Mon village, c'est le monde

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Janlun, fils d'ambassadeur, vit à Marseille où son père exerce. A l'occasion de vacances, la famille retourne sur ses terres d'origines. C'est lors de ce séjour que Janlun devient orphelin. Pour survivre, il doit travailler la terre, surmonter les difficultés du monde paysan et celles de la vie en communauté. Cette dure épreuve lui permet de comprendre qu'entre son quartier de Marseille, autrefois considéré comme un nid de bonheur, et Tropique-Vert, perçu comme un pandémonium, la terre et la vie sont les mêmes partout.
Publié le : jeudi 1 décembre 2005
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EAN13 : 9782296419452
Nombre de pages : 107
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Mon village, c'est le monde

Ecrire l'Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

Déj à parus

Loro MAZONO, La quatrième poubelle, 2005. Kamdem SOUOP, H comme h..., 2005. Sylvie NTSAME, Malédiction, 2005. Blaise APLOGAN, Sètchémé, 2005. Bernard ZONGO, Meurtrissures, 2005. Ivo ARMATAN SA V ANO, Dans les cendres du village, 2005. Charles DJUNGU-SIMBA K, L'enterrement d'Hector, 2005. Patrick Serge BOUTSINDI, Le Mbongui. Nouvelles, 2005. Aissatou FORET DIALLO, Cauris de ma grand-mère. Ann BINT A, Mariage par colis. Ann BINT A, Flamme des crépuscules. Ida ZIRIGNON, Au nom des pères. Els de TEMMERMAN, L'enlèvement d'enfants dans le Nord de l'Ouganda. Denis OUSSOU ESSUI, Le temps des hymnes. Denis OUSSOU ESSUI, La souche calcinée.
(Ç) L'HARMATTAN, 2005

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.l. Via Degli Artisti 15 ; 10124 Torino L'HARMATTAN HONGRIE Konyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest L'HARMATTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96; 12B2260; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC

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ISBN: 2-7475-9540-4 EAN : 9782747595407

ANDRÉ-HuBERT

ONANA

MFEGE

Mon village, c'est le monde

L'HARMA TTAN

A mon épouse IZarine, A mes enfants Josée et Marie-Andrée, A tous mes bienfaiteurs.

1- MES PREMIERS PAS DANS LES TROPIQUES
Mon père avait coutume de répéter que chaque jour n'est pas dimanche et chaque dimanche n'est pas noël. Jusqu'à ce samedi torride de juillet 1983, je ne compris pas le sens de ces mots subtilement agencés. J'étais plutôt un garçon insouciant et exubérant. Fils unique d'un ambassadeur, je passai les treize années de ma vie dans une couveuse paradisiaque, loin de la rareté, de la souffrance et du danger. Ma mère, Madame Janmer, m'entourait d'une affection sans borne, digne d'un prince royal, et agissait au gré de mes humeurs. J'avais le pouvoir sur tout, y compris celui de recruter ou de libérer les femmes de ménage, les jardiniers, les chauffeurs. J'émettais un avis péremptoire sur tous les projets familiaux. Ce jour-là, au cours du déjeuner, Monsieur J anmer me consulta sur un projet de vacances aux sources, arguant le devoir d'assistance à sa sœur, Madame Fevmar. Avant même que j'eusse donné mon avis, sa femme réagit:
-

Janlun

ne

partira

pas,

car

le

fils

d'un

ambassadeur n'a de patrie que celle d'adoption, hurlat-elle démesurément. - Une fratrie n'est pas une patrie, et on a toujours le devoir de retourner chez soi, rétorqua son marl. La discussion se poursuivit encore pendant un quart d'heure au point de friser la querelle. Face à 7

l'obstination révoltante de Monsieur Janmer, Madame sombra dans la résignation. Ô ma pauvre mère, j'éprouvais beaucoup de peines à la voir aussi désemparée et mélancolique, elle qui incarnait jusqu'alors le bonheur et l'harmonie dans la famille. Plongé dans l'embarras, j'optai pour une solution équitable. - D'accord pour cette villégiature, pourvu qu'elle soit de courte durée, dis-je. Mon père me rassura qu'on en avait pour une semaine, dix jours au plus. Enfin, ma mère me sourit, signe qu'elle acceptait de retourner dans ce village qu'elle avait quitté vingt ans plus tôt. En réalité, mon intérêt était porté sur les sites pittoresques et sauvages que je découvrais souvent à la télévision ou dans les livres de géographie. Ce n'était pas la cohorte de cousins, oncles et tantes qui m'intéressaient outre mesure. J'avais une certaine idée de ces gens fougueux et barbares, d'autant plus que les scènes horribles d'affrontements interclaniques diffusées par certaines antennes, quelques jours auparavant, avaient sérieusement heurté ma sensibilité. Bref, je m'intéressais à Tropique-Vert, pas aux hommes qui le constituaient. Le lendemain, les préparatifs s'accélérèrent. Puis, vint le jour du voyage; il fallut une demi-heure de route, une heure d'attente à la gare Saint-Charles, quatre heures de train, six heures en avion et nous débarquâmes à Tropique-Vert. Tout avait l'air indolent; le brouillard et les nuages, associés à la couleur rougeâtre du soleil couchant, dessinaient de somptueux paysages qui me 8

rappelaient les plages exotiques et mirifiques de la Guadeloupe. Le chant d'oiseaux itinérants dispersait les adonis, qui, dans leur vol machinal, décollaient des herbes comme des fumigènes. Au loin, des voix grêles s'élevaient des maisons aux contours asymétriques. Tout était sobre et morne. Je me figurais des villages sinistrés, ce fut plutôt la gaieté qui m'accueillit. Je croyais devoir affronter une pègre et des seigneurs de guerre en furie, je côtoyai plutôt des hommes paisibles et fiers. Des macchabées gisant au milieu des décombres enflammées, je ne vis rien de tout cela. Je compris qu'il y avait aussi la vie par-là. Néanmoins, je restai sur mes gardes, car tout me faisait peur, y compris Madame Fevmar. Elle vint effectivement nous accueillir à l'aéroport grouillant de monde. - Eh! Le petit Marseillais, qu'est-ce qu'il est grand et beau, s'exclama-t-elle en m'étouffant de baisers. C'est un gaillard maintenant. Le temps passe si vite.. .Bienvenu chez toi, à Tropique-Vert, ajouta-telle. - Chez mes parents, ai-je précisé. Monsieur me reprit aussitôt en J anmer m'apprenant que c'était aussi mon village. Reçu chef, lui répondis-je. Et quand retournerons-nous à Malpassé ? Il me toisa méchamment et se retourna sans mot à dire. Et il ne me parla plus jusqu'à notre installation clans la maison de sa sœur. Sur ces entrefaites, je les entendis baragouiner un dialecte compliqué avec un net accent cle liesse et de 9

satisfaction. Et moi, petit Marseillais d'adoption, j'éprouvai une sensation d'absurde due à cette ségrégation dont je fus victime. J'entamai alors ma première nuit tropicale auprès de Madame Fevmar. J'eus du mal à trouver le plein sommeil au cœur des nuisances diverses mêlant le hurlement de hiboux, le chant de cigales, le mordillement de rats et les cris de moustiques. Je me recroquevillai dans ma couverture en laine, car je redoutais, dans cette ambiance onirique de la nuit, l'assaut des esprits maléfiques, cannibales et la morsure de reptiles. Lorsqu'un bruit frugal se produisit à la pièce attenante, je sursautai. Madame Fevmar s'écria alors d'une voix roque: - Encore ces maudits rats. Elle se leva promptement, ramassa un bâton et sortit de la chambre. Elle réapparut, au bout d'un instant, en buvant une bière et en dodelinant sa petite tête soigneusement tressée. Au petit matin, les Janmer poursuivirent leur périple dans une contrée voisine dont ma mère était orlgmalte. Elle dissimulait, à leur départ, ses yeux enflammés dans un mouchoir tout trempé. Aux questions harcelantes que je lui posais, elle me répliqua qu'elle avait la conjonctivite, et pour cette raison, elle ne devait pas me regarder au risque de me contaminer. Moi, je compris qu'elle avait beaucoup pleuré ces derniers jours. Et pour cause, elle souffrait de retourner dans son village. Ce qui paraissait 10

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