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Montréal, mon amour NOUVELLES

De
133 pages
Montréal de l'aventure, de l'espoir, des rêves les plus fous, les plus inespérés, Montréal de l'ouverture... Les personnages qui gravitent dans cet univers bigarré sont des individus en exil, tentés par l'aventure du nouveau monde sur une terre réputée être un espace d'immigration. Ces êtres venus d'ailleurs découvrent les réalités de l'immigration qui leur est offerte : rude, glorieuse, valorisante, ambiguë... Ce recueil où humour et tragique, poésie et réalisme se côtoient sans cesse est un fabuleux chant d'espoir.
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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55239-5 EAN : 9782296552395
Montréal, mon amour
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Le Perroquet d’Afrique,L’Harmattan, Paris, 2005. Je ne sifflerai pas deux fois,L’Harmattan, Paris, 2010.
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WWW.romeoetjuliette.unis.com, L’Harmattan, Paris,2006. Chasse à l’étranger, L’Harmattan, Paris, 2008.
Lottin Wekape
Montréal, mon amour
Nouvelles
L’Harmattan
Pour mes élèves des écoles secondaires Jeanne-Mance, Saint-Henri et La Voie, de Montréal ; À Mullie Régis.
Métro Plamondon, je me souviens…l est exactement vingt heures à ma montre. Pourtant, le I ciel argenté de ce mois de juillet exhibe encore ses rayons solaires éclatants, incontestables Muses de l’été canadien. Les gens vont et viennent, les yeux pétillant de joie, la démarche alerte, le corps entier libéré, en fête. Je suis tout petit dans cet îlot de bonheur qui jaillit subitement de mon destin et dévoile outrageusement les mille mensonges dont m’a gavé mon éducation africaine. Les têtes couronnées, au verbe incendiaire, claironnaient, à longueur de journée, dans des discours belliqueux, que les villes camerounaises étaient infestées d’étrangers voraces à bouter hors de la terre nationale. Et me voici,aujourd’hui, couleur importante de ce majestueux arc-en-ciel humain qui défile fièrement dans toutes les ruelles de Montréal, la Mère universelle. Me voici, culture vivante de cette prestigieuse civilisation de l’universel ouverte à tous comme une auberge du bon Dieu. Les hommes politiques africains, au cœurde ma vie passée, m’avaient longuement enseigné la chasse à l’étranger. Pourtant, me voici, maillon clé de cette impressionnante chaîne humaine enjouée; me voici, tranche croustillante du gâteau pluriel de Montréal, la chaleureuse nourrice de l’humanité.Enfin, me voici, accepté, toléré, aimé et appelé au concert des peuples réunis dans le havre paisible de ce Montréal aux bras éternellement ouverts, à la borne fontaine perpétuellement clémente. Me voici, enfin, tissant de mes loques africaines, en compagnie des communautés amies, le grand drap multicolore de la fraternité des cœurs réunis.
8 Montréal, mon amour
Sur le quai de métro, où des couleurs multiples se fondent en un amas d’amour fantastique, il me semble que je redécouvre la vie; il me semble que je réapprends à définir l’homme; il me semble que je viensdentamer ma véritable éducation. Je commence à me réjouir de la chaleur procurée par cette épaisse couverture multicolore quand des pas pressés, en un mouvement collectif, se dirigent vers la bordure de quai: c’est l’arrivée du métro. D’ailleurs, j’aperçois le bolide qui fonce nerveusement et dont l’indicateur de ligne orange annonce ostensiblement: CÔTE-VERTU. Pendant que les wagons, affligés, pleurent sur les rails, les passagers, haletants, trépignent d’impatience. Heureusement, les portes de l’engin s’ouvrent promptement quelques secondes après et avalent goulûment des dizaines de passagers soulagés. Les portes se referment au moment où le haut-parleur, perdu au-dessus de nos têtes, crache puissamment son message vocal : « Prochaine station: Bonaventure…» Dans ce wagon de queue habillé de couleurs humaines multicolores, j’ai réussi à me trouver une place douillette où je me suis affalé, ravi. En face de moi, des regards lointains scrutent longuement dans le vide un spectacle invisible, statufiés, pleins de langueur et de fatigue. À gauche, des hommes et des femmes, repus de silence, feuillettent nonchalamment des journaux en fronçant gravement le visage à chaque phrase déchiffrée. À ma droite…! oh C’est ma charmante voisine qui surgit furtivement à mes yeux, comme installée par des doigts magiques. Enfin, une image attrayante dans ce wagon ! Ses
Métro plamondon, je me souviens 9
petits yeux bridés, fines pierres précieuses conquises, sont aussi immobiles que des yeux de statuettes. J’admire, jusqu’à assouvissement, ses lèvres pulpeuses, son petit visage poupin où, à présent, de longs cils papillotent par intermittence comme caressés par le vent. Maman! Qu’elle est belle! Salut, je m’appelle Béré.Enchantée, moi c’est Li, murmure-t-elle, le regard distrait, les gestes lents. Sa réponse est machinale, son air indifférent. On dirait un enregistrement automatique, une espèce de voix programmée pour parler à longueur de journée. Excusez-moi, qu’avez-vous dit ? Li, oui, Li… et vous? Béré. « Station Bonaventure. Prochaine station : Lucien-L’Allier…» Sa coiffure majestueuse n’est qu’une impressionnante architecture où de fins cheveux lissés et ramenés sur le côté abritent des pinces fixés verticalement à l’arrière de la tête. On dirait une couronne de Reine triomphant sur son petit crâne. Immigrant reçu depuis trois mois, je viens du Cameroun, pays d’Afrique centrale.
10 Montréal, mon amour
Je suis originaire du Tibet, susurre-t-elle, en m’accordant enfin l’insigne honneur de braquer son regard sur moi. Réfugiée politique, voilà en fait mon statut. Elle porte de petites chaussures ballerines marron que surplombent des jambes jaune clair. Un sac accordéon repose sur ses cuisses tandis queses yeux s’embuent de larmes. Mystère! C’est à présent le silencede cimetière. Je veux bien lui parler, lui proposer mon épaule, mais un masque de sévérité enveloppe son visage et l’ange que j’ai admiré il y a quelques secondes seulement se mue peu à peu en méchante panthère. « Prochaine station : Lionel-Groulx» Des mains tremblantes triturent le parasol serré entre des courtes jambes pendant que ses lèvres fiévreuses libèrent des flots de phrases interminables que je capte rapidement au passage, les oreilles dressées, la bouche bée. Des noms défilent violemment de sa bouche, comme catapultés par un lance-noms tapi dans son gosier : Dalai Lama, combattant pacifique, ultime espoir d’un peuple anéanti et chosifié ; Phuntsog Nyidron ; les quatorze nonnes de Drapchi, torturées, souillées dans un viol collectif ; Lhundup Dorjee ;Tsegon Gyal … Encore et encore des noms ! Essoufflée, Li se tait enfin. Face à ce torrent de phrases amères, je n’ai pas de mot, je n’ai pas de solution, je n’ai que des points d’interrogation, nombreux et confus, qui dansent méchamment dans mon crâne en ébullition. Je n’ai que des points d’exclamation, rebelles et bruyants, qui