pauvre malheureux mourait. Les raisons de Procuste, subtiles, n'admettaient aucun reproche. Le fait qu'il ne cessât d'échouer ne saurait lui être imputé à crime. La faute, bien plutôt, en revenait à ceux qui étaient nés si imparfaits. Ainsi, Procuste vivait désespérément sa passion, rêvant et se promettant de rencontrer au moins une personne qui conviendrait, quelqu'un

sans défaut, qui ne le décevrait pas. Autrement, il serait condamné à toujours essayer et à soumettre ses hôtes à toutes espèces de tortures. Et cela les plongerait dans un profond découragement, lui et eux. Mais le destin le récompensa généreusement pour tous ses soucis et lui envoya Thésée. Aussitôt qu'il vit Thésée s'avancer sur le chemin, son épée, les sandales d'Egée et la terrible massue au côté, il en fut entièrement confondu. Il resta immobile un moment, se contentant d'observer. Les veines de son front faisaient saillie, et il tentait de contrôler son émotion. Aussi blanc qu'un drap et le coeur battant sauvagement, il attendait que le héros s'approchât. Il ne pouvait en croire ses yeux. Il pensa que les dieux voulaient l'embarrasser et lui envoyaient un fantôme, une vision, et qu'ils se moquaient de lui. " Cela ne peut être" se disait-il, se secouant, " un tel corps n'existe pas ". Et cependant, l'homme n'était pas faux. C'était un moment unique. Thésée continuait à s'approcher toujours plus, conscient du trouble que causait sa présence. Il avait entendu parler d'une épreuve qu'un méchant homme faisait subir à tous ceux qui s'aventuraient dans ces parages. Mais il n'y avait pas prêté attention. Il était si confiant et si sûr de lui que rien ne l'inquiétait. Ainsi continuait-il à marcher d'un pas régulier, et jetait-il un regard de mépris sur l'homme qui le fixait obstinément. Procuste, de son côté, une fois recouvré ses esprits, se préparait à défendre sa vie. Ce qui se passa, ce qui se dit entre les deux hommes, quand ils se rencontrèrent, la tradition ne le rapporte pas. Essayons de reconstituer ce qui s'ensuivit. Procuste n'était en aucune façon un sot. Il savait très bien en face de qui il se trouvait, et que sa méthode habituelle était hors de saison. Ainsi abandonna-t-il d'entrée de jeu tout prétexte et proposa-t-il à l'étranger un duel. De son côté, Thésée ne pouvait être certain de sortir vainqueur du combat, s'il l'acceptait. A ce sujet, les commentateurs divergent sans retenue. Selon 10

une opinion, l'innocence de Thésée s'avéra si grande qu'elle désarma Procuste, et le lit s'ajustant parfaitement aux proportions du héros, perdit le privilège de l'invincibilité et de l'éternelle incompatibilité avec le corps humain. On tient cette interprétation quelque peu poétique pour une solution cynique. La meilleure arme de Procuste, c'était l'autre; celui qui se soumettait à l'épreuve. Non seulement le lit ne différait pas de n'importe quel autre, mais il n'existait même pas, en dehors de l'imagination de l'hôte. Cependant, la croyance en son existence était si profondément enracinée en lui, qu'un lit parfaitement inoffensif se transformait en un instrument de torture et de tourment, sans même que Procuste n'intervînt. Ils disent que Thésée avait été instruit de ce secret par les dieux, ou qu'il ignorait si complètement l'affaire qu'il échappa au danger d'un mythe qui demeurait tout-puissant dans les esprits. A côté de ces théories, on peut hasarder une troisième interprétation, qui se concentre sur le pouvoir de Thésée en tant que tel, ou sa perfection aussi invulnérable que l'innocence que la première théorie lui attribue, et que Procuste était incapable de combattre, peu importe le nombre d'armes dont il disposait, et même si le lit existait dans toute son horrible configuration. Dans ce cas, même s'il ne s'était pas ajusté au lit, Thésée aurait eu les moyens d'imposer son droit par pure intimidation, faisant fi de tout accord ou arrangement conclu, se souciant peu de savoir si le résultat pourrait être en sa défaveur, et obligeant Procuste à accepter son point de vue, tout partial qu'il fût. Le second argument concerne la faiblesse elle-même de Procuste, indépendamment de l'existence de Thésée, son propre désir, comme je l'ai indiqué au début, qu'un Thésée existe, un désir qui, au moment où le héros est apparu, s'est emparé de Procuste à un degré tel qu'il aurait pris pour lui n'importe qui aurait suivi le même chemin, en dépit du lit, en dépit de sa dévotion à l'absolu. En d'autres termes, Procuste était mûr désormais pour un compromis, et Thésée ne représentait rien d'autre que le prétexte dont il avait besoin Il

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